POLIGNAC
mirent dans leurs procédés une hauteur qui allait jusqu'à l'insulte. Ce fut alors que l'abbé de Polignac leur dit : « On « voit bien que vous n êtes pas accou-
• tumés à vaincre. » On cite un mot semblable du même abbé de Polignac aux mêmes ambassadeurs. Ceux-ci, pendant les négociations du traité d'Utrecht, menaçaient les plénipotentiaires français de les chasser de la Hollande: « Nous n'en sortirons p.is, leur répon- « dit M. de Polignac; et nous traite-
• rons chez vous , de vous , et sans « vous. »
En 1713, l'abbé de Polignac reçut le chapeau de cardinal, et fut nommé maître de la chapelle du roi. Disgracié et exilé de nouveau pendant la régence, pour s'être compromis dans la conspiration des princes légitimés, il revint à la cour en 1721 , fut pour la troisième fois envoyé à Rome, concourut à l'exaltation de Benoit XIII et de Clément XII, resta huit ans à la cour pontificale, chargé des affaires de France; termina les différends suscités par la bulle Unigenitus , et rentra enfin dans sa patrie en 1730. Pendant son absence, il avait été appelé à l'archevêché d'Auch (1726). Il avait été reçu à l'Académie française en 1704; à celle des sciences en 1711, et à celle des inscriptions en 1717. Ses vastes connaissances, son éloquence toute ctcéronienne dans la langue de l'orateur romain, mais surtout ce (jue le public connaissait déjà de son poème de I1 Anti- Lucrèce , furent ses titres à ces honneurs littéraires. Ce poème n'avait pas encore atteint la perfection que l'auteur se proposait de lui donner, quand il fut surpris par la mort, à Paris, le 20 novembre 1741. Lebeau, l'historien du Bas-Empire , et l'abbé de Rothelin y mirent la dernière main, et le publièrent en 1745.
Sidoine - Apollinaire - Gaspard - Scipion, marquis de Polignac , frère aîné du précédent, fut lieutenant général des armées du roi et gouverneur du Puyen Vêlai.
Yolande- Martine- Gabrielle de Po- LàSTBON, duchesse de Polignac, connue surtout par l'affection toute particulière que lui montra Marie-Antoinette, naquit vers l'année 1749. Douée de beaucoup d'agréments, elle épousa,
en 1767, le comte Jules de Polignac , petit fils du précédent. Bien qu'elle eût été préseutée à la cour à l'époque du mariage de Mari; -Antoinette, alors dauphine, elle vivait habituellement, par économie, dans une terre de son mari, à Gave. Cependant elle parut enfin dans quelques bals à Versailles; elle y fut remarquée , et elle parvint à intéresser la jeune reine en ne taisant pas l'obstacle qui récemment s'était opposé à ce qu'elle assistât aux fêtes données à l'occasion du mariage des frères de Louis XVI. Marie-Antoinette conçut bientôt pour elle un vif attachement, et elle mit si peu de réserve dans les démonstrations de son amitié, que ia comtesse devint dès lors l'objet de l'attention envieuse des courtisans. On a dit que les séductions de la faveur ne la préoccupaient pas au point de lui en cacner l'écueil, et qu'elle avait songé sérieusement à se retirer. Quoi qu'il en soit, il paraît que d'autres conseils prévalurent : on se flattait dans sa famille de partager les avantages que cette liaison pourrait offrir, et on lui lit écrire à la reine une lettre d'adieu , où elle lui disait, au milieu des expressions de la plus tendre reconnaissance , que le départ auquel elle était résolue n'avait pas pour principal motif la difficulté de se montrer convenablement à la cour ; mais qu'elle craignait surtout un refroidissement qui la livrerait à l'inimitié de bien des rivales. C'était décider Marie- Antoinette à prendre des moyens efficaces pour la retenir à la cour : elle fut d'abord installée au haut de l'escalier de marbre de Versailles, dans un appartement qui seul aurait été une grande distinction ; et pour dissiper encore mieux ses inquiétudes en commençant à lui assurer un sort , la place de premier écuyer, devenue vacante peu de temps après, fut donnée à son mari, simple colonel. Ce fut seulement en 1780 que le roi le fit duc héréditaire. En 1782, la princesse de Rohan-Guémenée fnt obligée de quitter ses fonctions de gouvernante des enfants de France; madame de Polignac la remplaça, et, bientôt après , son mari fut nommé surintendant des postes. M a rie- Antoinette passa dès lors une partie des journées auprès de son amie, dont les salons devinrent