NANCY L'UNIVERS. NANCY
vé moyen d'entrer dans la ville. Les assièges ne savaient pas néanmoins que leur duc fût si proche. Pour les en avertir , ou leur donner du courage à soutenir encore cette attaque, il fît allumer un grand feu sur le clocher de Saint-Nicolas. L'assaut ne fut pas plus heureux que tous les précédents, et lorsque les assaillants se retirèrent, la garnison fit une sortie, les poursuivit jusque dans leur camp et mit le feu à une partie de leurs tentes.
« Le duc de Bourgogne avait espéré que du moins cette attaque sur la ville servirait à cacher le mouvement qu'il ordonna avant que le jour eût paru, afin d'aller prendre position , de se retrancher et de placer ses canons en face de Tannée ennemie. Cette sortie mit au contraire du trouble et du retard dans l'ordonnance de bataille qu'il avait réglée. En outre, le duc René avait envoyé quelques cavaliers en avant, et les lieux avaient été bien reconnus.
« Nancy est situé sur la gauche de la Meurthe, à un quart de lieue environ de (a rivière. Les Lorrains arrivaient par la route de Strasbourg et par Saint- Nicolas. Ils occupaient le village de ta Neuveville, et s'avançaient vers le camp des assiégeants.
« Le duc de Bourgogne s'arma de grand matin et monta sur un beau cheval noir qu'on nommait Moreau. Lorsqu'il voulut mettre son casque , le lion doré qui en formait le cimier , se détacha et tomba : « Hoc est signum Del, » dit-il tristement. Il n'en continua pas moins à aller ranger son armée. Pour arrêter la marche des Lorrains, son artillerie fut établie sur la route , à un endroit où elle était un peu plus élevée. À sa gauche , était la rivière; à droite, une pente couverte de bois; le ruisseau d'Heuillecour, assez profond, et coulant presque partout entre deux haies, couvrait son front et lui servait de retranchement. Josse de Lalain , grand bailli de Flandre, commandait l'aile gauche, qui s'appuyait à la rivière. LedTuc et le grand bâtard étaient au centre , sur le chemin, avec l'artillerie et presque tous les gens de pied. Les Lombards formaient la droite: c'était Jacques Galeotto qui les commandait.
• Le comte de Campo-Basso avait en-
fin accompli sa trahison, et tenu parole au roi en partant deux jours auparavant avec son frire Angelo, et son cousin le sire Jean de Montfort. Les chefs qui commandaient les Français du duché de Bar avaient ordre de ne le point recevoir, à cause de la trêve que le roi voulait toujours faire le semblant d'observer fidèlement. Alors, il s'en alla occuper les ponts de Bouxières-les-Dames , sur la Meurthe, et de Condé sur la Moselle, afin de couper aux Bourguignons le chemin de la retraite, et de tomber sur les fuyards.
« Il avait en outre eu soin de laisser dans l'armée treize ou quatorze personnes pour crier « Sauve qui peut ! » et commencer la déroute. D'autres étaient charges de suivre de l'œil le duc de Bourgogne et de le tuer dans le désordre de la fuite.
« Dès que Campo-Basso sut que le duc dè Lorraine était à Saint-Nicolas, il se présenta a lui avec sa troupe. Il avait arraché son écharpe rouge et sa croix de Saint- André* Le duc René écouta ses plaintes sur l'affront qu'il avait reçu du duc de Bourgogne, et de son dessein de se venger. Le capitaine italien rappela ensuite la fidélité qu'il avait autietois montrée à la maison d'Anjou, les services qu'il avait rendus nu duc Jean de Calabre , les récompenses u'il en avait reçues et dont il déminait seulement la confirmation. Il était prêt, disait-il, ô donner encore sur l'heure même, et les armes à la main, des preuves de son zèle.
«Le duc René en parla à ses capitaines suisses. « Nous ne voulons pas que ce « traître d'Italien combatte à nos côtés, « dirent-ils tous. Nos pères n'ont jamais » usé de telles cens ni de telles pratiques « pour gagner l'honneur de la victoire.» L<^ comte de Campo-Basso se retira, espérant du moins qu'au poste qu'il avait pris, il pourrait encore faire du mal à son ancien maître , mais regrettant de ne lui en point faire davantage.
« Le commandement des gens de pied de l'avant-garde fut donné à Guillaume Herter, de Strasbourg, celui qui avait si bien combattu à Morat;le comt( Oswald de Thierste/n commandait la cavalerie. Ils avaient avec eux le bâtard de Vaudemont , les sires Jacques de
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risse, Malartic, d'Oriole, de Bassompierre,de Damp-Julien.de l'Étang, tous Lorrains ou Français. Cette avant-garde était de neuf mille hommes : c'était plus que toute l'armée bourguignonne ; elle marchait sous le guidon du duc René, oui portait l'ancienne devise des ducs de Lorraine : un bras armé sortant d'un Buage et tenant une épée, avec ces mots : 1 Toutes pour une.» Le corps de bataille était sou* Jes ordres du duc René, sans autre chef ni lieutenant que lui. Il faisait porter la bannière de Lorraine par le sire de Vauldrey. Pour empêcher toute jalonsie,etsuivant la coutumedesSuisses,toutes les autres bannières étaient au même lieu sous bonne garde, et devaient marcher toujours ensemble jusqu'à la victoire. Ainsi, Ton voyait là rassemblées les bannières du duc d'Autriche, de l'étéque et de la ville de Strasbourg, de l evéque et de la ville de Baie, de Berne, de Zurich, de Fribourg, de Lucerne, de Soleure, et de toutes les villes et communes de l'alliance.
'Leduc René était sur un cheval gris, appelé la Dame, qu'il avait montéaMorat; par-dessus son armure, il portait un naiwJement a ses couleurs, rouge et gris blanc, et une robe de drap d'or, dont la manche droite était ouverte. La housse de son cheval était aussi de drap d'or, aïec une double croix blanche. Autour de lui étaient 800 chevaux; c'était la noblesse de Lorraine: les comtes de Bitche, de Salm , de Linange, de Pfaffenhoffen, et les sires de Gerbevillers, de Ligniville , de Nettancourt , de Ri* btaupierre, d Haussonvilie , de Lenonfourt. Les serviteurs de sa maison et jusqu'à ses secrétaires chevauchaient armes dans cette noble troupe, qui tenait la droite du corps de bataille. L'ar* riere-garde n'était composée que de 800 eoulevriniers.
•D'après le rapport des cavaliers quwmait envoyés devant, et d'après 'es informations qu'avait données le rojûtedeCampo-Basso, l'ordonnance de \ armée ennemie était assez bien connue. J^ux Suisses que la misère avait forces a s'enrôler chez les Bourguignons et Qui s'en vinrent rejoindre les gens de leur pays, expliquèrent encore mieux la position de l'ennemi- ils s'offrirent à «rvir de guides.
• Toute cette armée marchait joyeuse et empressée. La neige tombait à gros flocons *, le jour en était obscurci ; on ne voyait pas loin devant soi. L ue décharge de l'artillerie des Bourguignons tirée hors de portée indiqua qu'on approchait. Les Suisses s'arrêtèrent : un vieux prêtre de leur pays leur fit la prière. « Dieu combattra pour vous , « leur dit-il , le Dieu de David , le Dieu « des batailles ! » Tous s'étaient mis à genoux ; ils baisèrent la terre neigeuse) le duc René était descendu pour prier avec eux. Il remonta à cheval et leur adressa la parole en allemand : « Mes « frères, dit il , puisque l'ennemi est ■ assez téméraire pour nous attendre, « et accepter la bataille, il nous en faut • tirer une mémorable vengeance. »
« En attaquant de f root l'artillerie des Bourguignons sur la grande route, on edt perdu beaucoup de monde. Guillaume Herter avec son avant-garde se porta à la gauche, et, suivant un ancien chemin le long des ruisseaux , s'en alla passer dans le bois derrière le coteau où s'appuyait l*i droite de l'ennemi. Pendant ce temps-là le ciel commençai à s'éclaircir.
« Le duc René voyant que cette aila avait laissé un espace entre elle et la lisière du bois, voulut aussi la tourner par la et au plus près. Il y euvoya quatre cents chevaux. Cette attaque fut malheureuse; le sire de Larivière, à la tête de la cavalerie bourguignonne, pressait deja vivement les Lorrains, lorsque tout a coup parut sur la hauteur l'avant* garde de Guillaume Herter ; il avait avec lui les gens d'U ri et d'Uiiterwalden ; on entendit retentir au loin et par trois fois le son de leur trompe. Le duc de Bourgogne, reconnaissant ce son terrible qui lui rappelait Granson et Morat, se sentit glace au fond du cœur. Cependant le courage ne pouvait lui manquer ; comme on le disait communément, jamais peur ne se laissa voir sur son visage, et il ne craignait rien en ce monde que la chute du ciel. 11 fit changer de front à ses archers, et les tourna contre les Suisses qui descendaient du coteau sur sa droite.
«Au milieu du découragement général, environné par une armée trois ou quatre fois plus nombreuse que la sienne , oq
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le voyait s'en aller d'un lieu à l'autre, ranger ses hommes, les ranimer par menaces ou par exhortations , et donner ses ordres tout comme s'il y avait eu quelque espérance à concevoir. Autour de lui, quelques fidèles serviteurs dont il avait méconnu les conseils, Rubembré, Contai, Galeotto, le grand bâtard, le comte de Chimay, faisaient aussi tous leurs efforts , mais rien ne pouvait arrêter l'élan des Suisses. La cavalerie se porta au-devant d'eux sans retarder leur marche ; une décharge de coulevrlnes à main qui renversa morts Galeotto et beaucoup d'autres cavaliers , acheva la complète déroute de l'aile droite.
« L'aile gauche que commandait Josse de Lalain ne pouvait faire une meilleure défense. Elle fut bientôt enfoncée et poursuivie vivement sur la route et le long de la rivière par le duc de Lorraine et sa cavalerie. Les fuyards croyaient passer sur le pont de Bouxières : Gampô-Basso le gardait. En même temps la garnison fit une sortie. Bientôt les Bourguignons virent s'élever derrière eux les flammes qui achevaient de consumer leur camp. Toute l'armée fut 6n peu d'instants dispersée : les uns se jetant dans la Meurthe pour essayer de la traverser, les autres s'enfonçant dans les bois ou gagnant les campagnes.
« La bataille avait peu duré et n'avait pas été meurtrière. La poursuite fut terrible; deux heures après la chute du jour, les Lorrains , les Allemands , les Suisses , les habitants du pays euxmêmes couraient encore de tous côtés, tuant tous ceux qu'ils rencontraient.
« Après avoir poussé avec ses cavaliers jusqu'à Bouxières , le duc René reprit le chemin de sa capitale qu'il venait de délivrer. Il demandait à chacun s'il n'avait pas quelque nouvelle du duc de Bourgogne , et si on ne savait pas quelle route il avait prise, s'il n'était point blessé, ou si quelqu'un ne l'avait pas fait prisonnier. Personne ne pouvait lui en rien dire. Il fit son entrée à Nancy par la porte Notre-Dame. Cette vaillante garnison qui, contre toute apparence, avait soutenu un si long et si terrible siège , et les habitants qui avaient tant souffert pour se conserver à lui , se jetaient en foule au-devant
de ses pas ; malgré leur dénûraent iîs avaient illuminé la ville. Le duc commença par aller remercier Dieu dans l'église de St-George, puis on le conduisit jusqu'à son hôtel aux cris de :
« Vive le duc René! vive notre bon « et vaillant seigneur 1 » Pour montrer quelles souffrances on avait endurées, le peuple avait imaginé déranger en tas devant sa porte toutes les têtes de chevaux, de chiens, de mulets, de chats et autres bêtes immondes qui depuis quelques semaines étaient sa seule nourriture (*J. » Après plusieurs jours d'infructueuses recherches , un page italien indiqua l'endroit où l'on retrouverait le corps du duc; et, en effet, on y découvrit Charles que l'on reconnut à son anneau ducal , et plus tard aux différentes blessures qu'il avait sur le le corps.
Nancy (monnaies de). Voyez Lorraine (monnaies de).
Nancy (traité de). Voy. Lorraine, tome X, page 321.
Nangis, Nangiacum* petite ville de la Brie, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Seine-et-Marne. La seigneurie de Nangis fut érigée en maruisat. en 1612, en faveur d'Antoine e Brichanteau, amiral de France. On compte aujourd'hui à Nangis 1 ,800 habitants. Les Français y battirent, le 17 février 1814, une armée austro-russe, qui laissa 4,000 hommes sur le champ de bataille.
Nangis (Guillaume de). Voy. Guillaume.
Nansouty ( le comte de , Etienne- Marie-Antoine-Champion) , né à Bordeaux en 1768 , entra au service en 1783, en qualité de sous- lieutenant au régiment de Bourgogne - cavalerie ; devenu en l'an vm général de brigade, il participa aux succès de l'armée du Rhin, et seconda le général Ney dans les différentes attaques que cet officier fit faire depuis Seltz jusqu'à Mayence; il se distingua au combat de Stockach ; contribua au succès de la bataille d'Eregen; déploya de grands talents militaires à la tête d'une brigade de cavalerie, à la bataille de Moèskirch, le 1&
(*) De Baranle, Hist. des dues de Bourgogne, t. ai, p. i85 et sutv.