‹ France dictionnaire encyclopédique T. 8Chapitre 4 sur 198 · FRANCE. FÊTES · texte numérisé non relu

FRANCE. FÊTES

^Mfllie solennelle, tout le peuple se rassemblait le soir sur la place du châtel; UD bûcher était construit au milieu, laissant se dresser de son sein un arbre orné de banderoles , et qui devait périr avec lui. Les gens de la ville haute portaient des fagots et des boties de paille, et ies autorités, avec des cierges, allaient mettre le feu au bûcher. Un semblable feu était allumé à la ville basse, dans le cloître de r^otre-Danie du Val, par le vicaire, qui 8*3r rendait processionnellement en chantant tes litanies, et en re- Vfnnit ensuite en psahiiodiant le Te Deuni. De toutes les montagnes voisiubitde Provins, les flammes de la Saint- Jean répétaient le signal de la danse et (ie la joie. »

« En PoitoUy un bourrelet de paille ^'on place autour d'une roue de charrette , qu*on aUunae et <|U*on promène éans les champs, pour les fertiliser, pa« raît être T image du disque du soleil. En Jiuuryogne, a Saviguy-en-Revermont , le peuple , pour célébrer la même féte , ae rendait en foule et avec des lanternes S'turdes au milieu {Yun pré, et là, le (ierrut^r des maries était obligé de porter uu bout d'une perdie une téte de bœuf ornée de cornes , et autour de laquelle on drnsait. A Beaumont (commune de Gravant), le ftu s'allumait entre quatre chemins, près d'une pierre nommée la grosse pierre de Saint' Jean ; on recueillait les cendres, et Ton faisait passer des hou-iiuts clnns \vs flammes, parce qu'on les regardait ensuite conuiie des gages de bonheur et des remèdes contre les maladies des bp>tiaux. La même idée sur les vertus dp ce feu subsiste encore en Bretagne; ou y fait sauter les jjestiaux par-dessus le brasier salutaire , èt Ton a soin d'en ( unserver un tison pour se préserver de la fondre (*).»

Dans un grand nombre de provinces, le coimnencement et la fin du caréraé étaient sif^nalés par les cérémonies les pliis bizarres.

L?' cou roi de carême prenant, h Chaloiui, fut une des fêles demi burlesques, demi-religieuses, qui durèrent le plus longtemps C*)* Un graduel de 1508

(*) Bourquelot, HisUKte Je ihwùuyt, l, p. 36, i".

(••) ISous verrous à l'article Focs , que la

rapporte que, de temps immémorial, le cierge de la cathédrale avait coutume de faire apporter dans le chœur de l'église , le jour des Clendres, un marnieuin aisjnnti sque fait de pnille et revêtu 'habits lugubres, pour lequel on célébrait une messe de Reauiem^ les prêtres portant leurs chasubles retournées, et les chanoines ayant le visage voilé et de longs vêtements de deuil.

Aux approches de Pâques, le jour où rÉglise cesse d'employer VMUeluia dans les prières , les enfants de chœur de Langres, prêtant un corps a cette doxologie , la chassaient ignominieusement du temple , tandis qu'en d'autres lieux, à Toul et à Seps par eiemple, on en^ terrait l'Alleluia en grande pompe, et avec toutes les cérémonies d'usage pour les morts (*). La rubrique marquait les différents détails de la burlesque cérémonie. On écrivait en lettres d*er bs mot alléluia sur un de ces jouets appelés toupies. A l'heure indiquée par le rituel, les enfants de chœur venaient en procession, avec croix et bannière, procéder à la fliujellation de l\ illeluia. Ils faisaient pirouetter la toufiie a grands coups de luuet eu chantant des psaumes et des cantiques , et la poussaient aidai hors de legiise, en lui soubattant Iw»

voyage jusqu à Pâques,

L'eglise de Reims donnait, à la fin du carême, un spectacle encore plus burlesque. Le mercredi saint, tout le clergé (le la cathédrale se rendait à l'église de Saint-Ren)i, pour y faire une station. Les chanoines , prébédés de la laroix , étaient rangés sur deux iles , «t tous traînaient derrière eux un hareng

Su'ils tenaient attaché au bout d'un coron. Tant qtie durait la procession , chacun <f*eux n'était occupé que du soin

Champagne conserva aussi fort lungten)|)s I4 fêle de Pane, célébrée à Troyes avec une grande pompe ; la féte des foust qui jusque* i583 fut à Châlons l'objel de cérémonies particulières^ ia DiabUiie de C/tauinont (voyez DiAUBais) , qui se perpétua du tnAm ziéine au dix-huitième siècle, etc.

(*) A Sens, le samedi de la St-ptiiag/simc, c'étaient ie& ent'aïUà de cliœur qui uniciaieiit. Après la messe ils poriaient en pleurant une espèce de bière qui était censée renfermer ï alléluia décédé. Le spf^edi saint, ils fètaieiit sa résurrection.

L'UNIVERS

de marcher sur le hareng qui le précédait, et de sauver le sien des surprises du chanoine qui le suivait ('^).

Nous n'avons iusqu'iei mentionné que des fêtes dont les acteurs, bien que leurs actes fussent souvent assez peu raisonnables, avaient cependant atteint râge de raison ; il est bon que Ton saehe ^*en certaines provinces TenAnce aussi a ses fêtes publiques Nous ne pouvons mieux terminer cette revue des fétei; locales qu'en citant un exemple d'une pareille solennité.

Cette fête, que l'on appelle les champsgolotj et dont nul ne connaît l'origine, se célèbre depuis les temps les plus reculés dans la principale villedea Vosges, à Épinal.

chaque année, dans la soirée du jeudi saint, la rue de Thotel de ville se remplit de promeneurs de tous les .iges et de toutes les conditions. Dès que sept heures ont sonné, on voit déboueher de toutes parts des groupes d'enfants conduits par des domestiques ou par leurs parents. Cette troupe bruyante s'avanee, portant ou faisant porter de li bers esquifs de sapin , dont toute la cargaison se compose de bougies ou de chandelles allumées et dressées eomme des mflts.

On en forme une flotte où chaaue enfant commande son esquif, et on la lance sur l'humble ruisseau qui roule ses eaux le long des maisons de la rue de l'hétel de ville. Là, les bâtiments se promènent , tenus en laisse par leurs propriétaires, et |)rojetant sur les rives garnies de spectateurs leurs lumières vacillantes. Ils descendent et remontent

(*) Plusieurs raonumonts ont conserve des traces de ces fètesetde cescéréruonies dans des lN»>relîels, qu'on «quelquefois regardés, mail à tort, comme provenant d'une simple débauche d'imagination des artistes. Les chapiteaux des grands piliers de la catlicdrale de Strasbourg offrent un bas-relief représentant une procession tiatis l;K|(ielleon dislinçjMe im pourceau porianl un bcoitier , des ânes revêtus d^haoîts pontificaux , des singes tenant entre leurs griffes divers alirtbuls de la religion, et un renard enfermé dans nnechnsse. L'église cathédral^ du Mans porte aussi de pareils emblèmes sur les piliers extérieurs. On y voit des pnrrs dressés sur leurs paHes de derrière , . tenant un i)âton duls oeUes de devant, etc.

le ruisseau , se croisant , se heurtnnt , et menaçant à chaque instant de sombrer, au milieu des cris de joie ou de détresse poussés de tous cotés par la foule des jeunes nautoniers.

Pendant ces mannntivres, les enfants, les parents, tout \e iuoude chante à tuetéte ce couplet :

Les champs f^olot, a tours relol , Pâques reripnt , C'c!.t un grand bien ,

Vont les ctiAU et po«r Im cbicnt •

Bt les gea* loat aussi bîca.

Aussi longtetnps que brillent les fa- . naux plantés sur les esquifs, la foule ' se presse dans la rue , et suit les manœuvres de la flotte, en descendant et remontant connue elle le ruisseau. Mais dès que les lumières sont éteintes, tout est fini ; les speelateurs se dispersent , les enfants emportent leurs embarcations , et la rue de Photel de ville rentre dans son calme habituel.

Les paroles des deux premiers vers de la chanson appartiennent au patois le pitis ancien du pays; ils se traduisent ainsi :

Ln diaaiiM coulent , Lm TsilléM s'm tobI.

Quant aux quatre dern iers , ils sont pro*

bablementunetradiirtion moderne (l'autres vers qui se sont perdus, et «lotit ils reproduisent le sens dans toute sa naïveté.

§ 2. Fêtes royales et aristocratiques smts FtmHefme monarchie.

Les jeux et divertissements donnés

par les rois des deux premières races étaient des combats simulés , de grandes chasses , des festins somptueux , et quelquefois des combats de oétes auxquels les anciens cirques romains (voy.

ce mot) servaient de théâtre. On en fixait ordinairement la célébration aux jours de fête consacrés par l'Église, ou aux époques de plaids et d'assemblées nationales. La féodalité et la chevalerie modifièrent ces traditions. Des tournois (voyez ce mot) et des repas solennels fermèrent alors les principales réjouissances de là cour et des seigneurs.

Les trouvères , dès leur apparition, devinrent sans doute les ordonnateurs des fêtes célébrées dans les châteaux.

FÊTES

FÊTES

Ce furent eux qui inventèrent les m?jstères (*), les entremets (voyez ces mots). Us animaient d'ailleurs de leurs chants et de leurs exercices les demeures priadères et seigneuriales. Il nous suiBra , pour donner une idée de ces solennités, de dire qu'en 1237, aux noces de Robert, frère de saint Louis, on vit, pendaot le repas, des' ménétriers montés sur des bœufs caparaçonnés d'écarlate ; un homme à cheval 'marcher sur une corde tendue, etc. II y a loin sans doute de ces spectacles grossiers aux espèces de féeries en action qui signalèrent les fêtes du quinzième sièrie; mnis ils en sont assurément l'origine, comme ils résument les plus grands efforts de Tes» prit du temps.

Mais ces fêtes n'étaient point destinées au peuple , qui , la plupart du temps, n'y prenait aucune part. Cependant les rois Ten dédommageaient de temps en temps par divers jeux, entre autres par des représentatiorjs scéniques , pantomimes burlesques , satiriques, ou pièces muettes à grand spectaâe jouées en plein air. Telle fut, par exemple , eette fête somptueuse que Philippe le Bel donna, eu 1313, ;i Paris, à Tocoasion de la promotion de ses iils à Tordre de chevalerie. Pendant les quatre jours que durèrent les réjouissances , on vit différents spectacles qui représentaient des ribauds dansant en chemise , la vie du Kenard, un Roi de la fève, un tournoi d'enfants, Adam etÈve, les Trois Hois, le Massacre des Innocents , Jesus-Christ riant a\ ee sa mère et mangeant des pommes , les Apôtres récitant avec lui leurs patenô* très, la Décollation de saint Jean-Baptiste, Hérode, etc. Ces diverses représentatious , réunissant tout ce ^ue le hue, les ressources et rimagination du temps pouvaient produire de merveilles,

O Jehan Bodel, d'Ains, Adam de ta

Haie et Rutebœuf, trouvères contemporains

de saint Louis , ont composé quelques pièces où l'oa trouve déjà presque tous les éléments d'un théâtre complet : une pastorale, pleine

de fraîcheur et cfe grâce [Rohin et Marion) ; une farce (/« Jeu duJPèieiin)\ deux drames . à spectacle ( le Muwle de Théophile et le Jeu de saint NieoUu); enfin deux pièces morales /(' Mariage ou le Jeu d'Adam, et la Dupute du Croisé et du Décroisé.)

T. YUi. 2' livraison, (D^ct, £nc

furent pendant plusieurs siècles (*) consacrées à rehausser l'éclat des entrées solennelles des rois et des reines. (Voy. Eatbbes.)

La misère de ce peuple auquel on daicnait ainsi jeter de temps en temps quelques divertissements, n'empêcha, à aucune époque , le roi et les seigneurs de lui extorquer Targent nécessaire à leurs fêtes. Ainsi, malgré la maladie de Charles M et l'épuisement du royaume, Paris était, à cette funeste époque, la ville de l'Europe où l'on s'occupait le plus de plaisirs et où Ton étalait le plus de luxe. Les princes du sang ne songeaient au'à enivrer de plaisirs la jeunesse bnliante dont ils étaient entourés. Usavaienten cela , jusqu'àun certain point, un but politique. Ils espéraient pouvoir, en retour, compter sur le dévouement et la bravoure de ceux qu'ils amusaient ainsi ; mais pourtant ils aimaient plus encore les plaisirs pour les plaisirs eux-mêmes. Cette rapide succession (ïesbattements était nécessaire pour rompre la monotonie de leur existence. C'étaient presque tous les jours de belles musiques, des bals, des festins , des mascarades , des représentations de mystères ou de farces. Aussi les rois de Sicile et de Navarre préféraient-ils alors leur qualité de princes français à leurs souverainetés étrangères ;'ies ducs de fierri , de Bourgogne, de Bourbon, aimaient mieux fixerletn* résidence dans la capitale que de se reléguer dans leurs gouvernements, où il n'eUt tenu qu'à eux de se reudre indépendants. On pourrait même dire, avec M. de Sismondi , que si la France ne fut point démembrée au commencement du

Quinzième siècle, elle en fut surtout reevable à ces fêtes qui rendaient, chez les grands, la vanité plus forte que Tambition , et qui , au milieu de leurs guerres civiles, leur faisaient désirer avec impatience le moment de remettre l'épée dans le fourreau. Ainsi , cette supériorité d'élégance , cet attrait que « par ses fêtes , Paris offrait aux princes . étrangers , exercèrent déjà , dès le quatorzième siècle, une influence signalée sur la politique (**).

C) Jusqu'au temps de Henri II au moîos. (**) Sismondi, Histoire des Français, f*X» p. 1 7 , el t. XV, p. 3a8 el suiv.

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