ERS. MOREAU
connaissance et d'ancienne amitié pour le conquérant de la Hollande , son premier protecteur, qui l 'empêcha de révéler son odieuse trahison. Cependant, voici une anecdote rapportée par Montgaillard, et qui prouve, si elle est vraie et si Louis XVIII ne mentait pas par vanité, que les acc usations qui pesèrent alors sur Moreau n'étaient pas dénuées de tout fondement." Le général Férino ayant été, le 17 juin 1814 .
admis à une audience de Louis XVHI , le roi lui dit : « Je vois avec grand « plaisir un aussi bon général, un hom- « me aussi recommandable , quoique « vous ayez refusé de me servir dans une
• conjoncture importante, et que vous « ayez même désobéi à votre général « en chef. » Férino ayant témoigné toute la surprise que lui causait un pareil reproche, le roi s'empressa d'ajouter*» Vous rappelez-vous l'ordre « qui vous fut donné à***, par M***, « aide de camp de Moreau , de faire a faire a votre division un mouvement « en avant des Autrichiens? Vous re- « fusâtes de l'exécuter. — Oui , sire ; « mais cet ordre m'était donné de vive
* voi , et me paraissait d'ailleurs tout « à fait contraire aux premières règles « de l'art militaire. Je répondis à l'aide « de camp que je n'effectuerais pas le « mouvement a moins d'un ordre for- « mel de la main même de Moreau. —
* Son aide de camp revint auprès de « vous (reprit le roi Louis XVHI), « avec l'injonction formelle de prendre « les positions prescrites, et vous refu- « sâtes encore d'ubéir. — Cela est très - « vrai , sire , et j'admire à quel point ■ Votre Majesté connaît et se rappelle « des détails aussi particuliers; mais le a général Moreau ne voulut jamais don- « ner cet ordre par écrit, et dans la po- « sition qu'il m'était enjoint de prendre, « le sort de la division que je comman- « dais était compromis à tel point que « je regardai comme un devoir de n'y « pas obtempérer ; car un général qui « eût été d'accord avec les Autrichiens « pour me faire battre, n'eût pas pres- « ent d'autres mesures. — Vous aviez « deviné, dit Louis XVIII, j'étais d'ac-
• cord avec Moreau; il était à moi de- « puis l'an iv.»
Après la brillante campagne de 1800,
FRANCE
l accord régna quelque temps entre Bonaparte et Moreau. Il fut même question d'un mariage entre la sœur cadette do premier consul, Pauline, et le vainqueur d'Hohenlinden. Des circonstances dont les suites furent si funestes à Moreau, s'opposèrent à cette union. Il s'allia à une jeune personne , belle , aimable, riche , mais esclave de sa mère, femme intrigante et ambitieuse; fatale alliance qui fut la source de ses malheurs et de sa honte. Ces deux femmes prirent sur lui un déplorable ascendant: elles aigrirent son caractère et éveillèrent son ambition, en lui répétant sans cesse que le second rang dans f État était indigne de lui ; que sa gloire lui donnait le droit de marcher de pair avec le premier consul. Subissant ainsi l'influence de son entourage , Moreau v qui vivait retiré dans sa terre de Gros- Bois, ne faisait que de rares apparitions a Paris ; mais chaque fois qu'il s'y rendait, il laissait éclater sa mauvaise humeur , blâmait sans se cacher et sans ménagements la marche du gouvernement et les actes du premier consul.
Ces dispositions hostiles une fois connues , Moreau devint le point d'attraction et de ralliement qui attira de Londres sur Paris une nuée de conspirateurs. A leur tête étaient Pichegru et George Cadoudal, le premier qui, parvenu à s'échapper de son lieu d'exil , s'était d'abord réfugié en Angleterre, et Hait ensuite secrètement rentré en France; le second , ancien chef de chouans,
3 ni venait aussi de Londres, et recevait u ministère anglais les fonds nécessaires à la réussite du complot. Ils espérèrent attirer Moreau dans leur parti, et eurent des entrevues avec lui. Mais la conspiration fut découverte , et Moreau fut arrêté ainsi que George et Pi-
On sait que Pichegru ne put envisager l'infamie du supplice et s'étrangla dans sa prison; que George fut condamné à mort et exécuté , et que Moreau fut condamné à deux ans de prison. Que Moreau ait été le conlident de la conspiration, cela est avère, même par ses aveux; ce qui ne Test pas, c'est îo'ii en ait été le complice. Les apparences sont en sa faveur. Et d'àbord ia conspiration de George et de P.-
chegru, dans laquelle avaient trempé le" de Rivière, les Polignac, une fouledepei sonnaçcs dévoués aux Bourbons, étai exclusivement royaliste. Or, comment supposer que l'ambitieuse famille à laquelle Moreau s'était allié et qui le gouvernait, eût souffert qu'il travaillât pour d'autres, lorsque l'immense popularité dont il jouissait et le nombre de ses amis et de ses partisans, qui étaient tous les ennemis de Bonaparte, lui permettaient et semblaient lui conseiller d'agir pour son propre compte? En second lieu, les conjurés déclarèrent que Moreau avait repoussé leurs propositions de rétablir les Bourbons, et qu'il ne devait consentir à favoriser le renversement de Bonaparte qu'autant qu'on lui donnerait, à lui, la dictature. Ajoutons que Moreau avait l'esprit juste, et qu'à moins d'étr, aveugle , il ne pouvait pas ne pas ctiv frappé de la témérité des conspirateur^ et du peu de chances de succès que présentait leur entreprise. « Les royalistes « m'auraient assassiné, dit Napoléon à « Sainte-Hélène, qu'ils n'en auraient pas <i été plus avancés; chaque chose a son « temps. » Enfin, le jugement de la cour criminelle qui ne condamna Moreau qu'à deux ans de prison, tandis que les véritables complices devaient suuir la peine capitale, et cette belle parole de l'un des juges, le savant Clavier, qui, répondant au procureur général, qui insinuait à la cour qu'elle pouvait condamner .»
mort Moreau , sans aucun risque pour sa tête, attendu que le premier consul était dans l'intention de lui faire grâce, s'écria: « Eh! qui nous donnera à nous n notre grâce pour l'avoir condamné? »
ce jugement , disons-nous , ce cri de la conscience échappé à l'un des juges, prouve clairement que le tribunal était loin d'être convaincu de la culpabilité de l'accusé, et que la sentence qu'il prononça frappait non le complice actif , mais seulement le confident, non révélateur du complot. Citons encore quelques paroles de Napoléon, dont les unes viennent à l'appui de notre thèse, dont les autres nous font connaître l'opinion de l'exilé de Sainte-Hélène sur Moreau et sur cette malheureuse affaire dans laquelle il fut impliqué. - Homme fai- » ble, dit il, mené par ses alentours et « servilement soumis à sa femme