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I. Pépin lk Vieux ou de Lande

On sait peu de chose sur l'origine de cet ancêtre de la famille carlovingienne; son pere se nommait Karloman, et avait été fait duc ou comte par un roi d'Austrasie; d'où Ton peut conclure qu'il occupait un rang distingué parmi les leudes austrasiens. Pépin ajouta encore aux honneurs et au pouvoir dont son père avait été revêtu, et il était toutpuissant lorsque Brunehaut réunit le royaume d'Austrasie à celui de Bourgogne, après les victoires de Thierry sur Théodebert (612). Mais les Austrasiens supportaient impatiemment l'autorité de cette femme ambitieuse et habile, qui savait si bien faire prévaloir contre eux les prérogatives des rots; ils se consti-

tuèrent en conjuration permanente, et

à leur téte, se distinguèrent Pépin le Vieux et l'évéque de Metz , Arnulphe.

Tous deux offrirent la couronne d'Austrasie au roi de Neuslrie, Clotaire II, en stipulant pour eux et les conjurés certains avantages que Clotaire avait refusé d'accorder dans d'autres circonstances. Ce fut le commencement de la défection qui devait renverser Brunehaut et la livrer au fils de Frétlégonde. Quelque temps après , lorsque Clotaire fut obligé d envoyer son fils Dagobert régner en Austrasie, il le plaça sous la direction du vieux Pépin, qui fut nommé maire du palais. Le roi voulait démembrer l' Austrasie ; mais la résistance des leudes, que dirigeait sans doute leur chef Pépin , fit maintenir l'intégrité de ce royaume. Sous le règne de Dagobert, la position de Pépin s'affermit encore : suspect au prince , il n'en devint que plus puissant parmi les leudes , se fit le chef de l'opposition austrasienne, et, en augmentant son influence, sa popularité et ses richesses, il prépara à ses descendants un immense avenir politique. Il resta maire du palais, sous Sigehert III , fils de Dagobert, dont la mort (688) favorisait ses projets ambitieux , mais auquel il ne survécut qu'un an II mourut en 639 , au milieu de sa plus grande puissance, laissant un fils, Grimoald , qui lui succéda comme maire du palais.

IL Pépin d'Hbristal. Begga, sœur de Grimoald, et fille de Pépin le Vieux, avait épouse Anségise, fils d' Arnulphe; de ce mariage naquit Pépin d'Héristal, qui continua et acheva l'œuvre de son aïeul. De concert avec son frère Martin, il se déclara le défenseur des libertés austrasiennes contre le roi deNeustrie, ou plutôt contre son maire, l'habile Ébroïn. Ils avaient, à l'exemple de leur père, associé leur cause à celle de l'Église. Ils commencèrent par se débarrasser du Mérovingien Dagobert II, qui régnait alors en Austrasie. Ils le traduisirent devant un concile d'ëvêques de leur parti ; Dagobert fut condamné , et peu de temps après mis à mort. Depuis ce meurtre, les leudes austrasiens n eurent plus de rois mérovingiens. Ce n'était pas assez pour l'ambition de Pépin ; il préparait la ruine des rois neustriena.

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En 680 , il leva une armée puissante , et alla combattre Ébroîu, l'ennemi des leudes, le soutien de la royauté. Mais Fi) roi n et les Neustriens lurent vain* queurs près de Laon, au bourg de Loixi. Martin périt. Pépin se sauva. Heureusement pour lui , Ébroïn fut assassiné peu de temps après, et l'Austrasie fut préservée de l'invasion neustrienne.

Les successeurs d'Ébroîn furent indignes de ce grand homme : ils mécontentèrent un grand nombre de leudes de Neustrie qui se réfugièrent auprès de Pépin , et celui-ci devint astez fort pourattaq oerde nou veau . Outre les émigrés neustriens, il arma des Saxons, des Frisons, des Cattes , des Hessois , des Thuringiens et des Allemans, et, sur le refus de Pertaire, de rappeler les exilés, il lui livra bataille près de Testri, sur la Somme, en 687. Voici le discours que le continuateur de Frédégaire prête à Pépin au commencement de faction :

« Ecoutez-moi, dit-il, aux siens, et ap- « prenez ce qui me contraint à cette « guerre : j'y suis d'abord provoqué par • les lamentations des prêtres et des « serviteurs de Dieu, qui plusieurs fois « sont venus me trouver afin que je se- « courusse par les armes les églises in- « justement dépouillées de leurs patri- « moines. Un second motif m'a porté à « cette pénible entreprise : ce sont les « gémissements et les lamentations des « nobles francs réfugiés auprès de moi, « qui , accablés par tant de malheurs, « pensent que je puis, en les secourant, « mériter le suffrage du ciel. » Le combat fut sanglant, Bertaire fut tué, et Thierri III s'enfuit jusqu'à Paris , où Pépin le fit prisonnier.

La victoire de Testri fut décisive :

Pépin , déclaré prince ou roi par les Austrasiens, prit en Neustrie le pouvoir de maire du palais . et domina dans toutes les provinces occupées par les Francs. Depuis 687, jusqu'à sa mort, en 714, pendant 27 ans, il consolida son autorité. Il plaça successivement sur le trône quatre rois mérovingiens, princes entants, s;ms force et sans pouvoir, rejetons impuissants d'une race dégénérée. Il s'attacha à avilir le titre de maire qui avait jusque-là emporté l'idée d'une haute puissance. Après l'avoir pris pour lui-même,

il dédaigna d'en exercer les droits. Il se donna un lieutenant oui résidait en Neustrie, tandis qu'il résidait habituellement en Austrasie. Puis il donna le titre de maire à des enfants , et le rabaissa au niveau de cette déplorable royauté mérovingienne, qui devait bientôt disparaître Pépin eut trois fils, deux de Plectrude, sa femme légitime, Droffon et Grimoald. D'une maltresse appelée Alpaïde . il eut Karl , ou Charles Martel. Ses deux fils atnés moururent avant lui : Drogon de maladie, en 708, et Grimoald, assassiné en 714. Alors, Pépin, qui détestait Karl, partagea son héritage entre ses petits-fils, laissantainsi son autorité et ses biens à une femme et à des enfants : l'Austrasie était perdue sans le courage et l'habileté du uls disgracié de Pépin, Charles Martel.

III. Pépin lr Bbbp, fils de Charles Martel, reçut, à la mort de son père, la Neustrie et la Burgondie, tandis que son frère Carloman avait en partage l'Austrasie, la Thuringe et la Souabe. Dans l'héritage de Pepm, le midi de la Gaule, l'Aquitaine, se trouvait implicitement compris. Mais cette vaste province était parvenue à se rendre indépendante sous le gouvernement de ducs particuliers qui appartenaient à la famille mérovingienne. Les populations méridionales de la Gaule et cette dynastie vaincue résistaient donc ensemb'le contre l'invasion des hommes du Nord et de la race carlovingienne. Pépin , secouru par Carloman , envahit l'Aquitaine, qui obéissait à Hunald, et la ravagea; cette expédition et beaucoup d'autres encore furent loin d'être décisives (743). Deux ans après, Hunald abdiqua, se retira dans un cloître, et son fils, Waifre, devint duc de l'Aquitaine, qu'il défendit avec un courage opiniâtre, tant contre les Francs au nord que contre les Arabes au midi.

En arrivant au pouvoir. Pépin avait placé sur le trône de Neustrie un simulacre de roi mérovingien, que Ton avait appelé Childeric III (743). En Austrasie, Carloman n'avait pas été oblige d'avoir recours à ce vain appareil de royauté. Lorsqu'en 747 , Carloman , dégoûté du monde et du pouvoir, se fut retiré dans le monastère du Mont- Cassin, Pépin dépouilla ses neveux, les

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