‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 216 sur 434 · PÉRIER L'UNIVERS. PÉRIER · texte numérisé non relu

PÉRIER L'UNIVERS. PÉRIER

gociant riche et honoré , qui avait acquis une grande fortune par son travail, joignait a l'esprit des affaires une intelligence développée et l'amour des idées nouvelles ; c'était chez lui, à Viziile, que s'était tenue cette fameuse assemblée des états de Dauphiné, qui fut comme le prélude de la Constituante. Quoique bien jeune encore, Casimir Périer dut conserver toute sa vie le souvenir de l'impression que cette assemblée avait produite dans sa province. La proscription qui frappa plus tard quelques-uns des hommes qui y avaient pris part , dut le faire réfléchir sur les vicissitudes qui s'attachent à la popularité, et sur les peines dont elle fait suivre souvent ses faveurs. Élevé d'abord avec ses frères au collège de l'Oratoire de Lyon, il vint ensuite à Paris , où son père s'établit pendant la révolution. La conscription l'atteignit en 1799, et il partit pour l'armée d'Italie. Mais il n'y fit qu'une seule campagne; à la mort de son père, arrivée l'année suivante, il quitta la carrière militaire , entra dans le commerce, et son frère aine, Augustin Périer, s'étant décidé à aller diriger la fabrique de Viziile, aûn de perpétuer dans le Dauphiné les souvenirs de leur famille, il s'associa avec son autre frère, Scipion , et tous deux fondèrent à Paris une maison de banque qui ne tarda pas à devenir célèbre. Mais , jusqu'en 1817, les opérations commerciales occupèrent exclusivement l'attention de Casimir Périer, et ce fut seulement alors qu'il entra dans l'arène politique.

Les emprunts de cette année , faits à l'étranger, et dans des conditions onéreuses pour la France , furent , de sa part, l'objet d'une vive critique; il attaqua ces opérations comme antinationales, et prouva que le gouvernement aurait eu de meilleures conditions avec les banquiers français. C'était s'attirer l'estime et la considération de ces derniers, dont il défendait ainsi les intérêts. Nommé, la même année, député du département de la Seine, il conserva cette position pendant toute la durée de la restauration , et fut , comme M. Sébastiani , comme Foy et Benjamin Constant , comme tous les athlètes du libéralisme, un redoutable adversaire du pouvoir, un vigoureux défenseur des

libertés constitutionnelles. C'était un beau rôle; on pouvait, en le jouant, acquérir, sans danger et à peu de frais, cette popularité qui valut un insigne honneur aux restes du général Foy et un million à ses enfants. Heureux ceux qui moururent alors ! Quant à ceux que surprit la révolution de 1880, pour en faire des ministres et des ambassadeurs, quant à ceux-là , ils firent voir, au moment du danger, quel était leur couraçe , et plus tard , comment ils entendaient les intérêts de la France.

Casimir Périer fut de ces deroiers :

au moment où les ordonnances de juillet arurent, il fut comme épouvanté de abîme sur lequel il allait se trouver.

Ce qui au fond n'intéressait que la bourgeoisie, ayant offensé le peuple, celui-ci prit les armes, et la bourgeoisie en fut effrayée ; en sa qualité de banquier, Casimir Périer craignait une crise commerciale qui pouvait compromettre sa fortune; comme député, comme l'un des chefs de l'opposition , il redoutait les ressentiments du pouvoir, si le pouvoir venait à être victorieux. Pour concilier sa position acquise avec sa position future , il voulait gagner du temps, le temps modifiant tout; mais surtout point d'émeutes , et encore moins de révolution.

Le 26 et le 27 juillet, il obtint que les députés ne prissent aucune résolution ; il les réunit chez lui , et ces réunions se passèrent en discussions sans résultat. Les députés furent cependant d'accord sur ce point, qu'il fallait organiser une résistance légale, mais ne rien demander à la violence ou à la force.

Le 27 au soir, Casimir Périer fut arrêté à la barrière de Clichy, au moment où il allait à Saint -Cloud prévenir Charles X du malheur dont il était menacé, et lui offrir, sans doute, quelque moyen de sauver la monarchie. Il fut reconnu ; on le porta en triomphe, et on l'empêcha de sortir. Le 28, dans la réunion des députés qui eut lieu chez M. Audry de Puyraveau , il proposa de traiter avec le duc de Raguse, et fut un des cinq membres désignés pour aller trouver le maréchal.

Enfin, le 29, la révolution étant pour ainsi dire achevée, et la victoire demeurant au peuple , il changea de langage

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et d'attitude, et refusa de se rendre auprès de Charles X , qui , cette fois, Tarait fait mander. Mais , s'il hésitait à entrer lui-même directement en relation avec le roi , il n'en désirait pas moins un arrangement avec la monarchie, et il fondait beaucoup d'espérances sur les négociations entamées par M. de Semonvilte. Charles X consentit, comme on sait , à retirer les ordonnances et à nommer de nouveaux ministres; et Casimir Périer fut désigné pour le département des finances. Mais le ministère Mortemart n'exista jamais que de nom ; et la révolution ayant enfin complètement triomphé, on" se hâta d'écarter ce moyen terme.

Lorsque, après le 7 août, on songea à former un nouveau ministère, Casimir Périer fut «porté sur la liste comme ministre de l'intérieur; mais les temps ne lui parurent pas encore assez sûrs, et il déclina cet honneur, en prétextant qu'ayant été nommé, la veille, ministre par Charles X, il ne convenait pas qu'il fût immédiatement appelé au même honneur par la révolution.

Élu président de la chambre , dès qu'elle se fut constituée, il conserva ^ette dignité jusqu'au 23 août, et la reprit le 1 1 novembre, pour ne la quitter que le 9 mars 1831, lorsqu'il fut appelé au ministère, en remplacement de M. Laffitte.

Dès ce moment , la scène politique s'ouvrit entièrement devant lui. « Il avait , dit un historien , la taille haute et la démarche assurée. Sa figure, naturellement douce et noble, était sujette à des altérations subites qui la rendaient effrayante. L'ardeur mobile de son regard, "l'impétuosité de son geste, son éloquence fiévreuse , les fréquents éclats de sa colère, fougueuse jusqu'à la frénésie , tout semblait révéler en lui un homme né pour exciter les orages. Mais l'élévation manquait à son esprit, et la générosité à son coeur. Il n'avait point le dévouement, sans lequel l'art de dominer n'est qu'un charlatanisme illustre. Il ne haïssait l'aristocratie que par l'impuissance de s'égaler à elle , et le peuple soulevé n'apparaissait à son imagination malade que comme une horde de barbares courant au pillage à travers le sang. L'amour

de l'or possédait son Ame et ajoutait à la frayeur que lui inspirait ce peuple, qui se compose de pauvres. Timide avec véhémence et prompt à écraser sous son humeur tyrannique quiconque le provoquait en paraissant le redouter, il aimait le commandement, parce qu'il promet l'impunité à la violence. Du reste, son énergie ne prenait sa source que dans la ruse ; mais la ruse chez lui était merveilleusement servie par un tempérament aigre et bilieux. Aussi apportait-il un immense orgueil à faire de petites choses. D'autant plus hautain en apparence qu'il était plus humble en réalité, son empire au sein de l'abaisse* ment avait quelque chose d'irrésistible, et jamais homme ne fut plus propre que lui à faire prévaloir de pusillanimes desseins; car il ne les conseillait pas, il les imposait. En remplaçant M. Laffitte, Casimir Périer arrivait aux affaires avec une colère immense , un orgueil sans bornes , et ie ne sais quelle impatience farouche d'écraser ses ennemis. Banquier opulent, et toujours eo éveil , le bruit des factions lui avait causé de mortelles alarmes, et il brûlait de s'en venger. Tant que la situation était restée incertaine, il avait épié le pouvoir avec anxiété et ne s'était point senti la hardiesse d'y porter la main ; mais, lorsqu'il crut voir que le peuple s'ignorait ; que la puissance des partis ne répondait pas à leur fougue ; que les ressources de l'esprit de révolte étaient incomplètes, éparses : que la résistance ne serait ni efficace ni durable contre tous ces éléments réunis de domination : les capitaux, le crédit, l'organisation , les positions acquises, la discipline; il prit son parti impétueusement, et ne songea plus qu'à prouver à la bourgeoisie tout ce nti'elle pouvait , par l'excès de ce qu'il allait tenter pour elle en la traînant à sa suite, car il manquait de courage, non de vigueur, et s'il tremblait devant l'humiliation d'une défaite possible, devant les dangers d'une lutte inégale, il n'était pas homme du moins à perdre les avantages de la force par détaut de résolution et de nerf (•). »

(*) Louis Blanc, Histoire de dit ans, t. H», p. 196; t. II, p. 317.

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Le premier acte de Casimir Périer, en arrivant au ministère , fut de déclarer que la France ne prêterait aucun secours aux peuples qui s'étaient soulevés à son instigation. « Le sang fran- « coi s n'appartient qu'à la France, » secna-t-il dans son premier discours , et cette exclamation égoïste fut applaudie par ceux qui, dès cette époque, commen-

S aient à former le parti du centre. Mais oubliait de dire que l'honneur fronçais était engagé, et que, quand il en est ainsi, le sang doit couler pour sauver l'honneur. Nous ne pouvons entrer dans le détail des luttes de cette époque mémorable; il serait trop long de raconter comment tous les jours la chambre, la presse, les tribunaux . s'occupèrent des affaires du pays; comment, attaqué partout avec ardeur et passion , le ministère se défendit avec audace et énergie; comment aussi il employa la ruse et le mensonge. Quant à Casimir Périer, il laissait à ses collègues le soin de défendre une politique extérieure devenue tortueuse et de relever les démentis qu'ils recevaient de l'étranger; sa manière, à lui, c'était l'audace et la colère; il s'en servait partout et toujours. Cependant cet h o m me que rien ne semblait pouvoir dompter, le scandale que causa le procès Gisquet, dans lequel il se trouva impliqué, rabattit moralement. Dès ce moment, le président du conseil faiblit ; les contrariétés qu'il éprouvait de la part de la cour, contre laquelle il avait aussi à lutter; l'audace et l'énergie des partis au dehors; la violence que sa politique était sans cesse obligée d'emplover ; toutes ces causes réunies le minèrent sourdement. Il s'épuisa plutôt qu'il ne mourut. Le choléra sévissait a Paris ; le duc d'Orléans voulut visiter les hôpitaux; Casimir Périer l'accompagna (1er avril). Il était alors plus souffrant que de coutume; la vue des cholériques produisit sur lui une impression profonde. Quelques jours après il fut atteint par le fléau, et il en mourut le 16 mai 1832. « Casimir Périer se fit beaucoup haïr et fort peu redouter; au lieu de gouverner le royaume, il le troubla; il créa bien plus d'obstacles qu'il ne parvint à en surmonter, et son énergie, désarmée, ne servit qu'à irriter ses ennemis jusqu'au

délire. Après avoir de la sorte enfanté le mal , Casimir Périer ne sut lui opposer que des remèdes d'empiriques, et il jeta la société dans un état de surexcitation, d'où elle ne devait sortir que pour tomber, de secousse en secousse, dans l'épuisement et la léthargie. Aussi, Casimir Périer mourut - il désespéré du néant de ses victoires misérables, l'âme bourrelée d'inquiétudes , l'esprit tout plein du souvenir de deux villes ensanglantées , convaincu enfin que son ministère allait être continué par le duos, et laissant en effet pour héritage à son pays deux guerres civiles (•). »

Périeb (Jacques-Constantin), habile mécanicien, membre de l'Académie des sciences, naquit à Paris , en 1743. Ses deux frères s'appliquèrent comme lui à la mécanique : le plus jeune mourut à l'âge de vingt-quatre ans; mais l'autre (Auguste-Charles } ne cessa de le seconder dans ses nombreux travaux.

La pompe centrifuge, plus de cent machines à vapeur, des cylindres à papier, des machines à filer le coton, une foule d'autres inventions utiles, et un nombre prodigieux d'appareils d'usines, sont sortis de leur établissement deChaillot.

Jacques-Constantin est auteur d'un Et-% sai sur les mach ines à vapeur \ et de' plusieurs Mémoires insérés dans le Recueil de l'Académie des sciences. H mourut en 1818.

Perignou ( Dominique-Catherine , marquis de ), né à Grenade (Landes) en 1754, entra de bonne heure au service ; devint aide de camp du général Preissac ; puis , quelques mécontentements lui avant fait abandonner l'état militaire, il se retira dans ses fovers. Il était juge de paix du canton de Monbech (ïarn-et-Garonne), lorsque ce département le nomma, en septembre 1791, député à l'Assemblée législative; mais il ne siégea pas longtemps dans cette assemblée, et rentra au service ta qualité de commandant de la légion des Pyrénées orientales. Nommé bientôt après général de brigade, il succéda a pugommier dans le commandement de l'armée des Pyrénées, et fit avec succès les guerres de 1794 et 1795. Il gagna sur

(#) Louis Blanc, Hutoire de dis ans, lUU

FRANCE

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les Espagnols les batailles de la Jonq ni ère, de Saint-Sébastien et de la Madeleine ; slempara de Figuières après un eonibat glorieux, y fit 9,000 prisonniers, et se rendit maître de 71 pièces de canon avee un matériel considérable. Il termina la campagne de 1795 par la prise de Roses.

Nommé ambassadeur à Madrid en 1796, il y fit preuve d'une grande habileté, en négociant le traité d'alliance

les provinces voisines, sur les Romains, en furent dépouillés à leur tour par les rois mérovingiens. Ceux-ci la possédèrent jusqu'au temps d'Eudes, qui s'empara de toute l'Aquitaine.

Pépin le Bref enleva le Périgord à Waifre, petit-fils d'Eudes; et Charlemagne, fils et successeur de Pépin, établit gouverneur de ce pays, sous le titre de comte, en 778, un seigneur nommé Widbalde, dont les successeurs , pen-

off'ensive fct défensive entre la France dant près d'un siècle, sont restés dans

et l'Espagne, lequel fut signé et ratifié l'oubli. Une nouvelle dynastie obtint,

le 22 juillet de cette année. Employé à en 886, le comté de Périgord, et le con-

l'armee d'Italie en 1799, il fut chargé du serva jusqu'en 1399. Voici les noms des

commandement de Pnile gauche à la ba- seigneurs qui la composent :

taille de Novi , et fut fait prisonnier en protégeant la retraite de l'armée. Il devint sénateur en 1801, fut pourvu de la sénatorerie de Bordeaux en 1804, et nommé maréchal d'empire le 10 mai de la même année. Il était gouverneur des États de Parme et de Plaisance, lorsqu'en 1808 l'empereur le désigna pour aller prendre, à Naples, le commandement des troupes françaises stationnées dans ce royaume. Il conserva cette position jusqu'à l'époque où Murât abandonna la cause de Napoléon pour se joindre aux ennemis de la France. Revenu alors à Paris, il adhéra à la déchéance de l'empereur; fut nommé commissaire extraordinaire dans la première division militaire, et chargé, le 31 mai 1814, de présider la commis

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