‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 2 sur 198 · Fêtes périodiques et locales · texte numérisé non relu

Fêtes périodiques et locales

Parmi les fêtes qui semblent nous avoir été léguées par le paganisme , il faut mettre en première ligne la promenade du bœuf gras y cet usage Bizarre qui ne s'observe plus aujourd'hui qu'à Paris (*), mais qui, autrefois, avait lieu dans plusieurs provinces , et s^appelait

(*) Les Parîsn adoraient le tramau 7^ia-

cai ; cVst ce que prouve la déconverie que Ton fit à Notre-Dame d'un monument dont les bas-reltefs représentaient, parmi plusieurs divinités ganloises el romainoit , ce taureau

revêtu de l'élole sarrôc et surmonté de trois gi ues , oiseaux de hou augure. La promenade du b<x>uf gras serait donc un reste des céréiDonies célébrées à réfjuinoxe du nrlnlempi, à rcotrée du soleil dans le signe du taureau.

le bœuf villé, violé ou viellé, s&n^ doute parce que ranimai était promené j)ar la ville au son des violons et des vielles.

Voici en quels termes un auteur du dix-huiticmc siècle décrit cette cérémonie, telle qu'il la vit célébrer à Paris, en 1739 :

« Les garçons de la boucherie de l'Apport - Paris n'attendirent pas en

cette année le jour ordinaire (le jeudi qui précède le dernier jour du carnaval),

|)0ur foire leur cérémonie du bœuf gras : e mercredi matin, veille du jeudi gras, ils promenèrent pnr In ville un bœuf qui avait sur la tête, au lieu d'aigrette, une grosse branche de laurier-cerise; il était couvert d*un tapis qui lui servait de housse. » Ce bœuf, ajoute-t-il, était paré comme les victimes que les ancien s immolaient ù leurs dieux : il portait sur sou dos un enfant décoré d'un ruban bleu passé en écharpe, et trnantd*une main HTie cpée nue , et de l'autre un sceptre doré. Cet eulant, appelé le roi des bouchers , était escorte par une quinzaine de garçops , vêtus <te corseu rouges avec des trousses bMches , et

T. TOI. 1'" lÀoraitfm, (Dicv. bncyglop., btc.)

3 VÊTES

coiffés de turbans ou de togues. Cette mascarade était précédée ne fifres , de violons et de tambours. « Ils parcoururent dans cet équipage plusieurs quartiers de la ville, se rendirent aux niaisons des divers mngistrals, et ne trouvant pas 4ans la sienne le premier président du paHemeilt , t(s se décidèrent à faire monter dans la erand'salle du palais, par l'escnlier de la Sainte-Chapelle, le bœuf gras et son escorte. Et, après s^étre présentés au président, ils promenèrent le pauvre animal dans diverses salles du palais, et le firent descendre par l'escalier de la cour neuve, du côté de la place Dauphine. » Le lendemain la même eérémonie te reMuvela : les bouchers des autres quartiers de Paris promenèrent aussi par la ville leur OœuJ yras^ sans toutefois le faire monter dans les salles du palais.

Cette fête cessa pendatft' la réfolotîon; mais elle fut remisp pri vtc^iieur sous l'empire. Depuis elle a perdu , comme le carnaval , une jurande partie de sa splendeur. L^esprlt public a (dit justice de ces folies , prescpie torijours licencieuses , auxquelles ne prend part maintenant qu'une certaine cla&se de gens.

Les Parisiens célébraient encore Jio-

trefois une f^te,dont l'origine ne semble pas moins ancienne que celle du bœuf gras. Tous les ans , les habitants de la rue aux Ours faisaient fabriquer un mannequin d'envirort 20 [)ieds de haut, qui représentait un hominc tenant en niain un poignard. Il était, uendaut plusieurs jours , promené dans les rues de Paris par des porteurs qui ne manquai»'nt pas de faire la quête ; ensuite , on le condamnait à être bnUé dans la

■ rue aux Ours. Cette exécution a , pendant longtemps, été accompagnée d'un

; feu d'artifice, qu'en 1743 la police fit supprimer , à cause des neridents qtu > - pouvaient en résulter dans une rue aussi étroite. Voici, suivant le migaire, rorlirine de cette cérémonie : Le 3 juillet 1418, un soldat suisse, sort.mt d'un cabaret où il avait perdu son argent au Jeu , osa , dans son désespoir , frapper d*uo coup de couteau une image de la Vierge, placée au coin de la rue aux Ours et (le celle de Sal/e an-Comte ,• le coup iiyaillir de la pierre du sang en

FÊTES

abondance. Le soldat fut pris , attaché à un poteau, en face de l'imnîie miraculeuse, et frappe depuis 6 heures du matin jusqu'au soir , avec une telle barbarie, que les entrailles lui sortaient du corps. On lui per^i la langue avec un fer rouge, et ensuite on le^eta au feu. Cest, dit -on, en mémoire de ce crime aue 89 fusait la procession de cette fleure eiizantesque. Toutefois , l'auteur du Journal des bourifeois de PariSy lequel a parlé, au 8 juillet 1418, des événements de ce jour , ne dit rien ni du sacrilège, ni du miracle, ni du supplice; il fait mention seulement d'une belle procession qui eut lieu ce jour-là. De plus, de nombreuses contridi^ions se rencontrent entre les diverses relations qui, toutes , ont été , pour la prenuère lois, écrites environ làO ans après l'événement. Des feux de joie ou d'artifice, la promenade d*un mannequin énorme ont-ils, d'ailleurs, quelque analojiie avec la profanation commise par un fou furieux, puni d'un horrible supplice.^

Il est assez probable que cette cérémonie avait lieu bien avant le quinzième siècle , et qu'il faut en chercher l'origine dans les anciennes fêtes du solstice d'été. On fabrique aussi , dans plusieurs villes de France, aux fêtes de saint Jean et de saint Pierre , des mannequins que l'on briile dans un feu de joie, comme on faisait à Paris : ces fêtes, qui se célèbrent a l'époque du solstice d'été, sont une nllctjorie du triomphe du soleil sur les tenehrfs. Le personnage du géant a toujours eu un caractère bostile; ainsi qu'à Rome et en Egypte, il représentait, à Paris, un être od eux dont on voulait se venuer.

Mais aujourd'hui Pans est la ville de France où il subsiste le moins de traces de l'originalité des mœurs antiques, et c'est à peine si le bœf/fgras a survécu aux autres fêtes locales. 11 nous faut, pour trouver ce qui reste des vieux usages , parcourir nos diverses prorinces : commençons par les départements septentrionaux.

Les départements du ISord sont une contrée pleine de poésie, et ceux-là ea ont une bien fausse idée qui accusent de froideur d'imagination les h ibitants de cette partie de la France. C'est qu'ils n'ont pas assisté à r^s fêtes bizarres que

L'UNIVERS

WÛTVM PKAJVCH:. PâTBS 9

Ton y rencontre dans chaque ville, et C|ui ne le cèiJent assurément point en etrangeté aux fêtes du Midi. C'est en effél dans la FlandreetdansTArt is qu'il fijut aller poiir voir figurer , comme ei^ plein moyen âj^e, (l.ms de brillantes processions , des gargouilles, des géants, des saints, de-s diables, tous rappareil enfin du paradis et de Tenter.

A Cambrai, le jour de laducassej on voyait autrefois s'avaiirer par la ville cinq chars de trunuphc, sur Tua df.s« quels était Timage de la Vierge , entourée de jeunes filles vêtues de blanc, et qiyi chantaient des cantiques en rhonneur de Marie.

* Oh ne sait Heu de positif sur linstitution de cette fSte« la plus célèbre de

celles de la province, ni sur Tépoqueoù elle eut lieu pour la première lois. On pense que son origine remonte à une

firocession de reliques que fît, en 1220, évèque Godefroi de Fontaine ; mais rien ne œnlirme cette version. Célébrée d'abord le lundi de la Trinité, elle l'ut, ÊU I68S, remise au 18 aoât.

Le premier char de triomphe représentait l'Assomption. Un immense manteau bieu couvrait les épaules d'une }eune fille assise sur uo troue, et soute- Boe par de grands anges en peinture.

A un signal, une machine élevait le trône à une hauteur prodigieuse , et redescendait ensuite tout doucement.

Sur le devant du char , on voyait le tombeau de la Vierge et les douae apdtres.

Tout en bas, le diable se battait avec l'archange saint Miehel; it blasphémait à eœur joie , et disait des bons mots

qui fijisaient au peuple et aux curieux beaucoup déplaisir. Quand saint Michel a*avait plus oe bonnes raisons à donner au diable , il lui assenait un coup d'épée. Le diable tombait en hurlant, et une grande banderole de drap rouge , qui lui sortait du ventre, simulait le sang de la blessure.

autres chars, dit un vieux programme , représentaient quelques-uns des plus beaux laits choisis dans la sainte Êeriture.

Telle éUit la fâte de Cambrai , en

Nous ne suivrons pas cette fête dans . les dUierents changements qu'elle a su*

bis jusqu'à nous. Disons seulement , qu'aujourd'hui, elle ne présente plus de caractère religieux , et aue ses cnars ne sont plus chargés que ae jeunes tilles.

A Falencienfies , c'étaient aussi des chars de triomphe, escortés d'une cavalerie bourgeoise qui se recrutait parmi les northiers (petits cultivateurs.) La fiSte se célébrait le 8 septe'nbre, en corn* mémoration d'un bienfait de la Vierge, qui, en 1008 , avait délivré la ville de la peste, en la ceignant d'un cordon miraculeux. Le lendemain de la procession, on promenait dans les rues un mannequin d'osier, représentant le brigand Anéen^ qui avait tenté de voler cette précieuse relique ; ce mannequin était ensuite attaché à un pal. Il tenait d'une main un éousson garni de bagues, de l'autre un fouet , et st-rvait de plastron aux coureurs de bague. Quand un maladroit frappait Técussou, le mannequin se tournait brusquement, et lui lançait un coup de fouet, atix grands applkudissea)ents des spectateurs.

Enfin, il n'est personne qui n*ait entendu parler de la fête de Douay, de la célèbre procession du iiéant Gayantet de sa famille. Un chevalier de ce nom sauva, dit-on, jadis, la villr assiégée par les Sarrasins. Suivant une autre tradition, la fondation de cette féte serait due à un miracle de saint Maurand, qui descendit du ciel pour défendre seul la porte de In ville, queTamiral de Coligny avait essayé de surprendre, la veille des Rois. Mats ces deux origines sont également erronées i une nièce authentique, existant dans les aicnives de Douay, fait remonter la procession à 1480 , et porte qu'elle a été instituée « en l'hona neur de Dieu, de toute lacourcélestiale, « et de monseigneur saint Maurand , « pour rendre grâce que tel jour, 6 juin, « cette ville fut gardée et conservée de « riMn[)rinse que y Orent les François a (1 année précédente ) , pour le cuider « s'en prendre. » Quoi qu il en soit,4He existait depuis 50 ou (>0 ans , lorsque Charles-Quint y introduisit des figures gigantesques, connue il le lit a Dunkerque , à Lille (*), à Bruges , à Bruxel-

O Le géant de LiHe ft'appHait P^'Aor. On

le disait a.ssassiii de Salvaér, prince de Dijon, doiil le iiU avait vengé ce meurtre et etiit devenu forestier de l' iaadre.

It

4 VÈTEA

les y etc. Les souveninde la délivrance

de la patrie prirent un corps dans la personne de Gayant. Les habitants de Douay se montrèrent reconnaissants envers lui, comme ceax de Beanvais en* vers Jeanne Hachette , comme les Or^ léanais envers Jeanne d'Arc (*).

Chaque année , le dimanche le plus voisin du 6 juin , ils promènent aam leurs rues un mannequin d'osier , que surmonte une téte de bois, peinte et ciselée, dit la tradition, parRubens. Une riche armure du douzième siècle recouvrece mannequin, haut de 20 à 30 pieds, et grAce à la cotte de mailles qui drsrend jusqu'à terre, on n'aperçoit pas les dix on douze hommes qui font mouvoir le colosse. La lance au poing, l'épée au co!é, le casque en tête et l'écu au cou. Gavant s'avance lentement, accompagné de sa femme, un peu moins grande, et n*ayant guère que 20 pieds. Près de ce couple, bondissent trois enfants, hauts de 12 à lô pieds, et que le peuple salue (les noms de Jacot, FiUiaii et BiU' bhi. A coté, caracole le J'oa descanonniers, imitation du SoPSeuris de Cambrai. (Voyez Fous.) Derrière Gayant vient la ro;/(' de fortune. Enfin, fiuatre autres chars de triomphe suivaient encore , au temps où la procession se célébrait dans toute sa pompe primitive.

Ce divertissement tient , à ce qu'il paraît , fort à cœur aux Douaisiens. En 1745, le lendemain de la prise de Tour* nay, à laquelle avait concouru une compagnie composée presque tout entière (le Douaisiens, le capitaine ne trouva ^lus, près de lui, un seul de ses soldats ; mais il ne s'en étonna point, car il était Flamand : « Soyez tranquilles , mes- « sieurs, dit-il aux officiers qu'alarmait « cette désertion ; c'est aujourd'hui « Gayant ; ils sont all^ voir leur grandie père ; ils reviendront tOUS demain. « Kn effet , le lendemain , tons avaient rejoint leurs drapeaux. En 17G5 , pareille chose arriva à Strasbourg, dans le régiment d'Auvergne , où se trouvaient un grand nombre de Douaisiens.

La fêle de Lille tenait des fêtes de Douay et de Cambrai ; Marguerite, com-

(*) Âiras, Chàteaudiin, la Ferlé-Milon, Péronne, etc. , avaient dt- m(''me de* processions destinées à r N* souvenir de la levée de quelque sié|;e tuuicuA.

tesse de Flandre, l'avait instituée en

1269; sa célébration était fixée au dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu.

pn y portait toutes les châsses des saints dont les églises et les couvents possédaient des reliques. Les corps de métiers y tenaient leur plaee et y portaient les images de leur patron. Les quatre compagnies bourgeoises de caoonniers, archers, arbalétriers et tireurs d'armes, ouvraient la marche : ehaque compagnie avait ses valets habillés grotescpienient, et qui faisaient toutes sortes de folies pour faire ranger le peuple : venaient ensuite des chars de trioif phe, garnis d'enfants parés avec soin, et représentant le paradis, la cour des anges, l'enfer, etc.

Lille avait encore jadis une autre féte fameuse , et qui remontait à l'an 1220 : c'était celle du roi de l'épinette. Voici queic|ues détails sur cette solennité, supprimée depuis 1486, mais dont les habitants de Lille conservent, par la tradition, le souvenir :

Le roi de l'épinette, ou sire de joie, était élu pour un an , le jour du mardi £;ras ; amené aussitôt sur la place publique, il recevait, des mains d'un liéraut d'armes , une branche d épines, svmbole ingénieux de la royauté ; puis, if était reconduit en grande pompe à son domicile. Le lendemain, on réglait le détail des joutes qui devaient être célébrées. Le vendredi, le roi allait près de Lille , à Templemars , demander à saint George un heureux rè^ne ; et drins toutes ses courses, il était accompagné de femmes vêtues en amazones, de chevaliers, etd*une grande foule de peuple.

Le dimanche commençaient les joutes, où le vainqueur recevait, des mains des dames, un épervier d'or ; il était ensuite porté en triomphe à rhôtel de vill<», entouré des quatre plus belles demoiselles de In ville, qui le tenaient par des rubans d'or; les magistrats lui offraient ensuite un magnifique festin.

Les premiers jours de la fête, le roi restait simple spectateur des joutes; mais, durant les quatre derniers , il entrait en lice avec le vainqueur, pour combattre à tous venants. En effet, des troupes de jouteurs arrivaient alors des villes voisines , accoutrés de vêtements" bizarres \ les uns vêtus en moines blancs.

L'UISIYËAS.

FÊTES FRANCE. PÉTBS $

tes autres en sauvages, ou en esclaves,

ou en chevaliers errants. Le roi , non

moins extraordinaîrement travesti , allait au-devant de ces compagnies, et les ramenait dans la ville au bruit des instruments.

Depuis le mercredi saint jusqu'au mardi suivant, le roi logeait au couvent lies Dominicains, où il honorait la relique de la Sainte-Ëpine , et devait avec toute sa cour entendre le sermon de la Passion. A la fin de son règne, avant d'abdiquer, il iuvitait chez lui, le dimanclM avant les Cendres, les princi- (Mux habitants et ceux qui avant lui avaient porté le sceptre de Pépi nette.

C'était dans un festin qu'il leur faisait ses adieux.

Les confites de Flandre, les ducs de Bourgogne assistèrent souvent aux joutes (le Tépinette; les derniers même décernèrent aux rois de cette féte des titres de noblesse, dans le but, sans doute, de donner plus de solennité* à une cérémonie qui attirait en Flandre un grand nombre d'étrangers, et augmentait considérablement Te produit des péages. Philippe de Valois exempta ces outps de la proscription dont il frappa es tournois par son édit du 4 février 1328. Louis XI fit plus : pendant son séjour à Lille, en 1464 , il jouta en personne contre le roi do Tépinette.

Cependant, malgré ces honneurs, et même à cause de ces honneurs, les bourgeois élus h la royauté du mardi gras finirent par trouver cette distinction trop onéreuse. On fut obligé de les contraindre à se laisser faire rois, et Ton en cite un qui préféra la prison à la royauté. Philippe le Bon permit alors aux mafiistrats de lever quelques impôts sur les draps, le poisson, etc., et d'en consacrer le produit à fournir au roi nne subvention de onze cents livres et un cadeau de cent livres i\u\ jouteurs. La ville y ajouta un présent d'un muid de vin.

Enfin, il existe encore à Lille, outre lallie patronale, une féte du broquelef ^ qai a lieu le jour de Saint-Nicolas, et a pour but de célébrer l'invention de la dentelle.

L'empressement des Flamands pour ces sortes de réjouissances a été de toutes les époques, Charles-Quint et

Philippe ly publièrent en vain des ordonnances qui défendaient de prolonger

les réunions champêtres, connues sous le nom de ducasses (voyez ce mot) ou kermesses, au delà d'un jour; les goûts du peuple prévalurent contre les vo* lontés souveraines. De nos jours encore, on se porte en foule à ces solennités communales qu'animent les Jeux de toute espèce, les plaisirs de la table et ceux de la danse. Les villes inventent même presque tous les ans une fête nouvelle. Lajf'éte des Jncas, par exemple, célébrée à Valenciennes le mercredi des Gendres, est instituée depuis trèspeu d'années seulement. Quelques personnes avaient conçu Tidce charitable de prendre des travestissements durant le carnaval, et de solliciter de la commisération publique des secours pour les pauvres. Cette association devint très-nombreuse, et donna naissance à une féte brillante, que Ton appelle les Incas ou la marche du Panca. Qu'estce que le Panca? JNul autre que le mardi gras, ou saint Pansard, le dieu de Rafiefais et des Flamands, le dieu de la panse, de la bonne chère.

Dans l'origine , les acteurs de cette journée s'habillaient en Indiens; de là leur dénomination.

Les AndénoU, outre leurs combats de coqs, qui se donnaient au jeudi gras, avaient encore autrelois h fête du Ma- /louage : c'était un combat à coups de poing auquel tout le peuple prenait |Mirt. Les habitants de toutes les paroisses, divisés en deux partis, se rendaient sur les remparts de deux côtés différents : là, il s'eugagéait une lutte souvent ensanglantée, et qui durait jusqu'au moment où une des armées était repoussée jusqu'à un lieu désigné. Les magistrats voulurent interdire , en lôlô, cet usage; mais François V ayant assisté à un mahonage, approuva cetexercice comme digne d'une ville frontière, et propre à rendre lajeunesse adroite et viçoureuse. L'usage de cette ionte n'a été supprimé que dans le dtx<4iultième siècle.

En Provence, où le climat semble porter à la gaieté, les fêtes locales sont aussi en grand honneur. Chaque village a la sienne, où toutes les communes circoQvoisines viennent prendre part.

¥Èm L*UNIV£RS. FÉTB8

Dans le départempnt des Bouches-du- Rhôiie , ces fêtes sont connues sous trois noms différents : elles s^appellent 7Vin$ à Marseille , Joumavagis à Aix , «t f^otes dans les contrées de Laïubesc el d'Is*. très.

Tantdt, au son du tambourin et d'une flâte champêtre, le Provençal s*a*

nime à la danse de h farandole (voyez ce mot); tantôt la religion prête à ses jeux une pompe majestueuse. A Tarascofiy le jour de la Pentecôte et te jour de Sainte-Marthe, après une procession pieuse, où assiste un clergé nombreux , commence une autre scène ; on promène dans les rues une figure grossière, la Tarasque. C*est un dragon dont le eorps , formé de cerceaux recouverts de toile peinte, porte sur le dos une espèce de bouclier hérissé de cornes droites , et ressemblant assez à la carapace d'une tortue. La procession de la Tarasque est une véritable saturn.ile; tout y est permis; on arrose d eau les spectateurs ; on leur jette des herbes qui font enfler la peau. Deux piquets sont plantes en terre, et la corde qui les joint renverse les étourdis. Un joli enfant bizarrement vêtu excite la curiosité; mats malheur à ceux qui s'approchent ; on leur frotte la figure avec de Thuile tetide. Des crocheteurs portent un tonneau plein, font boire de force, et inondent les gens qu'ils peuvent attraper. Ces gentillesses, ainsi que la fête et la procession , reproduisent le dixième siècle dans le di.vneiivieme.

Lorsqu'on promène le dragon, les hommes placés dans le corps de la machine font mouvoir une poutre qui jone le rôle de la queue de l'animal, et personne ne plaint ceux ^ui ne sont pas assez lestes pour en éviter les coups.

Qu'a fa la Tarasco f — yi roumpu un jasioou. — PiscioJ'ai. — A tua un uganaou. — M ben /ai. — Mai a tua un catolL — Pergue se H trouwirof iQu*B fait la Tarasfine? — Elle a rompu un iulf. — Petite alïiiire. — File a tué un huguenot. — Elle a bien fait. — Mais elle a aussi tué un catholique. — Pourquoi s'y trouvait-il?)

La procession (Vjix est encore plus célèbre. Cette fête avait été instituée ven 1469, par René d* Anjou, comte de ProTence, grand amateur de cérémo-

nies , de vignettes et de plain-chant.

Plein de l'esprit de son siècle, il voulut orner la féte du Saint-Sacrement d'une espèce de tournoi , où l'on verr.nt jouter entre eux les dieux de la Fable et les personnages les plus célèbres de 1 Ancien et do Nouveau Testament, le tout par allusion au triomphé du christianisme sur le pnganisme. Peu de jours avant la Fête-Dieu, on fixait l'ordre dos cérémonies. Les habitants de toutes les classes se rétmissaient à l'hdtel de ville, sous l'autorité et avec<le consentement des eonsuls, pour élire les griinds dignitaires de la cérémor»ie. Un prince (Tamour était choisi ordinairement dans la première noblesse de la ville. Un duc d'Urbin, qu'on appela par In suite Vabbé de la ville, était pris dans les rangs de la bourgeoisie. Les avocats, les procureurs, les clercs, élisaient aussi un 7 oi de la hasoohe, chargé de la police du tournoi.

Peudiini la marche du cortège, le prince ttamour devait faire distribuer des bouquets aux dames par des rarlets.

Le jour de la procession arrivé, on voyait d'abord paraître à cheval la Renommée avec S I trompette; derrière elle

venaient les cheratiers du croî.ssanf ; une musique militaire séparait ce groupe du duc et de la duchesse, montés sur des ânes. Les piteuses figures de ces mallieurenx princes rappelaient uti des trophées de René, qui avait vaincu Lrbin en 1460. Les vocii créations et les railleries du peuple accueillaient toujours le re[)résentant de ce içénéral malneureux. Puis s'avançaient à cheval les dieux de la Fable : Saturne, Jupiter, Mercure « la Nuit, Momus avec une marotte et un costume garni de grelots. Ces personnages étaient suivis de ISluïse, d'Aaron, des juifs, du veau d'or. Au milieu de tout cela paraissait le jeu du chat {hu jouée dau cat), lequel consistait à jeter un chat en l'air et à le retenir dans sa chute. Plus loin , on voyait saint Christophe portant le Sauveur du monde sur ses épaules; Pluton et Proserpine à cheval, habillés de noir et portan» les clefs de leur sombre empire, et les acteurs charges du vêtit iey> des <il^&^s. Un entant vétu de blanç figurait une âme; elle tenait une croix

VÉTBS

à la main et avait à côté d'elle un anga

gardien. Les diable*? en vêtements horribles, chargés de grelots, armes de fouets et de fourches, l'entou raient de toutes parts; l'anf^e la défendait: mais il était lui-même attaqué par un diable armé d'une massue, et oui le frappait impitoyablement sur les épaules : l'ange avait eû soin de les garmr de eoossins levétQS d*une espèce de cuirasse , ^t les coups retentissaient sans lui faire de mal. Au troisième coup, Tange sautait, rdme Tembrassait, et le combat étaft fini. Alors commençait un autre combat, qu'on appelait le grand jeu des diables. C'était Hérode qui en faisait les honneurs. Armes de fusils, les soldats du tyran tuaient les enÂmts de Bethléem qui tombaient en poussant de grands rris. Mais bientôt une douzaine de démons entouraient le prince avec de longues fourdies. Le pauvre homme, armé de son sce|)tre et la doutonne en tête, se défendait comme roi re*» pensable ; enfin, après quelques moments d'un combat opiniâtre, il faisait un saut, et les diables le quittaient jusqu'à nouvel ordre.

A leur suite paraissaient Neptune et Anmhitrite à cheval , suivis d'une troupe de Jaunes et de dryades dansant au son do tambourin; puis Pan et la nymphe Syrînx; Bacchus sur un tonneau ; Mars et Minerve à cheval \ Apoliou et Diane; la reine de Saba au milieu des fanfares, suivie de ses dames du palais ; les «Aeranuzfrux (chevaux fringants), superbes coursiers en carton; les grands danseurs et les petits danseurs , parmi lesquels on remarquait le fmUetdes tel- ^neux, ou des rascassefos; puis un char portant Junon, Venus vêtue trèsl^èrement; Cupidon, les Jeux, les Ris H les Plaisirs ; enfin , un autre ehar ||oor les trois l^arques. Cette marche était terminée par des tambours et des fifres.

Outre le jeu des diables, on reprélentatt encore le jeu de la mort. C'était

un spectre hideux élevé sur des ossements, et brandissant sa faux de tous côtés. Ui)e troupe de jeunes paces égayaient la scène par des gestes et des mouvements fort licencieux; puis, derrière ces différents acteurs , s'avançaient la bannière, croix, le clergé, le saint

saereneat, suivis des corps d« la viHt

et des magistrats.

Eii 1645, et principalement en 1680, les archevêques d*Aix voulurent supprimer les scènes profanes de la cérémonie; mais le peuple, mécontent, menaça de brûlerrarchevêché,etles prélats renoncèrent a leurs censures, qui ne se renouvelèrent plot. La révolution put seule abolir la fête d*Aii. Cependant, après le concordat, une imitation dégénérée de ces bigarres solennités fut enbore donnée en Thonneur d'une soeur de Napoléon.

Dans presque toute la Provence , le premier jour de mai est sîanalé par la fête de la Matje. On y célèbre le retour du printemps en promenant ane jeune fille parée de (leurs; peut-être est-ce un reste des cérémonies du culte voué jadis par les Provençaux à Vénus.

C& n*est pas d'ailleurs la seule des fêtes provençales qui remonte à une si haute antiquité. Près du village de Fourrières y sur la route d'Aix à Saint- Maximin , se trouve la montagne de Sainte- Victoire ou de la f ictoire (*) , qui domine le champ de bataille ou Marins défit les Teutons. Tous les ans , le 23 avril , les habitants des environs célèbrent une fête commémorative de cet événement. Voici la description qu'en a donnée Millin : « Le bruit du tambour rassemble les habitants; les enfants, les garçons , les jeunes filles , et même des vieillards se réunissent. Ils choisissent, pour les conduire, un chef « hargé de pourvoir à la subsistance de cette

getite troupe. Tous partent le soir au on d'une musique guerrière. Arrivés sur la montagne , au lieu de se livrer au repos, ils s'occupent à ramasser du bois, en construisent un bûcher, et y mettent le feu , après s'être couvert la tête de fleurs. Alors le roulement du tambour redouble ; on forme des ronds joyeux et des farandoles bruyantes autour du bdeber, qui semble encore consumer les dépouilles des barbares; la montagne retentit de cris de joie , et partout on entend répéter avec une espèce de délire : f^ictoire! victoire!

finsuite la troupe , sailMIiite d'avoir

(•) L'épithète de sainte n*t été mm doute ajoutée qu'au moyen âge.

FÊTES

L'UIMIVERS,

VÊTES

célébré l'époque mémorable de la délivrance et de la gloire de ses pères , se remet en marche, et sa rentrée dans le village est une espèce de triomphe : chncun tient à la main une branche d'arbre et des bouquets , et Ton crie à Tenvi : Sancta Victoria I S€meta Victoria! Ils vont ensuite au temple rendre grâce au Dieu des armées , qui n'a pas permis que leur antique patrie fût subjuguée \mr les barbares du P^ord. »

La fameuse féte du Guet de Saint- Maxence , à Riez , consacre aussi d'antiques souvenirs historiques.

Durant les trois jours de la Pentecôte, le$ chrétiens et les Sarrasins 8*y livrent l\ des combats simidés. Les habitants aises, vêtus à la hussarde, composent un beau corps de cavalerie ; les artisans se réunissent en compagnies de fiintassins. Les Sarrasins, que distinf^uent des cocardes et des étendards de couleur verte, occupent un fort construit en planches et orné de feuillages. Attaqués et bloqués pendant 48 heures, ils se rendent a]>iès des assauts où se consomme une prodigieuse quantité de

t)Oudre ; le fort est saccagé , brûlé , et *on emmène les infidèles prisonniers jusqu'aux portes de la ville. Le lendemain tout le monde va à Saint-Maxence, pour recnercier le patron de la ville, de ce que personne n'a été blessé dans la bravade.

Aux tètes du comtat d'Avii;non accourt de toutes parts une foule empressée, (|u'attirent à la fois la dévotion et le plaisir , et souvent elles offrent des solennités fort curieuses.

A Perfuis, par exemple, on promène avec pompe, le soir de la veille de l'Épiphanîe . un chariot plein de comboslibles enflammés, et qu'on nomme la Belle ' Étoile ; derrière marclient les trois mages en habits royaux. Jadis toutes les corporations et les autorités de la ville suivaient le corté^i^e.

A Pernes, comme à Pertuis, c'est un char qui parcourt les rues; mais celuici porte , au lieu de flammes , des musiciens, un roi et son lieutenant. Il est traîné par quarante mules, et précédé par une cavalcade dont les cavaliers disputent le prix de la course; c'est \9ijHede F Agriculture y le CàrrL Le dimanche suivant on en dpnnç une

parodie : les quarante mules deviennent quarante ânes, la cavalcade et la course de chevaux une calvalcade et une course

d'ànes.

A Mirabeau se célèbre encore , le second jour de Koël , la singulière fêle da Moitdef. Les jeunes gens y portent un de ces petits oiseaux au curé, qui, autrefois , était tenu de le leur payer à un prix assez élevé {*).

(Tést à son nom oue le roitelet doit sans doute ce triste honneur, que d 'il leurs les habitants de Mirabeau n'étaient pas les seuls à lui rendre.

Il existait naguère à Carcassonne un usage toot semblable , détruit par la révolution, et que la restauration avait ressuscité. Chaque année, le premier dimanche de décembre, des jeunes gens de la ville allaient processionnellement dans la campagne , où ils bat* talent les buissons, pour y chercher un roitelet ; le premier qui en abattait un , était proclamé rot ou roitelet La veille du nouvel an, au soir, il faisait dans les rues une marche triomph de.

Le jour de rÉ[)iphanie , il se rendait a l'église, dcuorc des insignes royaux , entouré d*otficiers de son dioix et d*une garde d'honneur, et précédé de l'oiseau mort , qu'on portait au bout d'un bâton , orné d'une verte guirlande d'olivier ou de gui de chêne. Après la messe solennelle, où tous les honneurs étaient pour lui , il visitait l'évéque et les magistrats, et recueillait de nombreuses offrandes destinées à fournir les frais d*on festin royal qui, avec des danses joyeuses , mettait fin an régne du roitelet.

Les bravades du Languedoc ne sont pas moins animées que celles de la Provence. Montpellier offre ses antiques danses du chivalet et des tretas. La première est flgurée par deux personnages principaux, dont l'on est rnommecheval , Tautre le donneur diavoine ; ta seconde est un ballet où l'on passe et repasse sous des cerceaux et des guirlandes de fleurs. Bezters^ au jour de l'Ascension , célèbre ta féte du chevalier Peperuc^ qui se signala au siège de cette ville.. Le peuple honore la bra-

(*) Mémoire «ir le d^puteoMiit de yencluse, par Pazxis (fSoS), ch. s, erU Fétêt.

FETES

IRAJSCE.

FETES

TOiire du héros en faisant de sa statue un vrai Pourceaugnac. A Gignac a lieu le même jour ia course ou le combat nommé 9enU)éUt* Dam d'autres communes , on se ptatt ou oo e'est plu longtemps à la course des taureaux. Pézénas a son fameux poulmn , divertissement inventé, en 1226, pour Louis ' Vm , pendant la guerre des Albigeois. Ce poulain est une énorme machine grossièrement façonnée en forme de cheval} que font mouvoir des hommes co^és par des draperies fleurdelisées, et qui porte deux mannequins. On le promenait jadis , dans toutes les solennités , devant les officiers municipaux.

Jusqu'à la révolution , Totilouse, la capitale des Tectosages, célébra avec une rplis;ieuse exactitude les fêtes des jcnctras ou fenesiras , anciennes fériés romaines où chaque famille allait man-

Ser dans la campagne un grand gâteau e farine de mil.

Bemicair€y outre sa fête de l'Industrie (vovez FoiBES), avait \ejeu des ai' guillettés^ qu'allaient décroeber, à force de sauts, les femmes foUet.

A Dax, on a longtemps célébré, dans les occasions solennelles, une fête militaire dont les céréitionies étaient assez bizarres ; on l'appelait la fête des Pots-Cassés. Un fort en charpente, dé fendu par deux hommes cuirassés, le cafi^iue en téte et la rondache au bras , éudt eoDStmit au milieu de TAdour; hait guerriers , armés de toutes pièces et montés sur im même bateau, venaient en faire U siège. Les deux cbam-

Siens se défendaient en jetant des pots e terre sur les assaillants, qui, euxmêmes , tiraient sur les défenseurs avec des mousquets chargés de grenades en terre cuite. Cette joute durait une heure et demie et se renouvelait trois fois, en présence de nombreux spectateurs et de la garde bourgeoise, qui , montée aussi sur des bateaux, y assistait en armes.

Si nous nous rapprochons des pays de montagnes , des Alpes ou des Pyrénées, nous rencontrons encore des usages locaux dont l'origine se perd

dans Tobscurité des temps. Dans ia belle vallée d'JrgelèSj où débouclicnt celles d'Azun , de Cauteretz et de Baréges , se fout remarquer des danses

pittoresques appelées ballades. On se croirait au temps de l'âge d'or, lorsqu'on voit les liabitants des hameaux et des villages, parés de leurs plus beaux habits , ornés de festons , les mains cbargées de guirlandes, se visiter par troupes nombreuses, et donner le spectacle de ces divertissements d'un caractère tout spécial. A l'époque du carnaval, et dans les fêtes locales, les jeunes gens paraissent en veste, poudrés , chargés de rubans de différentes couleurs.. Chaque baude part de sou hameau, ayant en téte une espèce de prud'homme avancé en âjîe , qui , ayant été le plus leste des baUadeurs de son temps , a mérité d'être le dépositaire d*un petit drapeau de taffetas qu'il remet, sur les confins de la commune, an plus digne de la troupe, c'est-àdire au plus vigoureux, chargé de mener le branle. Les jeunes filles accompagnent aussi les danseurs jusqu'à la limite ; chacune d'elles place sur le cœur de son amant un ruban, ainsi distingué de ceux que donnent les mères et les sœurs ; au retour , toutes reviennent à l'entrée de leur territoire recevoir les jeunes gens , qu'elles conduisent sous le toit paternel. Chaque ballade va au rendez-vous , et en revient au son des flageolets , des musettes et des tambourins , toujours le drapeau en téte ; celui qui le porte l'agite en l'air ; à ses *c6tés sont les musicieDS ; tous les autres suivent à la file , en sautant et en gambadant toujours sur le même air.

Cette danse dure toute la journée , et n'est interrompue que par les repas ; les diverses troupes , en passant d'un village, d'une habitation à l'autre, reçoivent en don du beurre, des œufs, du jambon et de la farine , qui servent le lendemain à préparer pour les danseurs un régal commun.

Un exercice plus singulier encore eu usage dans nos Pyrénées, est celui qu'on appelle la chaste de Fours; il n'a heu qu'en carnaval : un jeune homme s'habdle alors en ours à l'entrée de la nuit , et va courir les bois une torche à la main ; tous ses compagnons le suivent et tâchent de l'attraper , ce qui est assez difficile quoique la torche les guide.

Dans les occasiou^ âoieanelies , la

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jeunesse de certaines rommnnes de la vallée de fintr<jes représente une scène qui rappelle le tentps où les Alaures, latsant des incinrsioiis dans le pays , venaient imposer des tributs et pnlever les jeunes liiles. Les garçons du village, vêtus de vestes courtes, rayées de rouge «Ide bhme, ehamarrés de rubans M la téte couverte d*une es))èce de casque, s' issemblent et se mettent en marche sous la conduite d'un chef. Celui -ci porte devant lui une téte de cheval sculptée, et représente ainsi un cavalier et Scî monture, par exemple, Renaud avec son destrier Bayard, dont les noms sont fort bien connus de ces

Esysans. A la main il tient une longue aguette surmontée d*un drapeau, dont

11 se sert pour diriger les mouvements de sa suite dans les marches et les danses qu*eHe exécute. Un vieillard , espèce de fiatriarehe costumé à Tantique, portant aussi une b.m,uette ornée de rubans, conduit par la main un jeune villageois déguisé en fille. Celui-ci joue le rôle d'une belle délivrée des mains des infidèles par la valeur du chevalier. Une musique bruyante précède cette espèce de ballade d'un genre partictilier, et a •iaifueHe se mêle toute la population. Les attitudes, la pantomime des acteurs rappellent parfaitement les mœurs d'un yeiiuïe encore à demi barbare.

Cest, du reste, ohoae trèni-onlinaire dans la Navarre et le BéarUt que ces imitations de scènes iiticrrières ; les joies publiques s'y manifestent souvent non-seulement par des danses anunées, mais aussi par d'éblouissants KNiruoie* nients d'épées et fie bdtons.

Telle est aussi la vieille danse du liacchubeff a Lervières, près de BriançoQ ; elle est figurée par treise jeunes gêna armés de courtes épées sans pointe, comme en portaient les Allobroges.

D.^ns la même province, au cauton de Saint- Firmiu ( Hautes- Alpes ), se trouve h» village des Andrieux. Les pauvres gens qui y fout leur demeure sont privés, pendaut cent jours, du soleil, d«>nt les rayons ne descendeut p:is alors jusqu'au fond de leur vallée. Aussi, le 10 février, jour où il vient leur rendre la lun»ière, célèbrent ils sou retour par une féte, qui semble une rétuioisteoe de rafttîquiléefiflatale, et offre,

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