‹ France Dictionnaire EncyclopédiqueChapitre 305 sur 434 · POUSSIN FRANCK. POUSSIN · texte numérisé non relu

POUSSIN FRANCK. POUSSIN

bien d'en confier d'importants au jeune talent qui l'aurait éclipsé. Il repartit pour Home. Arrivé à Lvon, il vit encore s'en aller,avec son dernier écu, l'espoir de voir l'Italie. Heureusement son pinceau, qui ne l'abandonnait pas, le débarrassa de ses créanciers. Il revint à Paris, concourut, en 1623, pour une suite de tableaux demandés par le collège des jésuites; et ses tableaux , où se trahissaient déjà la composition puissante, l'expression poétique, lui assurèrent non-seulement le triomphe , mais aussi la protection du cavalier Marini, qui employa le jeune dessinateur à reproduire les scènes gracieuses de son poème d'Adonis. En même temps, Poussin terminait un tableau de la mort de la J iergey qui fut longtemps dans une chapelle de Notre- Dame.

Marini était retourné à Rome ; Poussin alla l'y rejoindre; il parcourut l'Italie, obj^t de tous ses rêves; et ce fut alors que , dans l'étude de l'antique, il puisa cetîe science de l'artiste qui est autre chose que la forme et la couleur; cette philosophie qui respire dans ses oeuvres. Mais si le spectacle de cette beauté incroyable suffit pour vous faire penser profondément, pour vous faire sentir qu'il y a autre chose dans ces nobles productions qu'une création matérielle, et que, dans ces corps si admirables, le sculpteur a en quelque sorte introduit une àme et une pensée , ce n'est pas assez quand il s'agit d'exécuter soi-même; il faut connaître le mécanisme de la nature vivante pour pouvoir traduire les pensées de l'esprit, les affections de l'âme et les passions du cœur. Poussin se mêle donc à cette nature si expressive de l'Italie; il observe, il médite; aucun geste ne lui échappe; pas un muscle ne s'est contracté sous l'i nfluence de tel ou tel sentiment , que son œil n'ait saisi le mouvement, que son génie n'en ait conservé le souvenir. Comment s'étonner ensuite que Poussin soit un des plus grands peintres, surtout par la pensée, quand on le voit en même temps puiser la nourriture de son esprit dans Homère, dansPlutarque, dans la Bible. Il ne néglige pas non plus l'étude matérielle ; dans Matteo Zoccolini , il découvre et se pénètre des illusions de la perspective. Les dissections

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de Nicolas Larche lui montrent à nu le mécanisme intérieur du corps humain ; et, dans le modèle de l'atelier du Dominiquin , il retrouve la nature vivante, mais non plus agissante, passionnée comme il la rencontrait et la heurtait à chaque pas.

Tant de travaux faits avec l'ardeur de l'homme qui veut savoir altérèrent sa santé; il tomba malade, trouva un asile dans le sein de la famille de Jacques Dughet , son compatriote, et, en 1620 , il épousait une des filles de son hôte, Anna Maria, qui l'avait soigné pendant sa maladie. De la dot de sa femme, il acheta , sur le mont Pincio , une petite maison d'où il découvrait les plus beaux aspects de Rome. Ce fut là que le cardinal Barberini, à qui Marini mourant l'avait recommandé, lui commanda sa mort de Germanicus et son Coriolan.lœ prise de Jérusalem, donnée par le cardinal à l'ambassadeur impérial ; le martyre de saint Erasme ,* de nombreux tableaux de chevalet ; la première suite des Sept Sacrements , reproduits par le burin de son beau-frère Jean Dughet, portèrent au loin sa réputation. On voulut avoir de ses tableaux à Naples, en Espagne, en France.

La duchesse d'Aiguillon lui en fit demander. Le maréchal de Créqui , alors ambassadeur à Rome, employa son talent. Ce fut entre Jacques Stella, qui accompagnait le maréchal, et Poussin, le commencement d'une amitié qui dura toute leur vie.

Bientôt M. des Noyers, ministre secrétaire d'État, le fit engager à revenir à Paris; il résista longtemps, mémeaiixsollicitationsdeM.deChanteloup,aveclequel il était en correspondance; il hésitait à s'éloigner de l'Italie, où il avait trouvé le bonheur ; Chista bene von si mitova, disait-il. Il céda enfin à une invitation directe de M. des Noyers, accompagnée d'une lettre du roi, qui le nommait son peintre ordinaire , et lui assurait que ses services seraient aussi considérés en France que ses ouvrages et sa personne l'étaient à Rome. M. de Chanteloup vint dans cette ville vers la fin de 1640, et ramena en France son ami avec Gaspard Dughet. Un carrosse du roi conduisit Poussin de Fontainebleau à Paris, au logement qui lui était destiné dans le

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jardin même des Toileries. Il fut présenté au roi , qui l'accueillit avec distinction et prononça , dit - on , ces paroles : Voilà Vouet bien attrapé; paroles bien imprudentes, puisqu'elles semblaient exciter entre les deux artistes une rivalité qui n'aurait pas dû exister. Peut-être sans cela, auraientils vécu l'un auprès de l'autre, sans envie, et animés seulement par une noble émulation. Au lieu de cela, on vit bientôt la jalousie entre le premier peintre titulaire du roi et le peintre ordinaire , forcer Poussin de s'éloigner de nouveau de la France, après y avoir séjourné seulement deux années.

Néanmoins, à dater de ce moment, Poussin eut sur l'école française une influence favorable qui devait se perpétuer bien au delà même de sa présence à Paris. Pendant ces deux années, il avait exécuté un nombre infini de travaux. La Cène, le miracle de saint François, l'un de ses plus beaux tableaux/ virent le jour à cette époque. Son départ fut déterminé par les contrariétés qu'il éprouva au sujet des travaux du Louvre, auxquels Lemercier était employé, et que Poussin voulait, usant de l'autorité qui lui était confiée, disposer suivant ses projets. Il demanda donc un congé pour aller mettre ordre à ses affaires; et bientôt la mort du cardinal de Richelieu et celle de Louis XIII lui permirentdese regarder comme libre de ses engagements, et de ne plus songer à revenir en France.

Cependant Lebrun, que protégeait M. Séguier , l'avait rejoint à Lyon ; il l'accompagna en Italie, et s'y forma dans les entretiens et les leçons du grand peintre, taudis que Lesueur, obligé de rester à P;iri> , recevait de Poussin des esquisses qui devaient lui servir de guide, à défaut de la voix du maître. On peut dire que Poussin n'oublia jamais qu'il était Français. Non content de former ainsi les deux plus grands peintres du siècle de Ixmis XIV, il envoyait encore à M. de Chanteloup des copies de tableaux des grands maîtres, faites sous ses yeux par des artistes françis, entre autres, Errard Lemaire et Mignard. Puis il lui faisait passer des bustes antiques, dont l'exportation était alors très-difficile. C'est

ainsi qu'il coula le reste de ses jours, créant toujours de nouveaux chefcd'œuvre, étudiant, jusqu'aux derniers instants de sa vie, cette nature qui avait trouvé en lui un de ses plus fervents admirateurs, un de ses interprètes les plus nobles. « Je n'ai rien néglfcê.»

répondait-il à quelqu'un qui lui demandait comment il avait fait pour arriver à ce hautdrgréde vérité où il av.iit porte la peinture; sa vie était en effet une observation continuelle. Mais qu'anrait-il répondu, si on lui avait demandé où il avait puisé cette poésie qui respire dans tousses ouvrages; cette science qui lui permet d'être toujours élevé sans jamais cesser d'être vrai? On trouve l'explication de ce mérite dans ce carartère de profonde philosophie, qui lui faisait tout envisager d'un point de tui élevé. Enfin, la mort vint mettre un terme à cette douce, studieuse et ncbli existence. Une maladie nerveuse acheva d'abattre ses forces, qu'affaiblissaient, depuis quelque temps, des travaux continués avec persévérance. Le 19 novembre IG65, il cessa de vivre.

Ses funérailles furent ce que devaient être celles d'un aussi grand artiste. On ne tint compte de la modeste recommandation de son testament, et tous les peintres de l'académie de Saint -Luc, des artistes français, des amateurs des beaux-arts, des cardinaux assistèrent à ses obsèques.

Après avoir ainsi esquissé la vie do Poussin, est-il besoin de revenir sur noî pas, et de parler des productions de son pinceau si connues aujourd'hui, et si jus* tement appréciées ? Que pourrions-nouî dire qui n'ait déjà été dit de son tableau de saint François-Xavier ressuscitant une jeune fille\ à la vue duquel il seml>l« qu'on assiste à ce miracle de la résurrection? Ce n'est pas une peinture seulement ; on croit voir la vie rentrer peu à peu dans ces membres qui commencent déjà à s'agiter, les couleurs revenir sur ce visage pâli. Fa ut- il parler du Hamssement de saint Paul, au Testament a" Eudamida s, peint d'une manière si touchante; de la collection d»s5^»

Sacrement S) du Moïse sauvé des eaux, et de cette peinture si poétique des Quatre Saisons? Tous ces tableaux sont si connus aujourd'hui, qu'il suffit pre>

POISSIX

que de les citer pour en faire l'éloge; nous ne voulons pas d'ailleurs faire une nomenclature des nombreux tableaux de ce grand homme, qui fut tout à la fois peintre d'histoire et peintre de paysage. On a donné à ses paysages le nom im-

I>ropre d'historiques , et, par malheur, orsque l'impuissance a pris la place du talent, on a fait de cette appellation une arme contre un genre de peinture qu'on ne pouvait atteindre. Qu'est-ce , disait» on, qu'un paysage historique?

Faut-il donc uotis astreindre à ne représenter que des scènes d'histoire ou des sujets mythologiques dans des paysages imaginaires? On oubliait le Poussin , on oubliait que ses pavsages n'étaient pas des paysages historiques, mais des paysages poétiques. N'est-ce pas de la poésie que les Quatre Saisons de l'année? Le printemps , pour le poète peintre, c'est le paradis terrestre, c'est le jardin d'Éden , où le printemps était éternel. L'hiver, c'est le déluge ; la nature entière y est désolée , et Ton a le spectacle de ce que l'imagination peut créer de plus grand et de plus terrible. Ce n'est pas nous qui proclamons ce tableau le chef-d'œuvre de la peinture, on l'a fait avant nous. N'est-ce pas encore de la poésie philosophique que le tableau de Diogène ? Le sentiment qui inspire l'action de Diogène n'existe pas seulement dans l'abandon du vase où il s'apprêtait a boire; mais ce paysage si riant, si riche, et cependant naturel et sans apprêts, ne contirme-t-il pascette pensée du philosophe que la nature sait se suffire à elle-même, et qu'elle n'a besoin ni des travaux, ni des inventions de l'homme? Voilà ce que le génie seul peut concevoir et exécuter.

Était-il à croire qu'un jour viendrait où, en France, on aurait à défendre Poussin? ce jour, nous l'avons vu. On ne s'est pas attaqué directement à lui ; qui eût senti assez de force, assez d'audace pour toucher à un nom que le temps avait respecté, à des œuvres devant lesquelles on sent malgré soi naître l'admiration ? Plus adroite , ou plutôt plus perfide, l'impuissance laissait de côlé le nom de Poussin, souvent même elle le couvrait de ses éloges ; puis, une fois qu'elle avait détourne les yeux de ce modèle , elle attaquait avec

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