MOREAU L'UNIVERS
MORE ai;
« Grand, et courageux dans les camps, « il était pusillanime et sans jugement « dons les affaires civiles. On pouvait « aussi facilement le défendre que l'ac- « cuser, le condamner que l'absoudre...
« Moreau avait trop de réputation pour « que nous fussions bons voisins, et sa « popularité était colossale. Je ne pou- « vais être tout et lui rien. Il fallait a trouver une manière honnête de nous a séparer; il la trouva. On a beaucoup « dit que j'étais jaloux de lui: je l'étais « fort peu, mais il l'était beaucoup de « moi. Je restimais,parce que c'était un « bon militaire; il avait pour amis tous « ceux qui ne m'aimaient pas, c'est-àa dire beaucoup de gens. Ils en auraient « fait un héros, s'il avait péri. Je n'en « voulais faire que ce qu'il était. c'est» « a-fiire un homme nul. J'ai réussi; « l'absence l'a perdu; ses amis l'ont ou- « blié, et on n'y a plus songé.»
La femme de Moreau sollicita pour son mari une commutation de peine. Il reçut la permission de se rendre aux Etats Unis , à condition de ne rentrer en France qu'avec l'autorisation du gouvernent nt français. Il y vécut tranquille et heureux au sein de sa famille jusqu'en 1813, après nos désastres en Russie. A cette époque, des propositions lui furent faites de la part du czar Alexandre. Toujours influencé par son entourage, il eut la faiblesse de les accepter, partit pour l'Europe avec le diplomate moscovite qui venait de le corrompre, débarqua à Gothembourg le 24 juillet 1813, se rendit à Prague près des souverains coalisés contre la France, et là , traitre a sa patrie, mit à leur service ses talents, son génie militaire, et adressa aux Français une proclamation, dont la lecture fait monter le rouge au front non-seulement à ses admirateurs ( c'est le monde entier ) , mais même à ses amis, aux plus fermes défenseurs de sa gloire . tant , dans ce manifeste à jamais honteux, Moreau, en appelant ses compatriotes et ses anciens compagnons d armes à secouer le joug de Napoléon, qu'il appelle le tyran, laisse éclater de haine, d'envie, de désir de vengeance contre son rival de gloire ; tant il met de soin à n'omettre aucune des infâmes, des monstrueuses calomnies que depuis quinze ans les ennemis
de l'empereur avaient inventées contre lui.
Le meilleur plan de campagne que, dès l'arrivée de Moreau au quartier général russe, les armées alliées commencèrent à suivre , révéla la présence de l'habile général français au milieu d'elles. Mais, dit un écrivain, le Dieu de la France devait punir cet autre connétable de Bourbon. La mort l'attendait; il ne devait pas revoir la patrie expirante. Le 27 août, devant Dresde, Moreau, en qualité d adjuiant général de l'empereur Alexandre, faisait les dernières dispositions pour lancer sur les Français les colonnes ennemies, et venait de communiquer quelques observations au czar, lorsqu'un des premiers boulets de canon tirés par la garde impériale française lui fracassa le genou de la jambe droite, traversa son cheval et lui emporta le mollet de l'autre jambe. 11 fallut lui couper successivement les deux jambes. Les ennemis battus devant Dresde ayant été forcés de se replier , emportèrent le malheureux ampute en Bohême , où il expira le 2 septembre, après avoir horriblement souffert pendant plusieurs jours. Quelque te m os auparavant , le chef d'etat-major du maréchal Ney, le général suisse Jomini , qui lui aussi avait passé à l'ennemi, 1 ayant rencontré au quartier général russe : « Il a fallu, lui dit Moreau, un « singulier concours de circonstances « pour que nous nous trouvassions ici « ensemble. — Sans doute, répondit Jo- « mini, mais il n'y a point de parité « entre nous : Je ne suis pas Fran- « çais. — Ah î vous me déchirez le « cœur , » s*écria Moreau , et ses yeux se couvrirent de larmes.
Moreau Saint -Mbhy (Médéric- Louis-Étie), naquit en 1750, au Fort- Royal (Martinique). Orphelin à trofs ans, il ne put être envoyé en France pour y faire ses études ; mars il acquit , par les soins de sa mère , quelques connaissances, vint à Paris à otx-nenf ans et entra dans la gendarmerie de la garde, ce qui ne l'empêcha pas d'étudier !é latin et le droit , et de se faire recevoir avocat au parlement. Il retourna alors aux Autilfes , et alla exercer an cap Français sa nouvelle profession, au mo}en ac laquelle u parvint en peu oe
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temps à rétablir sa fortune. Nommé ensaite conseiller au conseil supérieur de Saint-Domingue, il s'occupa de recherches sur l'histoire des Antilles , obtint la permission d'explorer tous les greifes et tous les dépôts d'archives des colonies, et ce fut lui qui découvrit à Santo Domingo le tombeau de Christophe Colomb , dont les habitants ignoraient l'existence. Quelques années après , le gouvernement Tappela en France pour le consulter sur différents objets relatifs a l'administra i mn coloniale , et ce fut alors qu'if fonda avec Pilâtre du Rozier le M usée de Paris, dont il fut élu secrétaire.
La révolution le trouva à Paris ; et il était, lors du 14 juillet 1789, président du comité permanent des électeurs de cette ville. Ce fut lui qui présenta alors aux électeurs, embarrasses sur le choix d'un commandant de la garde nationale, le buste de la Fayette, et qui décida ainsi la nomination de ce général. Il lut ensuite un rapport sur Bezeoval , qu'il avait fait arrêter, et harangua le roi lorsqu'il fut amené a Paris après le 16 octobre. Élu, quelque temps .•près . député de la Martinique à l'Assemblée nationale, il pr it la plus grande part aux débats concernant les colonies , et fut toujours un des adversaires de la société des amis des noirs et des mesures tendant a abolir l'esclavage. Il n'en fut pas moins pendu en effljpe à Saint-Domingue, comme abolittoniste. Membre du conseil de justice, sous le ministère de Joly , il fut destitué au 1U août 1792, poursuivi dans le» rues et traqué dans tous les lieux où ii chercha un asile. Forcé alors de quitter fi France, U s'embarqua pour New- York, avec sa femme et deux enfants en bas 2ge, et s'y mit au service d'un marchand. Mais il quitta bientôt cette ville et atta établir a Philadelphie un commerce de librairie, auquel il joignit une imprimerie; ce fut là qu'il publia sa fte script ion de Saint-Domingue.
Revenu en France après le 18 bru nuire , il fut nommé historiographe de la manne, sous le ministère de l'amiral Brueys; nommé ensuite conseiller d'État, et enfin, en i S02, chargé de l'administration générale des duchés de Parme , Plaisance et Guastalla , qu'il gouverna
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jusqu'en 1866 , époque à laquelle il revint à Paris, complètement disgracié.
Privé même de ses appointements de conseiller d'État , il se trouvait réduit à un état voisin de l'indigence, lorsqu'il obtint en 1812 une petite pension, qu'il conserva jusqu'à sa mort. Il mourut en 1817, âge de 69 ans. Ses principaux ouvrages sont : Lois et constitutions des colonies françaises de f Amérique sous le vent; 6 v ouïmes in-4*; Description de ta partie espagnole de Saint-Domingue, 2 volumes in-8"; Description de la partie française de Saint-Domingue, 2 volumes in 4° avec un atlas. Ces ouvrages , rares aujourd'hui , sont très -estimés.
Mohée (campagne de). En 1821, le soulèvement des Grecs contre les Turcs avait excite au plus haut degré l'intérêt de l'Europe chrétienne. Des secours leur avaient été envoyés par les comités de France et d'Angleterre. Cependant, malgré ces ressources, maigre leur > a leur et le courage héroïque de leurs chefs , les Grecs étaient vaincus de toutes parts par les Turcs et les Égyptiens, lorsque les puissances résolurent d'intervenir dans le débat. La flotte turque fut anean» tie à Navarin en 1827, et, l'année suivante, la France envoya une expédition dans la Moree pour en chasser les Égyptiens qui la ravagaient sous les ordres d'Ibrahim , Gb de Mehemet-Ali.
Ce fut le 17 août 1828 que s'embarqua cette expédition, dont le commandement était confié au général Maison.
Elle offrait un effectif de t4,062 hommes, répartis en trois brigades d'infanterie, commandées par les maréchaux de camp T. Sébastian i , Higonet et Schneider; un régiment de chasseurs a cheval , commande par le colonel Faudoas; quatre compagnies d'artillerie:
deux compagnies du génie; et l'état-major, dont le général Durieu était le chef. Les deux premières divisions opérèrent leur débarquement le 29 août, et furent accueillies par les Grecs comme des libérateurs. La convention qui avait été signée à Alexandrie, et par laquelle le pacha d'É«vpte s'engageait à évacuer la Moree , offrit quelques difficultés dans son interprétation , et ce ne fut que le 16 octobre, jour de l'arrivée de la troisième division, commandée par M.