‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 144 sur 198 · FRANCE FRANGE · texte numérisé non relu

FRANCE FRANGE

FRANGE

heors de Crécv ot de Poitiers. Du Guesclin , le jour même de son sacre , lui donna pour étrennes les trophées de la victoire de Cocherel; et, en 1368, les villes que la domination anglaise avait mrtries pour la révolte se soulevèrent à la fois et repoussèrent Tennemi. Malgré les embarras de la guerre, Tadmiiiistration avait été perfectionnée. les finances organisées ; l'industrie avait repris son essor, et quand Charles Y mourut, il laissa tm trésor considérable caché et scellé dans les murs de l'un de ses châteaux ; mais ses héritiers dépensèrent en folles somptuosités cet or qu'il avait destiné au salut de son peuple.

lyinnumérMeê maux, comme disent les chroniques, fondirent sur la France sous le règne suivant : la folie du roi, la faction des Armagnacs, livrèrent l'État à des désordres inouïs, et qaand Charles VU monta sur le trône , il n'avait, pour ainsi dire, plus de royaume.

Les hommes semblaient manquer à la défense du pays , une femme <mrft son bras, et le pays fut sauvé.

A«i milieu de tant de luttes, de tant de crimes, de tant de douleurs, la civilisation semble un instant s'arrêter. La soolastiqne épuisée ne sait plus que des mots. Mais déjà commencent à poindre les premières lueurs de la renaissance, et dans cet assuupi.ssecuent de la culture intellectuelle, c*e8t encore à la France, s'il faut en croire une opinion admise par les étrangers mcmr"^, fX qui a pour elle toutes les probabilités, qu'appartient le plus beau livre que le christianisme ait produit après TÊTangile : C Imitation.

A la fin du règne de Charles VU , la France était tombée au dernier degré de misère : plus de lois , plus de commerce, plus d'agriculture. Dans (^ttc anarchie universelle, tous les hommes amis de leur pays se tournèrent vers la royauté, et la conjurèrent de sauver le pays, en lui promettant leur accord.

Charles VII ne fit pas défaut à cette haute mission : il comprima l'esprit de révolte et de trahison, punit sévèrement le brigandage qui désolait ses États , et laissa à son successeur Louis XI un sceptre qui avait reconquis la puissance. Le nouveau roi s'appli^jua à déjouer 1m projets des grands, qui vou-

laient partager la France avec les Anglais. Une ligue universelle, la ligue du bien public , se forma contre lui ; il en triompha en se conciliant l'appui des villes , et en flattant les bourgeois par l'octroi d'importants privilèges ; et si, dans les longues luttes qu'il soutint contre des rivaux puissants, il souilla sa cause par des crimes sans pitié , il est juste de reconnaître que sa politique impassible et froide déjoua habilement les proiets de ses ennemis, et assura la paix à I intérieur du royaume, en même temps qu'il faisait faire au dehors de grands progrès à la puissance nationale. Par le traite d*Arras, il agrandit le territoire du diiehéde Bourgogne, des villes de la Somme , de la Franche-Comté et de l'Artois ; et en échange des secours qu'il avait donnés au roi d'Aragon , il avait obtenu le Roussillon et la Cerdagne. Louis XI se montra administrateur aussi habile que profond politique ; il soumit les corps de métiers à des règlements uniformes , fonda des parlements, et, entre autres irmoft* tions remarquables , établit rioànovi* bilité des ofnces de judicature.

L'imprévoyance et la fougue de Charles VIII devaient compromettre cette force et cette sécurité que Louis XI avait données au royaume au prix de tant de persévérance, de tant d'habileté, et même de tant' de crimes. La Franco alors était si puissante que son jeune roi se crut appelé à conquérir l'empire du monde. Oubliant cette sage maxime de Bon père, qu'on village sur la frontière vaut mieux qu'un royaume au delà des monts, il marche sur Constantinople se

})roposant chemin faisant de soumettre 'Italie à ses armes ; mais ses expéditions militaires, qui lui donnèrent à Fornoue la gloire d'un triomphe éclatant, restèrent sans résultats politiques.

Louis XII , comme Charles VIII, tourna ses vues sur Pltalie. Après de longues alternatives de désastres et de victoires, il fut contraint de renoncer a ses projets de conquête ; mais ces expéditions n*étaient point steriles.Les généraux se formèrent à la grande guerre ; et les Franeais,que les Italiens désignaient encore sous le nom de barbares , s'initièrent à la civilisation romaine. Affaiblie, mais non épuisée par les derniers

FRANCE

L*UNIVERS

FRANCE

revers du règne de Louis XTÎ, la France, dont le souverain avait été au moniKRt de ceindre la couronne impériale, allait suivre encore une foie, à travers

les défilés des Alpes, ce roi , que son amour des aventures a fait nommer, à

i'uste titre, le dernier des chevaliers. La >ataille de Marignan, glorieusement et diflicilement gagnée sur les Suisses, valut à la France, par le tr.iité de Fnbourg, l'alliance de ce peuple brave et iidele ; mais ce premier triomphe fat cruellement racheté par la défaite de Pavie, qui laissait la France à découvert : et cependant, par un de ces hasards, par une de cet fautes si fréquentes dans l'histoire de nos désastres , i t qui semblant vraiment providentielles, Charles- Quint s'arrêta dans sa victoire, et n'osa pas même attaquer nos frontières. Il s'épuisait par ses triomphes, tandis que la France trouvait toujours en elle des ressources nouvelles pour réparer ses défaites. Deux puissantes armées d'in- Tasion, dirigées Tune contre la Pro- -Tence, l'autre contre la Picardie, furent à peu près complètement détruites, et Jamais Torgucii de Charles-Quint n'eut à touffrird'uneplus sanglante déception.

l)e 1541 à 1545, la guerre Se continua vivement, et les deux rivaux allaient se disputer , dans une cinquième campagne , la prépondérance européenne , quand François I"* mourut, au moment même où il espérait soulever contre son rival la plus grande partie de l'Europe. Mais il avait rempli sa mission, et préparé, de longue main, les obstacles contre lesquels devait se briser Tambition de Charles-Qiiint,

On a reproche à François V ses provisions , qui épuisèrent les ressources financières de l'État. Ce reproche est fondé; mais il faut reconnaître que ces

{profusions même, dont les savants et es artistes eurent une large part , aidèrent puissamment au progrès des arts, des sciences et de la civilisation.

Bans ce seizième siècle, où l'orgueil féudal porte encore si fièrement son blason, il est curifas de voir un monarque .ihsolu, maître de la plus belle couronne du monde, qui cherclic à .ijouter t-ticore a la grandeur de sa royauté politique, par I dppui tout fraternel qu'il PVMO aux nqrautés de la sdence, des

lettres et des arts. Comme Charlema-

fne, François 1" fait converger vers la ranoa toutes les lumières des temps nouveaux. Il fonde Fimprimerie royale pour rendre possibles en France tous les travaux, toutes les études. Il institue le collège de France pour séculariser renseignement, et le faire sortir des vieilles routines de récole. Enfin, la Franee , dans la politique du seizième siècle, marche au premier rang des l^.tats européens, et l'Italie seaie l'efface par ses succès dans les arts et les lettres. INIais déjà surgissent quel-

3ues noms qui se placeront vite à côté es plus grands; et e*est encore k la Franee qu'appartient récrivain qui résume, avpe le plus de puissance et d'origin.ilité, cette grande époque de la renaissance, où se mêlent et se confondent la tradition du moyen âge et Tesprit des temp>i inodernas.

Dans cps jours nouveaux qui commençaient pour la France , dans cette renaissance intellectuelle, François V joua le rôle de Périclès , d'Auguste et de Léon X; ninis il eut, de plus que ces illustres patrons de la culture littéraire, la gloire de lutter contre la barbarie.

Les victoires de Charles • Quint sur les protestants d'Alleujagne semblaient devoir lui donner les moyens de détruire rindépendance de TEurope ; mais cette fois encore la France arrêta, dans ses derniers triomphes, l'essor de cette ambition qui aspirait à la suprématie universelle. La défense de Mets par le duc de Guise contre une armée de cent m'Ile lioinnips, eoinmandée par Charles- Quint lui même, fut l'échec le plus décisif du règne de ce grand roi ; et l'année suivante il abdiqua, avec la douleur dp voir sa fortune renversée pnr l'intervention de la France; et, comme le dit ^1. Michelet, les funérailles qu'il se fit faire de son vivant n*étaient qu'une image trop faible de cette gloire éclipsée à latjuelle il survivait.

Aux embarras de 1 1 guerre étrangère devaient se joindre les horreurs de la guerre civi e, provoquée par les dissensions religieuses; des souflrances de toute sorte pesèrent sur le peuple , durant ce^ luttes où rhvaugile était invoqué sans cesse par des partie iondaca*

nume crahcb. wtuanm

blei qui promenaient sur le royaume le lèr «t la flamme ; mais, jusque dans les

plus grands excès, les réformés français, ainsi (^ue le reni.irque M. Guizot , se montrèrent encore supérieurs au reste 49 TEurope : « Un canictèredistingue la réforme en France; elle a été plus savunte, aussi savantedu nioins,plu.s modérée, plus raisonnable que partout ailleurs.

"Là principale lutte d'érttditfon et de doctrine a été soutenue par la réforme française; c'est en Franee, en Hollande, et toujours en lVan(^'ais, qu'ont été écrits tant d ouvrages philosophiques , historiques, polémiques , à Tappui de eetcc cnuse. Wi l'Alleniagne ni l'Angleterre, àconpsiir, n'y ont employé , a cette époque, plus U esurit et de science; et pa même temps la réforme françtiise est restée étrangère aux écartsdesana* bnptistes allem.nids , des sectaires an-

âlais; elle a rarement manqué de pruence pratique , et [»ourtaiit on ne peut douter de Ténergie et de la sincérité de ses croyances , car elle a résisté longtenjps aux plus rudes revers. » Quant à la réforme allemande, elle fut utile à la France, en ce qu'elle provoqua rabaissement de l'Empenur; en France même, et dans le parti catholique, les excès servirent encore le pays, et le résultat de Taffreux massacre de la Saint» Barthélémy fut de créer le parti des politiques qui prêchèrent enfin la modération et la tolérance, au milieu de tant de fureurs et d*excès, et qui essayèrent de fonder la paix sur la liberté dès cultes, et cette liberté sur la puissance rpvale.

Vunité française , conquise au prix 4}e tant dWforts, avait été sérieusement menacée par la ligue. Henri IV vint à propos pour relever le pays des ruines amoncelées depuis tant d'années et pendant de si longues guerres. Il sauva U France des désordre intérieurs, tourna contre les Espagnols l'ardeur militaire de la nation, et, dans l'année 1598 , il força Philippe II à se désister de ses prétentions. £n mémetempsqu^il faisait la France tranquille au tied ms et au dehors, il acconlait aux protestants la tolérance religieuse et des garanties politiques. Apres avoir vécu vingt-buit ans de la vie aventureuse du soldat, Henri IY eveit trouvé en lui aesez d'ac-

tivité et d'intelligence, assez d'amour du bien public, pour se livrer, dans la vie tranquille du cabinet , au travail aride d'une réforme administrative et financière; il mit tous ses soins à policer, à faire fleurir ce royaume qu'il avait conquis : Tordre dans les finances succéda au plus affreux brigandage; Henri paya toutes les dettes de la couronne san^ fouler les peuples; en moins de quinze ans, il diminua le fardeau des tailles de quatre millions de son temps; il rexiuisit tons les droits de moitié, et iltrouva encore moyen de payer cent millions de dettes. Toutes les places furent réparées, les magasins, les arsenaux remplis, les grands chemins entretenus, la justice réformée. La France était devenue Parbitre de TEurope. Grâee à sa médiation puissante, le pape et Venise avaient été réconcilies (1G07), 1" Espagne et les Provinces- Unies avaient interrompu leur longue lutte : Henri IV allait abaisser la maison d'Autriche, et, si nous en croyons son ministre , il prétendait fondx^r une paix perpétuelle, et njeilre la iVance à la téte d'une grande confédération européenne. Uft coup de poignard hrisa tant de vastes et néreux projets.

La politique forte et nationale de Henri IV fut abandonnée pendant là minorité de Louis XIII , et remplacée par rintriLîne et la politique italienne. Les protestants , forts de la faiblesse du roi, du favori et des ministres, rele» vaient la téte ; et la France, tourmentée par de mesquines aiiihitions qui en appelaient constamment a la guerre, pour la satisfaction des intérêts privés, sentait la nécessité de voir enlin aui affaires un ministre énergique : ce ministre, ce fut Richelieu. L'avénement de Richelieu au pouvoir changea tout à coup en une épo(|ue de grandeur e| de puissance, un règne qui semblait ne promettre au pays qu'une triste décadence. « Le rui, disait Richelieu dans sa première dépêche, a changé de conseil, et le ministre de maxime, » et eu peu de temps aussi les affaires avaient changé «le lace. Dompter les protestants, non comme dissidents religieux, mais comme in.struments de troubles politiques, neutraliser l'Angleterre, leur seule alliée, affaiblir U loiisoo ii'Autri-

UUNIVERS.

cbe, faire rentrer dans le devoir les paiids, qui se oondoisaient , ainsi que

le disait Kichelieu lui-même, comme s'ils n'eussent pas été les sujets du roi, et les souverneurs des provinces, qui seniUaient aoaverains dans leurs charges, tel est le but que poursuivit, à travers tous les ohstarles , le cardinal ministre; et comme il le disait encore, « Je n'ose rien entreprendre sans y avoir « bien pensé ; mais quand une fois j*ai « pris une résolution, je vais à mon but, « je fauche tout, je renverse tout , et je a couvre tout de ma soutane rouge.» La France fat pacifiée à Tintérienr, les grands abaissés ; vis-à-vis de Tétranger elle remonta vite nu premier rang , et ce rang eminent, conquis pr Richelieu, elle le gardera sous le r^ne de Louis

Ce règne fut inauguré par des victoires, et ces victoires, non interrompues pendant cin(j ans , aboutirent au traité deWestphalie, qui donna l'Alsace à la France. On a tant de fois, et avec raison , exalté ce siècle de Louis XIV , si grand dans notre histoire, qu'il suffit, |»our en faire comprendre toute la grandeur, de rappeler dans le gouvernement, dans la guerre, dans les lettres, les noms qui l'ont illustré : c'est Louis XIV d'abord ; et comme l'a dit M. Michelet, quand le monarque disait:

L'État, c'est moi ! il n'y avait dans cette parole ni enllure ni vnnterie, mais la simple énonciation d'un fait. « Louis était tout à fait |)ropre à jouer ce rdie magnifique. Sa froide et solennelle figure pl;ina cinquante ans sur la France avec la même majesté. Dans les trente inremières années il siégeait huit heures par jour au conseil, conciliant les aflaîres avec les plaisirs , écoutant, consultant, mais jugeant lui-même; ses ministres changeaient , mouraient; lui, toujours le même, il accomplissait les devoirs, les cérémonies , les fêtes de la royauté, avec la régularité du soleil qu'il avait choisi pour emblème. » Dans la guerre, c'est Condé qui détruit, à Rocroy et à Lens, cette 7'edoutabfe infanterie d'Espagne , do?}t ics bataillons serrés ressemblaient a des tours ,* c'est Tarenne, qui crott d'audace en vieillissant, ainsi que l'a remarqué i\apeléon;c'e8tLux6mbourg, Gatinat, Vil-

lars, Vauban qui crée la science des forteresseSl; c'est Duguay-Trouin qui bat Ruyter, c'est Tourville, c'est Jean Bart; d lu*? ses victoires , la France a presque

i)artout l infériorité numérique ; quand es revers arrivent, elle est'seale contre tous ; et chaque lieue qae fait l'ennemi victorieux , sur une terre qui ne sera pas sa contjuéte , est achetée par des Ilots de sang : témoin cette terrible boucherie de Malplaquet, où les soldats, qui n'avaient pas UKinîré depuis vingtqujtre heures, jetèrent leur pain pour courir au combat. Dans l'administration, Golbert , Louvois, Torcy; dans la magistrature, Molé et Lamoignon, Talon et d'Aguesseau; dans les arts, Perrault, Mansard, Puget, Mignard, Girardon, le Sueur, le Brun , le Nôtre, Callot, Nanteuil; dans l'érudition, Sanmaise, Ménage, du Cange , Mabillon , Baluze, Ruinart, Tillemont, et toute l'école de Port -Royal; dans la poé^sie et l'art dramatique. Corneille, Raelne, Molière, Regnard, la Fontaine ; dans la prose, Descartes , iNlalebranclie, Pascal, la Bruyère, Rossuet, Sévigné, Saint-Simon, Lesage, FoDtenelle. Jamais , dans les plus grands siècles, une telle réunion d'hommes éminents ne s'était groupée autour d'un même roi. Quand Louis XIV mourut, il laissait la France épuisée, son commerce anéanti, sa marine détruite, et trois milliards de dettes à payer; mais il laissait aussi des provinces importantes nouvellement acquises, le souvenir d'une lutte héroïque soutenue contre l'Europe en-' tière, sans que le royaume eût été entamé , le canal du Midi , des monuments dignes de la grandeur romaine, des rois de la famille sur le trône d'Espagne, la réforme des lois, les progrès inouïs de l'industrie, de l'administration, de la civilisation générale , et les monuments étemels de la pensée des grands hommes qui avaient vécu à i ombre de sa royauté, encouragés, protégés par elle.

« Entre Louis le Grand et Napoléon, dit un éloquent historien que nous ne saurions trop citer quand nous parlons de la France, entre le dix-septième et le dix-neuvième siècle, la France descendit sur une pente rapide, ao terme de laquelle la vieille monarchie, rencontrant le pea-

nuvOB FRANCE. FRASeï

ut

pie. se brisa et ût place à Tordre nouveau qui prévaut encore. L*umté do dix-huitième siècle est dans In préparation de ce grand é\ énenient : d'abord la guerre littéraire et la guerre religieuse, puis la grande et sanglante batailte de b liberté politique (*). » Sous Louis XV, la France semblait marcher rapidement vers une dissolution prochaine ; le désordre dans les finances , la banqueroute , la bataille de Rosbach perdue sans combat, la perte des colonies, tout semblait annoncer que le pays touchait à cette beure fttale où sonne la mort des na- * tions. Ce n'était point cepen il ;uu la mort, mais un réveil glorieux, qui devait sortir de ce chaos ; et au moment même où la France paraissait complètement oublieusedupa8sé,et insouciante de revenir, au moment même où elle brisnit son épée, elle exerçait encore, sur toutes les nations civilisées, la domination intellectuelle , la plus souveraine des dominntions. La lansue française devint la lan^çue universelle, la laîigue des rois et des penseurs. Elle régna à la cour de Frédéric comme elle avait régné déjà à la cour de Christine. Les idées et les inventions des autres peuples , avant d'être acceptées, devaient en quelque sorte recevoir en France leurs lettres de naturalisation. LMnfluence de notre littérature, la connaissance de notre langue chez tous les hommes instruits de l'Europe , permit aux opinions nouvelles de circuler avec une rapidité incroyable.

" Un parti nombreux s'était formé à la lin du siècle dans tous les pays de l'Europe, en faveur de la philosophie française; et de même que notre révolution est la seule qui ait eu pour drapeau des principes abstraits et j^énéranx, elle est aussi la seule qui se soit répandue directement chez les autres peuples par voie de propagande , avec le même caractère d'abstraction et de généralité.»

Sous le règne de Louis XV, le drame du siècle marcha vite à son dénoûment.

Les écrivains travaillaient à niveler le sol, à saper le vieil édifice social. Rousseau prophétisait la révolution, et la royauté elle-même, en abolissant les jésuites et le parlement, renversait les cfer-

(*) MicUelel , Précis de rhisloirc de France, di. «3.

nières ruines du moyen à^e. Louis XVI essaya vainement d impuissantes réfor»

mes. La remise du droit de joyeux avènement, l'affranchissement des derniers serfs du domaine, l'abolition de la torture, l'appui qu'il prêta anx Américains pour conquérir l'indépendance, ne retardèrent pas même d'un instant l'heuresupréme de la vieille société ; la royauté absolue avait fiit son temps, et elle s'abîma dans ce naufrage où fîirent englouties les traditions d'un passé , souvent glorieux sans doute, mais qui n'était plus en rapport avec les idées et les nécessités du temps. Une assemblée de notables avait été réunie en 1787 ; elle n'aboutit à rien ; car il ne s'agissait plus d'améliorer les finances , mais de changer la constitution mémede l'État; la révolution était dans tous les esprits, et, comme l'a dit un éminent écrivain , quand les états généraux s'assemblèrent , ils ne firent que décréter une révolution déjà faite.

Ici commence, pour la France, le plus héroïque, le plus sanglant et le plus glorieux de tous les drames auxquels aient assisté les peuples modernes. La révolution de 1789 ne s'enferme pas, comme la révolution anglaise, dans les frontières du pays ; elle ne passe pas comme elle, en laissant debout une aristocratie insolente et oppressive, un clergé avide

aui persécute au nom de la dime. Si ans un instant d'aveuglement fatal elle renverse les autels ou catholicisme, elle consacre du moins l'une des lois les plus saintes de l'Évangile : la loi de l'égalité ; si elle se montre inexorable pour punir, c'est qu*il s*agit pour elle d'être ou de n'être pas , c'est qu'en cherchant à faire revivre la forme des gouvernements de l'antiquité, en en rappelant l*héroîsme et les vertus patriotiques^ elle adopte, par une impérieuse nécessité, la maxime politique qui avait fait leur force : ie salut du peuple est la loi suprême. Jamais de plus grandes choses ne se sont accomplies avec une succession, une continuité pareilles. Le 17 juin 1789, le tiers état proclame sou avènement dans le gouvernement du pays, et, deux mois plus tard, dans la nuit à jamais mémoraMc du 4 août, la société moderne est constituée, l'égalité devant la loi, la liberté de la presse, la

MÊ num»

L'UJ11VBI&S«.

WÊUM

liberté de conscience est proclamée pour teos; rélfetion est posée comme principe

du gouvernement; le pouvoir executif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire nettement séparés ; l'instruction publique organisée, et llndustrie délivrée du joug des maîtrises. Mais c*âtait peu de détruire, il fallait organiser et se fendre tout à la fois; le traité de Pilnttz, signé entre la Prusse, l'Allemagne et un prince français, menaçait te pay<5 d'une invasion redoutable. Ordre fut donné par l'étranger à l'Assemblée législative de se dissoudre; elle répondit par le serment de vivre libre ou de mourir; elle tint son serment. Quand elle proclama cette formule solennelle : « Citoyens , la patrie est en danger 1 » la France se leva comme un seul homme; et le duc de Brunswick, en se présentant pour effacer , comme il le disait , Paris de la surface de la terre, trouva la France armée qui répondit à ses m^ oaces par la victoire de Valmy , et par ces mots de Danton, qui furent le signal de la terreur : « Pour déconcerter « les agitateurs et faire peur à rennenii, « il feut faire peur aux royalistes.» Dès ce moment, le flot révolutionnaire rompit ses dififues. Ln royauté s'était montrée hostile à la révolution; elle porta tristement la peine 'de eette hostilité.

La Convention, en condamnant Louis XVI, avait brûlé ses vaisseaux ; il fiillait marcher en avant ; l'Europe entière était armée contre elle ; elle eut tout à la fois à la défendre contre les étrangers et les ennemis intérieurs, et fit face à tous les périls.

Ce fut un spectacle étrange et inouï que le spectacle de la France d^alors;

et quand on sonîie aux horreurs qui se commettaient souvent sans motif, aux excès qui seiublaient prépares pour rendre odieuse une révolution que les amis du pays voulaient grande et forte, et pure surtout, on se demande s'M ne faut pas attribuer à Tinlluence de l'étranger et à des machinations dont nous ignorons encore le mystère , la plupart des crimes qui ont afTIigé la France dans cette grande époque. !\lais, quoi

Su'il en soit, ces crimes furent le fuit e quelques hommes, et la nation entière en repous^ avee horreur la responsabilité.

Après une session de trpii années, le 96 octobre 1 795 , la Convention légua

le pouvoir léi^isiatif au Conseil des Anciens et au Conseil des Cinq-Cents , et le pouvoir exécutif au Directoire. Cependant , tant de désordres et de luttes avaient épuisé la France ; le Directoire recueillait, dans cette succession, 30 milliards d'assignats sans valeur , des haines implacables entre les partis , la guerre civile et la f^uerre étrangère; les caisses étaient vides, les sul)sistances manquaient , le commerce , Tindustrie étaient comme anéantis ; les départements du Midi étaient effrayés par les massacres de la réaction royaliste; mais, dans celte lutte de trois ans, de grands généraux avaient surgi : Bonaparte, Moreau , Jourdan , Hoche et r^arnot avaient organisé la victoire; le calme se rétablissait à l'intérieur et au dehors, mais il restait encore à l'intérieur assez d'éléments de discorde pour empêcher la France d*étre aussi heureuse qu*elle était glorieuse et puissante. Lasse enfin de sa liberté orageuse, et de la faiblesse du gouvernement directorial, la France accepta dans Bonaparte , non pas encore tm maître, mais un libérateur ; et quand le tr.iite de Lunéviile et la paix d'Amiens eurent rendu quelque repos à TEurope, ce repos glorieux fut mis à profit pour les progrès de l'industrie, des arts et des seiences ; et le Code civil, où furent consacrées les conquêtes les

1>lus précieuses de la révolution, devint e modèle de la législation de TRurope.

L'ordre était enfin rétabli ; mais Bonoparte , revenu vainqueur de l'Égypte et de l'Italie , aspirait à descendre. Il voulait fonder une monarchie nouvelle; il fît dévier la révolution en en faussant les prînci[)es et les conséquences, et en reculant ainsi vers le passé, il posa le pied sur l'abtme ,

Il prit l'autel d<^ la TÎctoire

Pour l'autel de la libirté;

mais la victoire est souvent marâtre, et après d*tmmortels triomphes , après avoir renouvelé dans les temps modernes les prodiges du aénie d'Alexandre et d'Amub.il, INapoléon alla mourir sur le rocher de Sainte-Hélène ; comme si la Providence, en lui faisant expier tant de gloire , eût voulu apprendre au monde que le despotisme militaire, pas

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nAKGravr FRANCE. VAAMCMBT-SVMMmni 44ê

plos qoê la rojraiité absolae, ne pourra

prendre racine dans cette France

aui veut, avant tout, comme on l'a it avec raison , le règne de la probité politique et de la liberté. Mais quand Napoléon mourut, quand Taigle 8*en* vola dans les rieux , entraînant les an- • neaux brisés de la cbaine du monde , le plus grand poète du dix-neuvième siècle, le fils glorieux de notre implacable ennemie, Byron put s'écrier : « Il n'y a plus un grand homme dans la race dés êtres. »

Deui fois en?ahie, resserrée par ]*Bd-

rope entière dans les frontières de la vieille monarchie , la France cependant n'est point déchue de son rang suprême. L'influence contagieuse de ses idées, la puissance de son nom, se révélèrent encore comme aux jours de ses plus grands triomphes : les hontes de la restauration, comme les excès de 1793 , sont l'œuvre de quelques hommes et d'un narti ; mais dans tout ce qu'\ s'est fait de i^rand et de généreux depuis 25 ans , le peuple français est toujours intervenu , de son bras et de sey vceux , et les nobles Instincts n*ont jamais eu la minorité. Cest vers la France que se sont tournés tous les peuples qui ont tenté de conquérir l'indépendance ; c'est vers la Fronce que se tournait la Pologne, notre sœur du Nord , qui tombait eti aretisant Dieu d'être trop haut, et les Français d'être trop loin ; c'est la France qui a écrasé sous ses boulets ce nid de pirates que Charles-Quint et l'Angleterre n'avaient pu détruire. Quelque petits que nous fasse la politique de notre gouvernement , nous pouvons dire encore au»

i'ourd'hui ce que disait le plus urand pu- )liciste du seizième siècle, Machiavel:

« La France tient le premier rang parmi les États. » Disons plus : ce mot de Frédéric II pourrait encore se répéter aujourd'hui : « Si j'étais roi de France, il ne se tirerait pas en Europe un coup de canon sans que je Taie permis. »

Fbanc-fibp (droit de). ^ Cétait la taxe établie sur les roturiers qui possédaient des fiefs ou des biens nobles.

Francfort (gran(i-duche de). — En 1806, Napoléon fit de Franclbrt-rar-l«- Mein et de son territoire un grand-duché, dont la populatio n s'é I e va 1 1 a 302,000 habitants, et la superhcie à 96 milles

carrés géographiques. Francfort, AJ^

chaffenbourg , Fulde et Hanau étaient les chefs-lieux des quatre départements qui le composaient. Charles de Dalberg, prince primat d'Allemagne, en ftit nommé grand-duc, et Eugène Beauharnais fut désigné pour lui succéder. Ce grand-duohe subsista jusqu'en 1815.

Francfort - su H -LE - M El X (prises de). — Cette importante cité d'Allemagne , aujourd'hui la première des quatre villes libres de la confédération , ouvrit, le 23 octobre 1 792 , ses portes à un détadieinent français de l,fiOO hommes,

3ue Custine y avait envoyé sous les or^ res du général Neuwin^er. Il avait sutii a cet ofGcier de faire braquer les canons sur la porte.

Au bruit de cette occupation , le roi de Prusse et le landgrave de Hesse réunirent leurs troupes , et se disposèrent a reprendre la ville. Custine n'y avait laissé qu'une garnison de 1,806 hommes, trop faible pour défendre les remparts et contenir les habitants. Les troupes n'avaient point d'artillerie; lors- .qu'on voulut en tirer de l'arsenal, le peuple rassemblé s*y opposa, le magistrat réclama son droit de neutralité. Le commandant français Vanheldem n'insista pas. Le f*' décembre, il reçut do Prussien Kaikreuth une sommation à laquelle il répondit qu'il avait ordre de se défendre.

Le lendemain , vers neuf heures du matin, les Allemands s'approchèrent.

Le feu commença à la porte Neuve.

Après une heure de combat, les portes furent enfonr-ées; les habitants eu.Ymémes aidant à baisser les ponts , let colonnes prussiennes pénétrèrent rapidement dans la ville. Mais la résistance de la garnison fut si opiniâtre, qu'après la reddition proclamée , on vit de jeunes soldats se défendre dans les rues et dans les maisons, et refuser fie demander quartier. Le roi de Prusse remarqua surtout un grenadier d'un bataillon ae la Haute-Saône, qui se défendit longtemps seul sur un pont, entouré des corps de ceux qu'il avait tués, couvert de blessures, et refusant toujours de se rendre. «Français,» lui dit-il, lorsque, sur ses ordres formels , on le lui eut amené sans lui faire aucun mal , « vous êtes un brave ; «'est dommage

444 FKANCFOST-SUR-LB-MEUf L*UNIV£RS. rBANCHA-œMli

«que TOUS ne vous battiez pas pour

« une meilleure cause. » Le f];renadier républicain , un peu étonné de se trouver en face d'un roi , et ne voulant pas démentir ses principes, lui répondit:

«Citoyen Guillaume, nous ne serions « pas d'accord sur ce chapitre; parlons « d'autre chose. » Le mot courut dans Parmée prussirane; et, en passant devant les tentes des soldats , le roi s'entendit plus d'une fois nommer citoyen Guillaume,

—Le 16 juillet 1796, une division de Parmée de Sambre-et-Meuse , commandée par Kléber, ayant battu les Impériaux à Friedberg, parut devant Francfort, et y entra après avoir tiré quelques eoups de canon.

— L'année suivante, Francfort fut déclarée neutre par les puissances belligérantes. Les hostilités recoromeneèrent sur les bords du Mein, et le général Lefebvre, commandant la droite de Parmée de Sambre-et-Meuse , était sur le point de reprendre cette ville pour la troisième fois , quand la conclusion de Parmistice de Léooen vint arrêter ses succès. Il ne put s'empêcher de dire au courrier, dans son langage militaire : « Mon ami , tu aurais bien « dû t'amuser en route à boire bou- « teille. >

— L'Autriche ayant repris les armes tandis que Bonaparte était en Égj'pte, les hostilités recommencèrent encore depuis les bords du golfe de Venise jusqu'en Hollande. L'armée du Rhin entra, dans les premiers jours d'octobre

à Francfort; et il y eut , le 5 de ce mois, en avant des murs de cette ville, un combat très-vif où les Fran« çais remportèrent l'avantage.

FfiANCFoaT ( traité de ). En 1489, rarcliidue Maximilien et Charles VIII se trouvaient tous deux fatigués de la guerre qu'ils se faisaient en Flandre. Les deux princes, d'ailleurs, se regardaient comme gendre et beau-père. Marguerite d'Autriche , fille de l'archiduc , était toujours élevée auprès du roi de France. L'empereur Frédéric 111 ayant convoqué une diète à Francfort, pour euager les princes allemands à fournir es secours à son fils, la cour de France y envoya trois ambassadeurs , Jean de ViUiers, abbé de Saint-Denis, évéque de

Lornbez ; le seigneur de Rochechouart ,

et Pierre de Sacierges , maître des requêtes. Soit que ceux-ci se fussent laissé effrayer par les men.ices des princes d'Allemagne, qui parlaient d'enva* hir la France avec une puissante armée , soit qu'ils eussent des ordres du conseil pour abandonner les intérêts des alliés du royaume, ils oondurent , le 22 juillet, un traité de paix finale, en mettant à cette négociation une rapidité inattendue.

Le traité d'Arras de 1483 avait été pris pour base du traité de Ftancfort; cependant quelques-unes des questions les plus importantes furent laissées en suspens jusqu'à une entrevue des deux princes, et ce ne fut, à proprement parler, qu'un projet de paix qui fut définitivemeut accompli par le traité de Senlis en 1493. Ainsi Maximilieu continuait à réclamer le duché de Bourgogne et le comté de Charolais ; de son côté, Charles redemandait la ville de Saint-Omer. Quant aux États de Flandre qu'il avait promis, par plusieurs traités solennels , de maintenir dans leurs droits et privilèges , et qui l'avaient jusque-là secondé avec tant de zèle, il les abandonna sans pudeur, s' engageant « à les induire par toutes manières dues " fi possibles a ce qu'ils se conduisent a honnêtement et révéremment envers « ledit seigneur roi des Romains, ainsi « quMl appartient. »

Dans la paix de Francfort Ait aussi comprise Anne de Bretagne , au nom de lai^uelle Maximilien promit que les Anglais évacueraient le duché, tandis que Charles promettait de la remettre en possession de toutes les places dont son père ét;iit maître lors de la signa* tiii e du traite de Sablé.

FjBANCHE-CoMTé. La Frauche-Goiiité, avant la conquête des Gaules par les Romains, était au nombre des pays habités par les Séquanais : ceux-ci occupaient, outre cette province à laquel le ils avaient sans doute donné leur nom , ce qu'on a appelé depuis la haute Alsace, le canton de Baie, une partie de la Bresse et le pa^ s d'Auxonne. La ville principale des Sequanats était f esun^ ?/o ( Besancon , qui plus tard fut la capitale de la Franche-Comté.

Comme les autres nations gauloises ,

rEAHCBB-COIIT1& FRANCE. PBAirCHK.€iMrré 44S

ces peuples faisaient de fréquentes irnipnons dans les pays situés an delà

des Alpes, pays vers lesquels ils se sentaient d'autant ()liis fortement attirés quUlseo étaient plus rapprochés par leur BÎtaatton géographique. L'agression gauloise [)roauisit rinvasion romaine par une réaction naturelle, et la victoire resta nécessairem<Mit aux troupes les

Elus disciplinées et a la politique la plus abile. Ce fut précisément sur le territoire des Séquanais que César, après une longue guerre et une lutte acharnée , porta le deruier coup à la liberté

Sauloise, par la réductioii d'Alise, ville )rte du pays d*Auxonne.

Ceci arriva cinquante années avant rère chrétienne ; depuis cette époque ,

jusqu'à la fin de la domination romaine, a Franche-Comté partagea le sort du reste de la Gaule. Vinrent alors les Bourguipjnons , race barbare, sortie fie la basse Germanie et des bords de la mer Baltique. Ces hommes du Nord étaient attirés dans les Gaules par les mêmes seiilimcnts et les mêmes besoins qui avaient poussé si souvent les Gaulois, et surtout les Séquanais, à envahir l'Italie. Mais, plus heureux, ils ne rencon* trèrent pomt la même résistance. Vers Tan 413, leat hendin, ou chef électif, Gondieaire, traita avec les Romains, trop faibles pour résister aux ennemis qui les pressaient de tous cotés. Il en obtint facilement pour les Bouri^uignons, à titre d hùtes et de confédérés, la possession des provinces gauloises situées entre le Rhin, les Vosges et la Saône.

La Franche-Comté, incorporée alors au royaume de Bourgogne, reçut sa part de colons guerriers. Dans cette province, comme dans toutes les autres parties du nouvel État, les deux tiers du sol furent donnés aux vainqueurs.

L'autre tiers resta aux Gaulois et aux Romains, qui portaient indistinctement le nom de vaincus. Le royaume de Bourgogne, dont répee de Gondieaire élargit considérablement les limites , comprenait le duché de ce nom, la Franehe- Comté , le Lyonnais , la Savoie , le Daupbiné et la Provence. Is'ous indiquons cette réunion de pays si divers parce qu'elle Influa plus tara sur le sort de la provinee dont nous résumons riiistoire.

L'unité bourguignonne à peine constituée liit brisée par le partage du royaume entre les quatre fils de Gondieaire , puis rétablie par l'un d'eux , Gondebaud, au préjudice de ses frères, qu'il détruisit suceessivement Les deux héritiers du second second roi de Bourgogne, Sigismojid et Gondomar, ne régnèrent pas loniîtemps. Celui-ci fut vaincu et mis à mort par Clodomir, im des successeurs de Clovis; celui-là fut dépouillé de ses États par Clotaire et Childebert, autres rois francs. Avec eux finit le royaume de Bourgogne, après eent vinjgt années d'existence.

Le mâne joug pèsera dorénavant sur les Romains, conquérants des («ntilois, et sur les Bourguignons, vainçjueurs des Komains. Seulement, ceux-ci trou- Teront plus de faveur auprès des Francs, comme eux de race germanique ; et, en (ieiinitive, leur nom restera à la terre où ils ont fondé un nouvel État et régné souverainement. Pendant les vingtsept premières années qui suivirent la réunion de la Bourgogne à la monarchie franque , cette province fut gouvernée par des eomtes; puis, Sant échue en partage à Contran , fils de Clotaire P'', en 561, elle reprit son ancien titre de royaume. Childebert , roi d'Austrasie , succéda à son oncle Contran mais il régna sur cette portion de ses États sans prendre le titre de roi de Bourgogne. Thierry, lils et successeur de Childebert, erî 596, fit revivre le royaume de Bourgogne ; et , après sa mort, en G 13, Clotaire II, roi des Francs, ne fut reconnu comme roi. par les Bourguignons, qu'à la condition qu'ils conunueraient à former un État distinct, et ^'ils auraient leurs officiers particuliers pour les gouverner selon leurs lois et leurs usages. Cependant, le roi, dans une assemblée tenue à Troyes, en 626, demanda et obtint la siij)pression de la dignité de maire de la Bourgogne, qui avait d'abord été maintenue.

Nous passons sous silence les rèi^nes de Dagobert I*', de Clovis II , de Clotaire III, de Childéric II, et de Thierry III , pendant lesquels les peuples de la haute et de la basse Bourgogne n'eurent point d'histoire qui leur fût propre, si ce n'est, toutefois , que, en 635, une armée de Bourguignons fut envoyée

446 FRANCHE-COMTÉ L*LiMVËKS. FRANCHÊ-COMTÉ

eontre les Gascons , ét obtint m eux

une victoire complète.

En 687, Pépin d'Héristal, duc d'Austraste, devenu maître de la France entière , par In défaite de Thierry IIÏ , donna le duché de Bourgogne à son fils Drogon. brimoald, autre fils du roi des Franes, snocéda à ce dernier prinee, et périt bientôt assassiné. Charles "Mnrtel, ayant hérité de l'immense pouvoir de Pépin, le tourna contre les Bourguignons , rebelles â son autorité : il ne réussit qu'imparfaitement à les réduire, et ce ne fut que sous le règne de Pépin le Bref qu'ils se soumirent entièrement au |tonverneme,nt des princes austrasiens. Nous 1rs voyons combattre à Boncevaux , sous Charlemagne , et y succomber glorieusement avec leurs chefs , Gui et Vamson. La Franche- Comté, en BIT « avec la presque totalité de la Bourgogne, devint le partage de Lothaire, l'aîné des trois fils de Louis le Débonnaire. Ce fut dans TAuxerrois que ces trois princes se livrèrent la fameuse bataille de Fontenay , où périrent, diton, 100,000 Français. Bientôt après, on en vint à un nouveau partage de Tem-

Eire. lA liaute Bourgogne, c*est-à<dire, i Franche-Comté , lut réservée à Lotliaire, et la Bourgogne inférieure fut •donnée à Charles le Chauve , partage

Sui lit nommer la côté oriental de la adne ferre d'Empire, fli Tautre cdté ierre de lio't.

A partir de cette époque, la Franche- Comté n'appartient plus qu*indirecte*' ment à notre histoire. Devenue une province de IVmpire d'Allemagne, elle sera gouvernée désormais par des princes étrangers. Après la mort de Charlés le Gbauve,un seigneur d'un génie hardi , Bozon , se fait élire roi de Provence ou de Bourgogne cisjurane (en deçà du Jura), eu ; et uu autre seigneur non moins entreprenant, Rodol* phe Wolf, est couronne roi de la Bourgogne fransjurane (au delà du Jur;i), en 6ëb. Le premier de ces royaumes comprenait la Provence, le Dauphiné, une partie de la Franche-Comté et du Languedoc, le Lyonnais , le Mâconnais et la Bresse. Le second, bien moins étendu, n'embrassait, dans ses limites, quête Valais, Genève, la Savoie, le Bu- %fsf et .une partie de la Fraoché-Comté*

Dans In première période du siècle suivant, les deux lUats bourguignons sont de nouveau réunis sous l'autorité d*un seul prince. Rodolphe II, quiopère cette fusion, fonde le royaume ctÂrles, et le laisse à son successeur, Rodolphe 111, surnomme le fainéant i mais celui-ci cède ses provinces à Conrad de Franconie , et les deux Bourgognes , cisjurane et transjurane , passent définitivement aux emnereurs d'Allemagne (1032).

Sons la oomination des rois bourguignons , la Franche-Comté , divisée en quatre comtés ou pays , pagi y avait été administrée par des comtes, oui étaient parvenus à rendre leurs fiefs néréditaires,etqui avaient relevé, tantôt du mo> narque régnant au delà du Jura, tantôt du prince gouvernant en deçà de cette ligne de démarcation. Les comtes de la Franche-Comté soutinrent , plus tard^ une lutte inégale, les uns contre les roîS de France , les autres contre les empereurs d'Allemagne , à qui il leur répugnait indistinctement de rendre hommage. C'est ainsi que l'un d'eux , Renaud III, résista hardiment et avec bonheur aux prétentions de l'empereur Lothaire, son seigneur suzerain. Outre ses propres domames, qui s*étendaient depuis Bâie jus(prà Hsère, Renaud ré-

Snait sur Besancon , Vienne et Lyon :

prit le titre âe tf^ • noble Cfmsui, sans doute parce que cette haute magistrature romaine ne rappelait aucune idée de vasselage féodal , et les historiens, par allusion à ses qualités supérieures, l'ont surnommé le tr&grnnd comte. Renaud III transmit son esprit d'indépendance à ses successeurs, et, selon quelques auteurs , ce furent leurs généreux efforts pour se soustraire à toute domination étrangère, qui firent donner à la haute Bourgogne ce nom de Franche-Comté , qu'elle porte encore aujourd'hui. Il est vrai que plusieurs écrivains rapportent à d'autres circonstances l'origine de cette qualification. Ils prétendent que la Bourgogne supérieure ftit appelée tuPramchet parce que ses franchises et ses libertés étalent telles, qu'elle ne devait à ses souverains

aue ie service militaire, et ne leur pavait e subsides que sous la forme de dons gratuits, et après délibération des états. Les usages du pays , en Tebieiiot

nUHCHS-COMTÉ fAANCË. FBAMCUE-COJITi 447

d'héritiers mflles , appelaient les filles à la succession du comte. Kenaïul TII eut ainsi pour successeur sa liile Béatrix 1'% qui porta la Franche-Comté dans la maison de Souabe , par son mariage avec Frédéric Barberousse , en 1166.

Frédéric, Tannée suivante, tint une diète à Besançon, et y reçut le serment de fidétité des anciens seigneurs des Bourgognes et d'Arles. II aimait beaucoup la Fmnrhe-Cofmé , et il se plut à doter magnifiqueaient ses églises. Séduit par les oeaiités pittoresques do Ddie , ville situpe sur le Doiibs , il y fit construire un vaste château pour sa résidence. Il ne quittait celte demeure royale que pour habiter le château de Poligny, formidable retraite élevée par le fameux Gérard de Roussillon , et où les comtes bourguignons avaient établi leurs archives.

En tSOO, la Franche-Comté passa encore dans une autre maison étrangère, par le mariage de Héatrix II . fille uni-

§ue de Otton 1" , et petite liile de Frééric Barberousse, avec Otton II, duc de Méranie, dans le Tyro! , prince d'Istrie et de Dalniatie , et descrndant de Charlemagne. Cependant le vicomte d'Auxonne, par un sentiment toutfranleals, TOyait avec peine les Allemands fégnersurla baute Bourgogne; il avait fait la guerre à Ottoal*', il lu lit encore plus vigoureusement à Otton II; et sMI posa enfin les armes en 1327, ce fut à la condition que son Dis épouserait une df's filles du duc régnant. Les peuples s'applaudirent d autant plus de cette alliance , qu*une longue et sanglante guerre avait désolé les provinces bourguignonnes ; d'un bout du territoire à Fautre, les seigneurs avaient fait bâtir et entretenir des châteaux forts par leurs sujets. Ceux-ci n'étaient pas seulement les architectes et les maçons de ces citadelles improvisées pour les besoins de Tagression ou de la défense, ils devaient encore y faire le guet et la garde, services militaires qui leur valaient les qualifications de relrayansaw àeguettables, et pour lesquels ils pouvaient exercer le droU m sauvemetU, e*ert-à<dire, qu'ils avaient la faculté de se retirer, en cas de péril éminent, dans les châteaux forts, avec leurs troupeaux et leurs effets. A la mort de OttooIU,

en 1248, la Franche-Comté passa à sa sœur Alix, qui épot!«a Hugues de Châloji , et fit rentrer cette province , par son 0iariage , dans la famille de ses anciens comtes (*). Otton ir, fils d'Aliî et de Hugues , se distingua par son dévouement au.x intérêts de ia France.

Porté par sa nature et par ses habitudes au métier des armes, il se rendit en Italie, en 1282, pour y venger les Français égorgés |)endant les vêpres siciliennes.

Il fit la guerre à l'évêque de Bûle , vassal de Tempereur Rodolphe , et par là attira ce prince dans la Franche-Comté : Rodolphe assiégea Besançon, mais sans pouvoir le réduire, grâce a la vigoureuse résistance d^Otton. Le brave ^eteneur fr incomtois servit le roi de France Piidi|)pe le Bel , avec cette ardeur qui était dans son sang. Il prit une part active aux guerres contre le comte de Flandre , se fit remarquer par son bouillant courage a la bataille de Furnes, en 1297, et reçut, en 1303, à Cassel, une blessure dont il mourut.

Comme le prince Robert, fils d*Otton IV, était en bas âge , le comté fut adnu'nistre par le roi de Frani e. Le jeune Kobert mourut en 131â , laissant sa principauté à sa sœur, Jeanne l'*, épouse du roi Philippe le Long. La mort de Rlahaud d Artols, mère de cette princesse, lui permit bientôt d'ajouter l'Artois à ses possessions territoriales, déjà très-étendue >. Elle eut elle-même pour héritière sa (ille Jeanne II , dont le mariage avec Etides IV , duc de la basse Bourgogne (1318), reunit de nouveau les deux provinces de ce noni sous Tao* torité d'un seul prince. Après la mort de Louis le Hutin, qui n'avait eu qu'une fille de sa femme Marguerite, sœur de Eudes IV , de vives contestations s*é* taient élevées dans le royaume relativement à la succession de la couronne.

Eudes reclamait l'héritLge de Louis pour sa. nièce; mais ses prétentions, contraires à la loi salique , avaient été repoussées par les seigiieurs français.

Dans une assemblée des pairs , la couronne avait été unaniu)ement déférée à Philippe le Long, frère du dernier

(*) Hiigtiei de Châlon descendait de Guillaiime le Grand et de3 aucieai comte* de la hmAe Bourgogae.

448 FIIANCHE-COMTÉ L'UNIVERS. FRANCUE-COMTÉ

roi. Kudes avait continué de protester, et c'était pour l'apaiser que Philippe lui avait donné en mariage sa lillc aiiiee, Jeanne de France, comme nous venons de le raconter.

Eudes l'ut aussi dévoué à la France que le prince Otton IV. Son activité et son courage suffirent à tous les besoins de la guerre intérieure et de la guerre étningère. Il repoussa une invasion du mnr^nive de Bade et Montbéliard , et cliatia plusieurs seigneurs rebelles de ses États. Il prit une part glorieuse à la lutte terrible qui, de son temps, s'engngea entre la France et l'iVu^leterre.

Le roi Pliilippe de Valois lui témoigna une conflance sans réserve, en lui abandonnant le clioix des gonvcrneurs des places fortes du royaume ; et ce fut pour répondre à cette contiance ilUmitée que Eudei se montra si jaloux de Tbonneur et de la gloire' de sa patrie adoptivp. !)rtix Bourguiiînon*;, investis p;ir iui decouiniandements-mportants, Jean de Viauneà Calais, et Geoffroide Charny en Picardie, se signalèrent par une bravoure éprouvée et par des actions d cclat. Eudes l\ mourut à Sens, eu IM'J^ laissant la ir rance désolée et abattue par la double calamité de la défaite de Crécy et d'une peste universelle. Ses deux (ils étant morts de son vivaut, il eut pour successeur, dans les deux Bourgognes et en Artois, son petit-fils Philippe, qui, né dans le château de Rouvre, devait y terminer ses jours et en garder le nom.

Philippe de Rouvre , encore enfant, régna sous la tutelle de Jeanne de Boulogne, sa mère , et du roi Jean , dont elle était devenue réponse en secondes noces. La haute et la basse Jiourgogne, sous cette administration , se montrèrent é,i;alement jalouses de in qualification de t'rnnclie , par la vigueur avec laquelle elles résistèrent à l'établissement de l'impôt sur le sel : Jean avait espéré qu'elles se soumettraient, comme le reste du royaume, aux droits de gabelles, si productifs pour le trésor.

Obligé de renoncer à cette prétention , il n'en obtint pas moins de puissants secours de la noblesse bourguignonne contre les Aniîlais. Celle-ri eonibattit bravement à Poitiers , eu laûU j où le roi fat Ml prisonnier; et, après cette

défaite , elle défendit son sol natal comme elle avait défendu celui de la Frauce. Mais les Bourguignons succombèrent aussi au combat de Brion-sur- Ource , et les AnL'l.'ii^ , maîtres de la campagne , portèrent le pillage dans toute la province : ils ne consentirent à se retirer, après tous ces ravages, qu'à la condition qu'il leur serait payé une eonlrihution de îïuerre de 200.000 moutons d'or. Les Comiois, plus heureux que les Bourguignons , avaient battu et repoussé les Anglais, quand ils avaient tenté , en 13G2 , de surprendre Besancon. Ce fut au milieu de ces combats et de ces désastres uue la première race royale des ducs oe Bourgogne,' après avoir duré 379 ans, s'éteifinit dans la personnedii prince régnant. Philippe de Rouvre mourut, eu 1361 , à peine figé de 16 ans.

L'industrie et le commerce avaient pris des développements considérables, depuis le douzième siècle, dans la Francbe-Conité et dans les autres parties de la Bourgogne. En 1318, la reine Jeanne avait eu l'heureuse et })atriotique pensée de faire des avances à une compagnie de drapiers et de tisserands de Paris, pour qu'ils vinssent s'établir à Graysur-Saône, et y entretenir une fabrique de draps, genre de production industrielle que favorisaient d'ailleurs le bon marché et la belle qualité des laines de Bourgogne. Poligny fabriquait aussi des draps si recherches, qu'une ancienne ordonnance de la Franche-Comté portait que toutes les étoffes et toiles se vendraient à l'aune de Poligny. Les juifs et les Lombards, toujours attirés par la richesse et le commerce, s'étaient établis en foule daus la province. On leur avait assigné pour demeure Vesoul, Cray, Port-sur-Saone, Jussey, Montbosou, où ils petiplnicnt des rues entières. Mais leur rapacité ordmaire les avait rendus odieux , et une institution trèsremarquable avait été fondée pour délivrer le pays de leurs usures : de riches bourgeois de Salins s'étaient associés

f)our fonder une banque que l'on appelait e Mout-de-Salins , et oii l'on trouvait de l'argent à de justes intérêts ; et quoique cette entreprise n'eût pas complètement réussi, elle était le signe incontestable d'un grand progrès oans le

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