NAPOLÉON L'UNIVERS. NAPOLÉON
eussent attendu la mort sur leurs sié-
§es, c'en était fait peut-être de la desnée de Bonaparte, et il le sentait bien ; une goutte de sang versée ce jour-là, et sa gloire en était à jamais ternie. Mais pas un homme n'eut le courage de résister, et le lendemain le gouvernement consulaire était constitué. Bonaparte rentrait dès lors dans son élément, il allait gouverner et administrer le pays.
Ou sait comment la question de prééminence fut résolue entre Sievès et lui. Ils étaient tous deux , avec Roger Ducos, assis autour d'une table. « Qui pré- « sidera ? » dit timidemeut Sieyès sans oser fixer le regard ardent du général. Bonaparte ne répondit rien. « Vous « voyez bien, dit Roger Ducos,que c'est « le général. » Et Sieyès le sentait bien ; la question d'autorité entre les hommes se décide toujours ainsi.
Bonaparte fut donc premier consul, d'abord pour dix ans , puis à vie ; du moment où il était arrivé au pouvoir, le gouvernement républicain avait cessé d'exister, non de droit, mais de fait; il avait fait place au gouvernement monarchique. Le premier consul était le chef suprême de l'État , c'était lui qui décidait et dirigeait toutes les affaires ; ses deux collègues dirigeaient sous ses ordres deux branches des services publics , les finances et la justice.
D'abord installé au Luxembourg dont Joséphine faisait les honneurs avec une grâce parfaite , Bonaparte alla bientôt prendre possession des Tuileries. Il n'était pas encore empereur de nom , mais il se préparait à I être. Là, comme au Luxembourg, Joséphine réunit autour d'elle l'élite de la société parisienne, et là pour la première fois l'ancien régime vint faire alliance avec le nouveau.
Les grands noms de l'ancienne monarchie retentirent de nouveau sous les voûtes de ce palais , témoin de tant de splendeurs et de tant de revers. Avec sa grâce accomplie, son esprit fin, ses manières distinguées, avec cette bonté qui l'a rendue si populaire, Joséphine servait de lien entre le passé et le présent. Bonaparte encourageait ce mouvement; il se mêlait peu aux causeries de salon : ce n'était pas seulement le poids des affaires qui l'en empêchait ,
mais il se livrait peu et maintenait, par sa réserve, par sa contenance digne et sévère, l'immense distance qu'il voulait mettre entre ses courtisans et lui. Il luttait sans cesse entre sa propre nature affectueuse et bonne, non pour l'endurcir, mais pour la voiler.
Comme il avait introduit l'ordre dans l'État , il le maintenait dans son propre intérieur et mettait des bornes à la prodigalité de Joséphine , aussi bien qu'à son obligeance, à son dévouement pour toutes les infortunes. Joséphine aurait voulu sécher toutes les larmes , guérir tous les maux, et plus d'une fois la sévérité du chef de l'État fléchit devant ses prières. Combien ont dû leur fortune et leur vie à cette bonne et noble femme! Napoléon fut obligé de lui interdire le droit de solliciter, et Joséphine trouva toujours mille moyen* ingénieux d'éluder cet ordre sévère, comme elle trouvait moyen aussi de dépenser dix fois plus que son budget.
Nous ne pouvons suivre ici Bonaparte dans toutes les phases de son gouvernement (Voyez les articles Consulat, Camp de Boulogne, Blocus
CONTINENTAL, EMPIRE, CENT-JOURs).
Mais nous ne pouvons nous dispenser de citer quelques phrases d'une lettre officielle qu'il écrivit au roi d'Angleterre en arrivant à la magistrature suprême : • La guerre qui, depuis huit « ans, ravage les quatre parties du « monde, doit-elle être éternelle ? N'est - « il donc aucun moyen de s'entendre ?
* Comment les deux nations les plus « éclairées de l'Europe , puissantes et « fortes plus que ne l'exigent leur sûreté « et leur indépendance, peuvent-elles « sacriOerà des idées de vainegrandeur « le bien du commerce , la prospérité a intérieure, le bonheur des familles?
« Comment ne sentent-elles pas que la « paix est le premier des besoins, comme « la première des gloires?.... La France, « l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, « peuvent longtemps encore, pour le « malheurde tous les peuples,en retarder « l'épuisement; mais, j'ose le dire, le sort « de toutes les nations civilisées est atta- « ché à la fin d'une guerre qui embrase
« le monde entier » Bonaparte est
tout entier dans ces paroles simples et grandes. Cet appel à la paix générale
FRANCK
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pliait du fond de son cœur ; il était bien le vivant génie de la guerre, mais il sentait que ce n'était pas seulement sur les champs de bataille qu'il pouvait être grand et glorieux. Il possédait la science du gouvernement à on plus haut degré encore que la science militaire, et il préférait à la gloire des armes, la gloire pacifique du législateur et de l'homme d'État. La diplomatie anglaise répondit par des récriminations à cette noble démarche , et chaque fois que Napoléon, après ses triomphes, tenta de ramener à la paix le cabinet de Londres , son implacable ennemi, toujours il vit la raillerie et l'insulte accueillir ses propositions.
L'Autriche l'appela de nouveau en Italie ; il s'y rendit en traversant les Alpes; et ce passage mémorable, hérissé de tant de difficultés , fut effectué gaiement par nos soldats qu'enthousiasmait ia présence du chef qui les avait si souvent conduits à la victoire. Cette campagne fut une série de triomphes , et Bonaparte rentra à Paris, entouré de l'admiration publique. L'administration du pays , les travaux législatifs , le dT.tat, les relations extérieu- , les finances l'occupaient tour à tour , et partout sa haute intelligence des affaires faisait pénétrer l'ordre et la stabilité. Il était vraiment la loi vivante, et la nation ne protestait pas contre ce prodigieux exercice, contre cette centralisation absolue de l'autorité. Toutes les formes protectrices de la liberté furent annulées; la liberté des discussions , celle de la presse furent étouffées , sans que ce peuple si jaloux de ses droits protestât contre la violation de ces libertés si chèrement conquises. Pour la première fois on vit un peuple libre remettre volontairement entre les mains du plus grand de ses enfants le dépôt sacré de ses droits et de ses garanties sociales ; et cette supériorité de génie ne fut ni contestée, ni discutée, ni soumise aux chances du scrutin. Celui-la seul qui était capable d'exercer le suprême pouvoir s'en empara, et le peuple acclama cette royauté nouvelle;mais en l'acceptant sans réserve, en se débarrassant de tous les obstacles , en bâillonnant la tribune et la presse, Bonaparte eut trop de con-
fiance en lui-même ; il était grand sans doute, mais il ne l'était pas assez encore pour la tâche que le peuple lui confiait. Quand il cessa d'être la loi vivante de ce peuple généreux, quand il ne résuma plus en lui ses besoins et ses vœux , quand il ne le domina plus par l'ascendant de son génie , Il voulut le dominer parla force; il traita en mineur ce peuple dont un baptême de sang avait pourtant consacré la majorité, et alors il cessa d'être grand.
Toutefois, jusqu'à la proclamation de l'hérédité de sa race et jusqu'à la guerre d'Espagne, il est bien le représentant de la nationalité, de la révolution française , même quand il porte atteinte à la liberté, a l'égalité; quoi qu'il fasse, il est dans la ligne populaire, parce que le peuple est fatigué des discoureurs de tribune et de la polémique des journaux, et, ce que le peuple veut, la gloire, l'unité de la France, l'ordre intérieur, le développement du travail industriel, l'absence d'agitations politiques, Bonaparte le lui donne. Mais en 1804 et en 1807 il se sépare du peuple, il n'est plus l'homme de la nation , il est l'homme de sa dynastie, et son divorce avec Joséphine devient plus tard le symbole de son divorce avec le peuple.
Dès lors aussi commence sa période décroissante; car Dieu ne permet pas que cet enfant du peuple disparaisse comme un éclair, après avoir ébloui le monde; il ne succombera ni à Leipzig , ni à Moscou, ni à Champ-Aubert, ni a Montmirail, ni à Waterloo ; non ! il ne serait plus alors qu'un héros ordinaire, il ne serait pas la personnification des grandeurs et des souffrances populaires ; mais après la gloire du Code civil , du concordat, d'Austerlitz, il aura la gloire plus élevée encore de Ste-Hélène et du martyre que l'Angleterre lui fera subir.
Le consulat, marqué par de si grands événements , par des travaux si considérables et par la signature du traité d'Amiens , qui un moment sembla ouvrir une ère de paix à la France et à rEurope , le consulat fit place à l'empire , le soldat de la révolution monta sur le trône , et des actes de clémence signalèrent ce changement.Mais, comme pour prouver en même temps qu'il ne reniait pas sa populaire origine, Napoléon
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L'UNIVERS
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fixa au 14 juillet, jour anniversaire delà prise de la Bastille , la première distribution des croix de la Légion d'hon-
Le pape Pie VII traversa les Alpes et arriva à Fontainebleau où Napoléon le reçut avec magnificence. Le sacre fut fixé au 2 décembre et eut lieu à Notre- Dame. Paris, la France entière se pressaient autour du jeune empereur et de Joséphine dont le peuple était habitué à prononcer le nom avec amour. On sait que l'empereur ne laissa pas le saint-père poser sur sa tête la couronne impériale; il la prit des mains du pontife, se couronna lui-même, et couronna ensuite l'impératrice. En oignant de Thuile sainte le front de Bonaparte, le pape avait donné à l'autorité, à la puissance du nouvel empereur, le caractère religieux, spirituel ; mais la couronne, emblème de la puissance temporelle , il voulait la tenir de lui-même et non du pape. «Dieu me la donne, » dit-il ; mais entre Dieu et lui il ne voulait pas d'intermédiaire humain.
Dans les discussions que souleva plus tard entre le pontife et lui , la situation de la puissance temporelle du pape en Italie, Napoléon montra encore combien il voulait que fdt profonde la séparation des deux pouvoirs spirituel et temporel. La persistance opiniâtre, mais calme et impassible, du pape irrita l'empereur qui passait brusquement des plus douces formes de la persuasion à la colère et aux menaces , et le pontife ne répondait que deux mots. Quand l'empereur se montrait doux et insinuant :
Commediante! disait le saint- père; quand Napoléon entrait en fureur: Tragediante, s'écriait-il alors. Mais l'impassibilité et les protestations du chef de l'Église furent impuissantes ; l'Italie fut érigée en royaume ; Napoléon joignit à son titre d'empereur celui de roi , et il fut de nouveau sacré en cette qualité dans la cathédrale de Milan.
La paix d'Amiens ne fut pas de longue durée; les intrigues de l'Angleterre appelèrent de nouveau la France sur les champs de bataille de l'Europe , pour la troisième fois coalisée contre nous.
L'empereur , justement irrité contre l'Angleterre, voulut la prendre corps à corps; il réunit au camp de Boulogne des
forces considérables; mais les officiers de notre marine et les vents contraire; semblèrent prendre à tâche de paralyser les efforts de l'empereur. Ne pouvant attaquer l'Angleterre dans ses foyers, il voulut frapper au cœur sou industrie, et conçut le projet du blocus continental.
La bataille d'Austerlitz signala cette rapide campagne; mais en même temps la France perdit à Trafalgar tous ses vaisseaux. Napoléon remaniait alors l'Europe et commençait à se préoccuper de l'avenir de ses frères et de sa dynastie ; il érigeait le Wurtemberg et la Bavière en royaumes, mariait Eugène, son fil* adoptif, avec la fille du roi de Bavière, el déjà il songeait au trône de Naples pou î , son frère Joseph, à la couronne de Hol< lande pour son frère Louis , à celle d« Westphalie pour Jérôme; Murât était grana-duc de Berg; et bientôt le désii de posséder l'Espagne allait jeter l'empire dans des embarras nouveaux.
La paix de Tilsitt rendit à la France un instant de repos ; mais l'Angletem ne cessait de harceler l'empereur. I„i Portugal ouvrait ses ports à l'industrie anglaise; Bonaparte y envoya Junot, e ce fut un premier pas dans la voi< funeste où il allait s'engager eu Espa gne.
En même temps qu'il commettait i l'extérieur cette faute irréparable, il in disposaità l'intérieur l'opinion publique en exagérant la part déjà si large qu'i avait faite à son autorité , et en s'éloî gnant de plus en plus des principes pre clamés par la révolution.
Napoléon était à peine engagé en Ks pagne, que l'Autriche l'appelait de nou veau aux armes. Cette campagne, qu'i ni mortalisèrent les noms d'Eslingen et d Wagram, fut suivie d'un traité de paix signé à Vienne le 14 octobre 1809.
L'année suivante, par un aveuglemen funeste, Napoléon répudiait Joséphin et s'alliait à la maison d'Autriche e épousant une archiduchesse. Cet act n était pas seulement impardonnabl comme défaut de cœur, mais il Fêtai même au point de vue politique , tan il est vrai que les plus hautes întelligen ces, les plus puissants génies, quand il dévient de leur mission, sont entraîné à leur perte par des fautes que les hoin mes les plus simples éviteraient. Du ma
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FRANCE
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ment où l'ambition de l'empereur devient personnelle , quand les considérations de sa dynastie et les conditions de sa durée deviennent l'élément principal de sa politique , son génie semble perdre , non son activité, mais sa mystérieuse puissance de divination; il travaille luimême à sa chute, et prépare à la France ses plus douloureuses épreuves.
lin enfant, à qui de si éclatantes destinées semblaient promises , naquit de cette union, et reçut en naissant le titre de roi de Rome. Napoléon fut joyeux et fier de cette naissance , il crut a l'éternité de sa race, et, trois ans plus tard, l'édifice de cette puissance était à jamais renversé. Oh! combien , en ce temps , elle était plus prévoyante , plus sage et dus grande que le géant dont elle était fa mère , la femme courageuse devant laquelle l'Europe s'inclinait alors en la saluant du titre de Madame-mère! « Un « jour, disait-elle tristement, je serai « peut-être obligée de donner du pain à • tous ces rois! »
Le dernier acte de ce drame féerique approchait cependant. Le héros, invincible tant qu'il s'est'appuyé sur les sympathies des peuples, va succomber dans cette lutte ardente. Le czar rompt son alliance ; Bonaparte demande à la nation fatiguée de nouveaux sacrifices , de nouveaux efforts. Une armée immense traverse l'Europe et va effrayer Alexandre dans sa capitale. Mais les barbares étonnent l'Occident par leur audace : Moscou est livrée aux flammes, et la grande armée , sans vivres , sans abri , sans munitions, bat en retraite, poursuivie par ces cohortes braves mais stupides, qui tant de fois ont fui devant nos bataillons.
Napoléon fut grand dans ce revers immense ; mais pour y remédier il ne compta que sur son génie , sur son étoile. Au peuple , il n'y songea que pour lui demander les derniers de ses enfants. Son génie ne l'abandonna pas; jamais tant d audace , tant de courage personne], tant de présence d'esprit , tant d'activité et de science ne furent déployés par l'empereur que pendant ces dernières campagnes , et surtout pendant la campagne de France , une des plus mémorables dont l'histoire gardera le souvenir.
Abandonné, trahi par la plupart des siens , Napoléon ne désespérait pas encore de cette sanglante partie , dont la nationalité française , plus encore que sa couronne , était l'enjeu solennel. 11 marchait sur Paris, et pouvait en effet nous sauver encore de l'invasion, quand il apprit la capitulation de Paris, signée par Marmont, et l'entrée des alliés. En apprenant cette nouvelle fatale, Napoléon demeura calme, et sa pensée se reporta sur son fils , sur son épouse , sur sa mère. Les sentiments de la nature dominèrent tous ses regrets.
Il quitta Fontainebleau et la France , et les souverains de l'Europe ne craignirent pas de confiner dans un Ilot de la Méditerranée, avec un semblant de souveraineté, l'homme de génie devant lequel ils s'étaient humiliés tant de fois.
Séparé brutalement de Marie-Louise et de son fils , Napoléon fut du moins assez heureux pour emmener avec lui à l'île d'Elbe sa mère et deux de ses sœurs. Mais il ne demeura pas longtemps dans cet exil; le 26 février 1815 il donna l'ordre du départ , et fit voile vers la France à bord du brick t Inconstant ; le l,r mars, il mettait le pied sur la terre de France, et marchait sur Paris au milieu des acclamations de la France entière.
Napoléon alors se souvint de son origine révolutionnaire. II n'avait fallu que la trahison de deux hommes pour livrer Paris à l'étranger , pour disperser au loin les soutiens de la puissance impériale; le peuple seul lui était resté fidèle dans cette circonstance suprême. Il songea alors à faire une plus large part aux institutions démocratiques ; il comprit que le peuple pouvait et devait être quelque chose dans l'État. Mais il se repentit bientôt des concessions qu'il avait faites; ce qu'il donna d'une main, il le retira de l'autre, et les sympathies populaires qui l'avaient accueilli à son retour s'éloignèrent bientôt de lui.
Il perdit à Waterloo sa dernière partie; il l'eût gagnée contre l'Europe entière sans la trahison. Il tomba, et le dernier acte de sa carrière politique fut grand comme toute sa vie. Vaincu, il alla se confier à son plus implacable ennemi, « il alla s'asseoir au foyer du « peuple britannique; » et l'Angleterre
lis
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répondit à cette loyauté sublime par Sainte -Hélène et Hudson- Lowe (#).
(*) Voyez aux Ahitalcs, tom. II, pag. 247 et suiv. , le récit de l'embarquement de Napoléon, et de son départ pour Sainte- Hé-
Le a août i8«5, lord Casielreag , lord Wellington et le prince de Metternich , avaient signé à Paris la convention suivante :
«Art i*r. Napoléon Bonaparte est regardé, par les puissances qui ont signé le traité du *5 mars dernier, comme leur prisonnier.
« Art. a. Sa garde est conûée spécialement au gouvernement britannique.
« Art. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie, et la cour royale de Prusse, nommcrout des commissaires qui se rendront et demeureront au lieu que le gouvernement de sa majesté britannique aura assigné pour le séjour de Napoléon Bonaparte, et qui , sans être chargés de sa garde, s'assurerout de sa présence.
«Art. 4. Sa majesté très -chrétienne sera invitée , au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer également un commissaire français au lieu de détention de Napoléon Bonaparte.
• Art. 5. Sa majesté le roi du Royaume- Uni et d'Irlande s'engage à remplir les obligations qui résultent pour elle de la présente convention. -
L'empereur débarqua , le 18 octobre, à l'ile Sainte-Hélène. On le logea provisoirement dans la maison de campagne d'un gentilhomme anglais nommé Balcombe, en attendant que I nabi talion de Longwood eût été préparée pour le recevoir. Napoléon resta deux mois dans la famille de M. Balcombe, qui eut pour lui tous les égards que permettait la surveillance sévère mais mesurée du gouverneur, sir Georges Cockburn. « Le pavillon cédé à Napoléon par l'honnête insulaire se composait d'une seule chambre et d'un grenier. Pour rendre la première de ces deux pièces habitable, il fallut calfeutrer comme on put l'unique croisée qui s'y trouvait , et à travers la fermeture de laquelle le vent et la pluie pénétraient. Ce lieu , où Napoléon fit établir son lit de camp, fut tout a la fois la chambre à coucher, le salon , la salle à manger et le cabinet de travail. M. de Las Cases et son fils occupèrent le grenier; le valet de chambre de service , enveloppé de son manteau , couchait sur le carreau dans la chambre même de son maître.
«Après soixante et quelques jours, le prisonnier prit possession de Longwood, habi- — " - - que "
Grâce à ce long martvre, le nom de 1' pereur traversera lès siècles d'âge
mode pavillon dont nous venons de pai mais où l'appareil odieux d'une surveill. toujours croissante fit regretter a Napo le galetas qu'il avait primitivement habi (Continuation de C abrégé chronologiatu président Hé nault , par M. Michaud.)
Nous ne pouvons rapporter ici les dé intéressants du séjour de Napoléon à Sai Hélène. On peut consulter à cet égar Mémorial de Sainte- Hélène de M. le ce de Las Cases, les Mémoires d'Antommar et ceux de MM. Moutholon et Gourg.
Tout le moude sait que les mauvais proc et les tracasseries qu'il éprouva de la par misérable Hudson-Lowe, qui avait sucée sir Georges Cockburn, comme gouvernem l'ile. joints à l'inclémence du ciel sous le< il vivait , contribuèrent à abréger ses jo « Napoléon, qu'une mélancolie noire et | fonde accablait depuis plusieurs ann< éprouva les souffrances les plus aiguës commencement de i8ai. Le docteur Haï O'Méara l'avait jugé attaqué d'une mali de foie; mais on ne tint pas compte assertions du docteur, que le ministère glais avait retiré de Sainte-Hélène pour aservi d'intermédiaire dans une corresp dauce secrète de Napoléon avec ses ami sa famille en Europe. Le 27 mars, lemper fut obligé de garder la chambre; à la d'avril, son état empira; on crut conven; d'adjoindre deux chirurgiens et trois me cius au docteur Antommarchi , son médr ordinaire. Ce fut dans la consultation qui lieu à cette époque, que ces divers pratici soupçonnèrent qu'il avait un cancer à I tomac, affection dont il parait que son p était mort à l'âge de trente-cinq ans.
ier mai, la maladie était arrivée i son f haut degré d'intensité. Le lendemain , symptômes en furent alarmants. Dans moment de délire, il s'écria : Stengei, i saixt M asséna ! ait! la victoire se décit allez , courez, pressez la charge i ils son nous! Le 3, on désespéra de sa vie. Le une lueur d'espérance revint, parce qu'il a* pris quelques rafraîchissements; mais le roedi , à 3 heures du malin, il perdit conna sance. Son agonie fut calme ; aucun signe douleur ne parut sur son visage habituel ment très-pâle ; aucune plainte ne lui échap| les seules paroles que ses tristes amis t cueillirent furent celles-ci: Mon nation française... fnon fils.», tête*.' Mais il fut impossible de se faire 1 de la liaison qu'ils avaient dans «oc
NAPOLéojr FRANCE napoléon uo
âge ; ce baptême de douleur manquait et sans cette longue expiation, la France à sa gloire pour la rendre ineffaçable; n'eût pas salué avec tant d'enthousiasme
Un peu «Tant 6 heures du soir, Napoléon croisa avec effort ses hras sur sa poil nue ; il jtJa un dernier regard sur le buste de son fis placé au pied de son lit , et expira saus convulsion à 6 heures moins 6 minutes du soir, au moment où le soleil lançait ses derniers rayons sur l'horizon. Il était âgé de cinquante et un ans huit mois et vingt jours.
■ Son corps fut ouvert, ainsi qu'il en avait témoigné le désir, a6n que l'on put .savoir la véritable cause de sa maladie, et en prévenir ton fils. L'opération eut lieu en présent *1 du docteur Anton marebi , de plusieurs chirurgiens, des comtes Hertrand et Moutholon. Il fut reconnu que la mort avait été occasionnée principalement par un cancer à l'estomac. Apres la diseection, le corps fut eaposé à Leugwood, revêtu d'un uniforme vert à parements rouge*, décoré du grand aigle de la Légion d'honneur. Toute la population de Pile s'y transporta, et vint contempler les traits de rhomme qui avait rempli le monde du bruit de son uom. Ses restes mortels furent placés sans être embaumes dans un cercueil de plomb recouvert de deux autres cercueils, l'un oVrhéne, l'autre d'acajou, garnis d'ébéne et fermés avec des vis d'argent. Les comtes Bertrand et Montholon voulaient rapporter le cœur en Europe ; le médecin désirait conserver l'estomac; ils ne purent l'obtenir du gouverneur sir Hudson-Lowe. On déposa fan et l'autre dans deux boites d'argent remplies d espril-de-vin , qui furent enfermées dans te cercueil , avec une collection de monnaies frappées sous le gouvernement consulaire el sous l'empire.
• Le corps resta exposé dans une chambre ardente, du 6 mai jusqu'au g, qu'eurent lieu les funérailles. Le gouvernement anglais n'avait jamais reconnu Napoléon comme empereur, mais il avait ordonne qu on lui rendit les honneurs affeetés à un officier général du grade le plus élevé. La célébration des obsèques se fit selon les rils et usages de l'église catholique, avec la pompe religieuse rt militaire que l'île pouvait fournir; 3,ooo hommes étaient sous les armes. Sur le char funèbre, tiré par quatre chevaux, s'élevait le cercueil, couvert d'un manteau bleu brodé d'argent, le même, dit -ou, que Napoléon portait a la bataille de Marengo. Le cortège, composé des compagnons d'exil du défunt, de *a maison en deuU, du gouverneur de File et de toute la garnison, suivit le corps dans un profond recueillement, au son d'une musique funèbre et au bruit des salves d'artil-
lerie, tirées de minute en minute par les forts et les bâtiments de la marine. Arrivé prés du lieu de la sépulture, dans un endroit impraticable pour les voitures, le cercueil fut enlevé et porté par vingt -quatre grenadiers anglais : étrange destinée qui chargeait des soldats anglais de porter la dépouille mortelle du plus terrible ennemi de leur gouvernement ! Le corps de Napoléon fut déposé dans un tombeau bâti avec une partie des matériaux apportés d'Europe pour la reconstruction de la maison de Longwood. Le tombeau , scellé par une grande pierre , fut recouvert de maçonnerie et de plusieurs bandes de fer, pour mettre obstacle à l'enlèvement du corps. » (Ouvrage cité.)
Le u mai 1840, M. de Rérausat . ministre de l'intérieur, demanda aux chambres un crédit d'un million , pour ramener en France les restes de l'empereur. Les chambres votèrent ce crédit avee enthousiasme, et, le 7 juillet, la frégate la lirlle-Poule , commandée parle prince de Joinville, partit pour Sainte-Hélène. Le 3o novembre, elle était de retour de sa pieuse mission , et entrait dans le port de Cherbourg. Du 8 au 14 décembre , les restes de Napoléon furent transportés de cette ville à Neuilly ; enfin , le i5, ils firent leur entrée dans Paris, et furent déposés sous le dôme des Invalides, avec une pompe dont le spectacle imposant fut encore surpassé par le recueillement, l'émotion profonde, l'enthousiasme indescriptible d'une foule immense accourue de toutes les parties du territoire pour rendre les derniers nonneurs à l'homme qui avait fait la France si glorieuse et si grande.
On a de Napoléon : Lettre de M. Buonaparte à M. Matteo Buttafuoco , député de Corse à V assemblée nationale, 1790, in-8"; le Souper de Beauca'tre, Avignon, 1793, in-8°; Collection générale et complète de ses lettres, proclamations, discours, messages, etc., classes suivant l'ordre des temps, avec des notes, par Ch.-Aug. Fischer, Leipsig, 1808 et x8i3, a vol. in-8°; Correspondance inédite, ojficielle et confidentielle (publiée d'après les copies authentiques recueillies et rassemblées par Napoléon lui-même), 18 18, i8ao, 7 vol. in-8": ce recueil mérite toute confiance ; Œuvres de Napoléon Bonaparte , Paris, Panckourke, i8ai et 182a, 5 vol. in-8ô. Quelques volumes de la précédente collection font partie de celle-ci. On doit encore regarder comme appartenant en trèsgrande partie à Napoléon , les ouvrages sui-