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En 1805, les travaux du laboratoire de zoologie, poussés avec activité, donnèrent pour résultat la préparation complète de cent un quadrupèdes, cinq cents oiseaux, et autant de reptiles et de poissons. En même temps Cuvier , qui s'acquit depuis un nom si brillant, exécutait, non sans beaucoup de peines et de fatigues de toutes sortes, la dissection de l'éléphant , et faisait ainsi connaître l'anatomie complète de cet animal.
Au commencement de 1 800, étaient partis, sous le commandement des capitaines Baudin et Hamelin, deux vaisseaux, le Naturaliste et le Géographe, à bord desquels se trouvaient oes nommes instruits, chargés de faire aux terres australes des découvertes en géographie et dans les sciences physiques et naturelles. De retour vers la (in de 1804, ces vaisseaux rapportèrent une telle quantité d'objets , qu'on fut quinze jours à tes débarquer au port de Lorient.
En 1806, les galeries d'anatomie furent ouvertes au public. La galerie de botanique fut également terminée et livrée à l'étude; c'est la collection la plus complète et la plus nombreuse qui existe.
En 1810, les galeries destinées à la
{;éologie furent terminées , et en 1811 es collections y furent déposées; en même temps se terminait la grande rotonde située au milieu du jardin, et qui sert de demeure aujourd'hui à la girafe, à l'éléphant et à quelques autres animaux. Cette même année on recevait vingt-quatre animaux de la ménagerie du roi de Hollande.
En 1815, quand les armées étrangères apparurent pour la seconde fois sur le sol français , le Muséum dut leur payer son tribut, comme toutes nos belles collections d'art et de science. Le zèle des professeurs parvint cependant à rendre moins graves pour les sciences les sacrifices auxquels il fallut se soumettre , et bien que les armoires aient été bien dégarnies à cette époque , cependanton put dire qu'il n'en fut enlevé aucun objet essentiel.
Nous regrettons de ne pouvoir donner sur U marche progressive de l'établissement tous les détails intéressants que comporterait une pareille matière; mais, enfermés dans les bornes nécessairement imposées à uu ouvrage géné-
ral , nous nous contenterons d'indiquer rapidement jusqu'à nos jours les travaux et les changements les plus importants qui ont eu lieu depuis la fin de
En 1818, fut posée la première pierre de la ménagerie destinée aux bêtes féroces. Cette ménagerie fut terminée en 1821, et put recevoir ses hôtes. Bientôt on affecta des fonds pour entretenir des hommes instruits, qui, avec le titre d'élèves-voyageurs, devaient parcourir le monde et en rapporter des richesses pour le Muséum. De tous côtés d'ailleurs les voyageurs se faisaient un devoir d'adresser à l'établissement les objets intéressants qu'ils avaient pu recueillir. Ce fut ainsi qu'on reçut des envois très-considérables de Sumatra, de Pondichéry, deChandernagor, du Brésil , de l'Amérique , des lies Philippines , de la Tauride , et , par le moyen de l'infortuné Dumont d'Urville, qui n'était encore que lieutenant de vaisseau, des objets recueillis dans les îles de l'Archipel et sur les bords du Pont-Euxin.
En 1833, lady Bentinck, épouse du gouverneur général des possessions anglaises dans les Indes orientales , adressa au roi des Français un envoi très-riche, dont furent distraits vingt-deux oiseaux très -curieux de l'Himalaya qui furent remis au Muséum.
En 1835, M. Dussumier rapporta de l'Inde l'une des plus belles collections d'animaux vivants qu'on eût encore reçue ; plus, seize cents autres objets ou préparations zoologiques , conservés dans l'esprit de-vin. La frégate la Mecherche rapporta également de l'Islande une collection extrêmement variée de roches, de coquilles, un herbier trèsconsidérable, des granits et plusieurs animaux vivants.
En 1838, le prince de Joinville remit au Muséum un assez grand nombre d'animaux vivants ramenés par lui de l'Amérique.
Pendant la période des dix dernières années, 1833-43, de nombreux travaux d'agrandissement, de constructions, de terrassements, avaient été accomplis.
Le 28 juillet 1833, avait été posée la première pierre d'une nouvelle galerie qu'on se proposait de construire parallèlement à la rue de Buffon. Oo com-
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mença la même année la reconstruction tntière du comble de la grande orangerie ; oo reprit les travaux des serres tempérées et des cages qui en dépendent.
Presque en même temps on éleva à la place d'anciens laboratoire de nouvelles galeries d'anatomie comparée, et plusieurs laboratoires pour ranatomie humaine. On construisit encore plusieurs fabriques pour les animaux.
Vers le milieu de 1836, la nouvelle galerie était entièrement couverte , il n'y manquait plus que les boiseries et les armoires. Presque toutes les serres étaient terminées. Enfin on avait creusé un réservoir général pour le service des eaux , sur remplacement de plusieurs maisons dont on avait débarrassé une partie de la place de la Pitié. L'acquisition de plusieurs portions de terrains avait complété l'isolement du Muséum.
En 1839, une immense grille enfermait les nouveaux terrains et les réunissait au reste du Jardin. Enûn, en 1840, la bibliothèque, transportée dans l'étage supérieur de la nouvelle galerie de minéralogie, était ouverte au public. Depuis trois ans on a continué les travaux commencés ; on en a terminé quelques-uns ; enfin, nous allons donner un aperçu aussi succinct que possible de l'état actuel et du Muséum d'histoire naturelle et du Muséum.
L'enceinte du Jardin comprend quatrevingt-quatre arpents. Les collections sont disposéesdans les divers bâtiments, et comprennent: celle des poissons, plus de 5,000 individus ; celle des mammifères, plus de 15,000; 6,000 oiseaux environ ; 25,000 animaux invertébrés ; la collection de minéralogie, la plus complète et la plus curieuse qui existe , et enfin celle de botanique.
La bibliothèque contient 10,000 volumes relatifs à toutes les branchés de P histoire naturelle.
Kous n'avons pas parlé des changements survenus dans l'organisation du Muséum et dans l'enseignement depuis le décret de 1703. Un dernier regard sur ces deux objets complétera cette histoire, trop restreinte sans doute, de cet établissement, mais déjà longue pour les dimensions de l'ouvrage dont elle fait partie.
La loi de 1802, sur l'instruction pu-
T. xi. 6* Ucraison. (Dict. bncy<
blique , enleva au» professeurs le droit de nommer seuls aux places vacantes et décida que cette nomination serait faite par le premier consul , sur trois candidats présentés, l'un par l'Institut, l'autre par les inspecteurs généraux, le troisième par les professeurs : là loi de 1808 sur l'organisation de l'Université relira aux inspecteurs le droit de présentation; et pendant l'empire et depuis, les nominations se sont faites par le chef du gouvernement, sur la présentation des professeurs et de l'Académie des sciences.
En 1832, le désir de réunir tous les pouvoirs entre les mains des ministres vint encore tourmenter le gouvernement.
11 est vrai que c'était un puissant moyen d'action que l'on acquérait, en mettant ainsi à sa disposition tant de places qu'on pourrait donner à titre de récompense, sinon au mérite, du moins à la complaisance. La Bibliothèque royale surtout et le Muséum, administrations qui toutes deux et si heureusement avaient jusque-là conservé une organisation indépendante, excitaient la convoitise du ministère. Il fut décidé qu'on reprendrait le projet jadis proposé par Lucien, et au'on porterait un coup fatal à leur indépendance en même temps <ju''à leur prospérité, en créant dans chacune de ces administrations un agent supérieur, instrument docile du ministre, puissant par son appui, en communication directe avec lui, et exerçant par là une autorité sans appel dans l'intérieur.
On fit, des deux parts, des représentations au ministère ; on allégua que , placer un seul homme à la tete d'une semblable administration, c'était nécessairement favoriser une des branches de cette administration suivant le goût de l'administrateur et au détriment de toutes les autres; que les anciens chefs se trouveraient dans un état de subordination , fâcheux et pour eu x et pou r Te ta h I i ssement lui-même, puisqu'elle affaiblirait leur zèle et paralyserait souvent leurs efforts; on faisait remarquer enfin qu'avec l'ancienne organisation , les deux établissements avaient été dans un état d'accroissement et de prospérité continuel , et que cet état de choses était tellement utile pour le bien général,
,., etc.) 6
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que Napoléon lui-même , empereur et tout-puissant, despote autant par politique que par caractère , avait renoncé à réaliser un plan semblable. La mesure fut suspendue quant au Muséum. Moins puissants, les conservateurs de la Bibliothèque royale durent subir une domination momentanée, il est vrai, car l'ordonnance qui l'imposait fut rapportée quelque temps après. Mais toutefois le ministère n'abandonna pas complètement son idée, et il y revint indirectement en décidant que la nomination du directeur ne serait plus laissée aux professeurs,mais faite par le ministre parmi les membres des établissements, et que le membre choisi serait directeur perpétuel. Cuvier fut choisi pour le Muséum et remplacé à sa mort par M. de Jussieu, directeur actuel. Pour la Bibliothèque , la mesure eut des conséquences plus graves , car le nouveau fonctionnaire fut pris en dehors de l'établissement, et bien qu'on l'ait revêtu du titre de conservateur, ce n'en est pas moins un agent ministériel introduit au milieu d'un corps savant. Il faut espérer qu'au Muséum , où il est besoin d'une science plus précise et us exacte que dans une bibliothèque, défaut de capacité empêchera d'in.
troduire un administrateur étranger, et qu'un véritable savant n'acceptera pas une position semblable à des conditions désastreuses pour l'établissement.
Dans le cours de ces quarante .innées (1800-1843;, le Muséum s'était vu enlever, par la mort, le vénérable Desfontaines ; Haùy, qui avait tenu longtemps avec éclat la chaire de minéralogie ; Cuvier , qui s'était rendu célèbre par ses immenses travaux ; Lamark , Laugier , Lacépède , Thouin , Portai , et enfin , Toscam le bibliothécaire et Vanspaendonck, qui laissera de longs regrets. La place de ce dernier a été supprimée, et les travaux ont été distribués entre différents peintres. Il a été pourvu successivement aux différentes places vacantes. Voici quels sont aujourd'hui les professeurs et principaux employés du Muséum :
Directeur, M. de Jussieu.
Secrétaire, M. Bron«niart.
Trésorier, M. Chevreul.
Professeurs :
MM. Cordier,6eo/o^ie(nominéenl819.) Brongniart, Minéralogie (nommé en 1822 en remplacement de M. Haùy).
Duméril , Zoologie ( reptiles et
Jwissojis ). rien de Jussieu , Botanique (cours à la campagne).
De Mirbel , Culture.
Chevreul , Chimie appliquée
(nommé en 18(0).
Gay-Lussac, Chimie générale.
De Blainville , Anatomie comparée.
Piourens , Physioloaie comparée.
Valenciennes , Zoologie (mollusques et zoo pli v tes).
Brongniart (Adolphe), Botanique (au Muséum).
Becquerel , Physique appliquée (nommé en 1838 lors de la création de cette chaire).
Serres, Anatomie et histoire naturelle de V homme.
Geoftroy-Saint-Hilaire, Zoologie.
(mammifères et oiseaux).
Milne-Edwards, Zoologie (animaux invertébrés).
Bibliothécaire, M. Desnoyers.
Un grand nombre d'aides naturalistes viennent d'ailleurs en aide aux professeurs et complètent toutes les brandies de l'enseignement.
Musique. De tous les arts, la musique est celui dont l'histoire présente le plus de diffioultés.Là en effet ne se rencontrent pas , comme pour l'architecture, pour la sculpture, souvent pour la
Peinture, des vestiges de la marche de art , des monuments de ses progrès.
C'est une production intellectuelle oui n'a rien de palpable, et dont les règles et les exemples, transmis par la tradition seulement, subissent de profondes altérations. Aujourd'hui on en est ré* duit à des conjectures souvent bien vagues sur les premiers temps de la musique. L'histoire de cet art en France, si l'on veut remonter dans les temps anciens et chercher ce qu'il était chez les Gaulois et chez les Francs, ne présente rien de précis. On sait bien que les Gaulois avaient leurs bardes ou prêtres musiciens qui chantaient, en s'accompagnant d'une espèce
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de harpe, pour animer les guerriers au combat et célébrer la gloire des vainqueurs. Mais qu'était cette musique?
Malgré les recherches faites sur ce sujet, on n'a pu arriver à s'en faire une idée exacte, quoiqu'il y ait de fortes raisons pour croire à une certaine analogie entre la musique des bardes du pays de Galles qui s'est conservée, dit-on, Jusqu'à nos jours , telle qu'elle était jadis, et celle des anciens Celtes. Pour les Francs, même dénûment. On lit cependant dans Grégoire de Tours, que Clovis, dans un traité de paix avec Théodoric, roi des Ostrogoths, obligea ce prince à lui envoyer un bon joueur de guitare avec un corps de musiciens d'Italie. Il faut arriver au dixième siècle pour pouvoir ippuyer de preuves certaines et de documents précis l'histoire de la musique.
Ou troove alors des chansons en langue romane, et plusieurs manuscrits de la Bi- Miotheotie royale renferment des airs notés appartenant à cette époque. On voit, des te onzième siècle , de jeunes filles entonnant après les offices des chansons en langue vulgaire. Ces chants se faisaient entendre aussi aux processions, pendant la marche du cortège et surtout lorsqu'il s'arrêtait aux différentes stations. Dès le commencement de ce siècle, la mélodie, c'est-à-dire une succession de sons uniques, cette musique oui a dd toujours exister, commence à être soutenue par l'harmonie, bien que la composition de ces deux parties de la musique paraisse indépendante. Mais la se trouve évidemment le commencement d'un art d'écrire la musique; et depuis cette époque, les monuments sont en partie parvenus jusqu'à nous.
C'est un trait caractéristique de cette période de l'art, que la composition de la musique se divise en deux parties distinctes, l'invention du chant, qui paraît avoir été toujours dévolue au poète, et l'harmonisation, qui se faisait après coup par un musicien ; cette seconde partie reçut dès lors le nom de déchanta et eaux qui la composaient celui de dé chanteurs. Un seul nom de compositeur de mélodie, appartenant à cette époque, est parvenu jusqu'à nous, c'est celui d'Abailard. On ne connaît jusqu'à ce jour aucun des déchanteurs du même temps. A l'égard d'Abailard,
qui paraît avoir écrit toutes ses enansons en langue latine, il en avait certai nement composé les mélodies, car dans une de ses lettres , Héloïse parle de la douceur de ses poésies amoureuses :
« Tout le monde voulait les chanter, à « cause de la douceur de votre expres- « sion et de celle de votre chant. »
Pans le douzième siècle, l'invention de la mélodie ou du chant des vers fait donner aux poètes qui les composaient le nom de trouvères , tandis que celui de déchanteurs est toujours donné aux musiciens harmonisateurs. La poésie eo langue vulgaire commence à se perfectionner, et la musique elle-même s'est améliorée; mais alors s'opère dans cet art une espèce de révolution : les croisades, qui ont eu tant d'influence en toutes choses, en ont aussi une grande sur la musique. Les trouvères qui s'étaient croises rapportent de l'Orient le goût des ornements dont est surchargée la musique de ers contrées, et bientôt leur nouvelle manière devient un objet d'enthousiasme : tout le monde veut chanter; et tandis que pendant les douzième et treizième siècles , les trouvères se multiplient , en France surtout , les plus grands seigneurs croient s'honorer en cultivant l art de composer les vers et la mélodie d'une foule de chansons dont beaucoup sont venues jusqu'à nous.
Cest à cette époque que se trouvent , parmi les poètes musiciens, le châtelain de Coucy , le roi de Navarre , le comte de Béthune, le comte d'Anjou , le comte de Soissons, Henri III, duc de Brabant, Adam de La Haie , Perrin d'Angecourt, Gauthier d'Argies , Audefroi dit le Bâtard , Gilbert de Berneville , Blondel de Nesles, Colart le Bouteillier, Gace Brûlé, Richard de Fourni val , Gauthier de Soignies , etc., etc. Parmi tous ces trouvères, un seul paraît avoir réuni, aux qualités de poète et de compositeur de mélodies, celle de déchanteur; c'est Adam de La Haie, surnommé le Bossu d'Arras, qui brilla vers 1260.
Les nouvelles formes du chant drs trouvères étaient devenues tellement à la mode, que l'Église elle-même ne put s'en préserver , et que l'on vit tous les chantres broder au lutrin le chant et le déchantdes fêtes solennelles.Quel étrange concert devait résulter de cette musi-
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que, où chaque chanteur improvisait non-seulement sa partie d'harmonie, suivant certaines règles, mais aussi tous les ornements que sa fantaisie lui inspirait ! Cette extravagance nécessita une tulle du pape, qui enjoignit de conserver l'intégrité du plain-cïiant.
Des manuscrits de cette époque offrent aussi les plus anciens exemples connus d'une bizarrerie , qui paraît avoir pris naissance au commencement du treizième siècle. Comme nous l'avons dit , l'harmonie ne constituait pas dans le moyen âge l'acte de la composition , et les déchanteurs ne faisaient qu'arranger sur le plain-chaut, ou sur une mélodie mondaine, une harmonie à deux ou trois voix. L'une des voix s'appelait teneur ou ténor; celle qui accompagnait prenait le nom dediscant; et si l'harmonie était à trois parties , le ténor se mettait à la voix inférieure; la voix intermédiaire s'appelait motectus, et la supérieure triplum. Or un déchanteur imagina de prendre pour ténor d'un motet la mélodie d'une chanson vulgaire , et de l'accompagner d'un dédiant , auquel il donna les paroles latines du motet; de telle sorte que le ténor chantait des paroles profanes en langue vulgaire , pendant que les autres chantaient les paroles latines du motet. Ainsi , dans les exemples que nous avons vus, sur un Immola lus, le ténor chantait : Liesse ou confort prendrai ; le motet Fiat voluntas servait de déchant à la chanson : En espoir d'amour merci, etc.Un fait encore remarquable dans l'harmonie du moyen âge, c'est le croisement des voix si fréquent , qu'il serait souvent fort difficile de distinguer la voix grave de l'intermédiaire, et celle-ci de la supérieure. On trouve des exemples de ces croisements jusque dans la première partie du quinzième siècle.
Jusque-la on ne connaît guère de musique qu'à trois parties. Mais , dans le siècle suivant, 1 harmonie avait fait de grands progrès, et Guillaume Marchand, poète et musicien , composa alors une messe à quatre parties, qui fut chantée au sacre de Charles V. Un changement eut lieu aussi dans les dénominations, et, pour la première fois , le nom de contre-point (contra-punctum) fut substitué a celui de décuaut ( discantus ). A
Iiartir du quinzième siècle, l'art d'écrire a musique fit de rapides progrès ; c'est à ce siècle qu'appartient Guillaume Dufay de Chimay , qu'on peut considérer comme un chef d école, et qui mit en usage la notation blanche au lieu de In notation noire, employée depuis le onzième siècle ; c'est à lui qu il faut encore attribuer l'usage du canon. Du reste, comme tous les harmonisateurs de son temps, il écrivit ses messes sur des chansons vulgaires ou sur quelques phrases de plain-chant. Il fut le premier qui composa une messe entière, sur une chanson célèbre connue dès le quatorzième siècle sous le nom de Y Homme armé; et, pendant plus de cent cinquante ans, un grand nombre d'harmouistes prirent cette chanson pour sujet de leur musique d'église. Dutay cherchait surtout a donner une allure chantante à toutes les parties de sa musique , et il y réussit d'une manière étonnante pour le temps où il vivait.
A mesure que l'on faisait des progrès dans la musique instrumentale, les ornements du chant devenaient plus rares et se réfugiaient dans la musique d'orgue. Bientôt parut Josquin des Prés, qui fut un des plus grands musiciens de son temps (1480-1525), et qui perfectionna l'art dans toutes ses parties.
Outre sa musique d'église, il composa le chant d'un grand nombre de coalisons mondaines , et leur donna un caractère piquant , gai , bouffon même, inconnu avant lui. La découverte de l'imprimerie ne pouvait manquer d'avoir une grande influence sur la musique ; les œuvres des maîtres d'Italie , d'Allemagne, se répandirent; et la prodigieuse quantité de ces recueils prouve que la musique fut cultivée avec passion dans les seizième et dix-septieme siècles. Des écoles de musique s'ouvrirent dans tous les pays ; et parmi les Français qui se signalèrent à cette époque de rénovation sociale , on compte Claude Goudimel qui le premier ouvrit à Rome une école publique de musique, et qui fut le maître de Palestrina, Clément Jannequin , Claude de Sermissy, maître de chapelle de François 1er, Jean Maillard , Certon , Moules et beaucaup d'autres. Jusqu'alors les formes matérielles de l'harmonie avaient absorbé
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toute l'attention , et le goût n'avait pas présidé à la composition ; c'est ainsi que nous avons vu des paroles sacrées, des hymnes religieux chantés conjointement avec des chansons mondaines, et même, dans la composition de la musique de ces chansons, on pouvait remarquer des anomalies semblables ; les musiciens donnant souvent à des vers élégiaques une expression bouffonne. Palestrina imprima tout à coup une direction nouvelle à la musique, en appropriant cette musique au genre auquel elle devait s'appliquer. Tout le monde s'accorde à reconnaître à sa musique religieuse un caractère grave, solennel et dépouillé de passions terrestres , à ses madrigaux une grâce douce et calme; en un mot, il ramena l'art à son but naturel. Dès ce moment l'Italie acquit sur les autres nations une supériorité incontestable dans la carrière musicale. En effet, après la mort de Goudimet , victime de la Saint-Barthélemy, on ne trouve plus de grands harmonistes parmi les Français. Les troubles civils et religieux qui agitèrent la France pendant la seconde moitié du seizième siècle nuisirent d'ailleurs à tous les arts. Cependant c'est à l'année 1585 qu'il faut fixer l'établissement régulier d'une musique dans les églises de Paris; et Claude Lejeune eut une très-grande voçue, sous Charles IX Henri III et Henri IV.
Iei se place une création nouvelle qui vint achever une transformation ou plutôt une transposition commencée déjà dans la musique. Nous voulons parler de l'importance donnée à l'instrumentation, importance qui fut le résultat de l'invention du drame musical. Jusque-là les instruments n'avaient servi qu'à soutenir la voix ; ils ne faisaient que jouer simplement ce que les voix chantaient. Restreints à un emploi si borné, ils avaient pris peu de développement. Le plus ancien de tous était /'orgue; on voit en 826 un orgue construit pour Aix-la-Chapelle , par ordre de Louis le Débonnaire ; mais on peut se faire une idée de ce qu'était cet instrument , en songeant que les touches en étaient d'une telle dimension, que pour faire résonner les notes il fallait les frapper avec le coude ou avec les poings. Vers
la fin du seizième siècle, quand les premiers auteurs de musique dramatique cherchèrent à varier les effets à l'aide des instruments , ceux qu'ils avaient à leur disposition n'avaient qu'une bien faible sonorité; c'était une grande guitare, une guitare espagnole, un luth, un petit clavecin. L'harmonie de ces instruments ne suivait pas note par note les parties de chant, et les instruments faisaient entendre de temps en temps des ritournelles. Cependant les premiers essais dans ce genre tentés en Italie furent rapidement suivis d'améliorations. Claude Monteverde , illustre musicien de l'école de Venise , composa quelques opéras dans les premières années du dix-septième siècle, et déjà son instrumentation était devenue bien plus riche et bien plus variée; l'orchestre qui accompagnait la musique de VOr/eo se composait de deux clavecins , de deux grandes violes à treize cordes, d'une grande harpe double , de deux violons français , de deux guitares , de deux orgues , de quatre trombones , d'un flageolet , d'un clairon et de trois trompettes.
Un tel enthousiasme se manifesta h ces premiers essais , que les compositeurs ne tardèrent pas à faire passer les violes, les cornets et les trombones dans la musique d'église, et l'on voit en 1630, LouisXIII prendre tant de plaisirà écouter le joueur de violon Manoir, qu'il lui accorde une patente pour établir des corps de sa profession partout où il voudra. Ce fut surtout dans le jeu de cet instrument que se distinguèrent les Français, et on cite à cette époque Constantin , appelé le roi des violons, Boccau, Lazarin et Foucard.
Entraînée par l'exemple de l'Italie nui s'était mise en quelque sorte à la telo des études musicales, la France chercha aussi à perfectionner chez elle la pratique de cet art ; l'établissement de l'Opéra, en 1672, contribua puissamment à ranimer le goût de la musique. Ce n'est pas qu'il n'y eût à cette époque, à Paris, quelques artistes distingués; Levieux, Couperin, Hardelle, Richard, Chambonnière étaient d'habiles clavecinistes. Les deux Gauthier, Hemon , Blancrochet , les Dubut et Galot ne le cédaient point aux meilleurs joueurs de luth de
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