MONT VOS FRANCE. MOUTYOK
rré à l'étude des grandes questions sociales. En 1778, il fit paraître, sous le nom de son secrétaire M*** , des Recherches et considérations sur la po~ pulation de la France , qui furent traduites en plusieurs langues. La même année, il concourut pour le prix d'éloquence à l'Académie française (le sujet était V éloge du chancelier de l'Hôpital) ; il obtint l'accessit.
Pour inspirer aux autres cette émulation du bien qui le pressait si vivement lui-même, il fonda, sous le voile de l'aaonvme , une suite de prix à décerner par l'Académie des sciences, l'Académie française et la Faculté de médrcine. Voici, dans" l'ordre de leur date, la liste de ces belles fondations, dont un souverain eût pu se montrer jaloux. Il institua, en 1780, un prix pour une expérience nouvelle utile aux arts; en 1782, un prix pour l'ouvrage de littérature le plus utile aux moeurs , et un autre pour un mémoire ou une expérience ayant pour but de rendre une profession moins malsaine; en 1783 , un prix pour une découverte tendant à simplifier les procédés d'un art mécanique, et un autre pour récompenser un acte de vertu d'un Français pauvre; enfin, en 1787, un prix pour un mémoire sur une question de médecine.
Cette même année, Montyon avait été proposé pour être garde dès sceaux. Il fuit, depuis 1780, attaché à la cour comme chancelier de la maison du comte d'Artois. Cette charge lui av;iit été donnée en réparation des torts qu'avaient eus envers lui quelques jeunes étourdis de la cour, torts auxquels le prince n'avait pas été étranger. Montyon ne l'avait acceptée qu'a condition qu'elle serait gratuite.
A la révolution, il crut devoir suivre h fortune de ceux auxquels il s'était ainsi attaché. Il émigra , et se trouvait a Genève en 1792, lorsqu'il obtint un prix de l'Académie française pour un mémoire sur cette question : Cotisépences qui ont résulté pour t Europe de la découverte de V Amérique , relativement à la politique , à la morale et au commerce. Montyon n'avait pas signé. Il déclara, toujours sans se nommer , qu'il consacrait les 3,000 fr. qui formaient le montant du prix, à en fon-
der un nouveau pour récompenser l'écrivain qui indiquerait les meilleurs moyens ou les meilleurs instruments pouv économiser ou suppléer la maind'œuvre des nègres. Ce fut ce qui le fit reconnaître. A Londres, où il passa les dernières années de son émigration, il consacra chaque année 5000 f.
aux réfugies français sans fortune , et pareille somme aux soldats de la république prisonniers en Angleterre, outre 10,000 fr. qu'il faisait parvenir en Auvergne, pour ceux r!e ses anciens administrés qui étaient dans le besoin.
En réponse au Tableau de l'Europe, où Calonne établissait que la France avait été quatorze siècles sans constitution, il puoli.i en 1798 un Mémoire adressé à Louis XV III, dans lequel il soutint qu'il v avait une constitution, mais qu'elle avait été « constamment violée par les rois de France.» En 1801, l'académie de Stockholm lui décerna le prjx sur ce sujet : Proarès des lumières au dix-huitième siècle. La société royale de Gœttingue ayant mis au concours cette question :
Quelle influence ont les diverses espèces d impôts sur la moralité, l'activité et l'industrie des peuples? Montyon y répondit par un travail nui n'eut pas le prix, parce que, au lieu d'une brochure, il avait fait un livre. VÊloae de Corneille, qu'il présenta à l'Institut en 1808, fut, par des considérations qui n'étaient rien moins que littéraires, exclu du concours. Enfin, il publia encore, en 1811, Y État statistique du Tunkin, et en 1 8 12, des Particularités et observations sur les contrôleurs généraux des finances, de 1660 à 1791 De retour en France en 1814, Montyon s'occupa, avec l'activité que donne le génie de la bienfaisance, à rétablir ses fondations, et y en ajouta de nouvelles encore, notamment un prix de statistique en 18 17. Il mourut en 1820, et son testament porta à 1,275,000 fr.
le capital des prix qu'il avait fondés, et à 3,800.000 fr. ses donations aux hospices , dont la plus importante consiste dans ces secours que l'administration distribue maintenant aux convalescents sortant chaque jour de ses établissements, secours si précieux pour aider le malheureux ouvrier à attendre et même à hâter le retour de ses forces ou du travail.