RARI8 F IU
étaient jetés et ne demandaient plus que des temps calmes pour se développer et donner des fruits. Le seizième siècle prépara la splendeur du dix-sept i en ie.
Après les premières années du règne de Louis XI H, Richelieu prit en main le pouvoir, et commença l'œuvre que devait achever Louis XIV, l'affaiblissement du pouvoir des seigneurs et l'affermissement du pouvoir royal. Nous n'avons pas à examiner ici ni â apprécier les moyens qu'il employa pour arriver à son but; nous n'avons qu'à constater le résultat au point de vue du développement moral de Paris et des institutions qui furent créées à cette époque. Paris devint plus que jamais le rentre du mouvement intellectuel de la France.
On vit naître le jardin des Plantes , qui devait devenir plus tard un établissement unique en Europe; Y. Académie française; X imprimerie royale. Pour les détails relatifs à chacun de ces établissements , devenus si importants , nous devons renvoyer aux articles spéciaux nue nous leur avons consacrés dans ce Dictionnaire.
Les premiers ouvrages périodiques parurent dès le commencement du dixseptième sièle. Les prétentions littéraires de Richelieu favorisèrent jus- 'à un certain point le développement l'art dramatique. Mairet, Tristan , Rotrou, et, enfin, Corneille, conduisirent peu à peu notre théâtre dans cette voie brillante, qui devait aboutir aux chefs-d'œuvre du dix-septième siècle.
L'état moral de Pans n'éprouva cependant encore que peu de changements sous le règne de Louis XIII. La police de la ville ne devait être organisée que sous le règne suivant , et c'étaient encore en partie les mêmes désordres qui avaient signalé les dernières années du siècle précèdent. Les mœurs de la noblesse étaient , à peu de chose près , ce qu'elles étaient sous Henri IV, si ce n'est que le luxe , devenu bien plus grand, entraînait les gentilshommes, quelquefois même les bourgeois qui les singeaient, dans les plus grandes folies. La preuve s'en trouverait, si Ton en avait besoin, dans les édits somptuaires de cette époque, édits qui, du
«CE. paris 365
reste, n'étaient jamais exécutes, non plus que ceux qui prohibaient les brelans , les académies de jeu et les lieux de débauche. Les raffinés , les rodomonts, lem fanfarons , Us bravache* et les spadassins , toutes dénominations qui appartiennent au règne de Louis XIII, indiquent suffisamment la tenue des seigneurs de la cour à cette époque.
Vint le règne de Louis XIV, qui occupa la plus grande partie du dix-septième siècle , et compléta enfin l'œuvre qui se préparait depuis tant d'années.
Le développement intellectuel parut à cette époque avoir pris toute l'extension qu'il pouvait prendre; et, sans entreprendre de juger ce qui n'est pas ici de notre ressort , si la tyrannie de Louis XIV a fait à la France plus de mal que de bien, nous devons avouer que jamais réunion d hommes plus remarquables, dans tous les genres, ne s'est rencontrée aussi nombreuse qu'à cette époque. Paris devait surtout profiter de cet heureux concours ; et , en même temps que s'améliora son administration intérieure, on vit fleurir dans son sein les sciences, les lettres, les arts et l'industrie.
La suppression de presque toutes les justices féodales dans Paris et la création d'un lieutenant de police furent d'immenses services rendus à l'administration civile. Paris se ressentit surtout de l'organisation de la police, qui apporta un frein aux brigandages des malfaiteurs et des mendiants taux ou vrais, qui, en 16ô6, ne s'élevaient pas à moins de 40,000. La Reinie, qui le
Sremier (en 1667) remplit les fonctions e lieutenant de police, exerça une active surveillance; et d'Argenson, qui lui succéda, acquit par soir administration une réputation méritée. Ce fut sous la Reinie qu'on vit, pour la première fois, des lanternes à Paris (voy. Éclairage).
Le nom de Colbert est, aussi bien que celui de Louis XIV, attaché a toutes les belles et utiles créations de ce règne. Ce fut lui qui, en 1663, fit agréer au roi la création de Y Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1666, il faisait créer Y Académie des sciences; en 1668, celle de peinture et de sculp-
PARIS
L'UNIVERS
PARIS
iure, et enfin, en 1671, celle d'architecture. La bibliothèque royale, dont l'origine remonte à Charles V, devint , sous Colbert, un établissement public. Les bases de son accroissement furent posées, et cet établissement serait aujourd'hui le premier de son genre en Europe, s'il avait été mieux administré depuis le commencement de ce siècle. En 1631 avait été fondée \ Académie de chirurgie.
La manufacture de tapis des Gobe- Un*, celle de la Savonnerie, durent à Colbert tout leur éclat.
Tant d'institutions et d'établissements utiles , en encourageant les travaux , en améliorant le sort des classes moyennes, en répandant l'instruction, devaient avoir sur les mœurs une immense influence. Les idées superstitieuses devaient s'affaiblir de jour en jour; on pouvait, grâce aux travaux de la science , voir désormais des comètes sans s'effrayer.
La langue , qui avait commencé à s'épurer par les premiers travaux de l'Académie, arriva à la perfection , quand elle eut pour interprètes Pascal, Bossuet, Fénelon, Massillon. L'art dramatique, avec Corneille, Racine, Molière, plaça notre théâtre au premier rang en Europe ; tandis que Roileâu, la Fontaine , créaient leurs inimitables chefs-d'œuvre ; que Lulli , aidé de Quimut, donnait naissance à la musique dramatique; que Poussin, Lesueur, Lebrun , Mignard , Jouvenet, élevaient notre école de peinture au niveau de celle d'Italie; qu'enfin Puget, Girardon, Sarrasin, laissaient d'impérissables monuments de l'art de la sculpture. A ces noms , si l'on joint celui de Lenôtre, talent unique, dont les autres nations ne peuvent fournir ni de modèles ni de copies ; des architectes tels que Mansard et Perrault; des graveurs tels mie Nanteuil, Andran, Edelink; des orfèvres tels que Claude Ballin et Pierre Germain ; on conviendra que jamais les arts et les lettres ne virent tant de grands noms réunis en un faisceau ; et on comprendra de quel éclat dut briller Paris, où se trouvaient rassemblées les productions de tant de talents supérieurs.
L'élan donné à la civilisation pendant le dix-septième siècle ne devait pas s'a-
réter au dix-huitième. Mais au milieu de quelles tourmentes la civilisation continua sa marche! La régence et ses orgies, les folies du système de Law, ces fortunes, si soudainement élevées, qui tombaient aussi subitement; les débauches de Louis XV et de toute la noblesse qui l'imitait; la lutte soutenue par l'école philosophique qui, avec de grands biens, amena de grands maux, qui, pour détruire des préjugés, frappa sur toutes les croyances, sang mesurer ses coups et saiis s'inquiéter de remplacer ce qu'elle renversait, suffiraient à remplir un volume; et cependant tous ces excès, toutes ces erreurs servaient à éclairer l'esprit de la nation, à développer les connaissances , à répandre l'instruction. La civilisation marchait au milieu de ce chaos. Si pendant la plus grande partie de ce siècle les arts sont en décadence, si tout semble dépérir, ce n'est que pour prendre un nouvel essor, pour se rajeunir, pour renaître en quelque sorte avec plus d'éclat , quand la tempête sera passée. L'école philosophique surtout ne contribua pas peu à amener la grande catastrophe qui termine ce siècle; elle en prépara la grandeur, mais elle en prépara aussi les excès. Néanmoins, l'esprit public ne lit ue gagner à cet immense mouvement 'idées et de sentiments de toutes sortes , et ce fut de ce tourbillon indescriptible que sortit la révolution de 1789, avec laquelle commence une ère nouvelle pour la France. Mais nous n'entreprendrons pas de suivre les développements moraux de Paris pendant et depuis la révolution ; il est impossible de séparer alors Paris de la France , et nous laissons à l'histoire à tracer ces pattes souvent si belles , parfois aussi obscurcies malheureusement par de tristes et sanglants épisodes. Quant aux nombreuses institutions dues a la révolution, elles subsistent encore presque toutes, et nous aurons occasion de les mentionner en parlant de Paris au dix-neuvième siècle.
PARIS AU DIX-HKWIÈMK SlicU.
Paris est situé à 20 degrés moins 6 minutes de longitude du méridien de l'île de Fer. Sa latitude septentrionale est de 4* degrés 60 minutes et 14 se-
PARIS FÏU
cornes. Sa température moyenne est de 10°, 6Réaumur. Les plus grandes variations du thermomètre s'étendent de — J8° degrés à -+- 32°. Les hivers les plus rigoureux observés dans le dernier siècle et dans celui-ci ,sont ceux de 1709, 1716, 1742, 1747, 1776, 1788 (17°), 1795 (18°) et 1830.
Le sol sur lequel estf situé Paris est élevé de 73 mètres au-dessus du niveau de la mer; c'est un gypse marneux; mais ce sol originel a été couvert depuis sur une assez grande hauteur, soit par l'effet des alluvions de la Seine, soit par suite des constructions diverses et des aplanissements de terrain. Plusieurs causes factices ont contribué à cet exhaussement; ainsi, l'usage d'amonceler sur certains points les immondices et les gravois, a fini par donner naissance à des monticules assez élevés, tels que la Butte des Moulins, le Monceau Saint-Gervais, la Butte des Copeaux, le grand et le petit labyrinthe du Jardin des Plantes. Les travaux de MM. Cuvier et Broogniart, sur la géographie minéralogique des environs de Paris, ont fait connaître les substances dont se compose le sol de cette grande ville.
Des milliers de coquillages marins avec lesquels ^alternent régulièrement des coquillages d'eau douce, en forment la masse principale; des ossements d'animaux terrestres entièrement inconnus en remplissent certaines parties. La direction des collines principales qui joignent immédiatement Paris et en font partie sur plusieurs points, dénote une grande irruption d'eau venue du sud-est. Les exploitations de ces diverses collines , soit pour l'extraction des pierres , soit pour celle des sables et des grès, a fait faire sur la composition de ces terrains de curieuses observations. Les carrières de Ménilmontant sont, entre autres, célèbres par les cristaux de séléoite que renferment les marnes vertes, et par les silex ménilites des marnes argileuses feuilletées.
Dans celles de Montmartre, on a trouvé, à une profondeur d'environ 100 mètres, après des bancs de gypse marneux , un tronc de palmier d'un volume considérable , pétrifié en silex.
Enfin les carrières a plâtre des environs de Paris fournissent des témoignages
fCE. PAftlS 367
incontestables de l'existence d'un sol habité très-anciennement par des quadrupèdes, des reptiles et des poissons d'eau douce. Le point le plus élevé de Paris est le seuil de la porte du nord de l'Observatoire.
La ville est traversée de l'est à l'ouest par la Seine, grossie des rivières de l'Yonne, de l'Yères et de la Marne, laquelle s'y réunit presqu'aux portes de Paris.
Dans son cours au travers de la ville, la Seine reçoit encore la Bièvre , petite rivière qui prend sa source dans les environs de Versailles , et après un par^ cours d'environ huit lieues, vient verser, près du quai de l'Hôpital , ses eau* salies et dénaturées par les blanchisseries, tanneries et teintureries établies en grande quantité sur ses bords. Il existait encore autrefois un petit ruisseau, dit de Ménilmontant , qui , après avoir traversé les faubourgs Saint-Martin et Saint-Denis, puis le Roule, allait se jeter dans la Seine, sur le quai des Bons hommes. Cette source, absorbée aujourd'hui par les carrières à plâtre, ne coule plus. La Seine, dans l'intérieur de Paris, forme trois lies : Louviers* Saint-Louis et la Cité ; celle de la Cité a été agrandie de deux plus petites, connues anciennement sous les noms dlle aux Juifs ou aux Saches et de Vile Bucy. La largeur de la Seine au pont d'Austerlitz est de 160 mètres, et au-dessous du pont Neuf, à sa plus grande largeur, de 263. La protondeur ordinaire de ses eaux est de 3 mètres; mais l'influence des saisons en fait varier extrêmement le volume. Autrefois les inondations de la Seine , qui n'était pas comme aujourd'hui retenue par des quais élevés dans toute sa longueur, lurent très-funestes à Paris ; les débordements les plus considérables eurent lieu en 1690, 1693, 1740(la Seioe monta à 25 pieds au-dessus de son niveau), 1751, 1764, 1799, 1802 et 1807.
Comme on a pu le voir d'après le court résumé que nous avons donné, Paris dans ses accroissements graduels s'est toujours étendu sur la rive droite de la Seine, plus que sur la rive gauche. C'est toujours de ce côté que se forment les nouveaux quartiers, et ce mouvement progressif de la population vers le nord paraît depuis quelques années
PARIS
L'UNIVERS
PARIS
avoir pris un développement encore plus grand, malgré les inconvénients qui ont été signalés, malgré les efforts qui ont été tentés pour l'arrêter. Aussi Paris présente-t-il de ce côté un aspect bien plus agréable que dans sa partie méridionale; son centre a été déplacé, et la Cité, son berceau, le point où autrefois affluait le commerce, ne prend plus aujourd'hui qu'une part très-minime à son activité et à ses agitations; n'était le Palais de Justice, qui entretient des relations continuelles et journalières avec les autres quartiers , il serait à craindre que la Cite ne fût plus qu'un membre mort de la ville, et que sou antique cathédrale, la vieille et majestueuse Notre-Dame, ne fût, en dépit des pompes dont elle est encore le théâtre dans des occasions solennelles, jamais visitée par la population. En revanche , si les gens d'affaires, les hommes de commerce et les élégants du jour , vont se faire aux extrémités de la ville de somptueuses et riches habitations au milieu de rues larges et tirées au cordeau, de places spacieuses et richement décorées, les anciens et vieux quartiers sont encore chers à ceux qui fuient le bruit et le tumulte; ils sont surtout visités souvent par ceux qui cherchent à remonter dans les âges et à découvrir les secrets de la vie de leurs pères ; car c'est là que se trouvent les lieux les plus riches en souvenirs, c'est là qu'est , en quelque sorte, notre histoire monumentale.
Tout le quartier de la Cité, bien que les dernières années y aient apporté d'importantes modifications, est encore perce de petites rues sales et étroites , surtout dans la partie qui sépare l'église Notre-Dame du Palais de Justice ; et leurs détours multiplies peuvent donner une idée de l'ancien Paris. On le retrouve encore quand on quitte la Cité par le milieu , au pont Saint-Michel, pour pénétrer dans le quartier latin.
Cest la qu'on voit les restes du palais des Thermes, l'hôtel Cluny, monu- * ment précieux du moyen âge, qu'on doit restaurer, dit-on , au risque de lui ôter ainsi l'un de ses plus grands charmes , le vernis de la vétusté. Tout le faubourg Saint-Marceau conserve encore le même caractère d'antiquité ; mais , à mesure
qu'on s'avance sur la droite, vers le faubourg Saint-Germain , les rues s'élargissent, et bien que ce quartier garde eucore un certain cachet d'ancienneté, tout v sent déjà la civilisation moderne. A l'extrémité, aux environs des ministères, s'élève un quartier tout nouveau entre la rue du Bac et l'hôtel des Invalides , et dans quelques années, le faubourg Saint -Germain ne conservera plus des anciens temps que quelques monuments , comme l'Abbaye et la célèbre église de Saint-Germain des Prés.
De l'autre côté de la Cité, les quartiers Saint-Martin, Saint- Denis, et les environs de l'hôtel de ville, peuvent servir d'intermédiaire, entre l'ancienne et la nouvelle ville- Certaines parties surtout ont peu profité des améliorations modernes , et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que c'est aux abords des quais que se trouvent encore les rues le plus étroites et les plus tortueuses , depuis la rue de la Monnaie jusque par delà l'hôtel de ville. Il v a
f>eu d'années qu'existait encore intacte a rue de la Mortellerie, nom sinistre, et trop bien justifié. Une fois qu'on est sorti du cercle qui part de Saint-Germain l'Auxerrois, et enferme le bas des quartiers Montmartre , Saint-Denis , Saint-Mnrtin, de l'Hôtel de Ville et du Temple, on respire plus librement, et l'on reconnaît dans les constructions, dans l'alignement des rues , une meilleure entente pour la sécurité, la commodité des communications, et, il faut le dire, pour'la santé des habitants. De là jusqu aux boulevards , les rues s'amoncellent encore; les habitations sont cependant plus aérées. De l'autre côte des boulevards et au delà , les habitations deviennent somptueuses; un quartier surtout, celui de la Chaussée d Antin , a une réputation méritée de coquetterie. Si nous voulions , ou plutôt si les bornes qui nous sont imposées ne nous défendaient pas d'entrer dans de trop longs détails, nous pourrions donner un aperçu des nombreux monuments que renferment tous ces quartiers, et qui tous portent le cachet de l'époque où ils ont été construits; mais il faut nous restreindre , et nous nous contenterons de donner quelques de
PARIS
FRANCK
PARIS
tails sur les plus importants seulement. Pour plus de clarté , nous diviserons notre travail suivant la nature des monuments.