PLOERMEL
tion, attaqua la téte du Dont, défendue par 600 hommes et 20 pièces de canon, et s'en empara. Les Autrichiens, ayant coupé, du côté de la ville, quelques* bateaux du pont, se préparaient à défendre le passage du fleuve avec une forte batterie; mais le général français prévint ces dispositions, fit passer deux régiments sur des barques réunies à la hâte, attaqua la ville, s'en empara, y fit un grand nombre de prisonniers, et enleva des magasins considérables. Une partie de la cavalerie autrichienne s'était retirée dans la citadelle. A peine Murât eut-il pris position à Plaisance, que la grand' garde française fut attaquée du côté de la route de" Parme, par un corps d'environ 1,000 hommes, qui venait renforcer la garnison du fort. Se plaçant alors à la téte de deux bataillons, Murât chargea l'ennemi à la baïonnette, le culbuta, lui prit ses canons, ses caissons, ses munitions, et le dissipa entièrement. La citadelle, vivement attaquée les jours suivants, se rendit le 17.
Plaisance (duc de). Voy. Lbbbun.
Plancher (dom Urbain), né en 1667, à Chenus, près de Baugé, en Anjou , entra en 1685 dans la congrégation de Saint-Maur, et mourut en 1750, à l'abbaye de Saint-Benigne, près de Dijon, après avoir publié YHistoire générale et particulière du duché de Bourgogne, Dijon, 1739-48, 3 vol. in-fol.
Plantin (Christophe), né à Mont- Louis, en Touraine, vint de bonne heure à Paris, où il travailla comme relieur, puis alla apprendre la typographie à Caen, chez Robert Macé. Il se perfectionna ensuite dans la connaissance de cet art, en parcourant les principales imprimeries de France, et alla enfin, en 1555, s'établir à Anvers, où il se fit bientôt une immense réputation. Le roi d'Espagne, Philippe II, le nomma son premier imprimeur, et le chargea de publier une nouvelle édition de la Bible polyglotte d'Alcala; cette édition est regardée comme le chef-d'œuvre typographique de Plantin ; elle parut de 1569 à 1572, 8 vol. grand in-f°. Ce célèbre typographe mourut en 1589, après avoir été le rival des Aide et des F.stienne. Outre son imprimerie d'Anvers , il en avait une à Levde et une autre à Paris; sa marque était une main tenant un
compas y avec ces mots en exergue :
La bore et fonstantia.
Plélo ( Louis- Robert-Hippoly te de Bbbhan, comte de), né en 1699, d'une ancienne famille de Bretagne, était ambassadeur de France auprès du roi de Danemark, lorsque Stanislas Leczinski, élu pour la seconde fois roi de Pologne en 1733, fut forcé de se retirer dans la ville de Dantzig, où une armée russe vint l'assiéger. Une escadre portant 1 ,500 hommes de débarquement fut envoyée par le cardinal Fleury au secours du beaupère du roi de France ; mais la Motte, qui la commandait, n'osa risquer un combat inégal, et se retira dans le port de Copenhague. Le comte de Plélo, indigné, résolut de secourir Dantzig ou de périr. Il arriva, le 27 mai 1734, devant la ville avec 1,600 Français, attaqua aussitôt les Russes, qui étaient au nombre de 30,000 , força trois de leurs retranchements , et il se trouvait près des murs de la place lorsqu'il tomba criblé de balles. Sa mort força ses soldats à la retraite; toutefois, "ils se défendirentencore pendant plusieurs jours, et ne capitulèrent que lorsqu'ils furent accablés par le nombre. Aux sentiments d'un héros , Plélo joignait le goût des lettres et de la philosophie. Il avait fait quelques recherches savantes et des observations astronomiques qui ont été consignées dans le Recueil de l'Académie des sciences. On a en outre de lui des pièces légères, pleines de délicatesse. La plus connue est une idylle intitulée la Manière de prendre les oiseaux, insérée dans le Portefeuille cTun homme de goût. C'est à lui que la Bibliothèque royale doit ce qu'elle possède de plus précieux sur les langues du Nord de l'Europe.
Plbssïs-lbz-Toubs. Voy. Richelieu.
Plobbmel. Cette petite ville de Bretagne, aujourd'hui l'un des chefs-lieux d'arrondissement du département du Morbihan , date du dixième siècle ; elle fut, en 1222, livrée à Pierre de Dreux, duc de Bretagne, par Amaury de Craon ; Charles VIII la saccagea en 1487; l'année suivante, le duc François II la reprit et en fit démolir les fortifications, qui furent rebâties peu de temps après, puis abattues de nou-
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veau, en 1591, par le duc de Mercœur.
On y compte maintenant 4,500 habitants.
Pluchb (Noël- Antoine, l'abbé), écrivain laborieux, né à Reiras, en 1688 , était directeur du collège de Laon, lorsque, dénoncé comme janséniste, U fut contraint de quitter son emploi. Il vint alors à Paris, et y donna quelque temps des leçons; mais il renonça ensuite à l'enseignement pour travailler au livre qui devait faire et qui fit en effet sa réputation. Il mourut à Varenne-Saint- Riaur, en 1761. On a de lui : le Spectacle de la nature, ou Entretiens sur l'histoire naturelle et les sciences, Paris, 8 tom. en 9 vol. in-12, ouvrage excellent, qui a été réimprimé plusieurs fois et que Ton a traduit en plusieurs langues; Histoire du Ciel, considérée selon les idées des pot tes, des philosophes et de Moue, 1739, 2 vol.
in-12; La mécanique des langues et l'art de les enseigner, 1751, in-12.
Plumier (Charles), religieux minime et savant botaniste, né à Marseille, en 1646, étudia d'abord les mathématiques à Toulouse, sous le P. Maignan, son confrère, puis s'adonna exclusivement à la botanique; enfin, Louis XIV l'envoya en Amérique, où il fit trois voyages différents. Il y retournait une quatrième fois, pour examiner l'arbre qui produit le quinquina, lorsqu'il mourut au port Sainte-Marie, près de Cadix, en 1706. On a de lui : Description des plantes de l'Amérique, 1693, in-fol.
avec 108 planches; Traité des fougères de l'Amérique, 1705, in-fol. avec 172 planches; Nova plan far um americanarum Gênera, Paris, 1703, iu-4<s VArt de tourner, 1701, in-fol.
Pô" (départ, du). Ce département , réuni à la France en 1802, avec les autres départements formés dans le Piémont , avait pour bornes : au nord, les départements du Mont-Blanc et de la Doire; à l'est, celui de Marengo; au sud, celui de la Stura, et à l'ouest, celui des Hautes-Alpes. Son chef-lieu était Turin.
Poctibb (Êlienne-Nicolas), né à Paris, canonnier à la 6' demi-brigade d'artillerie, venait d'avoir le bras gauche emporté par un boulet, à la prise du vaisseau anglais te Swijlsure; il n'eut pas plutôt subi l'amputation, qu'il re-
monta sur le pont, et mit le feu à une pièce en s'écriant : « L'ennemi m'a coupé « un bras, je lui ferai voir qu'il m'en « reste encore un pour le service de ma » patrie. »
Poésie. Boileau a dit au premier livre de son Art poétique :
Dnrant le* premier* en* do Paint*** freofoi»,
Le caprice tout »eut faisait toute* le* loi» ;
La rime eu bout An mots assemblé* san* mesure
Tenait lieo d'oroeuienU . de nombre et de céauc
Quoique Boileau eût peu lu les productions des premiers trouvères, le jugement qu'il porte ici sur eux tombe juste. Quels furent les ouvrages poétiques qui parurent durant les premiers ans du Parnasse françois, c'est-à-dire aux onzième, douzième et treizième siècles?
C'est l'époque des longs romans de chevalerie et des fabliaux ou lais; c'est alors qu'on raconte dans des poèmes de douze mille vers, l'histoire des paladins de Charlemagne, ou celle des chevaliers normands de la Table ronde, ou les exploits d'un Alexandre moitié historique, moitié fabuleux, ou les étonnaotes aventures d'Amadis; c'est alors que dans des récits plaisants, ou satiriques, ou licencieux, d'une étendue moindre, on retrace les métamorphoses allégoriques du renard, les tours bouffons du vilain mire, ou la passion touchante de Griselidis. Or, quelle est la valeur
fwétique des œuvres de ce genre, que e génie français, dans toute cette période primitive, produisit en si grande abondance? On n'est pas poêle pour inventer une longue suite d'événements romanesques, pour accumuler dans un récit des fictions, des prodiges. Il oe suffit pas pour être poète de conter avec esprit une aventure bouffonne, un trait grotesque ou licencieux, ou d'attaquer avec des allusions plaisantes et liardies les abus dont l'humanité gémit. Les premiers trouvères eussent été poètes, s'il n'eût fallu pour l'être que de l'imanation romanesque et de l'esprit railleur; mais il faut encore pour cela une langue et un style, c'est-à-dire une civilisation perfectionnée, de Part et du goût. La langue des premiers trouvères était si informe, si indécise, qu*eiie changeait sans cesse, et que ses monuments devenaient presque inintelligibles pour la nation, à cinquante ans de dis-
POÉSIE
FRANCE
poésie
tance. Ils n'avaient point de style; car ou ne peut donner ce nom aux formes rudes, grossières et pauvres, dont ils habillaient, avec une insouciante facilité, leurs imaginations naïves et leurs souvenirs confus de l'antiquité. Us ne connaissaient presuue aucune loi de versification. Dans les vers de Robert Wnce (*), dans ceux de Chrestien de Troyes (**), c'est toujours la rime qui tient lieu de nombre et de césure, aussi bien que d'ornements; en les lisant, il faut toujours en revenir au jugement
au'après une étude rapide, mais sufsante, s'en était formé Boileau. C'est toujours aussi la même abondance, la même prolixité, dans la forme du récit. « La facilité de cette langue, oui avait « peu de règles, dit M. Viïlemaio, et de « cette poésie, qui n'en avait qu'une, « la rime, permettait à tout homme « doué de quelque invention et de quel- « que mouvement d'esprit, de raconter « longuement ce qu'il savait ou ce qu'il « imaginait. •
Toutefois, remarquons que l'arrêt prononcé par Boileau n'est parfaitement juste que lorsqu'on se contente d'en faire l'application aux genres de poésie les plus généralement cultivés dans les premiers siècles de notre littérature, par exemple, au poème chevaleresque, au poème historique, au fabliau, qui sont les seuls que nous ayons cités jusqu'ici. Mais à une certaine époque de la longue période que Boileau a voulu caractériser, on vit paraître des genres nouveaux, soumis à des règles de versification plus compliquées et plus savantes. Ainsi, au treizième siècle, les trouvères, doot l'oreille était devenue plus délicate, et qui avaient eu le temps d'étudier dans les productions des troubadours la variété du rhythme et la richesse de l'harmonie, commencèrent h composer des rondeaux , des chansons, des ballades. Dans ces poésies, toujours peu étendues, et où, par cela même, le mécanisme de la versification pouvait être plus aisément perfectionné, la rime ne fut plus le seul ornement des vers, ou du moins cet ornement fut employé avec
sie<"U'.
dé Mou, douzième
bien plus d'art et d'invention. Les trouvères apprirent à produire des effets harmonieux, par la répétition prolongée et
f>ar l'entrelacement régulier des rimes.
Is sentirent, en outre, le prix de la cadence, et, sans observer aucune loi fixe pour la césure, ils s'efforcèrent de donner au vers une marche plus soutenue et plus réglée. Ils commencèrent aussi , à cette époque, à créer des vers de nouvelle mesure, qu'ils entremêlaient heureusement. Ainsi, le treizième siècle offre certains essais de versification déjà assez habiles pour ne point mériter qu'on leur applique à la lettre le jugement rendu par fauteur de Y Art poétique. Du reste, si l'on y cherche, non plus l'enveloppe matérielle, le vêtement extérieur de la poésie, mais la poésie elle-même, c'est-à-dire l'imagination, le goût, le style, on est forcé de Jes juger aussi sévèrement que les poèmes de chevalerie et les fabliaux. C'est a peu près la même barbarie et la même insipidité.
Cependant, un progrès réel et notable devait enfin s'accomplir. La meilleure manière de faire connaître la date d'un progrès, c'est de citer le nom de l'homme chez lequel ce progrès se manifeste avec le plus d'éclat. Quel nom de poète pourra marquer ce mieux , ce premier perfectionnement vraiment digne d'attention et vraiment heureux de la poésie française ? Pour le trouver, faudrat-il sortir du treizième siècle? faudrat-il le chercher dans le quatorzième ou bien attendre , pour le voir paraître, jusqu'au quinzième ? Ce poète, qui doit clore l'époque de barbarie, ou du moins montrer les premiers symptômes décisifs d'imagination et d élégance , sera-ce l'amant de la reine Blanche, l'illustre croisé de la guerre des Albigeois, ce Thibaut de Champagne, qui se délassait des fatigues de la vie aventureuse en imitant, dans la langue des trouvères, l'art ingénieux des poètes du Midi ? Mais si les ouvrages de ce poète sont, à quelques égards, supérieurs à ce gui s'est fait avant lui , la langue qu'il parle est encore presque entièrement dépourvue, non-seulement de souplesse et d'éclat, mais de régularité : c est encore une langue à la fois grossière et indécise. Thibaut de Cham-