ji^gnom . . . Ardèehe, Drôme, Haulea - Alpea
V a ucl u se, BoOidMO • dtt • AhdMW
Vari Corse.
y. 2VHito«i«... Gard, Hérault, Tarn, Ta rn-el Garonne, Haute-Garonne, Ariége^ Aode, Pyrénéee Orientale».
9. Mtnbms-f Gironde, Landes, Basses- Pyrrnées, Hautes-Pyrén^s, Gers, Lot-et Garonne. Dordogne.
A. Tnut Charenle-lMfArieare, Charente. Veo*
d^, I>eux<8ivras. Vienne, ladreet-Loire, Indre.
10 Hennés.... Mayenne, Maine-et-Loire, LoÎIW-Ib» f« rlnirt- , Morbihan, Finistire^ Côtes-du-Kord, lUc-et-Vilaine.
tt. Atmeon.'. Manche, Catvadoc, Orne, Sarthe, Borei«tLoir,Lolr'eK:her, Loiret.
M. Ctemmtf- Pay-de-Ddow, Creva», HaMe-Vien. AmndL... »e. Corrèxo. Lot» A^rayrmi, L» zère. Cantal.
Tableau des inspections générales des mines.
Disignmttm Dépmlwmmts ^ tompom» <<afe
des insj/ections. inspection.
Kard-ouest.. CaWndos, Manche, Orne, Mayenne, Sarthe, Cûtes-du-Kord , I-itiisière, Morbihan, llle-et-Viiaine, Loire-Inférîeore, If ainMl-ldre.
jnriwrf. S«!n«" Inférieure, Eure, Fnre-et-LoIr,
Seine^l-Oise, Seine, Seine-etMarae,
FRANCE. FKAJiCE.
FEANCE
Désignation DépvtUimts qui eompottÊt cAcfW ici iiuféctiwu, insputioH,
Nord, PMHi»Cilwfl, SonuM. Altn»,
Oise.
tiord-tit, .. Ardeuiies, Mruse, Mante, Aube, Meur* the, Moselle, Bu-EUat VotgM, Baut-Ilhin.
OtMsf GmoM» Corrèze, Haute-¥i«nn«, Cha»
rantétDordogneXbarenle-loréricursé TeiNlée, lîeuit-Sèvre», Vienne, Indreet-Loitf, Loir-et-Cher, Indrr.
Centre Loire. Rhône, Allier, I>ay-de- Uôiue»
IIaute«U»iM, Char, Wèrnt Loirat»
Yonne.
Est. . . 4 • . • • Raute-Satea. 1fairt»4laiTO, CAte-d'Or*
Saône-et- Loire, Douhs, Jura, Ain.
Sud Oiitsl . . . Cantal, Lot, Aveyron, Tarn el Gan-niic, Tarn, Hatitp ri;irii;i;ii-, Arii'gf, Gironde, l>ot-cl-(jaroiine. Landes, B^iSses-Pyrénee», Gers, >laute« l*yr«nées.
SUi-$tt Mra» Uautes-Alpaa, Drdoie, Vaactuaa»
1l8s*pt«A1pe«. Boucbes * du • liMnf, Var.Ardèchc, Lozère, Gard, H<*rault, Corse, Aude, Pyrénées-Orientales.
France (duché et ducs de). — Le duché de France fut le point central autour duquel, après le démembreinrnt dti royaume carlovingien , la nationalité iranraise vint se reconstituer. Il serait difficile de déterminer exactement quelle était son étendue à son ori- • gine. Elle était sans doute moinâ consi* dérable qu'à l'époque où, par Tavenement de Hugues Capet, il s'étendait entre la Seine et la Loire , et comprenait, outre les comtés de Paris et d'Orléans, !e Ofitinais, le Chnrtrain, le Blaisois, le Perrhfî , la Touraine, l'Anjou, le Maine , les terres de Sologne (quor-
Sue situées au midi de la Loire), le leauvaisis et une partie de TAmié* nois.
I. 861. Le premier duc de France fut Jtoberile Fort y dont Torigine est incertaine, mais qui , probablement , descendait (les Saxons établis en Neustrie, et particulièrement à Bayeux. Charles le Chauve lui conféra , à l'assemblée de Compiègne , en 861 , le titre de duc et maî'ouis de France ; et , pour s'en faire une oarrière contre les Bretons, il lui donna , avec ce titre, la province située entre la Seine et la Loire. Les auteurs àitVArf (le l'érifter les dates prétendent (pie ce n'était pas un département nouveau. « On conserve, disent-iis, au dé- « pot des Chartres, un diplôme de Char- « lemagne , contenant des privilèges « accordés à l'abbaye de Saint-Denis, et « dans lequel il est fait mention d'une « province située entre la Loire et la
« Seine (*). » Mais Charlemagne, en disposant de cette province, l'avait fait en souverain, etense réservantia faculté de la reprendre; et oette clause n*était pas illusoire, car il avait le pouvoir de l'exécuter. Mais Charles le Chauve était loin d'avoir l'autorité de son aïeul; sous son règne , le duché de France édiappa aux Carlovineiens , et se fixa dans la famille de Robert. L'hérédité , en effet, fut bientôt conquise par tous les grands vassaux.
On trouvera , aux noms de Robert et
de ses descendants , rhistoire particulière des ducs de France ; nous ne ferons qu'indiquer ici leur succession, les variations que l*oo remarque à diverses époques, dans rétenduede leurs domaines; enfin les principaux événements auxquels ils eurent part.
H. 866. Eudes, fils aîné de Robert, et, par sa mère , petit-fils du comte de Pans , obtint ce comté avant d'hériter du duché de France. Comme son père, il s'illustra par son courage et ses succès contre les Normands; il se couvrit de gloire à la défense de Paris , et fut proclamé roi en 888 , lors de la déposition de Charles le Gros. Ainsi commença , entre les derniers Garlovingiens et les ducs de France , cette rivalité qui devait élever au trône la famille capétienne, et faire triompher le principe féodal.
IIL 896. Dix ans après, Robert, second fils de Robert le Fort , succéda à Eudes dans le duché de France. Son frère, en montant sur le trône , lui avait donné le comté de Poitiera ; mais Adémar s'en empara ; et cette première tentative des aucs de France sur le Midi fut sans résultats. Robert fit hommage à Charles le Simple , qu'il défendit d'abord contrôles Normands, et qu'il voulut ensuite renverser du trône; il périt, en 923, à la bataille de Soissons.
IV. 923. Hugues le Grand, son fils, comprit que le temps n*était pas encore venu de s'emparer du trône; et il se contenta d'être l'homme le plus influent du royaume. Il disposa de la couronne en faveur de Raoul, son beau-frère, après la mort duquel il fit rappeler Louis d'Outremer, Théritier des Garlo-
(*) Àrt de vérifier Us daies^ t. IX, pw aoQ.
FRAir€B L*imiVBRS. nâwcn
vingiens, envers lequel il agit i^utét ea maître qu'en sujet.
V. 968. Hnguê» Capet, ton fils, fixa définitivement la couronne dans sa maison (988). Cette révolution n'augmenta pas sa puissance et sa richesse : ce fut lui , au contraire , qui enrichit le domaine royal, réduit alors à quatre ou cinq villes , en y reunissniit le duché de France et les comtes de Paris et d'Orléans. La royauté, en tombant aux mains d*un grand feudatafre, fut sauvée d'une ruine totale; la terre lui manquait sous les derniers Carlovingiens ; elle avait perdu pied , ^ur ainsi dire : les ducs na France lai donnèrent un point d'appui matériel dans la société féodale; elle put s'y perpetoer.
Cependant le duché de France subissait à l'intérieur, comme tout le reste de la France, un inévitable morcellement. I.rs comtes d'Anjou , de lîlois , de Ch:irtrcs, devinrent bientôt de puissants feudataires, qui pe craignirent pas de faire la guerre à leur seigneur, devenu roi. Les premiers Capétiens furent moins puissants que les ducs de France : car ils avaient cessé d'être les chefii de l'opposition féodale , et étaient à leur tour en butte aux attaques des seigneurs. Le dninnine royal se trouva réduit, sous l'iii lippe V"^ aux comtes de Pans, de Melun, d'Ktampes, d'Orléans, de Dreux et de Sens ; et la route n'était pas même silrc pour le roi , de Tune a l'autre de ces villes. Knire l^aris et Étampes s'elevail le château de Mont- Ihéry; entre Paris et Melun, le château de Corbeil , dont le comte espéra quelque temps fonder à son tour une quatrième dynastie ; entre Paris et Orléans, le château du Puiset, dont le siège donna tant de mai à Louis le Gros.
Plus près de Paris , se trouvaient les turbulents seigneurs de iMontmorency, propriétaires des liefs de Marly, d'Écouen,deFeuillade et de Brai-8ur-8eine ; les comtes de Dammartin, si longtemps ennemis des rois ; les comtes de Montfort, entre Paris et Chartres; ceux de Meutan , dans le Vexin français et dans le Pincerais, sur les deux rives de la Seine; enfin . les comtes de liante?;, sur la Seine , et de Clermout en Beauvaisis, sur la Bresche.
Au nord , le roi ayait encore , comme
duc de France, de puissants et indociles vassaux dans les comtes de Ponthteu . dans les comtes d*Amiens , dans ceux ae Valois et de Vermandois ; enGn ,
dans ceux de Soissons. A l'ouest du domaine royal, les comtes d'Anjou avaient eux-mêmes de puissants vassaux: les comtes de Vendôme, le vicomte de Thouars, les seigneurs de Laval , de Mirebeau , etc. Ils obtinrent la dignité héréditaire de grand sénéehal , et les rois s*en servirent utilement pour combattre les ducs de Normandie, de Bretagne, d'Aquitaine, ainsi que les princes de la maison de Blots et de Champagne. On voit, nar le tableau résumé de la division ftodale du duché de France, tout ce que les rois eurent à faire pour y établir l'unité monarchique.
Fbance (influence littéraire de la).
— Le résumé général de l'histoire de la littérature française aura sa place ailleurs dans ce recueil (voir Littera.- TUBB). On veut seulement ici , en rassemblant quelques faits etquelques vues, faire ressortir l'influence que notre lan- • ue et notre littérature ont exercée sur Europe depuis trois siècles.
0ans l'histoire des littératures européennes, la langue française n'a pas été la ()remière à se perfectionner et à se répandre chez les différents peuples.
L'italien et l'espagnol out eu cet honneur avant elle. Ce n'est que dans le siècle de Louis XIV qu'elle atteignit sa
Ëerfection , et commença à régner en lurope. Mais son règne a continué sans interruption depuis cette époque, et même sa popularité a toujours été croissante jusqu'à nos jours.
Il nous faut bien reconnaître que le génie italien et le génie espagnol ont précédé le notre dans 1rs lettres. Mais le génie français s'est largement dédommagé de cette apparition tardive par la gloire de ses créations. HAtons-nous de remarquer, d'aitldirs, que si, avant Louis XIV, notre langue n'avait aucun monument à opposer a ceux qu'avaient élevés Dante, Pétrarque, Tasse, Cervantes et Lope de Vega ; que, si elle ne jouissait pas de l'autorité et de l'inlluencc qu'avaient conquises rilalieii et l'espagnol , elle était loin cependant d*étre privée dq tout crédil* et ne laia-
FftlirCB F&AI4C£« FBA9CK
sait pas de recevoir des étranfiers drs marques nombreuses de déféreuce et d'admiration.
Non-seulement dans l'époque qui précède If siècle de Louis le Grand , sous les règnes de François I''"", de Charles IX, de Henri IV, ou pourrait recueillir des preuves de l'ascendant exercé dès Ion par la littérature française , on pourrait montrer dt s écrivains français aussi célèbres chez les étrangers que dans leur pays f et les esprits les plus distingués de' chaque nation voisine s'empressant de nous rendre visite et de venir s'entretenir avec nous dans notre langage, mais même en remontant jusqu'au cornfnenccment du moyen âge , on rencontre des faits du même genre, et l'on trouve de quoi se convaincre que, presque à toutes les époques , notre génie littéraire a brillé d'un vif éclat et a reçu de glorieux hommages.
Ainsi , au treizième siècle , parmi cette foule d'étrangers que la supériorité reconnue de notre université , la renommée de nos savants, et la réputation des Français , déjà assez grande dans l'art de rendre la vie agréable et facile, attiraient de toutes les parties du monde à Paris, se trouvait un Italien de distinction , nommé Brunetto Latini , qui non-seulement parlait à merveille la langue française du temps, mais qui la choisissait pour composer un ouvrniie d'crtiditiou et de philosophie.
Brunetto Latim , qui a la gloire d'avoir eu le Dante pour élève , écrivit à i^aris, en 1366 , son traité intitulé : le Trésor^ dans la langue de Thibaut de Champagne et dp Joinville. Au commencement de cet ouvrage, dont le style est déjà fort intelligible pour nous, l'auteur donne lui-même la raison de son choix.
«Se aucuns demandoit, dit- il , pourquoi chis livres est écrit en roumans, pour chou que nous sommes Ytalien, je diroie que ch'est pour chou que nous sommes en France, et pour ehoii (jtie la parlexire en est plus dHltable et plus commune à toutea yeiis. » On sait que bientôt Télève vint à Paris après le maître; on sait que le Dante, banni de son pays, vint se distraire de son exil en prenant part aux combats scolastiques des disciples de Tuniversité de Paris» et en fréquentant nos théologiens
et nos ériidits. Il emporta de France une assez bonne idée de la langue qu'on y parlait, à en juger par un passage curieux d*un ouvrage de grammaire qu'il composa ensuite, et où il comparait les trois lant^iips alors en vigueur dans l'Europe occidentale: la langue d'ol/^ la langue d'oc, et la langue de si, \oia ce passage : « La langue d'oîl , dit-il , à cause de son agrément et de sa facilité, a pour elle de posséder tout ce qui est inventé ou écrit en prose vulgaire : les livres remplis des actions des Grecs et des Romains, les longs récits d'Artus, et beaucoup d'autres ouvrages d'histoire et de science. »
Ainsi cette langue des trouvères , si elle se forma beaucoup plus lentement que l'italien , obtint de Donne heure une certaine renommée; et le berceau de notre littérature ne fut point entouré d'une obscurité aussi profonde qu'on pourrait le croire. Cette langue des trouvères, d'ailleurs, s'étendait dans des limites plus vastes qu*on ne se le figure d'ordinaire. Les victoiresdesNormands la portèrent en Aimleterre , où elle détrôna en partie Tidiome saxon. Trois siècles après la conquête, Chaucer mêlait encore dans ses vers des toorntires, dos expressions, des phrases françaises.
D'autres Normands, établis sous un autre ciel par um; autre conquête, allèrent répandre la langue d'oïl sur les rivages de la Cnlabre et de l.i Sicile. Les croisades la promenèrent dans tout TOrient.
Si , comme l'ont fait (pielques historiens, on comprenait la littérature provençale dans l'histoire de la littérature française , on pourrait joindre aux vieux titres de gloire que nous' venons de rappeler, le souvenir du magnifique rdle que joua, aux dixième, onzième et douzième siècles, la célèbre langue d'oc.
Ses succès et sou action furent immenses dans tout le Midi. Elle est comme la source d'où sont sorties les littératures méridionales. La patrie des troubadours, ce n'était pas seulement la Provence: c'était l'Italie, c*était l'Espagne. Un des plus illustres d'entre eux, Sordf'llo, né dans l'Italie du ^ord , est invoqué par le Dante, dans la Divine comédie , presqu'à l'égal de Virgile. Le Dante n'expnme pas moins de vénéra-
UUiaVEES.
nUMCB
tkm pour d'autres troubadours nés sur
le SOI de France , tels que Bertram de Born et Arnaud Daniel. Il dit , dans un ouvrage de vuigari eloquentia, qu'il 8*est exercé lui - même à composer- des stances à rimitation de celles de ces poètes. En Espai^ne, les Catalans, les Jîavarrais, d'antres provinces, au dixième siècle, ne connaissaient pas d'autre lanffueque le provençal. Les troubadours Itirent les [}reniiers poëtcs du Portugal. Ce fut un prince français qui les y conduisit, Henri de Bourgogne, le coinpa|;non de guerre du Cid, le vaillant prince qui gagna un royaume avec son épée.
Si donc, en étudiant les monuments du génie littéraire de nos ancêtres du
]^ord et du Midi, on est souvent attristé de la barbarie et de la grossièreté dont on trouve, pendant tant de siècles, des traces si nombreuses, qu'on se souvienne , pour se consoler, que cette barbarie fut souvent , pour les antres peuples de l'Europe, un objet d'admiration, d'émulation même, et que toujours Tintelligence de la France tint un noble rang dans le monde.
L'Italie, l'Espagne, eurent la gloire, nous l'avons dit, d'avoir avant nous une langue faite et de j^rands écrivains. U résulta de ce privilège accordé à ces deux nations, qu à une certaine époque, la France , éblouie de l'éclat de leurs chefs-d'œuvre, se mit, en quelque sorte, à leur suite, s*éclaîra docilement de leurs lumières, et que nos écrivains imitèrent, au quinzième et au seiziènie siècle, les productions littéraires de l'Italie ; à la nn du seizième siècle, et au commencement du dix-septième, celles de l'Espagne. M;iis alors même, et dans le temps où elle faisait, en se parant des dépouilles étrangères, un grand aveu de son infériorité, notre littérature n'en était pas moins célébrée et lionorée partout, et jetait, dans le rang secondaire qu'elle occupait, un éclat encore assez orillant pour que nos aïeux eussent droit d'en être fiers. Ronsard était comblé des témoi^naces d'estime et des présents de toutes les télés couronnées. Un des émules en poésie de Ronsard , célèbre alors, aujourd'hui fort oublié, Dubartas, vit son poème de la Semaine traduit dans toutes les
langues, et aussi bien aoeueilli des étrangers que de ses compatriotes. Les lettres françaises inspiraient un grand respect, même à cette Italie dont notre génie 8*était en quelque sorte reconnu le vassal. Le Tasse, voyageant en France, se fit présenter à Ronsard ; il lui montra les premiers chants de la Jérusalem y le consulta avec déférence, et en reçut avec joie des encouragements.
fenfin , ce fut à notre tour d'occuper la première place. Le moment vint où l'Europe prit à tâche d'imiter la France, comme elle avait imité Tltalie et FEs-
Cigne. Avant le milieu du règne de ouisXIV, le français devint la langue de la diplomatie et' des traités : parler le français fut une marque de bon godt et de bon ton dans presque toutes les cours de l'Europe, et dans les cercles les plus brillants de cliaque nation. Ce ne fut pas seulement la diffusion de notre langue qui témoigna de notre ascendant à cette époque: nos usages, nos modes même et nos costumes (*) iireut invasion cliez l'étranger.
Voltaire, indiquant quelques-unes des causes qui ont amené cette prodigieuse influence, rappelle d'abord l'éclat jeté sur la France par les grands génies qu'elle produisit alors, par un Pascal, un Deseartes, un Ck>rneille , un la Fon* taine , un Molière, un Racine. Il ajoute ensuite : « L'esprit de société est le partage naturel des Français ; c't^st un mérite et un plaisir dont les autres peuples ont senti le besoin. La langue française est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité , de netteté et de délicatesse tous les objets de la conversation des honnêtes gens ; et, par là, elle contribue dans toute l'Europe à un des plus grands agréments de la vie (**).»
Sans doute le retentissement des élo* ges décernés par la France aux écrivains qui la dotaient d'immortels chefs-d'œu-
(*) «On portait alors, dit Voltaire, des casaques p»r-des&us un pourpoint orné deru- Imi», el tnr cette casaque passait un bniiIrMr auquel pendait Tépée : on avait une etjpèce de rabat à dentelles et un chapeau orne de deux rangs de plumes. Celte mode uui dura jusqu'à raiinée 16S4 1 devint œUe de loote l'F.urope. » ( Siècle de Louis XIV}»
(") Siècle de Louis XIY.
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FRANGE. nUVCS
Vre , la curiosité que ces chefs-u'œuvre excitaient, l'esprit sociable, aimable et ]rc:rr des Français, la nnture même de leur langue perfectionnée, entrèrent pour beaucoup dans cette heureuse ré- TolutioD qui noas plaça à la tête de là civilisation européenne'. Mais il faut tenir compte aussi de l'effet que produisirent sur nos voisins les succès éclatants obtenus par nos armes; le génie de nos hommes d'État, et la splendeur éblouissante, le luxe «grandiose, l'élégance gracieuse de cette cour dont on racontait les fêtes et les plaisirs comme quelque chose de magique et dMnotû.
Les victoires de Conde et de Turenne , l'administration de Colbert et de Louvois ne contribuèrent pas moins que le CId et le Mkan^fope à développer ces impressions d'admiration et de respect pour la France. Les prodiîznlités de Louis XIV, les somptuosités de la cour, si elles ruinaient la nation , accrurent notre réputation et notre empire moral au dehor.*^.
Ces différentes causes exerçant leur action simultanément, l'Europe se/r«neisa, en quelque sorte. Dans cette Italie, dont nous avions jadis été tributaires, on vit s'élever des théâtres français. Les académies, dont cette contrée est remplie , adoptèrent les principes littéraires promulgués par Roileau , et consacrés pnr les exemples de Molière et de Racine. Les présents et les distinctions que Louis XIV répandit sur plusieurs nommes éminents de Tltalie y accrurent encore cette disposition des esprits. On sait que Viviani fit bâtir, à Florence , une maison des libéralités du roi de France, et fit mettre en lettres d'or, sur le frontispice , y£des a Deo datas C). Le marquis Zampieri envoya au roi douze panégyriques prononces en son honneur dans différentes académies italiennes , et seniblables à ceux qu'une admiration sincère inspirait aux académiciens français.
Le goût français pénétra en Allemagne , quoique ce pays fût le moins propre peut-être à le recevoir. Voltaire rappelle, comme date du commencement de cette influence en Allemagne , Tex-
(*) AUtttion au surnom de Dieudowié <|a*oii avait dmuié à Louis XIY à sa naîssnnce.
patriation ae madame d'Oibreuse, devenue duchesse de Zell , femme célèbre
par la grâce de son esprit et le charme de ses manières. Au commencement du dix-huitieme siècle, des écrivains allemands, Hagedom, Gellert, Weiss, se traînaient péniblement, il est vrai, mais docilement sur les traces de nos prosateurs et de nos poètes. Madame de Staël dit que leurs ouvrages n'étaient que du français appesanti. Peu importe que l'imitation fdt malheureuse; il nous suffit de la constater. Apres eux , Wielànd se proposa Voltaire pour modèle , et reproduisit l'esprit de voltaire, autant que cela était possible à un Aile* mand.
« On ne pouvait faire un pas chez les étrangers , dit M. de Chftteaubriand ,
sans retrouver la France. » En Angleterre, dès 1660, la restauration des Stnarts avait introduit à Londres, et dans une partie du royaume, l'usage fréquent du fran<^ais et les modes de Paris. Pour voir a quel point tout était français à la cour de Charles II , il suffit de lire le chef-d'œuvre d ilamilton , les mémoires de Grammoot. Un des prîneipain instruments de cette métamorphose des mœurs anjîlaises fut la célèbre duchesse de Mazarin, réfugiée à Londres après sa séparation avec son mari. Quant Saint-Évremont, exilé par Louis XIV, alla s'établir en Angleterre, il se trouva dans un monde si français, qu'il n'eut pas besoin d'apprendre Pan- Çlaîs, et mourut à I..ondres sans Tavoir jamais su. Les écrivains de cette époque, Wicherley, Rochester, Dryden , Otway, imoortèrent dans la littérature nationale oes habitudes et des règles nouvelles, fruit de leur commerce avec nos auteurs classiques. Malgré l'indépendance et les hardiesses qu'on trouve encore dans leurs compositions, on y sent dé^à cependant quelque chose de ce goilt sévère et de ce sentiment des convenances et des bienséances qui a été un des caractères de notre génie. Sous la reine Anne, la cour d'Angleterre affecta moins de reproduire l'élégance de nos usasses : une haine profonde séparait, à cette époque , les deux cabinets; mais la littérature devint alors plus classique que sous Charles II , c'est-àdire, encore plus semblable à la nôtre*
La foug:ue , la rudesse , les témérités de Schnkspoare furent publiquement dé-savouées par plusieurs des chefs de Técoie nouvelle. C*est l'époque de Congrève, d'Addison, de Swift, de Pope; époque florissante dont l'Ani^Ieterre s'enorgueillit à juste titre , mais dont elle est redevable en partie à l'heureuse influenOD du gout français. Le sage Addison , comme l'appelle Voltaire, introduisit, sur la scène anglaise, les imités avec toute leur rigueur, dans sa fameuse tragédie de Catori f jouée en 171 3.
Bientôt, il est vrai, nous prîmes exemple, des Anglais pour rcxercice du libre [)enser et pour la di^cus^ion des brincipes politiques et philosophiques.
Dececdté, nous nous réglâmes sur eux à notre tour; mais ce fut pour marcher bientôt seuls, et pour aller en- Suite bien plus loin qu'eux. Le voyagé de Voltaire en Angleterre, en 1726; celui qu'y fit aussi Montesquîeti en 1729 , donnent la date de la grande révolution oui , sous les auspices de la liberté anglaise, commença à s'opérer dans les esprits, et fit en peu de temps un progrès immense. Le caractère de la littérature changea ; elle ne se profosB plus seulement pour but le coiti désintéressé du beau, les jouissances des arts; elle descendit d.ins la discussion des choses pratiques de la vie ; elle lema les questions qui intéressent pro* fondémeni la vie des sociétés; elle commença à devenir pouvoir politique, pouvoir civil. Alors aussi , son influence dans l'Europe, deja si {grande, S*accrut encore. En lisant les écrivains de cette époque nouvelle , ce n'était pas seulement par la grAce du langage, la force de l'éloquence , l'art de la composition, que TEurope était séduite; c'était aussi par l'indépendance harrlie . la nouvrniité piquante, téméraire ou généreuse des idées. De là, -.n enthousiasme pour nos grands écrivains d'alors, dont les témoignages bien connus étonnent toujours.
On ne se contenta plus d'admirer, de lire les ouvrages qui paraissaient en l^rance. Les cours étrangères comblaient leurs auteurs d'honneurs et de présents, et s'estimaient lietirenses de pouvoir les attirer et les posséder quelque temps. On vit Diderot accueilli, par la dominatrioe do Nord, avec un emprcfiement
plein d'admiration et de respect. Ca«
therine la Grande pressait, suppliait d'Alembert, l'enfant bâtard recueilli par une vitrière, de venir faire l*éducatioii de rhéritier de son trône; et d'Alembert, en vrai pliilosoplie , refusait pour garder son indépendance. Voltaire écrivait à Catherine sur le ton d'une familiarité intime. Un peuple malheureux demandait un code de lois à Rousseau.
Frédéric le Grand adressait à Gresset des compliments en vers pour i attirer à Berlin. Il formait autour de lui , en Prusse, une colonie de Français dont II faisait ses favoris, ses consêillers, ses camarades intimes, et à la téte desquels il regarda comme un bonheur de pouvoir placer quelque temps Voltaire.
A 1 0 rs , p ! Il s q u e j a m a i s , parurent . ch ez les étrangers, des ouvrages conçus et composés sotis l'inspiration du goût français, des idées françaises. En Italie, Goldoni imitait !\!oIicrc jusqu'à la servilité. Beccaria, Filangieri, disciples de Montesquieu, propageaient, à Naples et à Milan, les principes d'une politique fondée sur la vertu et le respect de la liberté hum line. En Angleterre, Hume, Robertson , Gil>bon, écrivaieiit l'hisloire à la manière de Voltaire. En Italie, l'Iiomme de génie qui détestait la France, qui trav.iilln dans sa jeunesse, disait-il, à se déj raiiciser y qui écrivit contre nous son MisthGaao, Allleri, ne put se soustraire cependant à cette influence qu'il repoussait avec tant d'énergie; et son théâtre, jeté dans le moule classique , témoigne assez de son irrésistible sympathie pour nos modèles.
Tel était l'ascendant exercé par ces grands rénovateurs de l'esprit humain, oui illustraient alors la France, que, dans plusieurs gouvernements absolus, on vit s'opérer rertnines réformes évidemment ins[)ir('es par leurs avertissements et leurs leçons. Dans plusieurs actes de la politique de Josefui II, on reconnaît un disciple des philosophes français. Dans la Toscane, un prince, Allemand d'origine, fit de Florence une espèce de Salente où la peine de mort était abolie , où les impôts étaient presque supprimés. Sous le règne de Charles m, l'Kspaune fut gouvernée phi' losopkiauemtnl y en quelque sorte, par trois grands ministres: d'Aranda^
nUKCV L'UNlV£&S. .
piiurcB FRANCE. * nuuTcai 4m
Campomanès, Florida Blanca; le Portuî^al , par le marquis de Pombal , auteur de rabolition des aat<Hla-ié; le
Dnnem irk, pnr Struensée.
L'intclligenee française remplissait l'Europe : il restait aux Français à la conquérir! c'est ce qu'ils firent presque dans les izuerres nee.s de leur révolution. Notre langue et nos idées s'introduisirent alors d'une manière plus profonde encore cliez les différents peuples que traversaient nos armées victorieuses , ou que l'epée du conquérant enclavait dans les limites de notre empire. Les communications si fréquentes et si intimes que créaient alors la guerre et la diplomatie, rendirent plus active et plus irrésistible encore cette glorieuse influence dont nous avons essayé de retracer rhistoire. Le colosse s*e8t brisé, la France impériale a été démembrée , l'Europe s'est affranchie politi(juement de la France : mais elle garde dans son sein tous les gefmes que nos philosophes du dernier siècle, avec leurs livres, que nos armées, dans leurs longues promenades, y ont jetés ; ces germes sont vivaces; ils fructifieront un jour.
Aujourd'hui la France, malgré l'immobilité de sa politique, mène encore la civilisation européenne. Sa langue est maintenant universelle. Ses usages et ses modes régnent partout despotiquement. Ses écrivains ont pour public tous les peuples, depuis INIadrid jusqu'à Saint-Pétersbourg. Ce ne sont pas seulement les premiers d'entre eux qui voient leurs œuvres recherchées et applaudies de l'étranger, ('.eux tnème auxquels nous ne reconnaissons cju'un mérite secondaire, sont populaires chez nos voisins. Les vaudevilles de M. Scribe se jouent dans les quatre parties du monde. A Madrid , on se bat à la porte des théâtres, quand on représente un drame de M. Bouchardy. Qui est-ce qui connaît, en France , I\L Bouchardy ? Sa renommée s'étend, à Paris , du boulevard Saint -Martin au boulevard du Temple. Dans nos meilleurs écrivains actuels, nous trouvons beaucoup à redire : les étrangers les jugent moins sévètemerjt que nous. Tarîdis que nous relevons chez eux des fautes de goût, des imperfections qui nous affligent, OP p'a pas, en Allemagne ou en Angl^
terre , l'idée de faire ces restrictions à l'admiration qu'ils inspirent. Tandis que nous nous plaifçnonsde la décadence da notre littérature, cette littérature en décadence conserve ailleurs un empire incontesté. C'est justice après tout \ car les autres peuples ne produisent rien qu'ils puissent nous opposer : l'épuisement est beaucoup plus grand chez eux
3ue chez nous ; et l'on peut dire que , ans les ouvrages d'imagination et de philosophie, notre littérature, quoique affaiblie par une loi inévitable de déclin , est encore de beaucoup la première littérature de l'Europe contemporaine.
FB4NCE (influence morale et politique de la). — Lorsqu'on voit à travers les trioniphes ou les défaites, dans les bons et dans les mauvais jours, les destinées diverses de la France, on est frappé de l'ascendant que ce pays |>rivilégié a exercé, à toutes les épouues, dans le monde des faits et des ioées , de Tiocontestable supériorité de sa civilisation . de la loi qtii a présidé au développement de sa puissance, à l'affermissement de sa grandeur, après tant de luttes et d'épreuves. La France, a dit un poète que notre patrie, aima mater, compte au nombre de ses glorieux enfants, la France ,
On aoMl oa votera i doit éelaîrtr la t«rM.
Ce n'est point là une vaine forfanterie d'orgueil national ; c'est une vérité acquise à la science , démontrée jusqu'à 1 évidence, acceptée même par les peuples qui nous portent envie. Qu'on étudie, en eff f t , les troi^ grandes p»'riodes de notre histoire, l origine et la formation de la nation française par la conquête romaine et la conquête franque; qu'on étudie de Charles le Chauve à saint Louis la période féodale, de saint Louis â 1789 la période monarciiique; qu'on étudie la révolution française, et Ton reconnaîtra que chaque événement, chaque liomm^^, cliaque désastre même arrive toujours a une heure pour ainsi dire providentielle; on reconnattr» que la civilisation française ne s'enferme pas, comme celle des autres peuples, dans les limites des fleuves et des montagnes, mais qu'elle s'epand sans cesse au dehors, toujours commupicative et toujours acceptée, parcé qu'elle puise
FBANCE
UUXaVERS.
FRANCK
sa force à la double source de la théorie et de Tapplication, de la spéculation et de Tesprit pratique. La science moderne a développé ces faits avec une certitude nouvelle. Il y a témérité peut-être à les rappeler après les maîtres illustres qui les ont mis en lumière; mais nous marcherons toujours appuyés sur l'autorité de ces mattres et guidés par eux. On est d^ailleurs écouté volontiers quand on rappelle aux enfants la noblesse de leurs aïeux et la grandeur de leur famille.
Parlons donc encore une fois de ces destinées de la France, qui font notre orgueil dans le passé et notre espolif dans l'avenir.
Il suffit d'un simple coup d'œil pour reconnaître oue, par sa position géogra* phique, parla constitution de son sol, par son climat, la France était marquée pour de grandes choses : c'est bien là , eomme la terre antique de Saturne, que chantait lYirgile, une terre puistante pour fa guerre, ef féconde en moissons. La France a pour limites et pour défense la Méditerranée, l'Océan, le Rhin, les Alpes; maïs elle n'est point, comme l'Esp igne, comme l'Italie, coupée à l'intérieur par ces montajines qui élèvent au milieu d'un même peuple des barrières étemelles, et qui, en maintenant l'antipathie des races, s'opposent à cette unité compacte qui seule fait la force. Ce beau pays, « aue tant de verdure colore, que tant ne moissons enrichissent et qu*enveloppe un ciel si doux, » réunit sur son sol les productions les plus variées. Les fleuves et les rivières qui descendent vers les deux mers , ces routes ^ui marchent y comme on l'a dit, rendaient sûrs et faciles les rapports de ses diverses provinces, à une époque où les grandes voies de communication n'étaient point encore ouvertes; et ces fleuves ou rivières présentaient de plus , pour la défense du territoire, des lignes et des obstacles multipliés. Qu'un peuple actif, belliqueux, intelligent, vive et se perpétue sur cette terre favorisée; qu'il confine, par sa position , à toutes les civilisations coexistantes; que ce peuple ait la vivacité des hommes du Miai, le bon sens des hommes du Nord, et il ne peut inoncjuer de s'élever par la guerre, p:!r les arts , par les sciences et les lettres ,
aux plus hautes destinées; il sera envié
de ses voisins , nttnqué souvent. Qu'importe! les nations comme les individus grandissent çar la lutte et Tobstacle.
Ainsi en est*il advenu pour la France.
Par sa position centrale en Europe, et par le courage de ses enfants, leur activité guerrière, elle a toujours, sinon domine, du moins menacé tous les voisins qu'elle pouvait craindre, en même temps que, par son activité intellectuelle, elle les eutraînait dans sa sphère d'attraction.
Perdue dans ses forêts, isolée dans son culte et ses superstitions énergiques, la Gaule, avant de compter dans le monde antique par la civilisation, y tenait déjà une grande place par son épéc. « jVous combattons pour conquérir, disaient les Romains; mais quand nous combattons les Gaulois , c'est pour exister. » C'est qu'en effet les (ïaulois étaient les Spartiates du monde barbare. Ils ne portaient pas de casques, de cuirasses en marchant au combat, et leur seule crainte était que le ciel ne tombât sur eux et ne les engloutit. Un irrésistible entraînement vers ces joies de la guerre qui les enivraient, les poussait sans cesse dans les expéditions les plus aventureuses ; et dès les temps fabuleux, leur mémoire se mêle au souvenir des plus grands événements. 578 ans avant Jésus-Christ, ils descendaient avec Bellovèse dans les plaines de l'Italie. Deux siècles plus tard , les Boîens , les Lingonais, les Sénonais refoulaient les Étrusques j'isqu'au golfe Ionien. L'Asie tremble a leur nom. Ils combattent tour a tour dans les armées de Pyrrhus, de Ptolémée Évergète, de Zirlas , roi de Bithynie. Au quatrième siècle, ils s'em
{)areut de Rome; au troisième, ils pilent le temple de Delphes, traversent la Thrace et rHellespont, et vont fonder une colonie victorieuse au centre de l'Asie Mineure.
Taudis que les aventureux enfants ae la Gaule couraient ainsi le monde, et jetnicnt leur épée dans la balance de ses destinées, la civilisation antique avait pris pied par Marseille , sur le sol même de leur patrie, six cents ans avant notre ère. En l'an 154 avant Jésus- Christ, la civilisation romaine y avait pénétré pour la première fois avec la conquête,
FRANCE
FRAISCE.
FRANCE
par le littornl de la Méditerranée ; cent ans plus tard , César apportait à ses huit cents villes le joug Je Rome. La lésistanoe fut héroïque , le massacre immoose , et , comme consolation d'une glorieuse défaite , l'épée de César resta aux mains des vaincus, dans le dernier combat de Vercingétorix ; mais , pour ces vaincus, Rome oublia sa politique impitoyable, non par pitié, mais par prudence, parce qu'elle se rappelait le tumultus galUcus; les Gaulois conservèrent leurs terres ; les principaux ci» toyens furent traités avec ménagement.
Mais tous les efforts de l'administration romaine tendirent à les absorber dans FuDÎté. Ce fut là , du reste, le triomphe de la civilisation- antique sur la barbarie. Dès ce moment la Gaule est initiée à une vie sociale toute nouvelle; des routes traversent ses vieilles forêts; ses autels , tant de fois arrosés de sang humain , s'écroulent. « La Gaule présentait alors quelque chose du spectacle
Pue nous donne depuis cinquante ans Amérioue du Nord, terre vierge livrée à I activité expérimentée de l'Europe : de grandes cités s'élevant sur des ruines de pauvres villages , ou d'enceintes fortifiées; l'art grec et l'art romain déployant leurs mafjfnificenoes dans des lieux encore à moitié sauvages; des routes garnies de relais de poste , d'étapes pour les troupes , d'auberges pour les voyageurs; des flottes de commerce allant par toutes les directions , par le Rhône, par la Loire, par la Garonne , par la Seine , par le Rhin , porter les produits étrangers oH' rapporter les produits indigènes; enfin, pour achever le parallèle , un accroissement prodigieux de la po[)iilation (*).
\ La Gaule se façonna vite au.K mœurs des vainqueurs , \ leurs lois , à leur langue. Les principales familles furent admises au droit Oe cité romaine , au sénat, et, sous Caracalla, tous les hommes libres furent déclarés citoyens ro-< mains. Mais tandis que Taristocratie acceptait le joug, les traditions de Tindépendance nationale vivaient encore parmi les classes populaires et les dé-
(*) Am. Thierry, Histoire de la Gaule sons la domination romainet 1840, 1. 1« p. 35a
bris des familles sacerdotales : di'rapui<?sants efforts d'insurrection furent tentes sous Auguste, sous Tibère, sous Claude ; on vit, aux environs de Lyon, une troupe de paysans , presque sans armes , se précipiter contre les légions que Vitellius ramenait de TAllemagne; mais, malgré ces efforts, la Gaule ne devait retrouver son indépendance que par le christianisme , les invasions barbares , et sous un nom nouveau.
Ison-seulement elle était enchaînée sans retour, et pour cinq siècles, au char de ses vainqueurs , mais elle devait encore, dans une lutte suprême, tirer l'épee pour défendre , contre le flot de rinvasfon, ce Capitole que Rome avait racheté de Brennus. La dernière bataille qui fut livrée pour la cause de Kome fut livrée au bord de l'.Msne, dans la Gaule et par la Gaule ; et les ilis des vainqueurs de l'Allia donnèrent leur San;; pour sauver des harbareSt les enfants des vainqueurs d'Alise.
Dans cet asservissement de quatre siècles, la Gaule, malgré l'apparente modération de ses vainqueurs , avait souffert de tous les maux , de toutes les douleurs de la conquête. La fiscalité impériale Tavait pressurée sans pitié; la oorniptioo romaine Pavait envahie avec tous ses vices. Mais des temps nouveaux s'approchaient , et le fer des barbares et l'eau du baptême chrétien allaient laver leurs souillures. Deux faits immenses s'accomplissent du troisième au quatrième siècle : d'une part, l'établissement du christianisme , de l'autre, les invasions; le monde romain s'abtme, mais il laisse à ceux qu'il a vaincus, et qui lui survivent, les traditions de son administration politique, son droit, lumière impérissable qui nous éclaire encore, et qui fut, an moyen âge , l'Évangile des légistes ; et sa langue, qui fut le lien commun de la civilisation moderne. La conquête romaine avait sauvé la Gaule de la barbarie , Tinvasion barbare la sauva de la corruption, et le christianisme , en s'emparant des barbares, les poussa vers le progrès.
La Grèce, qui la première avait mis la Gaule en rapport avec la civilisation antique , par la fondation de Marseille, Finitia , la première encore , vers la ûn
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' du second siècle , à la comiiRiiiion diré-
tienne. Les premiers missionnaires de la Gaule étaient Grers d'origine ; et les apôtres , en apuortaut aux populations gauloises la robe des néophytes, trou- Tèreiit en elles des martyrs dévoués; quand le Midi eut reçu son baptême des mains de la Grèce, le Nord, à son tour, le reçut de l'Irlande, cette île des saints. Saint Colomban et saint Bonifaoe accomplirent, dans la Belgique, la révolution religieuse qui s'était accomplie dans la Viennoise et la Lyonnaise , par saint Irénée et les missionnaires grecs, et, de ta sorte, la lumière de IXvangile, et , pour ainsi dire, les rayons de la grâce , convergèrent tous à' la fois vers la France , de TÉglise d'Orient et de l'Église celtique.
Dans la guerre du prosélytisme, les martyrs gaulois firent preuve d'un courage vraiment surhumain. Sainte Blandine, esclave de Lyon , qui fut immolée dans la première hécatombe, marcha au supplice « corn ue la jeune épouse marche au lit nuptial et au les Un de noces , > et la Gauloise chrétienne , en se dévouant pour son divin époux, coJîime la Gauloise païenne Éponine, pour son époux charnel y témoigne au monde, qui se souvient de son nom, que la femme, sur le sol généreux de la France, n'avait rien à envier, en fait de courage et de dévouement , à la femme grecque et à la matrone romaine.
Avec le christianisme, une vie nouvelle , une vie morale , commence dans la Gaule. La religion du Christ ne lui apporte pas seulement la liberté pour Tesclave, l'égalité pour la femme, la pitié pour le pauvre, et la règle précise du devoir qui n'était formulée nulle part dans le polythéisme ; elle ne lui apporte nas seulement les espérances de cette T ie future , que les druides avaient entrevue à travers les ténèbres de leur idobltrie et les vapeurs sanglantes de leurs saeniices, mais encore tous les éléments d'une organisation politîqne et d'une société régulière. Dans l'ordre civil, ainsi ([ue l'a remarqué M. Guizot, la dissolution était partout , Tadminis-tratiou impériale elaiL sans force , l'aristocratie sénatoriale , l*aristocratie municipale étaient tombées; seul asile qui flottât dans ce déluge et ces nau-
frages de toutes choses, I*lîgti8e des
Gaules , par son ascendant moral , à défaut d'un code , imposa ses eomniandementSfSa dictature spirituelle; et, des hauteurs de ce pouvoir, elle fut amenée nécessairement, disons mieux providentiellement, à s'emparer de la dictature temporelle. L'évècjue gaulois ou frank , dans la ville municipale, remplaça Tédile et le proconsul romain. Il fut tout à la fois législateur, jnize, administrateur; et cette concentration du pouvoir entre des mains qui s'étendaient surtout pour bénir, sauva la société d'une ruine complète, en constituant, en Fabseiiee de tout pouvoir politique , puissant et régulier , la suprématie de l'autorité morale.
Ce qui distingue dans la Gaule la révolution clirétienne, c'est, avant tout, son caractère pratirjue, ses applications immédiates et bieutaisautes , et ce boa sens qui fait qu'elle échappe à ces bérésies monstrueuses, nées des rêveries les plus absurdes qtii troublèrent si longtemps l'Église orientale. Dans ces lut' tes religieuses du premier jour,, sur lesquelles se tourne toute Pardeur de la pensée humaine, la Gaule ne reste point iiiaetive; par la voix du moine breton Pelage, elle pose , daus la question du pélagianisme, Tun des plus grands problèmes philosophiques et religieux qui puissent of'(Mij)er riiomme; par Tinterventiou de saïut Hilaire, évéque de Poitiers , dans la question de Tarianisme, elle lutte , d'une manière souveraine, contre la plus redoutable des hérésies qui aient mt uaeé l'Église.
Ce caractère pratique se révèle encore dans la prédication des évéques,
2 ni , seuls alors , avaient le droit 'annoncer la parole cvangélique , et surtout dans l histoire des monastères. En effet, le monastère n'est pas dans la Gaule , comme dans l'Orient, l'asile de la contemplation oisive, et rhomme ne s'y perd i^s tout entier dans les abfmês sans Tond dn mysticisme. Au s^iu de ces retraites nmettes et profondes, le moine gaulois ne cherclu: pas seulement la prière, l'extase, mais le travail du corps et de Fesprit. A Lérrns, à Tours , le monastère est tout à la fois une retraite pieuse, UUe longeque remota a fiuctu xstu-
[FRANGE
FEANCB
ante mundi j commn disnit Isanc de l'Étoile , une ferme, un atelier, une bibliothèque, une école: c'est la solitude, maiff dans cette solitude on retrouve encore une société organisée et complète qui a ses lois, sn hiérarchie, ses révolutions même. C'est là que renaissent ces études de haute spéculation , oubliées dans la décadenee païenne pour les vaines arguties de l'érole ; c'est de là que partent, pour la première fois, les exemples du travail régulier, tel que le conçoit le christianisme. Ainsi, du deuxième au sixième siècle , s'établit dans la Gatile, p;ir la religion, par le clergé, une double civilisation politique et intelleetnelle; et les évéques, qui,
{>endant les misèresde l'invasion, et dans a décadence de l'empire , ont été les chefs politiques des cités, deviendront, après VinvasioB , les conseillers de la royauté naissante, tout en restant les patrons et les magistrats des villes municipales que le flot n'aura point sub- Biergées.
Les Germains, en passant sur la
Gaule, y causèrent des maux profonds.
Ils brisèrent momentanément tons les liens, tous les ra^)ports sociaux. Ils dépouillèrent les vamcus, mais ils respeotèrcntdu moins leurs loi^ et leurs usages. Dans les villes gallo-romaines, où s'entassaieot tant de peuples superposés, ce fut, pendant longtemps, un chaos vraiment étrange. Toutes les formes de gouvernement coexistèrent à la fois ; mais les vainqueurs se rallièrent bientôt «luc oroyanees dea vaincus, et il sembla que la Cierraanie n'avait quitte ses forâte que pour se convertir. Les barbares , d'ailleurs , apportèrent dans la Gaule dégénérée des vertus primitives , la bravoure, le dévouemeot, le sentiment de la dignité personnelle, l'amour de l'indépendance, le respect de la femme; et, comme l'a dit un Père de l'i'^glise, si Dieu broyait les hommes, c'était pour les rajeunir en les mêlant. De toutes les bandes qui passèrent sur la Gaule, trois peuples seulement s'arrêtèrent pour s'y fixer : ce sont les Bourguignons, les Wisigoths et les Francs.
Les Bouriiiii^nons s'établirent de 406 à -11;î, les Wisigoths de 412 a 4.50, les frdiics de 4Ô0 a âOO. Des ce moment,
•iNil MmtHWvé \m éléoMM ds 1«
société moderne ; et, de ce mélange de tant d'hommes, de e^s ruines de tant de civilisations diverses , vont surgir, par les traditions romaines, l'esprit de légalité, d'association régulière : par le christianisme, l'esprit de moralité, le sentiment des devoirs mutuels de I homme, et par le dogme de leur égalité devant Dieu, le dogme de leur égalité devant les lois; enfin, pnr la barbarie surgirent l'esprit de liberté individuelle et ia passion de l'indépendance.
Clovis, en assurant la prédominance des Francs sur les autres peuplades germanicpies, travailla le premier a l'unité de lu monarchie; doué de facultés supérieures et d^une activité que rien ne lassait, il ne recula ni devant les crimes, ni devant les dangers , et en fondant un État au centre de la Gaule , il arrêta, ou du moins il ralentit le flot de l'invasion, liais cette monarchie franque, qii'il avnit essayé de fonder par la conauéte , s'ecrouîa quand l'autorité royale s'anéantit sous les maires du palais. La Bourgogne, l'Austrasie, le rovaume de Soissons , (quatre fois réunis, dans le cours des sixième et septième siècles, sous le sceptre de la Nenstrre, se séparèrent violemment ; et tout reculait vers le chaos, quand Pépin reprit le r(»le de Clovis. Pépin appuya la royauté sur 1 Église; saint Boniface consacra, au nom de TÉglise, la cou* ronne que l'assemblée nationale de Soissons lui avait conférée en 752. Dès ce moment , la prépondérance de la monarchie rramiue se fit sentir puissamment au dehors ; Astolphe, roi nés Lombards, s'étant emparé de l'exarchat de Ravenne, le pape implora l'assistance de Pépin , et par deux expéditions en Italie le roi franc jeta les pianiers foo» déments de la paissanee tampareUe det papes.
L'œuvre d'unité et de conquêtes commencée par Pépin ne resta point interrompue. Charlemagne dévoua sa vie à assurer, par des guerres entreprises dans un but jpolitique , la grandeur et la suprématie de ses Ëtats, en même temp« ^u'il régulariaait l'administration et qu'il essayait , par la culture intellectuelle , de donner à ses peuples la suprématie morale. Comoie tous les bom- ■lit Mpériwm nMidt bttbttM 9i4
4tS FEAHCB L'UNIVERS. ntAHCB
Tavaient précédé dans l'exercice du pouvoir, Cliarlema^ne avait rêvé la résurrection de l*empire romain ; mais la
souveraineté universelle de PEurope continentale ne pouvait se réaliser dans cette société violente et naorcelée. Son empire, qui s*étendait de la Baltique à rÈbre, et deNaples à POder, se brisa qunnd il mourut. I\Iais un grand fait s'était accompli. En établissant le siège de Tempire sur les bords du Rhin; en renversant , après la bataille de Padei^ boni, l'idole d'Irmensul; en portant, avec la lerrour de. ses amies, la lumière du cbristianisme dans les vieilles forêts de la Germanie, il avait arrêté les invasions et assuré le triomphe des populations tixes sur les populations errantes.
A sa mort , une ère nouvelle commença ; Louis le Débonnaire, le plus incnipable, le plus faible de ses fils . ivetait point de taille à ceindre son epee, à porter sa couronne. Ce fut le chaos. Il ny eiH bientôt ni roi, ni nation. Chaque propriétaire se fit souverain ; tout devint local : et cependant, au milieu de ce chaos même la société s'organisa, et, tout en morcelant' le royaume, la féodalité détermina ses rapports sociaux.
Indociles et turbulents a l'égard du suzerain , les grands feudntnirps se montrèrent presque toujours tyranniques à Tégard aes vassaux ; mais au milieu du désordre, il y eut une règle, un droit, et jusque dans la violence même quel-
aues garanties. Les châteaux élevés par 18 seigneurs , dans Tiotérét de leur puissance oppressive , servirent à défendre le pays contre les brigandages des JSormands. La résistance fut partielle, isolée, mais elle n'en fut pas moins efficace ; et dans cette guerre de dévastation, les seigneurs, pour faire accepter et légitimer leurs pouvoirs, s'efforcèrent de protéger de tout leur courage les habitants de leurs fieft ; témoin les comtes de Provence, qui, après avoir chassé les Sarrasins, rappelaient dans les villes et dans les villages la population qui s'était réfugiée au milieu des montagnes. Il y eut sans doute dans la féodalité des 'maux immenses; toute industrie fut tuee par les exactions les plus odieuses ; la morale tut outragée pir dsidcoiU qui flétriisaient la digMti
humaine , le pouvoir judiciaire , administratif , législatif même , se trouva concentré aux mains dliommes ignorants et grossiers , étrangers à toute étude, et qui n'avaient d'autre mobile, souvent , que l'intérêt et le caprice.
Mais le dergé d*une part , la chevalerie de Tautre, adoucissaient la barbarie des seigneurs ; et , tout en se montrant sévère contre un régime tyrannique, où les plus simples notions de la justice étaient souvent méconnues, il convient de reconnaître que la féodalité était venue à son heure, et qu'au moment où elle s'est constituée elle était un progrès Târitable. Ses abus, d'ailleurs, devaient ▼ite trouver leur limite et leur frein. Le peuple qui souffre dans l'ombre n'a pas péri , et il sait, suivant la belle expression de saint Césaire, aue les hommes ne sont serfs que ae Dieu; la royauté n'a pas péri. A tous ces pouvoirs dispersés de la féodalité , il faut un pouvoir qui les rallie et les domine. Hugues Capetva s*emparer, sans qu'on le lui conteste, du titre de roi, et 1 État aura trouvé un chef. Sous les successeurs de Hugues Capet, la royauté s'affaisse encore, mais elle se ranime sous Louis le Gros, et les désordres de l'état social, constitués par la féodalité, trouvent enfin, dans les pouvoirs de la couronne, un obstacle et un frein. Ce grand rôle de la royauté n'échappe pas aux contemporains eux-mêmes , qui n*ont pas toujours , surtout dans le moven âge, le sens des grandes choses qui s^accomplissent sous leurs yeux. Suger, dans la vie de Louis le Gros , a nettement si2;nnlé ce fait. «■ C'est le devoir des rois , dit-il , de réprimer de leurs mains puissantes, et par le droit originaire de leur ofRoe, Taudace des Vftdm oui déchirent l'I^.tat par des i^uerres sans fin , mettent leur plaisir à piller, désolent les pauvres , détruisent les églises, et se livrent à une licence qui, si on n^ les arrêtait, les enflammerait d'une audace toujours croissante. »
Voila donc, dans ces jours de désordres et d'anarchie, la haute mission du pouvoir monarchique clairement déterminée. A coté de la royauté qui grandit comme une institution de paix, comme un tribunal suprême de justice, nous trouvons, à cette fnhat dais, mm
nUN€B FRANCE. FRANCE 433
le rèfçne de ce même roi Louis le Gros, les éléments d'une nouvelle organisation sociale , les communes, qui créent la bourgeoisie française. Quelle était donc l'oricine , la sourcf primitive et lointaine de la révolution communale?
sur quels soutiens sappuya-t-elle?
quelles causes aidèrent à ses progrès ? quels en furent les résultats ? Les origioes sont multiples; il faut les chercher tout à la fois dans les traditions des municipes romains , qui s'étaient conserves dans plusieurs villes , telles que Périgueux, Marseille, Arles , Toulouse, Paris; dans les concessions des privilèges par les possesseurs de fiefs , oui avaient intérêt à attirer dans leurs domaines de nouveanv habitants , ou qui, pre:,ses par le besoin d'argent , vendaient la liberté , comme si la liberté pouvait se payer; dans les privilèges octroyés par la royauté, qui élevait les bourgeois pour abaisser les seigneurs ; enfin , dans les insurrections bien légitimes des bourgs et des villes, qui arrachèrent par la force et à inain armée, des droits et des garanties que leur refusait le pouvoir oppressif des seigneurs. La révolution communale s'appuya sur cette force que donne même aux plus faibles le sentiment impérissable de la justice et du droit, sur l'ambition légitmie d'acquérir et de posséder, sans être troublé dans sa posses* sion: sur la royauté , qui trouvait dans la bourgeoisie un conlre-poids naturel au pouvoir des grands vassaux. Les résultats furent immenses ; en vertu du contrat signé entre ceux qui avaient été niatd^s absolus , et ceux qui ne voulaient plus être serfs, le pouvoir et les droits de chacun se réglèrent enfin. Les citoyens ne trouvèrent pas seulement la liberté et des f^aranties individuelles, niais un gouvernement eomplet, dans des limites étroites sans doute, puisqu'il s'étendait seulement jusqu'aux bornes de la banlieue, mais qui, dnns ces limites même , suflisait aux besoins de ia société du temps. Les villes municipales furent administrées par des magistrats
3ui prirent, suivant les lieux , le nom e maires, échevins, capitouls, consuls, jurés de la paix ; ces magistrats furent investis tout à la fois du pouvoir législatif, des fonctions de judicatare, des
T. Yiii. 38* lioraiêon. (Digt. »
attributions de simple police. On les voit tour à tour, suivant les villes et les accidents de la vie sociale , juger sans appel et avec exécution dans les vinetquatre heures ; conduire à la guerre Tes milices eommunales, passer sous le scel de la commune les transactions de la vie civile ; prévenir, par les assuremeiits, les désastres des querelles privées ; administrer les biens des mmeurs , des établissements de charité; asseoir, répartir, prélever les impôts, et en appli* quer les revenus à tous les besoins du gouvernement municipal. Chaque ville eut, dans sa charte de commune, dans les statuts réglementaires émanés de ses échevinages, de ses consulats, de véritables codes de droit ri vil et de droit pénal , et , comme l'ont remarque de Laurière et Bréquigny , c'est dans ces codes locaux qu'il faut cherclier les origlriifs du droit coutumier. Les cor* porations industrielles se développèrent sous la sauv^arde du pacte conimunal, et Forganlsation des corps de métiers constitua, pour les travailfeurs, une condition nouvelle ; chaque eorps fut tout à la fois une association religieuse , une association politique, une association militaire ; de plus , les boor* geois, afin de défendre et de conserver des libertés con(|nises un prix de tant de luttes et de saerilices uersévérants, et toujours attaqués par la rivalité jalouse de la noblesse, s'exercèrent aux armes ; le peuple , organisé en milices communales , garda pour le pays et la défènse du foyer ce san$; qui avait tant de fois coulé pour une cause qui n'était pas la sienne. Tels furent les résultats de cette révolution communale qui devait porter ses fruits dans l'avenir. Six cents ans plus tard , dans le glorieux réveil de 89, quand les derniers débris de la société féodale s'éeronlèrent sans retour, l'un des prcujieri> actes du peuple , qui venait de conquérir ses droits; lut de reconstituer ces municipalités qui avaient surgi , si fortes et si puissantes , de la légitime insurrection du douzième siècle.
Si nous comparons maintenant les communes françaises aux communes des autres peuples Je i' Europe, toute ia supériorité sera pour la France. £n Italie , en Flandre, en Espagne , les libertés lo*
rCL., ETC.) 38
4$4 VEANCft L'imiYBAS. nuiicB
cales, Tisolement des villes ou des provinces, sont une cause perpétuelle de troubles, d*agitations, un obstacle invincible à runité. Kn Anglftt'rre , les communes sont étouffées par l'aristocratie, ou plutôt il n'y a pas de conimuiies, il n'y a que des paroisses. Ed France, au contraire, Taristocratie s*cfface devant la ville municipale; les franchises locales, loin d'èire un obstacle à raffermissement du pouvoir cea* Irai, y contribuent pni.ssaïunient; et àu lieu de s':ifTaiblir entre elles par des luttes et des rivalités mallieureuses, les villes s'associent, et sembleiit deviner, dès le moyen âge, que l'union seule fait la force.
A coté de la révolution communale, et déjà antérieurement à cette révolution , nous voyons, dans un autre ordre défaits , s'accomplir des événements qui ▼Out aider, comme elle, à la transformation de la vieille société. JNous avons nommé les croisades. Il ne s*ai;it plus cette fois de ces iiuerres obscures où le san}» coule au pied des tours féodales; il ne s'iii^it plus pour les vassaux de servir quarante jours sous la bannière du suzerain: il s'agit pour la chrétienté tout entière de conijuérir le tombeau de son Dieu; et sur ces champs de bataille de 1 Orient où la foi les appelle, les fidèles vont chercher la couronne du martyre. Cest à la France que revient encore le prand rôle. Dès î);)l), !e premier français qui se soit ass<s dans la chaire de Saint-Pierre, Gerbert, pousse le premier cri de iiuerre, et convoque l'Église universelle à la conquête de la terre sainte. L'Kgiise, cette fois, n'avait poitit répondu; mais elle devait bientôt porter la main à son é\yée, à la voix d'un ermite, enfant, counne Gerbert, de cette France, qui sera toujours a ravant-,i;arde dans la lutte héroïque des croisades.
Cest en France que s*as8emble le concile où le pape apprend au monde que Dieu veut la jzuei re; c'èst Pierre, l'ermite français, qui montre le premier à ï Kurope là route de l'Orient ; c'est saint Bernard, le dernier des Pères, qui fait courir l'Allemaiine aux armes, en lui prêchant la guerre dans tine langue Qu'elle ne comprend pas; c'est un baron français qui plante le premier ses ban* nièrea sur les mun de Saint-Jean d'A-
cre; c'est un baron français qui pose le premier sur sa tête la couronne de Jérusalem. Dans ces longues luttes mêlées de tant de désastres, la meilîeure part de gloire appartient à nos chevaliers, à nos rois, qui ne trouvent à l'étranger
Îu*un seul rival dans Richard Cœur de .ion, le plus héroïque aventurier de l'Anglelerre. Enfin, quand les derniers desastres sont arrivés , c'est encore la France oui donne à la cause sainte le dernier Je ses martyrs, le plus glorieux, saint Louis.
Dans ces onzième et douzième siècles si pleins de guerres audacieuses, de grands événements, la France nous apparaît a tous les horizons. Quelques chevaliers normands, iideles aux traditions de leur race et à l'instinct des eourses aventureuses, passent en Italie en qualité de mercenaires de l'empire grec (lOÔO), et h entôt ces mercenaires, qui ont vaincu le pape à Civitella , et qui out demandé à genoux l'absolution de leur victo re, s'emparent de la Fouille, de la Calabre, de la Sicile. Otte conquête, où les vainqueurs se signalèrent par des exploits vraiment fabuleux, fut tout à la fois un grand fait religieux et un firatid fait politique. Les Normands assurèrent dans l'Italie et la Sicile, dans l'héritage même de Saint-Pierre, le triomphe des populations chrétiennes sur les populations musulmanes, en même temps qu'ils assuraient le triomphe de la papauté sur les successeurs de HenrinV. Une conquête non moins importante s*était accomplie vers le même temps sur un autre point de l'Europe, et cette fois encore par les INorniauds, la conquête de TAngleterre, On vit une province soumettre tout un royaume dans une seule bataille, et lui imposer en mgjns d'un siècle son organisation féodale, ses lois, sa ianguel
Enûn, nous retrouvons encore la France mêlée avec éclat aux luttai de l'Espagne contre les populations mtjsulmanes. A la fin du onzième siècle, la France est représentée auprès des enfants de Pélage par Henri de Bourgogne, descendant de Robert le Fort, qui épousa la seconde fille du roi de Castille, et qui reçut en dot la province de Porto , qu'il avait conquise sur les Maures ; le second était Raymond de Boui^
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gogne, dont les descendants régnèrent sur la Castille jusqu'en 1474. Ainsi la
Cistille, TAragon, la Sicile, Jériisaletn, l'Angleterre, virent eu deux sièck s ties dynasties françaises s asseoir sur leurs trdnes.
IVIais ce n'était pas seulement par la {juerre que la France était puissante et forte. Les plus grands écrivains religieux de cette époque, Hugues et Ri*' ebard de Saint-Victor, Guibert de Nogent, Yves de Chartres, Hildebert du Mans, saint Bernard, qui fait pressentir Bossuet, sont aussi ses enfants, et ils régnent par la pensée, par la foi , comme les barons par leur épée. Toutes les randes questions du temps s'agitent ans ses cloîtres; les théologiens se réfugieiit pour mourir dans Tabbaye de Samt-Victor de Paris; la jeunose intelligente de l'Europe accourt dans la rue du i* ouare , et s'étend sur la paille de tes écoles pour écouter Abailard. La pensée s'affranchit eu même temps que la commune; et c'est la France la première qui proclame la hberte d'examen, le droit de soumettre a la consécration de la raison les.afSrmations du dogme.
Dans ce grand développement mystique du douzième siècle, qui sera pour ainsi dire le pointd'arrctdu catholicisme, c'est TÉglise gallicane qui a, sans contredit^ le rôle le plus glorieux. Au moment 06 saint Dominique, héni par le pape, allume les bûchers de i mquisition, l'Élise gallicane , qui a gardé les traditions vangeliques, laisse tomber, par la voix de saint Bernard, ces paroles dignes des premiers jours : Fides suadenda, non imponetuia: et, par la voix de ce même saint, elle proclame sa suprématie religieuse dans ces mots que l'abbé de Clair vaux adresse au saiut-père: Je suis plus pape que vous.
Une littérature riche et variée, et k laquelle il ne manque que le sentiment de la mesure, se développe rapidement; la langue, dégagée de ses entraves latines, bfgaye la plupart des mots qui de- Tiendrout l'organe de son âge adulte; l'histoire nationale, par Joinville et Villehardouin, s'élève dans le drame du récit jusqu'à la hauteur de Tiiistoire antique. Les poètes, sur les sommets de leur double Parnasse, puisent à la doubto sottctB de i'idéai et du réel, de l'eii^
thousiasme et de la passion, du scepticisme et de rironie. Au midi, dans la poésie des troubadours, érlosent toutes les fleurs d'une culture raHijH'e , tous les concetti de Tarnour, toutes les douceurs delà galanterie. Au nord, dans la poésie des trouvères, c'est le sentiment triste et dédaigneux de la vie, la colère, la satire, tes soulèvements du doute, enfin eette veine railleuse qui aboutira auft romans de Voltaire, en passant |mr Ra* bêlais et l''s rorit^s de la Fontaine.
La n»yaulé, dans celte période oîl se développe une activité si orodigieuse, avait poursuivi son œuvre; néritier d'un rovaiiine dont l'étendue répondait à peine a quatre de nos départements, Louis le Gros, doué de qualités morales remarquables, avait aceompli d*impor« tantes conquêtes territoriales, par une succession de petites guerres en apparence peu sérieuses; et quand il alla rejoindre les rois qui rattendaientà Saint* JDenis, il laissait à son héritier utt royaume assez puissant pour défier ralliai]ce des Anglo-Normands et de l'Allemagne. Il n'y avait point encore d*untté politique; les habitants des diverses provinces, désignés sous leurs noms provinciaux , n'étaient que dns Angevins , des Champenois, des Picards, et cependant ridée d'une grande nation « d'une nation française , [)lanait au-dessus de ces petits Étals. Philippe-Auguste affermit et continua l'œuvre de Louis le Gros ; il donna aux barons le gouvernement royal pour centre; il affranchit \[\ royauté liu pouvoir ecclésiastique; car ou sait que ce fut sous son règne, et grâce a la résistance qu'il opposa an clergé national et à la papiauté, que s'accomplit la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. De plus, il régularisa par des ordonnances générales divers détails de législation politique et de police, et il commença de la sorte à centraliser, entre les mains de la couronne, ce pouvoir législatif, qui s'était jusqu'alors trouvé dispersé dans les gouvernements locaux.
Pnilippe-Augusle donna la même attention à organiser la force militaire du royaume. En même temps qu'il veillait i réUblissement d'une justice régulière dans ses domaines, il réparait les tortiftcatiods des villes., en taisait élever d^
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nouvelles , exerçait aux armes les milices communales ; et quand TemperenrOthon et Ferrand, comte de Fianclrp, rencontrèrent le roi de France à Bouvines, la cause nationale fut défendue avec un égal courage par toutes les classes de la population, et rinfanterie des corps de métiers donna pour la première fois peut-être, dans cette journée mémorable, l'exemple de la discipline et de la vertu militaire. Cest là qu'elle reçut son baptême.
Législateur, guerrier, mais surtout chrétien, saint Louis, qui faisait de ses croyances morales la première règle de sa conduite, s'occupa, en montnnt sur le trône, de légitimer tout d abord le pouvoir royal. Maintenir la paix entre tous ses sujets, bourgeois, nobles, grands feudataires ; acquérir de nouvelles portions de territoire, mais par des voies pour ainsi dire légales, et en évitant toujours la violenceet la fraude; fortifier la justice royale, affermir et maintenir Pindépendance et les privilèges de la couronne ou de TÉglise nationale dans leurs rapports avec la papauté, tel fut le but que poursuivit saint Louis, et qu*il eut en quelques points la gloire d'atteindre. La domination de toute la France , à l'exception de la Flandre et de la Gascogne, appartint dès lors aux Capétiens; l'unité ae la nation française fut fondée, et désormais assurée sans retour; et la France fut, sans aucun doute, l*Êtat le j>lus puissant et le plus sagement admmistre de ICMite l%u« rope.
Sous Piiilippe III, la maison de France acquiert, par voie d'alliances, la Champagne et la Navarre; par ses rapports nienveillants avec la papauté, par les conquêtes de Charles d'Anjou , elle domine en Italie , en même temps qu elle convoite le trône d'Aragon pour un petit-fils de Louis IX. Philippe lY aug< mente encore la prépondérance française en Europe; il est assez puissant pour songer à faire asseoir son frère sur le tréne impérial, pi^tention que devait renouveler un de ses successeurs, Charles IV ; mais comme In fraude et la violence portent toujours leur peine, Philippe, le plus habile et le plus méchant de son siècle, ne transmit a son successeur qu*ua royaume aftiiibli et ruiné. Les
légistes avaient remplacé dans les con* seils de la couronne les barons et les
prélats des cours plénières : ces légistes montrèrent une déplorjible docilité à servir le roi dans ses violences, dans ses exactions , et cependant ils furent encore utiles à la cause du pays, aux intérêts du peuple. L'acquisition des biens nobles lut permise aux bourgeois , et les députés des villes eurent accès dans les assemblées nationales , où les prélats et les hrirnns avaient seuls été admis jusqu'alors.
Dans le quatorzième siècle, la monarehie française est encore la première des monnrrhies européennes; et Dante exprime clairement l'envie qu'inspirait à 1 Europe cette incontestable supériorité, par ces paroles qu'il prête à Hugues Capet : << C'est moi qui suis la racine n de cette plante vénéneuse qui couvre « maintenant de son ombre la chrétienté « tout entière.» Mais tes jours de luttes et d'épreuves s'approchaient pour les héritiers de Hugues. Les seuls ennemis de la puissance franrai se , les Flamands , vaincus dans une agression injuste, se jetèrent dans les bras de l'Angleterre.
Artevelt conseilla à Édounrd lîl de réclamer la couronne de France, comme petit -hls de Piiiiippe le Bel par sa mère, et la guerre de succession commença.
Mais dans cette guerre, et au milieu des plus tristes défaites même, semblent se révéler encore nos destinées urovi> dentielles : la France est vaincue a Crécy, Philippe perd sa noblesse; mais le vainqueur hésite dans son triomphe, qui n'arrête point sa retraite, et malgré la gloire d'une grande journée, il n'a gagné qu'une ville. A Poitiers , la France
f)erd son roi , et les résistances locales a sauvent encore des suites fatales de ce désastre. Jean meurt en Angleterre sans avoir pu payer les derniers termes de sa rançon (1364). Mab telle était la constitution de lo monarchie, qu'au moment où nos plus belles provinces tombaient au pouvoir de l'Anglais, Lyon, Montpellier, le Dauphiné se trouvaient définitivement réunis à la couronne.
Ktr,mf;er aux habitudes guerrières, épuise jeune, à ce qu'on assure, par le poison que lui avait versé Charles le Mauvais, roi de Navarre, Charles V répara, sans sortir du Louvre, les mal-