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priva de toute espèce de droits au commandement en leur coupant les cheveux et en les jetant dans un cloître, et devint maître de l'Austrasie. Il avait un second frère, Grifon, qui, dans le partage des possessions et de l'autorité paternelle, avait été presque entièrement oublié. Grifon fut toujours l'ennemi acharné de son frère : son animosité s'accrut encore,lorsqu'il vit Pépin s'assurer toute la succession de Carloman. Il passa chez les Saxons qui inquiétaient constamment l'Austrasie , et dirigea lui-même leurs attaques. Pépin fit une grande expédition contre ces peuples, ravagée leur territoire pendant quarante jours, et les força à s'humilier : Grifon lui* même demanda grâce. Son frère lui donna le Mans et quelques comtés voisins de la Loire, ce qui mit Grifon en contact avec les Aquitains, dont il devait bientôt embrasser le parti.
Peu de temps après cette guerre, Pépin fit enfin cesser cette longue comédie que lui et ses ancêtres avaient si habilement jouée : il renversa le fantôme mérovingien et se mit à sa place (752). Les grands et les évéques, assemblés à Soissons , le proclamèrent ; le pape Zacharie sanctionna son élévation ; l'évéque de Mayence, Boniface, lui conféra l'onction sacrée, et Pépin devint le plus légitime des rois. Cette révolution était si nécessaire, que personne ne protesta en faveur de la famille déchue. Dès lors, Pépin put mettre plus de soin et d'étendue dans ses entreprises. Tout en son-
§eant à s'affermir au dedans, à consolier l'unité de l'empire des Francs, il put aussi tenter des guerres extérieures et préparer les conquêtes de Charlemagne.
En Italie , il eut à soutenir le pape attaqué par Astolphe, roi des Lombards ; ainsi , l'union de la puissance pontificale et de la dynastie carlovingienne fut cimentée par la réciprocité des services, car le pape avait, de son côté, favorisé l'élévation de Pépin au trône, retienne vînt trouver le roi des Francs; fl se présenta couvert de cendres , revêtu d'un cilice, accompagné d'un nombreux clergé en deuil ; mais il n'eut pas besoin de garder longtemps cette attitude sup-
f (liante , car il vit le roi et les grands ui rendre les plus grands honneurs et le traiter comme le représentant de Dieu
sur la terre. Le pontife coaronuâ pour la seconde fois le roi, la reine et ses fils, et menaça des foudres de l'Église ceux qui oseraient se montrer infidèle» à sa race. Pépin promit à Etienne sa protection et une armée pour combattre les Lombards.
Cependant , l'assemblée générale des Francs, réunie à Kierzy-sur-Oise, rejeta ce projet de guerre qui paraissait peu national, menaça d'abandonner le souverain, et ce ne fut que dans un second plaid que Pépin détermina les guerriers à le suivre. Astolphe, menait par des forces supérieures , essayi de détourner l'orage en envoyant comme médiateur Carloman , qu'il tira du monastère du Mont-Cassin, et qui vint eu France chargé de faire des propositions de paix. Pépin n'écouta pas son frère, et lui refusa la permission de retourner en Italie; Carloman fut retenu dans un monastère à Vienne , où il termina ses jours. Il fallut combattre. Astolphe essaya de défendre le pas de Suse,oui gardait l'entrée des Alpes; mais il ibt défait dans une bataille sanglante , et assiégé bientôt après dans sa~ capitale. Etienne accompagnait Tannée dr< Francs; il prévint Ta ruine du roi des Lombards , et Pépin se contenta de la soumission d'Astolphe , qui restitua toutes les places dont il s'était empara Pépin laissa au pape la souveraineté de Rome et la garde des villes grecques dont les Lombards 'avaient fait la conquête. Mais à peine les Froncs eurentils repassé les Alpes, que les Lombards menacèrent de nouveau Rome et le pontife. Celui-ci eut le temps d'adresser à son allié une lettre pathétique où il l'exhortait, au nom de saint Pierre et des apôtres, à reprendre les armes pour sa défense. Pépin secourut de nouveau avec une rapidité effrayante; Rome fat délivrée , et Astolphe , assiégé une seconde fois dans Pavie, subit des conditions plus dures que les premières. Le libérateur parut à Rome, Où il fut reca avec enthousiasme par le peuple el « clergé (766). Il consolida la puissance temporelle du pape , en décidant que les villes de Ravenne . de l'Emilie , de la Pcntapole et du ducliéde Rome, seraient réunies au saint-siége, et formeraient le domaine de Saint-Pierre.
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Après avoir heureusement terminé cette guerre, Pépio se tourna contre d'autres ennemis. Les Saxons infestaient toujours les rives du Rhin (757). Pépin envahit leur territoire, et y fit de cruels ravages. Les Saxons restèrent tranquilles, mais ils n'étaient pas encore domptés. Au midi , les efforts du roi franc furent couronnés d'un plein succès. Préoccupé du soin important de rétablir l'unité de domination dans la Gaule, il voyait avec un vif mécontentement tout le sud de cette contrée au pouvoir de souverains étrangers. L'Aquitaine obéissait à Waifre, la Septimanie aux Arabes d'Espagne. Les Wisigoths, qui occupaient cette dernière et qui détestaient les musulmans , demandèrent son appui. Pépin s'engagea avec empressement dans cette nouvelle lutte politique et religieuse (752 à 769). La plupart des villes de la Sept i ma nie tombèrent en son pouvoir. Narbonne résista plus longtemps que les autres ; mais les Francs s'en emparèrent après un siège de six mois et un blocus de trois ans. Les Arabes qui la défendaient ne succombèrent qu'à la trahison. La population chrétienne de cette ville, et particulièrement les Goths, qui en formaient la portion la plus considérable , fatigués d'un si long siège , s'entendirent avec les assiégeants et firent leur soumission. Les Arabes furent presque tous égorgés , et leur domination dans la Septi manie fut anéantie à jamais. Leg Francs mirent une garnison dans Narbonne : c'était la première fois qu'ils occupaient ce pays, que Théodoric avait préservé autrefois des armes de Clovis.
Après cette conquête, Pépin devenait bien plus redoutable pour Waifre ; maître des côtes de la Méditerranée, depuis les Bouches du Rhône jusqu'au cap oriental des Pyrénées, il pressait l'Aquitaine de toutes parts et en tenait pour ainsi dire toutes les avenues. « Pépin usa sans délai de ses avantages, dit M. Fauriel (*), et la promptitude avec laquelle la guerre décisive contre Waifre suivit la conquête de ISarbonne, semble prouver que, dans les plans belliqueux du monarque, les deux entre-
(*) Hist.de la Gaule méridionale , I. III, p. a49-
Srises étaient immédiatement liées l'une l'autre, et que celle-ci n'avait été que le début de la première. De toutes les guerres de Pépin, et de toutes celles où l'opposition gallo-romaine à la domination franque entra pour quelque chose, celle dont il s'agit ici fut la plus longue, la plus difficile et la plus variée dans ses incidents; mais les chroniques franques, toujours grossièrement partiales en faveur des Carlovingiens contre les descendants de Cbaribert, ne l'ont été nulle part autant que dans le récit de cette même lutte. Elles ont dissimulé de leur mieux, d'un côté, les courageux efforts et les succès passagers de Waifre, de l'autre, les écbecs partiels de Pépin ; si bien qu'à les prendre à la lettre, et à n'y pas supposer de réticence, on a de la peine à concevoir comment le dernier mit neuf ans de suite à conquérir un pays où il n'eut que des avantages (760-768). »
Pépin, en attaquant Waifre, se portait encore comme le défenseur du clergé et des églises; après avoir fait décréter la guerre dans l'assemblée générale, il passa la Loire et dévasta le Berry et l'Auvergne. Waifre essaya de rendre aux Francs les dommages qu'ils lui causaient, et, dans les commencements, cette guerre fut une réciprocité de meurtres èt de pillages où rien n'était épargné. Mais les forces de Pépin étaient supérieures, et Waifre fut réduit à la défensive. Sa résistance fut héroïque. 11 arma toutes les tribus de l'Aquitaine, et trouvant sans cesse de nouvelles ressources dans son courage et dans son désespoir, il ne tomba que sous les coups de traîtres qu'avait soudoyés Pépin.
]jes Aquitains ne résistèrent plus, et Pépin soumit les vastes provinces qui s'étendent depuis la Loire jusqu'à l'Océan et aux Pyrénées (798).
Tel fut le règne de Pépin le Bref, prince toujours actif, entreprenant et heureux, il constitua l'unité de domination dans la Gaule, et se rendit redoutable aux Lombards et aux Saxons, que son fils Charlemagne devait subjuguer. Peu de temps après la conmiéte de l'Aquitaine, Pépin fut atteint d'une maladie mortelle. 11 se fit porter au tombeau de saint Martin de Tours, et, après avoir distribué des aumônes et des do-
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nations aux pauvres, il régla le partage de
ses États; puis mourut au bout de quelques jours. Il avait régné vingt ans (768).
IV. Pépin, second JiU de Char lemaqne et d'Hildegarde, roi d'Italie de 781 à 810. Il n'avait que cinq ans lorsque Charlemagne lui destina la couronne d'Italie; le pape Adrien le consacra de ses propres mains. Pépin resta en Italie et tut élevé dans le pays qu'il devait gouverner; de même Louis, son frère atné , avait été conduit tout enfant dans l'Aquitaine , que son père lui avait assignée. Pépin fut placé très-jeune à la tête des armées; en 787 il conduisit les Italiens contre Tassillon , duc de Bavière. En 793, il fit la guerre au duc de Bénévent, Grimoald, qui affectait l'indépendance; en 796, il pénétra jusqu'au confluent de la Drave et du Danube, occupa la Bavière, l'Italie, une partie de la Dalmatie; et ces provinces furent annexées à l'Italie dans le nouveau partage réglé par le capitulaire de 806. Pépin mourut le 8 juillet 810, après une expédition dirigée contre les Vénitiens, qui résistèrent héroïquement dans l'île de Rialto Son corps fut enseveli dans la basilique de Saint-Zenon à Vérone. Il laissait cinq tilles et un fils, Tinfortuné Bernard, qui lui succéda et qui périt si misérablement plus tard par la cruautéd'Hermeiigarde, femmede Louis le Débonnaire. On conserve dans le corps des lois lombardes quarante-neuf constitutions données par Pépin, roi d'Italie; elles sont toutes rédigées dans le même esprit et d'après les mêmes
(principes que les capitulaires de Charemagne.
V. Charlemagne eut encore un fils du nom de Pbpin; mais cet enfant naquit difforme, et ne put prétendre a aucune autorité chez un peuple où les qualités corporelles étaient aussi nécessaires au chef qu'au simpleguerrier. Il fut enfermé dans un monastère, eton ne le mentionne que très-rarement dans les chroniques, sous le nom de Pépin le Moine ou le Bossu. Ce prince mourut à peu près en même temps que ses deux tières Charles et Pépin, et il ne resta plus dès lors à Charlemagne pour unique héritier de son vaste empire que Louis le Débonnaire, qui fut trop faible pour en supporter le poids.