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MOTTE VILLE

qui mourut deux ans après, sans lui bisser d'autre fortune qu'un douaire assez mince.

Cependant , après son mariage , madame de Motteville avait fait à la cour une courte apparition, que Richelieu .irait rue sans ombrage. Cette entrevue avait suffi pour ranimer l'affection de \i reine pour son ancienne favorite, et lorsque Louis XIII mourut , un des premiers soins d'Anne d'Autriche, dé* sonnais régente, fut de rappeler madame de Mottewlle , qu'elle destina à vivre dans son intimité, quoiqu'elle ne lui donnât aucune charge à la cour. La famille de madame de Motteville, et particulièrement une jeune soeur . que .sa haute raison et la tournure philosor bique de son esprit tirent surnommer vx-ra/we, partagèrent sa faveur.

Il parait que des les premiers temps de son séjour à la cour, madame de Motteville conçut le projet d écrire des Mémoires , et comme son cœur était aussi sincère que sou esprit était fin et plein de sagacité, elle était, on doit le reconnaître, éminemment propre à cet emploi. Attachée a la reine du fond du <œur, elle lui donna souvent de bons conseils; mais peut-être, ne pouvant pas approuver toutes les démarches de cette priucesse , en a-t-elle cache quelques-unes , de telle sorte qu'on peut craindre que ses Mémoires qui ne dirent que la vérité , ne disent peut-être pas tonte la vérité sur Arme d'Autriche.

Quant au reste de la cour, c'est une autre affaire ; parlant peu et observant beaucoup , madame de Motteville sut bientôt par cœur toutes les personnes qui l'entouraient ; elle voit, juge, devin* les moindres nuances du caractère, elle reproduit les intrigues, les tracasserie-*, les aventures romanesques des courtisans de son temps; aussi ses Mémoire* sont-ils un inépuisable arsenal d'anecdote*, de portraits, de traits raravtenstiques , dans lequel peuvent puiser également le biographe, l'histo- . ten et l'artiste.

Madame de Motteville, peu faite pour l intrigue, ne prit aucune part aux trouves de la Fronde, et la reine le savait « bien, qu'elle la vit sans ombrage lice )vec quelques membres du parti des layortants, et qu'ellene l'avertit jamais

de ce qu'elle même voulait faire cette risible guerre civile.

Une fois pourtant, l'auteur des Mémoires courut un véritable danger; c'était après la fuite de la cour a Saint- Germain (1648): elle avait reçu de la reine l'invitation de la venir rejoindre; mais aimant , comme elle le dit , sa commodité et son repot, effrayée d'ailleurs de tout ce tapage et éminemment pacifique par caractère, elle résolut de se retirer en Normandie, d'où elle comptait ne revenir que lorsque l'or;ige serait entièreme t apaisé. Désespérant de sortir en voiture d'une ville dont toutes les issues étaient gardées par des gens armés , elle résolut de partir à pied, et sortit à cet effet avec sa sœur Socratine; elles étaient masauées toutes deux, comme c'était alors I usage pour les femmes de qualité. Mais poursuivies et signalées comme appartenant à la cour, elles courent d'église en palais, de palais en église, sans pouvoir trouver un reluge assuré , et arrivent enfin à Saint Roch , où elles croient se sauver en faisant mine de vouloir se confesser; mais une femme du peuple enleva le masque de madame de Motteville en la proclamant Matarine; il n'en fallait pas davantage, et les deux sœurs allaient subir toutes sortes d'outrages, quand le curé, les prenant sous sa protection, les tira des mains de la multitude. Toutes deux se retirèrent alors au Louvre , près de la reine d'Angleterre, et elles n'en sortirent que pour se rendre à Saint-Germain, après avoir obtenu un passe-port qui leur permit de passer sans obstaele les portes de Paris.

Madame de Motteville fut témoin 01 ulaire de l'arrestation des princes ( 1660), l'un des événements les plus importants de la Fronde, sur lequel elle nous a laissé d'amples et intéressants détails. Peu de temps après, elle eut à subir un violent chagrin domestique :

sa sœur Socratine, qxrelle adorait, fatiguée des scènes de violence que la cour lui présentait à toute heure , la quitta furtivement pour se faire religieuse au couvent de Chaillot. Ce fut dans cet asile que madame de Motteville se réfugia contre de nouveaux troubles en 1652 ; ce fut de là qu elle se rendit près d'Anne d* Autriche, lors-

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que l'armée royale vint assiéger Paris.

Pendant le combat de la porte Saint- Antoine (1652), vaine échaufifouréedont on attendait les plus grands résultats, madame de Motteville fut la seule dame de confiance qui se trouvât auprès de la reine , et toutes deux , dans l'église des Carmélites de Saint- Denis , attendaient le résultat du combat avec Témotion et le battement de cœur qu'on devait avoir en pareille occasion.

Éloignée quelque temps de la reine par la faiblesse de sa santé et aussi par son caractère timide, madame de Motteville revint à la- cour en 1653 , lorsque, après un court exil, Mazarin fut solennellement rentré à Paris, où il allait devenir plus puissant que jamais.

Madame de Motteville suivit la reine mère à Saint- Jean de Luz, lors du mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse ; et là le désœuvrement et l'ennui, auxquels toutes deux étaient en proie, la lièrent assez étroitement avec mademoiselle de Montpensier, dont le caractère était précisément l'opposé du sien, et qu'elle a fort bien peinte dans ses Mémoires. Ii s'ensuivit une correspondance fort curieuse entre elles deux , une sorte d'utopie sur une république à fonder, et Mademoiselle dit dans ses Mémoires : « Si l'on avoit conservé toutes ces lettres, il s'en seroit fait un volume assez gros ; madame de Motteville est fort savante ; ce qu'elle m!écrivoit étoit admirable. »

Après le mariage du roi, madame de Motteville, 'qui avait conservé sa faveur auprès de la reine mère , fut chargée par cette princesse de donner à la duchesse d'Orléans quelques conseils sur sa liaison avec le roi. Elle eut en même temps la mission de calmer la jalousie de la jeune reine, qu'alarmait cette liaison. Marie-Thérèse aimait madame de Motteville , avec laquelle elle parlait espagnol; mais le Mie de cette dernière déplut au roi, qui lui fit défendre tout commerce avec sa femme.

A quelque temps de là , Louis XIV, toujours prévenu contre madame de Motteville, refusa de la nommer gouvernante des enfants de Monsieur, charge dont la rendaient digne ses vertus et les qualités de son esprit. Enfin . quand vint le temps de la faveur de la Val-

lière, la position devint tout à fait insupportable. Le roi savait que sa mère blâmait cette liaison , et il soupçonna madamedeMottevilled'instruire la jeune reine de ce qu'il eût voulu lui cacher. Ce soupçon était complètement injuste , comme on le découvrit plus tard , et la loyauté de madame de Motteville eût dû l'en mettre à cou vert; mais Louis XIV ne revenait euère de ses préventions , et madame de Motteville dut s'éloigner de la cour. Rappelée au bout de quelque temps, à la sollicitation d'Anne d'Autriche , elle eut avec le roi une explication , dans laquelle elle déploya autant de fermeté que de franchise, ce qui sembla raccommoder un peu LouisXIV avec elle.

La reine mère fut à peu de temps de là atteinte de la maladie qui causa sa mort, et madame de Motteville ne cessa de lui prodiguer ses soins jusqu'au dernier moment. La reine expira presque dans ses bras, et par son testament légua une somme de dix mille écus à celle qui l'avait si fidèlement servie.

Agée de quarante-cinq ans à peine lorsque^mourut sa royale amie, madame de Motteville se résolut à quitter la cour , sans toutefois abandonner le monde. Parmi les femmes qu'elle vit le plus intimement à cette époque de sn vie, on remarque mesdames de Sévignc et de la Fayette, dignes amies qui font l'éloge de celle qui les choisit. Ce fut alors aussi qu'elle écrivit ses Mémoires, pour lesquels elle avait recueilli des notes dès sa première jeunesse. Ce travail , qui l'absorbait entièrement , la rendait souvent rêveuse au milieu de la société , et, dans ces moments, chacun regrettait une conversation toute charmante et toute pleine de douceur.

La mort vint, en enlevant à madame de Motteville quelques-unes des personnes qu'elle chérissait, lui donner de

filus en plus le goût de la retraite; enfin orsqu'elle mourut en 1689, âgée de soixante-huit ans, elle menait une vie des plus solitaires , ne sortant de chez elle cjue pour aller au couvent de Sainte- Marie de Chaillot ; à ce couvent qui vit passer tant d'illustrations du dix-septième siècle, depuis mademoiselle de h Fayette, qui l'avait fondé, jusqu'à madame de Montespan , qui dans sa dis-

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ffftt y venait chercher les consolations de cette sainte Louise de la Miséricorde, qu'elle avait obligée de s'y enfermer.

Les Mémoires de madame de Motte- Tille, auxquels, aujourd'hui que le prestige de la royauté est détruit, nous çommes tentés de reprocher une sorte d'esprit de domesticité, sont peut-être le monument le plus impartial, et par cela même le plus précieux qui nous soit resté sur l'époque qu'ils peignent. Par malheur le style de ces Mémoires, incorrect et diffus , en rend parfois la lecture difficile, quoique toujours la candeur et la bonne foi qu'on y voit briller à chaque page fassent aimer celle qui les a écrits. Publiés pour la première fois plus de trente ans après la mort de madame de Motteville, ils ont eu depuis lors de nombreuses éditions-, les meilleures, qui sont en même temps les plus récentes, font partie de la collection de Mémoires sur Ckistoire de France, de MM. Petitot et Montmerqué, et de celle de MM. Michaud et Poujoulat.

Mocchy (Antoine de) , en latin Demochares, docteur de Sorbonne, accompagna le cardinal de Lorraine au concile de Trente en 1562, et à son retour en France se chargea, sous le titre d'inquisiieur de la foi, de rechercher les partisans d'opinions contraires à la pureté du dogme. Une telle conduite, que les contemporains ont qualifiée d'espionnage , et où Mézerai a vu l'origine des mouchards, lui attira la haine générale. II mourut à Paris en 1574.

Mouchy (duc de). Voyez No ailles.

Moultxs. Mollnse. Ville de l'ancien Bourbonnais , aujourd'hui chef-lieu du département de I Allier ; son origine ne paratt guère devoir remonter au delà du dixième siècle; Archambauld VIII de Bourbon en affranchit les habitants de la taille aux quatre cas , moyennant une redevance annuelle ; Robert, fils de saint Louis, y fonda un hôpital en 1269; mais die ne prit une importance réelle qu'en 1368 , quand le duc Louis II de liourbon revint d'Angleterre. Depuis cette époque jusqu'à la fuite du connétable . les princes de cette branche des Bourbons y résidèrent constamment.

Du reste. Moulins n'a guère vu que deux événements historiques d'une haute importance: le mariage d'Antoine de Bour-

bon-Vendôme avec Jeanne d'Albret, en 1548, et la fameuse assemblée de 15Gfi où fut rendue la célèbre ordonnance dite de Moulins. On remarque à Moulins l'église Notre-Dame, où sont les tombeaux de Jeanne de France, fille de Charles VII, de Jeanne d'Armagnac, de Jean II, et le collège (ancien couvent de la Visitation) qui renferme le magnifique mausolée élevé à la mémoire du duc de Montmorency, décapité en 1632.

Cette ville compte aujourd'hui 14,500 habitants ; elle est la patrie des maréchaux de Villars et de Berwick.

M ou Lins (assemblée et ordonnance de). Voyez Ordonnances.

M ou nier (Jean-Josenh), né à Grenoble, en 1758 , se fit ae bonne heure recevoir avocat; mais, forcé par la faiblesse de son organe, de renoncer à la plaidoirie , il se livra aux travaux de cabinet et acquit bientôt la réputation d'un jurisconsulte distingué. Il étudia avec ardeur les écrits politiques publiés en Angleterre, et, au commencement de la révolution, il se trouvait en état d'entrer immédiatement dans l'arène. Élu, en 1788 , secrétaire des états de Bourgogne , ce Ait lui qui fit rédiger la fameuse déclaration publiée par ces états , et qui formulait d'une manière si exacte les griefs et les vœux de la nation. Ce manifeste fut suivi d'un arrêté dans lequel Mounier fit entrer un article qui renfermait à lui scnltoutela révolution : on y demandait la double représentation du tiers. Le 2 janvier 1789, il fut nommé député aux états généraux.

H prit une part active aux conférences qui précédèrent la réunion des ordres , et déclara aux commissaires du clergé et de la noblesse, que le vote en commun n'était pas seulement exigé par les membres du tiers état pour la vérification des pouvoirs, mais pour toutes les opérations ultérieures ; puis, les ordres privilégiés persistant dans leur refus de délibérer par tête, Mounier proposa l'arrêté suivant : « La « majorité des députés , délibérant en « l'absence de la minorité dûment in- « vitée, a décrété que les délibérations « seraient prises par tête et non par « ordre,etqu*on ne reconnaîtrait jamais « aux memores du clergé et de la no- « blesse le droit de délibérer séparé-

MorxiER L'UNIVERS, jiouxier

« ment. » Ce projet , d'abord vivement approuvé , fut remplacé par les propositions de Sieyès.

Quelques jours après, eut lieu la célèbre réunion du Jeu de paume, et ce fut Mounier qui proposa aux députes de jurer de ne point se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Dans la séance du 23 juin , il se montra inébranlable dans la résolution précédemment arrêtée, et appuya vivement Mirabeau lorsque celui-ci fit à Dreux-Brézé sa fameuse réponse.

Cependant, lorsqu'il s'agit du changement du ministère , Mounier soutint vivement la prérogative royale, et se montra toujours partisan de la constitution monarchique. « N'oublions pas, « dit -il dans cette circonstance, que « nous aimons la monarchie pour la « France, et non la France pour la mo- « narchie. » Puis, chargé par le comité de constitution , où siégeaient Talleyrand, Sieyès, etc., de présenter un rapport sur les plans de réorganisation polit iquejl proposa un projet de constitution tracé sur le modèle de la charte anglaise. Il insista sur la pondération des divers pouvoirs et la séparation du corps législatif en deux chambres. Mais ces idées n'obtinrent pas l'assentiment de la majorité; le comité fut renouvelé, et les membres qui le composaient perdirent beaucoup de leur popularité. Ainsi Mounier se trouvait dépassé dans ses idées constitutionnelles.

Les événements des 5 et 6 octobre l'affligèrent vivement ; il donna sa démission de député , et songea, diton, à soulever les Dauphinois pour soutenir la cause du roi. «Il faut se battre, « dit-il à Lally Tollendal ; le Dauphiné « a appelé les Français a la liberté ; il « faut qu'il les appelle aujourd'hui à « défendre la royauté. J'ai déjà écrit à « notre commission intermédiaire : je « lui demande une protestation contre « les actes d'une assemblée qui ne peut « plus être considérée comme libre :

<• puis la convocation de nos états ; le <■ reste suivra. » Il paraît cependant qu'il renonça bientôt à ce projet ; car, il se retira au sein de sa famille, et, dès lors, cessa de s'occuper des affaires publiques. Jugeant ensuite que la prudence lui commandait de se soustraireaux per-

sécutions que pourrait lui attirer son

attachement à la famille royale, il quitta la France en 1 790 , et se retira a Genève ; puis, après avoir été à Berne, à Londres et à Milan, il se fixa, en 1795. dans les terres du duc de Weimar, au château de Belvédère, où il s'occupa df l'éducation de quelques jeunes gem qui se destinaient aux fonctions publiques.

La révolution du 18 brumaire U trouva dans cette position. Il se liâu alors de revenir en France, et fut nommé presque aussitôt préiet du départe mentd'lile-et-Vilaine, et, peu de tempt après, conseiller d'État ; il mourut à Paris en 1806.

Ou a de lui, entre autres ouvrages :

Procès-verbal de rassemblée générait des trois états du Dauphiné , tenue à Romans, 1788, in-8° ; Pouvoirs des députés du Dauphiné, 1788, in-8% Nouvelles observations sur les états généraux en France, 1789, in-8°; Considérations sur les gouvernements, et principalement sur celui qui convient à la France, 1789, in-8°; Recherches sur les causes qui ont empêché les Français de devenir libres, et sur les moyens qui leur restent pour acquérir la liberté, 1792, 2 vol. in-8°; Adolphe, ou Principes élémentaires de politique, et résultats de la plus cruelle des expériences , 1795, in-8°; De l'influence attribuée aux philosophes, aux francsmacons et aux illuminés , sur la révolution dcFrance,\%Q\, in-8°;2e édition.

Pans, 1822, in-8o.

Claude Philippe Edouard Mounier .

fils du précédent, naquit à Grenoble en 1784. Il suivit son père dans son exil volontaire, et ne revint en France qu'avec lui, après le 18 brumaire. A la mort de son père, Napoléon, qui s'intéressait à sa famille, le nomma auditeur au conseil d État. Après la bataille d'Iéna, il fut nommé intendant de la principauté de Saxe-Weimar, puis administrateur-adjoint de la Silésie. En 1809.

Napoléon lui confia ta place de secrétaire de son cabinet en remplacement de Clarke, appelé au ministère de la guerre. Il passa cinq ans dans cette position, et fut nommé successivement maître des requêtes , officier de la Légion d'honneur , et enfin baron avac une

MOUSQUET

FRANCE

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