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POZZO DI BORGO FRANCE. PRADES

parler et qui semblait devoir perdre Pozzo, le sauva de l'oubli et fit sa fortune. Lors de la désastreuse expédition de Russie, Alexandre se souvint de l'aventurier qu'on avait cherché à éloigner de sa personne; il comprit que cet homme, que poursuivait au loin la haine de Napoléon, avait peut-être quelques moyens secrets de le perdre , et dans tous les cas il pensa qu'il devait avoir une certaine valeur qu'il serait possible de mettre à profit. Il appela près de lui Pozzodi Borgo ; celui-ci donna des conseils qui furent trouvés bons et que Ton suivit. Alexandre lui conféra le grade de général major. La coalition générale de l'Europe contre Napoléon se formait; Pozzo di Borgo donna, diton, le conseil de marcher sur Paris, en disant que l'on n'en finirait avec Napoléon et la France qu'en s'emparant de la capitale de l'empire. On connaît les événements de 1814 et 1815. Pozzo di Borgo fut nommé ambassadeur de Russie en France; il devint un personnage très-important, et fut comme le représentant de la sainte alliance à Paris. Il assista à tous les congrès qui eurent lieu sous la restauration, et fut envoyé en Espagne lors de l'expédition de 1823 pour y surveiller, pour ainsi dire, le duc d'Angouléme et 1 armée que ce prince commandait.

A la mort d'Alexandre, il fut maintenu dans son poste à Paris ; mais, en 1830, on l'envoya à Londres. C'était un commencement de disgrâce , car dans l'opinion de Pozzo di Borgo l'ambassade de Paris était bien supérieure à celle de Londres. Aussi en 1837, abaudonna-t-il entièrement les affaires, pour se retirer dans la première de ces capitales, où il mourut en 1842.

Pozzo di Borgo fut un de ces rares exemples d'une fortune inexplicable, même dans les temps de révolution.

Sans instruction, sans élévation dans les idées ni dans le langage, mais fin, adroit et rusé, il arriva, a force d'opiniâtreté, à un des postes les plus élevés que l'on puisse ambitionner dans la constitution actuelle de l'Europe. Mais aussi, peu scrupuleux sur les moyens, il avait servi tous les partis et tous les gouvernements, et s'était attaché toujours plus vivement à celui qui annonçait le plus

d'avenir. C'est ainsi qu'il était parvenu à se faire une réputation d'homme habile, et à acquérir une fortune qu'on évalue à plus de 12 millions; fortune qu'il avait commencée en France dans les premières années de la restauration, et qui fut considérablement augmentée à la révolution de juillet par ies dons d'un haut personnage qui avait un grand intérêt à cultiver son amitié.

Quoique Russe, Pozzo di Borgo espéra longtemps redevenir Français; il comptait, dit-on, sur un ministère et sur le titre de pair de France, qui l'aurait charmé autant que celui de lieutetenant général des armées de S. M. l'empereur de Russie. La restauration aurait-elle hésité à remplir ses désirs? ou bien lui-même aurait-il reculé devant une demande aussi étrange? c'est ce que nous ignorons. Ce qu'il y a de certain, c'est que la restauration se montra encore beaucoup trop libérale à son égard , en le nommant comte et grand'croix de la Légion d'honneur.

Prades (Jean-Martin de), naquit à Castel-Sarrazin vers 1720, d'une famille noble de ce pays. Destiné de bonne heure à l'état ecclésiastique, il étudia la théologie, se fit recevoir bachelier, et vint à Paris pour y achever ses études. Il s'y lia avec les auteurs de YEncyclopéaie , et leur fournit plusieurs articles, et entre autres l'article sur la certitude. Cette liaison lui donna l'idée d'étudier la philosophie, et dans une thèse qu'il soutint en Sorbonne pour le doctorat, le 18 novembre 1751, et qui reçut les éloges des examinateurs , il traita quelques points de métaphysique avec une telle hardiesse, qu'il encourut la disgrâce du clergé. On trouva que cette thèse était impie, et la Sorbonne, qui l'avait approuvée , s'assembla de nouveau pour la désapprouver. Il y eut un grand scandale : les jésuites accusèrent les encyclopédistes d'avoir fait la thèse, et ceux-ci traitèrent d'ignorants les docteurs qui avaient lu et n'avaient pas compris, puisqu'ils revenaient sur leur première décision.

L'abbé de Prades, une fois condamné comme auteur d'un écrit impie et antireligieux, lut honni du clergé, et l'avocat général d'Ormesson ayant obtenu contre lui un décret de prise de corps, force lui

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fut de se soustraire par la fuite au ressentiment de ses ennemis. Le duc de Richelieu lui offrit un asile dans son château; mais, ne se croyant pas en sûreté en France, il passa en Hollande, et de là à la cour de Prusse, où se trouvait Voltaire. D;ms une lettre de ce dernier à madame Denis, en date du 19 août 1752, on lit : « L'abbé de Prades est enfin arrivé à Potsdam du fond de la Hollande où il s'était réfugié. Nous l'avons bien servi, le marquis d'Argeus et moi , lui préparant les voies. C'est , je crois , la seule fois que j'aie été habile. Je me remercie d'avoir servi un pareil mécréant.

C'est, je vous jure, le plus drôle d'hérésiarque gui ait jamais été excommunié :

il est gai, il est aimable; il supporte en riant sa mauvaise fortune.... Je ne vois pas pourquoi on voulait le lapider à Paris; apparemment qu'on ne le connaissait pas. La condamnation de sa thèse et le déchaînement contre lui sont au rang des absurdités scolastiques. On l'a condamné comme voulant soutenir le système d'Hobbes , et c'est précisément le système d'Hobbes qu'il réfute en termes exprès. Sa thèse était le précis d'un livre de piété qu'il voulait bonnement dédier à l'évéque de Mirepoix; il a été tout ébahi d'être honni tout à la fois comme déiste et comme athée. Les consciences tendres qui l'ont persécuté ne sont pas grandes logiciennes ; elles auraient pu considérer qu'athée est le contraire de déiste; mais quand il s'agit de perdre un homme, les bonnes gens n'y regardent pas de si près.... Je crois qu'il sera lecteur du roi de Prusse, et qu'il succédera dans ce grave poste au grave Lamettrie.» C'est ce qui arriva en effet. Le roi de Prusse lui donna de plus une pension, et les canonicats d'Oppeln et de Glogau. Il mourut dans cette dernière ville, en 1782.11 avait traduit de l'anglais, en 1767, YAbréaé de l'Histoire ecclésiastique de FÏeury , 2 vol. in-8°, et le roi de Prusse avait fait la préface de cet ouvrage.

P radier (James), statuaire, membre de l'Académie des beaux-arts, est né à Genève, en 1794. Il vint de bonne heure à Paris, où il étudia la sculpture sous le célèbre Lemot. Par une faveur particulière, Napoléon lui accorda une pension pour tout le temps de ses études.

Il y répondit par des succès précoces, remporta le premier grand prix de sculpture, et il fut envoyé à Rome aux frais du gouvernement. En 1819, il obtiut une médaille d'or, et en 1827, il rem-

f)laca Stouf à l'Institut. On a de lui : e duc de lier ri mourant dans les bras de la Religion , groupe en marbre, de sept pieds ; un buste de J.-J. Rousieau ( a Genève ) ; un bas-relief pour l'arc de triomphe du Carrousel; une figure pour la Bourse, la Fortune publique; quatre Renommées de dix-huit pieds, pour l'arc de triomphe de l'Étoile; un groupe des trois Grâces, en marbre, grand comme nature; la statue de Rousseau, en bronze, de sept pieds sii

Eouces (à Genève); un Fleuve, f»

ronze, de dix-sept pieds, pour la fontaine de l'Éléphant; une Bacchante et un Satyre, groupe en marbre {au musée de Rouen ); une Nymphe en marbre, exposée en 1819; Niobé, en marbre (à la galerie du Luxembourg ); un buste en marbre de Charles Bonnet, expose en 1822; un buste de Louis XVUU en marbre grec ; une Psyché, en marbre grec , provenant d'une colonne d'un temple de Vénus à Veies (au musée du Luxembourg ) ; un buste (U Chartes X, en marbre de France; U Liberté, pour la chambre des députés; V Ordre public ; un Cyparisse; un Protnéthée, en marbre d'Italie, acquis par la maison du roi. ainsi qu'une /Vsitf en marbre des Pyrénées, placée au musée du Luxembourg. Chaque année, M. Pradier enrichit le Musée d'une de ses compositions, qui obtiennent toujours un succès mérité; il a eiposé, es 1842 , une Odalisque , d'un faire admirable, et produit, en 1843, les deui muses qui ornent la fontaine de Molière; enfin , de nombreuses statuettes, eifcutées avec son talent habituel, ont popularisé son nom, l'un des plus célèbres de la sculpture moderne.

Pbadon, poète dramatique, né es 1632, a Rouen, vint de bonne heure a P.iris, où, à la honte de son siècle, " suivit la carrière du théâtre avec succès. La cabale qui poursuivait Racine avec acharnement chercha à l'opposer a ce grand poète; ainsi, deux jours après l'apparition de Phèdre, oo w jouer une tragédie de Pradon sur te

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