NANCY
remonter au delà du onzième siècte.
Deux cents ans pins tard, elle était déjà la capitale du duché de Lorraine; elle s'accrut successivement sous le gouvernement des ducs qui y avaient ftxé leur séjour, et qui l'entourèrent de fortifications importantes. Ferri III et Raoul V élevèrent un magnifique palais; ce dernier fonda ta belle collégiale de St- Georges, démolie sous Stanislas; enfin, sou successeur, Jean I", limita l'enceinte de la ville, dont il acheva les fortifications.
Ce fut sous les murs de Nancy que se livra, en 1407, la bataille de Champigneulle, gagnée par Charles II sur le duc d'Orléans; un demi-siècle après, le territoire de cette ville fut encore le théâtre d'une sanglante bataille, où le dut René de Lorraine fut vainqueur et où périt Charles le Téméraire. ( Voyez Nancy (Siège et bataille de.)
Cette victoire contribua à augmenter la puissance des ducs de Lorraine , et Nancy en ressentit d'heureux effets.
René III, dans les dernières années de son règne, vers 1&03, fit jeter les fondements d'un vaste palais, qui fut continué sous ses successeurs, notamment sous le duc Antoine, et servit à la cérémonie funèbre de l'érection du catafalque des souverains. Charles III voulut faire plus encore; il fit rebâtir la ville sur un dessein régulier, et ce projet, qui fut exécuté en moins de quarante ans (1580-1618), s'acheva sous le duc Henri. Nancy atteignit alors son plus haut point dé splendeur : capitale de la Lorraine et du Barrois , résidence de ducs indépendants, elle renfermait dans ses murs une noblesse illustre, une bourgeoisie laborieuse et intelligente, et une école de peinture et de sculpture qui a joué un grand rôle dans l'histoire de I art, et s'est perpétuée jusqu'à nos jours (*)•
(*) Parmi les nom* illustres qui ont rendu
cette école célèbre, on distingue, comme peintres, Claude de Ruel, Bellangé, employé a la décoration du palais de Charles III, Herbel , Claude Charles , Claude Spierre , Jacquart, Provençal, Durand ; comme sculpteurs, Drouin, César Bagard , Nicolas Renard, les Chaliguy, les Chasse) , les Adam; comme graveurs en creux,, les Rode, les Hardy, le célèbre St-Urbain , surnommé à Florence le dm* pour ses admirables mé-
FRAKCE.
Cft NANCY L'UNIVERS. NANCT
La ville elle-même offrait un ensemble de belles constructions ; elle possédait des rues tirées au cordeau , chose rare à cette époque , et des fortifications qui en faisaient la plus forte place de l'Europe : quatorze bastions gigantesques, décores d'ornements sculptés et liés par de longues courtines , formaient son enceinte ; cet ensemble de remparts était le chef-d'œuvre du célèbre ingénieur militaire Orphée de Galéan.
Mais ce moment de splendeur fut aussi court qu'il avait été brillant, et la conduite imprudente du duc Charles IV, qui s'attira l'inimitié du cardinal de Richelieu, amena les Français devant Nancy. La ville capitula, grâce à l'adresse de Richelieu, dont la politique fut plus adroite que loyale, et les habitants se soumirent à un joug que leur esprit de nationalité frémissait d'endurer; ils redevinrent libres dans une ville démantelée , par la paix des Pyrénées (1660), mais ce fut pour retomber, dix ans après, sous la domination française.
Louis XIV, ayant fait reprendre mncy uar Tourville , en fit relever les murailles; mais le séjour qu'il vint y faire, pour s'attacher la noblesse lorraine, ne produisit aucun résultat , et les habitants gardèrent leur contenance froide jusqu'au traité deRyswick, qui les rendit a la domination de Léopold (1697).
La ville de Nancy passa, ainsi que /toute la Lorraine, aux mains de Stanislas, en 1737. Sous le règne de ce prince, qui paraissait possédé de la manie de bâtir, mais qui, au fait, cherchait à effacer de vieux souvenirs , la ville perdit la plupart des beaux monuments qu'elle devait à la munificence des ducs de Lorraine. La collégiale de Raoul, l'hôtel de ville de Charles III, les perrons des jardins de Henri, célèbres par les admirables statues qui les ornaient, la salle de l'Opéra, élevée par le même prince, et nombre d'autres monuments, disparurent pour faire place à des constructions modernes, qui portèrent pour la plupart un caractère d'utilité plus prononcé : c'est de cette époque que datent l'église de Bon-Secours, la porte
daille»; comme graveurs en taille -douce, Heariet, CaUtt, FrtDçoU Spierrc, elc.
Sainte -Catherine, la porte de Toul4 la place Royale, etc.
Tout en s'occupant de l'embellissement de la ville, Stanislas pensa aussi à entretenir à Nancy le gout des arts et des sciences, et à y améliorer le sort des classes malheureuses ; il fonda une académie , qui a gardé son nom, et plusieurs établissements utiles et charitables.
Avec Stanislas tomba le dernier éclat de la ville de Nancy, qui perdit définitivement sa nationalité , et se jeta dans le grand mouvement révolutionnaire, au milieu duquel elle devait jouer un rôle si glorieux. Elle donna alors l'essor aux bataillons de volontaires qui sortirent des départements delà Meurthe etdes Vosges, et se distingua par son patriotisme, sentiment bien autrement grand que l'égoïste amour de la localité ui animait alors d'autres villes et produisait de si funestes résultats en forçant la France révolutionnaire de sévir contre ses propres enfants.
Nancy n'a , du reste, à inscrire dans ses annales, depuis la glorieuse époque des guerres de l'empire, que deux événements purement locaux : la réintégra tion des ossements des princes de Lorraine, inhumés aux Cordeliers, en 1826, devant les commissaires extraordinaires de France et d'Autriche, et l'érection de la statue du roi de Pologne (1831) aux frais des trois départements lorrains.
Quelle que soit , du reste , l'infériorité^ actuelle de la ville de Nancy, par rapport à la splendeur de son passé, elle est encore l'une des principales villes de France : elle possède une cour royale , des tribunaux de première instance et de commerce , une chambre consultative des manufactures, une société centrale d'agriculture, une société royale des sciences, arts et lettres, une école royale forestière, un collège royal et une école secondaire de médecine.
On y remarque de nombreux monuments, parmi lesquels nous citerons l'église de Sainte-Epone , célèbre par une fresque de Léonard de Vinci, exécutée au commencement du règne d'Antoine de Lorraine, et par une cène sculptée, ouvrage de Drouin; l'église des Cordeliers, qui contient les
îfASCT FRANCE. NANCY
tombeaux de René II , d'Antoine de Vaudemont, et le chef-d'œuvre du sculpteur Ligîer-Richier, l'admirable mausolée de la duchesse Philippe de Gueldre; l'église de Bon-Secours, où se voit le tombeau de Stanislas; la chapelle ducale où furent replacés, en 1826, les ossements des ducs de Lorraine; la cathédrale, édiflce de construction moderne, et quelques autres monuments.
Nancy est le lieu de naissance d'un grand nombre d'hommes célèbres, parmi lesquels nous citerons les écrivains Hambourg, Mollevaut, Palissot, Chompré, Ladoucette, Hoffmann ; les généraux Drouot, Grandjean, Hugo, Christophe; les peintres Isabey, Mansion, fieilangé, Grandville; les graveurs Callot, Svlvestre, etc.
Nancy (siège et bataille de). Après sa défaite de Morat, le duc de Bourgogne fut comme abattu ; il se retira à la Rivière et ne donna plus signe de vie. Pendant ce temps, le duc René, à la téte des Lorrains au il avait amenés a Morat, d'un corps d'Alsaciens et de quelques Lombards, était revenu en Lorraine, et avait repris plusieurs places de peu d'importance. Il alla ensuite mettre le siège devant Nancy, et Jean de Rubempré, qui y commandait pour les Bourguignons, ne pou Tant contenir la garnison anglaise qui faisait toute sa force , voyant d'ailleurs la place mal approvisionnée, et de plus ne recevant aucune nouvelle du duc de Bourgogne, capitula, le 6 octobre M76, sous condition que la garnison serait sauve de corps et de biens.
Cependant, le duc de Bourgogne marchait au secours de la Lorraine; il avait rassemblé environ 6,000 hommes, avec l^quds il vint mettre le siège devant Nancy. Le duc René, au lieu de se renfermer dans la ville, y laissa bonne garnison et s'en alla quérir du secours chez les Alsaciens et les Suisses. Après bien des difficultés, il obtint ce qu'il sollicitait et pot réunir à Lunéville de 19,000 à 20, 000 hommes. Il se hâta alors de marcher sur Saint-Nicolas du Pont, poste très-roiportanc, et le 4 janvier 1477, toute son armée ayant passé la Meurthe , s'avança jusqu'à deux lieues environ du camp des assiégeants.
« Le duc de Bourgogne, contre son
T. si. 7e Uvrauon. (Dict. sïicyc
usage, assembla ses capitaines en conseil. • Or ça, dit il , puisque ces vilains
• arrivent à nous; puisque ces ivrognes « viennent ici chercher à boire et à « manger, que convient-il que nous
• fassions?» Tous lui remontrèrent la misère et la diminution de l'armée, et la force que semblait avoir l'ennemi ; ils lui dirent qu'il était impossible d'empêcher la ville d'être secourue et ravitaillée, mais que du moins on pouvait éviter une bataille et ne pas se précipiter dans une perte presque assurée ; qu'il était encore temps de se retirer à Pontà- Mousson , (Fou on pourrait gagner le duché de Luxembourg et y relaire Tar- ' mée. Le duc René, disaiUon, est pauvre; il ne pourra longtemps soutenir la dépense de la guerre, et ses alliés le quitteront dès qu'il n'aura plus d'argent. Il suffit d'attendre pour être certain d'un plein succès.
« Mais le duc n'avait assemblé ses serviteurs que pour leur dire sa volonté, non pour prendre leur avis. « Mon père « et moi, dit-il, nous avons su vaincre « les Lorrains et nous les en ferons
■ souvenir. Par saint George , je ne « m'enfuirai point devant un enfant, « devant René de Vaudemont , qui, au « lieu de se montrer digne chevalier, « vient à la téte de celte canaille. Au « reste, il n'a pas avec lui autant de « gens qu'on croit. Les Allemands ne
• savent pas quitter leurs poêles en hi-
■ ver, et ce n'est pas une saison où ils « se mettent en guerre. Ce soir nous « allons donner l'assaut à la ville, et de- « main nous aurons la bataille. » Le duc semblait toutefois avoir plus de tristesse que d'ardeur; il s'empressait à donner ses ordres et prenait toutes les dispositions nécessaires pour le lendemain, plutôt poussé par le besoin de se distraire d'un sombre chagrin , qu'animé par l'espérance.
• L'assaut fut donné vivement, et l'artillerie des Bourguignons fit un feu terrible sur la ville. Le duc tenta les derniers efforts pour emporter la place. 11 avait, disait-on, juré par saint George de chômer à Nancy la fétedesRois. Leduc René, en partant de Bûle, avait envoyé annoncer sa prochaine venue à la garnison. Thierry, marchand dranier de Mirecourt, avait, avec grand péril, trou-
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