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gne, le comte de la Marché et d'Angoulême, le vicomte deThouars, les barons du Poitou, de la Saintonge et de la Guienne, le roi d'Angleterre, le comte de Toulouse, le vicomte de Béziers, les comtes de Foix.deComminges, d'Armagnac, de Rodez. le roi d'Aragon, placé sur les frontières nouvelles du royaume, prirent les armes contre lui. Les uns étaient mus par l'espoir de leur rétablissement, les autres par l'intérêt de leur indépendance menacée. Tantôt réunis, tantôt séparés, ils combattirent depuis 1226 jusqu'en 1242. La victoire deTaillebourg, remportée cette année sur la dernière ligue des barons, termina leur longue réaction. La monarchie territoriale, qui avait surmonté sous Philippe- Auguste la résistance apportée à sa formation, sortit victorieuse sous saint Louis de la tentative faite pour la dissoudre. Après cette double épreuve, elle se constitua fortement (*). »
Ainsi la régence fut cette fois vivement disputée : selon la loi féodale , la tutelle du jeune prince appartenait à son oncle Philippe Hurepel, comte de Boulogne; Louis VIII n'avait pas réglé la régence dans son testament ; mais il paraît que dans ses derniers moments il l'avait confiée à sa femme, Blanche de Castille , et, le parti contraire à la reine niant la vérité de ce fait, l'archevêque de Sens et Févéque de Beauvais l'affirmèrent. Blanche de Castille resta donc en possession du pouvoir, et elle gouverna avec une rare sagesse et une grande fermeté. Les grands, ne voyant au-dessus d'eux qu'une femme et un enfant , prirent les armes. Une première ligue fut dissoute en 1227 par la défection de Thibaut, comte de Champagne, et les confédérés furent contraints de se soumettre par le traité de Vendôme. Une coalition plus formidable se reforma et réunit tous les seigneurs du nord et du midi de la France; elle se termina par le traité de Meaux, qui ouvrit en faveur de la couronne la riche et vaste succession du comte de Toulouse (1229).
Enfin, Pierre Mauclerc résistait encore dans son indomptable Bretagne : son duché fut envahi, et en 1234 il renonça à l'alliance anglaise, fit hommage au roi et donna tous Tes témoignages d'une sou-
(*) M. Mignet, Notices et mémoires historiques, t. Il, p. 107.
mission complète. Tels furent les résultats politiques de la régence de Blanche de Castille, dont nous ne voulons pas ici répéter l'histoire. Les régences, comme on le voit, ne sont pas toujours de fâcheuses époques : mafsil y a alors plus de danger pour le pouvoir et pour l'État que dans tout autre temps. Le» seigneurs auraient-ils tant osé contre un roi majeur? La minorité de Louis IX pouvait être un grand mal ; ce fut le génie de Blanche de Castille qui conserva et consolida tout.
Cette reine ne donna pas moins de soins à l'éducation de son fils qu'aux intérêts de l'État. Elle le confia aux maîtres les plus habiles, il acquit par leurs leçons une connaissance assez complète du latin pour lire avec facilité les Pères de l'Église et les auteurs anciens. Il étudia surtout l'histoire, que sa mère regardait comme indispensable à un roi. Blanche de Castille fit plus encore , elle choisit celle qui devait être la compagne de son fils; elle le maria avant sa majorité à Marguerite de Provence, fille aînée de Raymond Bérenger, et cette union politique prépara le retour d'une province depuis longtemps séparée de la couronne. Ce fut le 25 avril 1236 que Louis IX, ayant accompli sa vingt et unième année, fut déclaré majeur et prit en main les rênes du gouvernement; il n'avait autre chose à faire que de continuer la politique de sa mère, qui conserva un grand {ascendant pendant toute sa vie.
En 1248, saint Louisquitta son royaume pour aller en terre sainte : avant de partir il pourvut à l'administration de ses États, et dans une assemblée des barons, tenue près deCorbeil , il déféra le pouvoir à Blanche de Castille, assistée d'Alphonsede Poitou, troisième frère du roi. Ce n'était pas la première fois que ï'enthousiame religieux et guerrier des croisades entraînait le roi de France dans ces expéditions aventureuses au delà de la mer sur le continent de l'Asie. Louis le Jeuneavait déjà donnécet exemple, et , pendant son absence , le soin des affaires avait été confié au sage abbé Suger, assisté de l'archevêque de Beims et du comte de Vermandois. La prudence de cet habile ministre , qui, depuis longtemps, était le premier conseiller de Louis VI et de Louis VII , maintint le royaume dans In paix et la tranquillité
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L'UPsiVERS.
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( 1147, 1149 ). Quarante ans plus tard,
Philippe-Auguste s'engagea dans une démarche semblable, et confia , pour le temps de son absence, l'administration ainsi que la tutelle de son fils à la reine Adèle, sa mère, et à son oncle Guillaume, archevêque de Reims ( 1 190 ). A partir de ce temps jusqu'à saint Louis, les rois de France avaient renoncé à des expéditions devenues impolitiques depuis que l'intérêt de la royauté était de combattre au dedans du 'royaume contre le régime féodal. Les régences instituées pendant la seconde et la troisième croisade n'avaient donné lieu à aucune agitation intestine; cependant Philippe- Auguste avait si bien reconnu qu'il valait mieux que le roi fut lui-même , dans son royaume, attentif à diriger les choses, qu'il s'était hâté de revenir avant la (in ue sa croisade, laissant à son rival, l'impétueux Richard Cœur de Lion, la gloire et les dangers de l'entreprise. L'absence de saint Louis interrompit momentanément la prospérité intérieure de la France. « Le mysticisme répandu dans lepeuple par l'esprit des croisades avait deja porté son fruit le plus effrayant , la haine de la loi, l'enthousiasme sauvage de la liberté politique et religieuse (*). • L'insurrection des Pastoureaux portait en tous lieux le trouble et la confusion. Blanche de Castille eut peine à la réprimer, elle mourut peu après ( 1253 ); et le retour de saint Louis déjà si nécessaire fut encore attendu pendant deux ans ( 1254 ).
Le règne de ce prince s'acheva comme il avait commencé, par une régence :
saint Louis, au moment de partir pour la huitième croisade ( 1270), confia le gouvernement à Mathieu, abbé de Saint- Denis, et à Simon de Nesle ; mais, avant la fin de l'année, le retour de Philippe le Hardi mit un terme à cet intérim qui compte à peine dans notre histoire.
La fin au treizième siècle et toute la première moitié du quatorzième se passèrent sans régence. En 1356, le roi Jean fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers. Le dauphin Charles, jeune
f »rince de dix-neuf ans, encore mineur ui-méme, était la seule ressource du royaume à ce terrible moment, où la
O M. Michelct, Hitt. de France, t II, p. 67».
France ouverte aux Anglais, ravagée
[>ar les bandes des Navarrois et de tous es autres aventuriers sans service, était en outre révolutionnée par la brutale in surrection de la Jacquerie et par la démocratique tentative des états généraux, et surtout de la bourgeoisie parisienne. « 1/CS Etats généraux de 1355, assemblés à Paris en 1356, après la bataille de Poitiers et pendant la captivité du roi Jean , furent entièrement démocratiques. Jusque-là les états n'avaient pris aucune part au gouvernement du royaume. Convoqués sans aucune régularité par la couronne, lorsque le besoin d'argent rendait urgente la concession d'un subside momentané, qui se changeait bientôt en impôt fixe, ils accordaient au roi ce qu'il demandait, et leur assemblée était ensuite dissoute. Ils se souciaient peu d'être réunis, parce qu'ils ne l'étaient jamais que pour donner de l'argent. Cette fois, surprenant la royauté dans un de sesgranas moments de faiblesse, les états attaquèrent hardiment l'ordre de choses qu'elle avait nouvellement établi. Ils s'attribuèrent non-seulement le vote de l'impôt, mais sa perception et le jugement de tout* les contestations financières, et ils s'emparèrent ainsi de l'administration de la justice en matière d'impôt. Mais ils ne se bornèrent pas là, ils obtinrent la destitution et l'emprisonnement de vingtdeux des principaux officiers de la couronne, et ils envoyèrent des commissaires dans les provinces pour y poursuivre également les divers agents de la royauté ; enfin , voulant assurer leur pouvoir par leur permanence, ils s'ajournèrent à des époques fixes et périodiques. Il est à remarquer que dans cette réaction, le gouvernement, isolé des diverses classes de citoycnSjSe trouvait déjà tellement ruiné, qu'aucune d'elles ne songea à le rétablir, et qu'elles attaquèrent la couronne, non plus en lui opposant le régime des fiefs ou des municipalités, mais en employant contre elle l'instrument même des états généraux et en exerçant l'administration financière. Cela indique un grand progrès, et prouve que l'opposition à l'ordre monarchique, qui avait été particulière ou locale jusqu'à la fin du treizième siècle, avait pris un caractère plus général au quatorzième, c'est-à-dire que
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le pays était devenu plus homogène à mesure cjue son gouvernement s'était concentre davantage.
a La domination des états ne pou* vait guère durer. Le dauphin Charles , d'abord lieutenant général , et ensuite . régent du royaume( février 13ô8), avait été obligé de quitter Paris. Les trois ordres de l'État, qui s'entendirent d'abord contre l'administration royale, restaient encore trop profondément séparés par leur organisation, par leurs mœurs, leurs intérêts, pour ne passe diviser bientôt entre eux. C'est ce qu'ils Grent : l'ordre des bourgeois, dirige par le prévôt des marchands , Étienne Marcel, continua seul l'insurrection, et les paysans se soulevèrent pendant ce temps contre la noblesse par la Jacquerie. Les Anglais ravageaient impunément le royaume et venaient jusqu'aux portes de' Paris. Le pouvoir royal , qui était le pouvoir régulateur et défensif, était suspendu, les classes, qui n'avaient encore que lui pour lien , étaient déchaînées les unes contrôles autres, et l'État, qui n'avait que lui pour le défendre comme pour le former, était en proie à l'ennemi étranger. Aussi les divers orcires du royaume sentant , après cette épreuve, l'impuissance dans laquelle ils étaient de gouverner et de s'entendre , vinrent se ranger successivement sous la bannière royale. La noblesse et le clergé commencèrent et aidèrent le dauphin à vaincre la Jacquerie. La bourgeoisie elle-même se défit de son chef "Marcel, au moment où il allait livrer Paris aux Anglais, et rappela le dauphin dans la capitale du royaume (*). »
Charles V, qui avait senti si vivement par lui-même l'inconvénient des régences, fixa, dès 1374, la majorité des rois au commencement de leur quatorzième année, mesure impuissante qui n'empêcha pas son fils Charles VI d'être mineur en montant sur le trône et de rester en minorité presque toute sa vie. Continuons à emprunter à M. Mignet dans son remarquable Mémoire sur la formation territoriale et politique de la France, ce passage qui caractérise si justement cette triste époque : « Le règne de Charles VI remit tout en question , et fît
(*) M. Mignet, IfoHee$ et mémoires, t. II, p. m.
ajourner la consolidation et l'achèvement de cet ordre de choses jusqu'au règne de Charles VU. Jamais la royauté ne fut frappée d'une suspension plus déplorable que sous Chartes VI , qui monta mineur sur le trône et qui l'occupa ensuite pendant vingt-huit ans en état de démence ( 1380-1422 ). A son avènement, les impôts établis depuis Philippe le Bel furent abolis. Comme ils avaient été créés pour faire face à des besoins réels et croissants, il fallut bien y revenir ; mais l'essai de leur rétablissement amena dans Paris l'insurrection connue sous le nom de Maillot in* , à cause des maillets que le peuple, dans sa fureur, alla -prendre à l'hôtel de ville pour marcher contre les fermiers des impôts. Ces impôts restèrent abolis jusquà la fin de 1382 (*). » Les oncles du jeune roi, les ducs de Bourgogne, de Bourbon et d'Anjou, achevèrent la ruine du trésor par leurs dilapidations. Eu 1389, Charles VI renvoya ses oncles, ne gardant auprès de lui que le duc de Bourbon , et prit pour conseillers le sire delà Rivière, l'évéque deLaon, Montaigu, et Clisson , que les princes du sanç appelèrent les Marmousets. Mais a peine sorti de l'état de minorité , Charles VI tomba en démenée ( 1 392 ) . L'autorité royale fut de nouveau paralysée , et la France replongée dans le désordre et la guerre civile. Les oncles du roi revinrent au pouvoir, et, après eux, leduc d'Orléans, sonfrère, etle duc de Bourgogne, Jean sans Peur, son cousin, commencèrent cette rivalité funeste qui divisa la France en deux factions, les Bourguignons et les Armagnacs, et qui eut pour résultat de placer pour un moment la couronne de France sur la tête du roi d'Angleterre. Ainsi ce règne de Charles VI, où le roi ne gouverna jamais, produisit la destruction de l'ordre politique et administratif rétabli par Charles V, et effaça la nation française devant son ennemie. Il fallut Charles VII et Louis XI pour réparer tous ces désastrès
A la mort de Louis XI , Charles VIII était entré dans sa quatorzième année , il avait donc atteint la majorité légale. Mais que pouvait faire cet enfant ma-
(•)HM\gott,Noticetetmémolres, t. n,p.»l.
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L'UNIVERS
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ladif et ignorant pour continuer l'œuvre de son père et soutenir le mouvement réactionnaire que Ton prévoyait?
Louis XI heureusement se survivait en un autre lui-même: sa fille, Anne de Beaujeu , avait toute l'activité, toute la pénétration , toute la persévérance de son père, et elle n'en avait pas la défiance, ni la facilité à répandre le sang. Louis XI ordonna que le gouvernement de l'État et la tutelle de son fils seraient remis à madame de Beaujeu et à son mari. Pendant cette régence, le sire de Beaujeu fut entièrement dominé par sa femme, qui joua alors à peu près le même rôle que Blanche de Castille sous Louis IX , et qui rendit des services semblables.
Voici les principaux événements de celte administration : les princes du sang, les grands seigneurs, les ducs d'Orléans, de Bourbon, de Bretagne, d'Aneoulême, d'Alençon, le vicomte de Narhonne , se réunissent et s'entendent
f>ar l'entremise de Dunois pour enlever e pouvoir à madame de Beaujeu. Cette confédération rappelle celle qui contesta , sans plus de succès , la régence à Blanche de Castille. Toutefois il faut remarquer la différence des deux époques.
Au temps de saint Louis, la vieille féodalité n'avait point encore disparu du sol. Quoique bien ébranlée par les efforts de Philippe-Auguste et de Louis VIII, elle était encore debout et en armes. Plus tard elle fut totalement vaincue et dépouillée, et les provinces, successivement arrachées aux descendants des premiers feudataires de la monarchie, furent distribuées , par la sagesse prévoyante des rois, aux princes des branches collatérales des la famille régnante. Ainsi s'élevèrent autour du tronc principal une multitude de branches destinées à le remplacer s'il venait à manquer. Mais cette institution des apanages eut aussi ses inconvénients ; elle donna naissance à une nouvelle féodalité qui déchira la France sous Charles VI, et qui ne fut abattue que sous Louis XI. Ce furent les restes de ces familles, issues du sang royal, qui disputèrent le pouvoir à Anne de Beaujeu.
A l'exemple de son père, elle s'efforça de gagner le peuple, les villes, les gens d'église pour les opposer aux grands. Les
États généraux de 1484 firent éprouver un premier échec à la coalition; ils laissèrent à Anne de Beaujeu la direction des affaires. Le duc d'Orléans, dans son dépit, eut recours à toutes les petites ressources d'un factieux impuissant; il essaya d'enlever le roi à Vincennes, d'entraîner les bourgeois de Paris, le parlement, l'Université dans une révolte : et quand il eut été puni de sa turbulence par la privation de ses dignités et de ses titres , il s'engagea dans la guerre folie, qui se termina encore à la confusion des rebelles (i486). L'année suivante, un complot semblable fut également déjoué ; mais la guerre recommença en Bretagne.
Ce pays était,, devenu l'asile de tous les mécontents que madame de Beaujeu repoussait du royaume. L'Angleterre continuait à y entretenir des relations alarmantes pour le roi de France ^'empereur Maximilien songeait à en devenir possesseur, en épousant la fille unique du duc François, comme il s'était rendu maître de la Flandre en épousant Marie de Bourgogne. Madame ue Beaujeu, qui ne voulait pas laisser entamer le royaume par ce côte, fit une rude guerre en Bret>
fme, gagna, par son général la T rémouille, a bataille de Saint-Aubin -du - Cormier, s'empara des places fortes de la pro* ince et imposa au duc François l'humiliant traité de Sablé ( 1488 )'. Ce prince en mourut de douleur. Les prétentions de l'Angleterre, de l'Autriche et de l'hspagne, se produisirent alors ave**, un nouvel empressement ; mais madame de Beaujeu fit encore prévaloir la politique française, et Charles VIII épousa Anne de Bretagne et assura son héritage à la maison de France (1491). Depuisce moment le roi régna par lui-même et sacrifia les intérêts positi ts de son royaume au projet aven tureux de conquérir le royaume de IN'aples. malgré les sages avis de sa sœur, qui lui répétait inutilement le mot profond de Louis XI: «Aller chercher des conquêtes « en Italie, c'est vouloir acheter bien « cher un long repentir. »
Madame de Beaujeu fut encore investie de la régence pendant tout le temps de l'expédition de Charles VIII dans ce pays ( 1494-1495).
Les fréquentes absences de Louis XII et de François 1er pendant les guerres d'Italie nécessitèrent souvent des ré-
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