‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 150 sur 434 · FRANCK. PARIS · texte numérisé non relu

FRANCK. PARIS

très ; ceux qui échappent ne doivent la vie qu'à l'intervention du duc de Guise, qui consent enfin à arrêter l'effusion du sang dont lui-même est la première cause. Guise paya de sa vie ce pouvoir dont il jouissait alors; mais son meurtrier Henri III périt bientôt lui-même sous le poignard de Jacques Clément.

Après la mort de Henri III, Paris, livré aux ligueurs , qui s'y permettaient toutes sortes d'excès , et aux troupes espagnoles, gui se croyaient en pays conquis, vit bientôt le blocus formé par Henri IV ajouter à la misère de ses habitants.

Le 8 mai 1 590, l'armée royale arriva sous les murs de Paris, s'empara, dans l'espace de deux heures , de tous les faubourgs et brûla tous les moulins des environs. La ville était dépourvue d'artillerie et de munitions de guerre; les murailles étaient délabrées; enfin il y avait peu de provisions de bouche. Le roi aurait pu s'en emparer assez facilement, mais on prétend qu'il ne voulut point exposer la capitale du royaume aux horreurs qu'éprouve nue ville prise d'assaut. « Je suis « ( telles sont les paroles qu'on lui « prête) le vrai père de mon peuple; « je ressemble à cette vraie mère de « Salomon ; j'aimerois quasi mieux « n'avoir point de Paris que de l'avoir « tout ruiné et tout attristé par la"mort « de tant de personnes. » Mais le siège, tout sanglant qu'il eût pu être , n'aurait certes pas été plus cruel que la famine produite par le blocus. La ville s'était approvisionnée, mais non pas autant qu'il l'aurait fallu ; il n'y avait du blé que pour un mois et 1,500 muids d'avoine le 13 mai. Chaque jour on faisait des processions pour entretenir le zèle et le courage du peuple. Le 3 juin, on fit une revue de toutes les forces que pouvaient fournir les prêtres, les moines et les écoliers , et on tenta plusieurs sorties qui réussirent.

Mais la disette commença bientôt à faire d'effrayants progrès. Le peuple alors demandait la paix ou du pain ; on fit défense de parler de paix sous peine de mort, et on annonça en même temps la prochaine arrivée (les secours ; mais ni ces promesses , ni ces défenses x non plus que les processions continuelles

ne remédiaient aux souffrances des pauvres, et l'on voyait ces malheureux se répandre dans les rues en criant :

Du pain ! du pain! et en se tordant dans les convulsions de la faim. Les ligueurs et les Espagnols jetaient de l'or dans les rues ; mais personne ne le ramassait , car il y avait douze mille trois cents familles qui avaient de l'argent et ne pouvaient cependant trouver de pain à acheter. Bientôt on fut réduit à manger les animaux domestiques. Les pauvres mangeaient des chiens, des chats, des rats, des feuilles d'arbres bouillies dans l'eau, sans sel, avec de la chair de cheval, d'âne et de mulet; les peaux même de ces animaux se vendaient cuites, et n'en avait pas qui voulait. Un écrivain ligueur rapporte avoir vu manger à des pauvres des chiens morts tout crus , des tripes jetées dans les ruisseaux, des rats, des souris jetés aux ordures; enfin jusqu'à des os de chiens moulus. Cependant les rues se remplissaient de cadavres de gens morts de faim. En douze mois , il mourut 13,000 personnes, soit de faim, soit de maladies engendrées par la mauvaise qualité des aliments. Les bourgeois allèrent demander de nouveau au duc de Nemours, gouverneur de la ville, du pain ou la paix. Il en fit pendre deux. Alors réduits à la dernière misère, les malheureux habitants de Paris firent aliment de tout. On fit du pain avec des ardoises et des os pulvérisés. Une femme coupa par morceaux deux de ses enfants morts de faim, et s'en nourrit pendant deux jours. Les faubourgs étaient ruinés et abattus , la ville était triste et morne, l'Université était devenue un désert, l'herbe croissait dans les rues. Enfin, pressés par la nécessité, les chefs de la ligue commencèrent à entrer en négociation avec Henri IV, et bientôt Brissac vendit à ce prince Paris pour 695,000 livres; il y entra le 22 mars 1594.

Une fois sur le trône , Henri s'occupa de doter sa capitale d'établissements utiles. Vhôpital Saint-Louis fut fondé par lui en 1607, ainsi que Yhôpital Saintt~Anne. Il fit reprendre , sous la direction de Charles Marchand, la construction du Pont-Neuf, commencée par André du Cerceau sous le

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