L'UNIVERS. PROSTITUTION
au dix-huitième siècle. De là, ce changement opéré dans la prose.
7° Cependant l'imagination revendiqua ses droits. On songea à rendre de 1 ampleur, de l'éclat et de la chaleur à la langue trop écourtée par la discussion , trop décolorée par l'abstraction , trop refroidie par les raffinements de l'esprit. Une réaction s'opéra en ce sens dans la fin du dix-huitième siècle. Commencée par Rousseau, elle fut continuée par Bernardin de Saint-Pierre et hardiment poursuivie par M. de Chateaubriand et madame de Staël, sur la trace desquels ont marché tous les prosateurs de notre temps. Malheureusement, le moment où l'on conçut l'idée de cette réforme était celui où la littérature commençait à subir l'inévitable loi du déclin. Tandis qu'on s'occupait de restituer à la langue le coloris et la chaleur, on s'aperçut qu'elle était menacée de perdre la précision et la clarté , et qu'il y avait déjà de graves altérations en ce genre à reparer, si toutefois elles n'étaient pas sans remède. De grandes difficultés s'offrirent à ceux qui , trouvant la prose appauvrie et desséchée , cherchaient à la faire revivre avec des hardiesses et des images. En voulant être riches, animés, pittoresques, ils avaient peine à rester purs. D'ailleurs le moment était venu où le goût s'altérait, même chez les meilleurs esprits.
En cherchant à rendre à l'imagination la part qui lui était due, on lui en fit une trop grande. Le goût du coloris dans le style amena la manie du pittoresque, qui règne universellement aujourd'hui.
Ainsi cette légitime réaction, entreprise contre l'esprit et les habitudes de style du dix-huitième siècle, devint elle-même, par suite de la décadeuce que subissaient , quand elle commença , les lettres et le goût , une cause de décadence.
Pbosprb (Saint), dit d1 Aquitaine, était né dans cette province , en 403 , selon l'opinion la plus commune. 11 cultiva avec succès les lettres et la poésie, entreprit de réfuter la doctrine des semi-pélagiens, et dirigea contre eux son poème contre les ingrats.
On conjecture qu'il vivait encore en 468. Ses ouvrages ont eu un grand nombre d'éditions : les meilleures sout
celles de Paris, 1711, in-folio, et de Rome, 1752.
Pbosper Tibo, poète, que Ton a souvent confondu avec le précédent , naquit dans les Gaules, et peut-être même dans la province d'Aquitaine, vers la fia du quatrième siècle. On a sous son nom une chronique imprimée plusieurs fois à la suite de celle de saint Prosper. doct elle n'est guère qu'un abrégé; mais elle en diffère par plusieurs passages, qui semblent prouver que l'auteur partageait les erreurs du semi-pélagianismr.
Pbostitdtion. Il semble que cette plaie des peuples civilisés ait été iucon» nue aux Gaulois et aux populations ul* tra-rhenanes, qui vinrent, au quatrième et au cinquième siècle, s'établir parmi eux. En effet , si le code des Bourguignons, la loi salique et les autres monuments de la législation barbare contiennent des dispositions contre le viol, le rapt et la séduction, ils n'en contiennent aucune contre la débauche publique, et il faut descendre jusqu'à la fin du huitième siècle pour trouver des lois contre la prostitution. Un capitulaire de Charlemagne de l'an 800 enjoint à tous les officiers du palais de faire la recherche des femmes publiques et des entremetteuses qui pourraient s'introduire dans le palais, et d'en donner avis au roi. Le maître de la maison dans laquelle avait été trouvée une de ces femmes , était regarde comme son complice et était condamne à la porter sur son dos jusqu'au marché où elle devait être fouettée publiquement ; en cas de refus, il était fouetté lui-même.
Il ne paraît pas que ces ordonnances aient été maintenues et exécutées sous les successeurs de Charlemaçne et sous les premiers rois de la troisième race, car la prostitution se propagea, s'acclimata en France et fit bientôt les plus déplorables progrès. Jacques de Vitrv, mort en 1204, et qui, d'abord comme écolier, ensuite comme légat du pape, avait fait un très-long séjour à Paris, trace, sous ce rapport, un tableau effrayant des mœurs de cette ville. « Dans ces temps de calamités, de périls et de crimes, dit-il, Paris est un cloaque de
souillures Les filles publiques,
dans hs rues , dans les places , devant
PROSTITDTIOW FRANCE. PBOSTITCTIOM 75ï
leurs maisons , arrêtent effrontément les ecclésiastiques ; et si par hasard ils refusent de les suivre, elies les appellent sodomi tes Dans la même
maison, ajoute-t-il, se trouvent à l'étage supérieur une école , et à l'étage inférieur une maison de prostitution. En haut, le maître fait la lecture ; et en bas, les tilles publiques exercent leur honteux métier. Ici, ces filles se disputent entre elles ou se Querellent avec leur pourvoyeuse; là, les clercs étudient, se disputent et agitent les questions de l'école. » Du temps de Louis IX, la prostitution était si audacieuse et si effrénée, qu'en terre sainte, après la prise de Damiette, des gens de la maison même du roi ouvrirent des repaires à Ja débauche , jusque dans le voisinage du pavillon royal et à l'ombre de la bannière de France. Cependant, un chevalier, surpris à Césarée dans un lieu semblable, fut condamné à une punition tellement déshonorante, qu'il aima mieux perdre son cheval , son armure et quitter l'armée, que d'en subir l'hu-» miliation.
Le pieux roi essaya , par une ordonnance de décembre 12S4, d'expulser les femmes de mauvaise vie de son royaume : a Soient boutées hors, dit-il (art. « 27 ) , communes ribaudes , tant de « champs commes de villes, et faites « les monitions et deffenses, leurs biens « soient pris par les juges des lieus, « ou par leur autorité, et si soient dé- « pouillez jusnu a la cote et au peliçon. « Et que qui louera maison à ribaude, « on recevra ribauderie en sa maison, « il soit tenu de payer au bailli du lieu, « ou au prevost, ou au juge, autant « comme la pension vaut un an. » (Autant que la maison rapporte de loyer en un an ).
Charles d'Anjou, comte de Provence, frère de saint Louis, prit , pour ce qui le concernait, des mesures semblables.
En autorisant les statuts et coutumes de cette province, il ordonna que tous ceux qui se mêlaient de prostituer les femmes ou filles ( omnes lenones ) seraient chassés de ses États et devraient en sortir dans dix jours; et il fit défense à ses officiers de donner retraite en leurs maisons à aucunes femmes prostituées ou de mauvaise vie, sous peine
de privation de leurs offices et de cent livres d'amende. Ces mesures étaient bonnes ; mais elles arrivaient trop tard. En effet, le mal était déjà si çrand, que Louis IX, renonçant à l'extirper, crut devoir le réglementer pour le rendre moins dangereux, et se relâcha delà sévérité de son ordonnance. Joinville, dans ses Mémoires , rapporte qu'il en fit publier une seconde, dans laquelle il se contenta d'ordonner que les femmes de mauvaise vie seraient séparées des autres , d'interdire aux propriétaires la faculté de louer leurs maisons pour y commettre et entretenir le péché de luxure, de défendre à tous baillis, prévôts, maires, iuges et autres officiers, de fréquenter les mauvais lieux ; enfin de déclarer que, hors de cette catégorie, ceux qui y entretiendraient des habitudes seraient réputés infâmes et refusés pour témoins en justice.
Sur le point de s'embarquer pour sa seconde croisade , Louis IX revint sur cette tolérance, que sa piété lui reprochait sans doute. Dans une lettre écrite d'Aiguës Mortes, le 25 juin 1269, à Mathieu, abbé de Saint-Denis, et a Simon de ISesIe , il ordonna que les lieux de débauche , qui entraînaient un grand nombre d'hommes dans la perdition, fussent exterminés tant dans les villes que dans les campagnes, penitus exttrminari prœcipimus tam in vilïtsquam extra. Philippe le Hardi , par un édit publié à Paris au parlement de l'Ascension de 1272, proscrivit de nouveau les mauvais lieux; il fut même défendu par les lois de Thibaut, comte de Champagne, par les coutumes de la ville de la Pérouse et parcelles de plusieurs autres lieux, d'accuser une femme de prostitution en lui donnant le nom qui sert à désigner celles qui en font métier ; défense renouvelée de la loi salique, qui ne veut que prévenir une injure, et ue prouve point que les Francs aient eu des lieux de prostitution (*).
(*) « Encore use len en Champagne, que si uu bons ou une femme appelle une autre femme putien par derrière justice, qui ne soit pas mariée, et la femme s'en plaint et il soit connu et prouvé.... il devrait cinq sols d'amende, et l'escondit (excuse) à la femme. Et sils aVenoît que la femme a qui len diroit le lait (l'injure) eut mary, et eu li disoit pu-