L'UNIVERS. FETES
trouvaient ses commensaux , ses sujets volontaires, aussi longtemps que les belles dames de Bourgogne et de Flandre les retenaient à sa cour.
La vie du successeur de Charles VII était simple et profondément triste.
Mais les fêtes reparurent avec Charles Vni. Le vopg&du jeune rot à travers la France jusqu*en Italie « ne fut qu'une pompe continuelle, dit un mémoire historique sur sa viep, et une feste solemnisée avec toutes les r^ouîssances imaginables. Ce n*estoit partout, comme en pleine paix, que festins, que tables mises par les chemins et par les rues, que concerts de musiques, poésies, représentations et mille gentillesses; de sorte qu'on pouvoit dire qu*il alloit à la conqueste d'un royaume au son des violons et marchant sur la jonchée et les fleurs. Le$ dames principalement estaloient tout ce qu'elles avoient de riche et de beau , et luy tesmoignoient }) , 1 r n 1 i 1 1 e d é mo n s tr ances le plaisir qu'elles ^voient de le voir. »
Ne s'apercoit-on pas que le seizième siècle, le siècle de la renaissance va s'ouvrir? On est déjà initié à une culture nouvellô; on recherche pour les fêtes une pompe moins grossière', pins intelligente. Qa*il y a loin de ces poésies ^ de ces musiques, de ces genfittesses aux divertissements de la cour de Philippe le Bon, ou des noces de Charles le Téméraire avecMarguerited'York(**)!
Les fêtes les plus remarquables du rèçne de Louis XII, furent celles que ce prince donna pour son mariage avec la jeune Marte d^ Angleterre. La cour fut alors en réjouissances continuelles pour le couronnement de la reine à Saint-
(*) Inséré dans les Arch. cur. de l'imloire de France, t. I, p. i85.
(**) Elles durèrent plusieurs jours , el furent surtout remarquables par la bizarre ineobérenoe de leurs lableaux. On y vil représenter, entre autres, les travaux (fHer» culc. Une I>aleine de soixante pieds àc longueur, et d'une hauteur proportionnée, fut ensaite amenée au milieu ae la salle par denx gluants; dn sou large f^osier sortirent deux sirènes tit douze chevaliers, qui dan-it rrnt au son d'une musique guerrière exécutée dans le vmtre du monstre. A|n«8 le divertissement , celui-ci cnf;loiitit de nouveau toute Ja troupe, et s'en alla comme ii était vtuu.
Denis, pour son entrée à Paris, pour les tournois offerts aux gentilshommes d*outre-Manche arrivés avec elle.
Mais François V" éclipsa tous ses prédécesseurs par la splendeur et le bon ^oât de ses fêtes. Dès son avènement, il fit célébrer les réjouissances les plus gorgiases et triomphantes qu'on eû^ vues en France , les banquets et festins les plus beaux du vmnde (*). Cette pompe contrastait fortement avec la sé- ▼érité de Louis XII , qu*on avait accusé de parcimonie. Mais François r** croyait se montrer grand roi en épuisant le peuple, en donnant sans mesure à ses courtisans. « Et s'en estonnoit-on fort comment il pouvoit fournir à tant de pompes, somptuosités et magnificences, il n'y avoit nopces grandes qui se fissent en sa cour qui ne fussent solemnisées, ou de tournois, ou de combats ou de masquarades, ou d'habillements fort riches t;int d'hommes que de dames, lesquelles en avoient de lui de grandes livrées. J'ai vu des coffres et gardesrobes d'aucunes dames de ce temps-là, si pleines de robes que le roi leur avoit données en telles et telles magnificences et fêtes , que c'étoit une très-grande richesse (**).»
Il parait cependant que les grandes dames n'étaient pas seules appelées à orner de leur présence les fêtes de la cour et a participer aux libéralités du roi; il fallait bien qiie le printemps de la cour eût des roses de toutes les couleurs et de toutes les espèces. On lit
(*) Mémoires de Fleuranges et de Bayard.
(**) Rrant6me, Éloge del^wiçoisJf'.Vumi des comptes de dqn uses de te prince, insérés dans les Archives curieuses de l'hist. de France , t. III , p. 94 , ou trouve le suivant : «A Nicolas de Troyes, argentier du « roy, pour délivrer à Onlliotd'AUebrancque, «marchant flourenlin, pour son payement m des draps, teilles d'or et d'argent et de soje, «letc, qu'il a fournies pour les robes et ooIp « tes, à mesdames les daulpliincs el Mai^e* •> rite de France, et autres dames et damoim tellês de leur maison, ausqueUes le roy ea « a fait don à ce qu'elles fussent plus bon- •« norahlement vestues , à cause de l'entrevue « qui s'est faite audit moys de juiog et de « juillet ( i53S) , entre notre saint-père u pape , rEm|>ereur et notre seignetir le fQ^, MCI xi^tiioliv.
rfiTBS FRANCK* riTRg SI
dans un compte de dépenses (*) : Aux mieux faire, pour donner à nos lecteurs
« filles de joye suivant la'^court, en dou , une idée des ietes royales pendant cette
ttant à cause du boucquet qu'elles ont partie du seizième siècle, qu'en citant
«présenté au roy le premier jour de ici le programme de quelques-unes
• may, dernier passé, et de leurs es- d'entre elles, emprunté aux Mémoires
• traynes du premier jour de ce présent de Michel de Castelnau , qui fut souvent « rooys, janner 1538, ainsi ^qu*!! est témoin et acteur dans ces réjouissances «acoustumé, à prendre sur les deniers ruineuses : « Or, le roi Charles IX se «ordonnez estre distribuez autour de fâchant dans le séjour de Paris et de « la personne du roy, ci 90 liv. « plusieurs affaires, et rompements de
Grâce à ces déplorables habitudes, tête qui sont toujours plus grands en la seule entrevue du champ du drap cette ville qu*en un autre lieu, résolut fTor (voyez ce mot) suffit pour épuiser d'aller à Fontainebleau sur le (^ominenle trésor public, et pour ruiner et en- cernent de Tannée 1564. Je parlerai, en detter la noblesse. passant, des festins magnifiques, cour- • Les menus plaisirs, dit dans son ses de bagues et combats de barrière « rapport un ambaAadeor vénitien , en * qoA s'y firent. Le roi et le duc d* Anjou, "1535, coûtent au roi cent mille et son frère, depuis roi, firent plusieurs « méiiie cent cinquante mille écus par parties auxquelles le priuce de Condé « an, car Sa Majesté dans ces choses-là fut des tenants. ■ n*e8t pas ménagère; mais elle peut «La reine, mère du roi, qui n*ea «augmenter les tailles à plaisir, et plus voulut pas être exempte, fit aussi de «ses peuples sont grevés, plus ils très-rares et excellents festins, accom- « payent gaiement » pagnés par une parfaite musique, par Il ne fiiudraft pas pourtant prendre des syrenes fort bien représentées èt ni pied de la lettre ces dernières exprès- canaux du jardin , avec plusieurs autres sions. Cependant Téconomie dans les gentilles et nirréables inventions pour menus plaisirs resta jusqu'à la fin du l'amour et pour les armes, dix-huitième siècle une vertu inconnue • On avoit dressé un champ clos de aux rois de France. A quelles sommes foss^ et de barrières, au côté duquel énormes ne durent pas monter, par étoient élevés de ii;rands théâtres richeexemple, les dépenses de la rour pen- ment ornés, et destinés pour les sei- 4ant le mois de juin 1549. tienri II fit gneurs et les dames de la cour. Au bout maronner sa femme à SaînM^enis le de ce camp paroissoit un ermitage , et 10; puis tous deux firent leur entrée à étoit ce lieu par oà les chevaliers en- Paris, et le 23 s'ouvrit un tournoi qui troient en lice pour combattre, dura quinze jours. Les combats en «Près de là, se voyoit un beau bàtidiamp clos furent suivis d'un combat ment, dressé exprès, que Ton appeloit navil sur la Seine, où deux galères le château enchanté, duquel rentrée avaient été amenées pour amuser la étoit gardée par des diables et par un cour par ces jeux nouveaux. Enfin, géant et un nain, qui repoussoient encomme pour expier la perte de tant de semble les chevaliers. » temps et d'argent consacrés aux plaisirs, L*auteur nomme id les chefk des Henri n termina ces fêtes par une pro- compagnies de combattants, et Tpn y cession religieuse, de Saint-Paul à No- voit figurer les personnages les plus tre-Dame, pour renouveler son vœu célèbres de l'époque; six dames à che- (Textirper l'hérésie; puis, après la messe val, vêtues en nymphes, se faisaient et un dîner public donné a l'évéché , il autant remarquer par leur beauté que alla assister, des fenêtres des Tour- par leurs riches parures couvertes do nelles, au spectacle du supplice de pierres précieuses, quatre malheureux luthériens. « Dans le château enchanté, il y avoit Du reste, nous ne croyons pouvoir six cbevaliers, dont le prince de Condé
étoit le chef; ils combattoient pour ks»
n Archiv. curieuses, t. III, p. 98. dites dames, et sitôt qu*i! paroissoit un
(") Relations des ambassadeurs vénitieiis, des chevaliers du dehors , l'ermite son-
~ , impr. roy., i838 , 1. 1, p.97. noit sa cloche pouT avertir ceux du
L'UmVBRS. WÈÏÏWM
château , l'un desquels sortoit proinptement, et Tenoit aa oombat. Us coqroient Pnn ooiitre rentre , et après avoir rompu leurs lances, mettant chacun l'épée à la main , ils se portoient trois coups si adroitement et avec tant de bonne grâce, quMl ne se pouvoit mieux; et ainsi tous les chevaliers ayant combattu, le tournoi finit, et l'on alla au souper que le roi avoit fait préparer en la salle du bal.
« Il y eut aussi un fort beau oombat de douze Grecs et douze Troyens, les-
3 uels avoient de longtemps une grande ispute pour l'amour et sur la beauté d'une dame. J'étois de ce combat sous le nom d'un chevalier nommé Glaucus, comme aussi des autres tournois et parties qui se firent a Fontainebleau, et semblablement d'une tragi-eomédié que la reine, mère du roi, fît jouer en son festin; c'étoit la plus belle pièce, et aussi bien et artistement représentée que Ton pourroit imaginer, et de laquelle le duc d'Ânjou voulut être, et avec lui Marguerite de France, sa sœur, et plusieurs princes et princesses. Le lendemain, pour clore le pas a luus ces plaisirs, le roi et le duc son frère, se promenant au jardin, aperçurent une grande tour enchantée, en laquelle étoient détenues plusieurs belles dames gardées par des finries iuferoaies. Deux géants d'admirable grandeur étoient les portiers de cette tour; ils ne pou voient être vaincus, ni les enchantements détails que par deux grands princes de la plus noble maison du monde. Lors le roi et le duc son frère, après s'être armés secrètement, allèrent combattre les deux géants qu'ils vainquirent, et de là ils entrèrent dans la tour, où ils firent quelques autres combats dont ils remportèrent aussi la victoire, et mirent lin aux enchantements; au moyen de quoi ils délivrèrent les dames et les tirèrent de lu ^ et au même temps latour, artiGcieHemeat faite , deviot toute en feu. »
. Catherine de Médicis et son fils, obligés de suspendre les.plaisirs de la cour pendant la guerre civile, s'empressaient d'en donner de nouveau le signal dès qu'un traité de paix était conclu. En 1570, des mariages royaux furent le premier prétexte de ces divertissementSt
auxquels on assigna même un but po* litique; il s'agissait, disait-on, de réconcilier, en les faisant danser et banqueter ensemble, les familles rivales, et de consolider ainsi la paix publique.
Mais les fêtes de cour couvraient aussi- des projets d'une autre espèce.
Tavannes, qui prétend que le massacre de la Saint-Barthéiemy n'était point prémédité, expose dans ses i\Jeinoires, ayec de grands détails, le projet de tournoi qu'il avait suggéré : « C'etoit, «dit-il, une grande brèche défendue, « et une retraite derrière un retranche- « ment, où les assaillants entrés eussent « voulu être dehors. » En effet, suivant d'Aubigné, «il s'agissoit de faire un « tort en l'île du Palais , qui scroit dé- « fendu par Monsieur et les siens, et « attaqué par les réformés. » Mais Tavannes avait désigné les lieux où devaient être placés les arquebusiers qui auraient changé ce jeu simulé en un combat réel, et les réformés, attaqués tout à coup avec des armes à feu , auraient tous péri dans cette mêlée. Malheureusement, le piège parut trop grossier. « L'affaire sembla ^o^a, pour- « suit d'Âubigné, et nous ne vîmes a qu'une fois ce fort, parce qu'il fut « aussitôt ruiné. »
Voici , d'après VÉtat de la France êoui Charles IX ( tome I ) , le récit des fêtes célébrées en 1592, pour le mariage du roi de Navarre avec Marguerite :
« Le dimanche 17 d'aoust, jour des iiançailles , ou souppa et balla au Louvre. Le lendemain au soir, après le mariage à Kotre-Daine et le dîner à l'évêché, le roy festoya en la grand'salle du palais lès princes et princesses , les cours de parlements, les aydes , chambre des comptes et des monnoies.
Apprès soupper fut commencé le bal par le roy ; cela dura peu à cause de la n^asquarade où le roy étoit. Premièrement se présenfoient trois grands chariots qui rtoient trois rochers oirécueils de mer tout argentés, et sur cbacuu y avait cin(j musiciens jouant de diverses sortes d'mstruments. Sur l'un d'eux étoit ce chantre si renommé, Étienne I^roy, qui faisoit retentir totite la salle de sa voix harmonieuse. Apres veuoient sept autres chariots aussi argentés, dont trois étoient des rochers couverts
VÉW
FRAKGE.
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d« coquilles et d'une infinité de petits aDîniaux de mer ; à la cime y avoit une loge faite avec quatre colonnes , et de* dans un dieu marin assis. Les autres quatre étoient des iyons marins aussi argentés , a^ant le derrière comme un poisson, ta qaeoe entrelassée, batit élevée, et à la cime d'icelle une coquille d'argent, dans laquelle étoit pareillement un dieu marin, et étoient ces dieux tous Têtus de longues robbes de drap d*or de diverses couleurs. Après cela venoit un autre grand chariot doré, qui étoit un cheval marin avec sa grande queue de poisson aussi entrelassee , et à la Oime une co()uiiie d'or, sur laquelle étoit assis Neptune , roy de la mer, guidant les autres dieux ses sujets. Sur ce cbariot étoit le roy de France ; sur les autres étoient les fireres du foy, le roy de Navarre, le prince de Gmé, te prince dauphin , le duc de Guise et le chevalier d'Angouléme. Ils chargèrent quelques princesses et dames sur ces chariots; puis, ayant |alt quelques dansas, cliacun se retira pour ce soir.
« Le mardi , parce qu'il étoit fort tard avant qu'on se levât, ne fut fait autre chose, sinon que Ton partit du palais sur les trois heures anrès midi, et alla-t-on dîner à l'hôtel d Anjou, et après dîner on alla au Louvre , où le bai fiit dressé et continué jusques m soir.
■ Mais la royne mère et le conseil secret pensoient bien à autre dance, à savoir, au moyen d'exterminer l'amiral et les siens... Retournons aux noces pendant que la royne mère, dresse Pécha fia ut tragique. »
Charles IX , la reine mère et leurs conseillers intimes avaient imaginé de désigner pendant ces réjouissances les huguenots aux poignards des Séides, de faire en quelque sorte une répétUim de la sanglante tragédie qui allait se jouer. Le mercredi , 20 août , le palais des Tuileries offrit le spectacle d'un combat entre les habitants du paradis et ceux de l'enter. Or, on avait pris pour représenter les tenants de l'enfer, tous les huguenots, à la t^^te desquels était le roi de Navarre ; et pour représenter ceux du paradis, Charles I^ et les papistes.
€ Pf emidiement , dît Tauteur de Fou-
vrage que nous venons de citer , en la salle de Bourbon , à main droite, il y a voit le paradis, l'entrée duquel étoit défendue par trois chevaliers armés de toutes pièces , qui étoient Charles IX et ses frères ; à main gauche étoit l'enfer, dans leauel il y avoit un çrand nombre de diables et de petits diablotins, fn» sant infinies singeries et tintamarre avec une grande roue tournante, toute environné de clochettes. Le parsdis et Tenfer étoient séparés par une rivière qui étoit entre deux, et sur laquelle il y avoit une barque conduite par Caron, nautonuier de l'enfer. A l'un des bouts de la salie et derrière le paradis, étoient les champs Élysées ; à savoir , un jardin embelli de verdure et de toutes sortes de fleurs, et le ciel empyrée , qui étoit une grande roue avec les dowe signes du zodiaque , sept planètes et une Infinité de petites étoiles faites à jour, rendant une grande lueur et clarté , par le moyen des lampes et flambeaux qui étoient artistement accomodés par derrière. Cette roue étoit en continuel mouvement, faisant aussi mouvoir ce jardin , dans lequel étoient douze nymphes fort richement aooutrées.
« Dans la salle se présentèrent des troupes de chevaliers errants armés de toutes pièces, vêtus de diverses livrées et conduits par les princes et seigneurs , tous lesquels tâchant de gaçner le pa- ,radis, pour ensuite aller quérir ces nym-
f)hes au jardin, en étoient empêchés par es trois chevaliers qui en avoient la garde'; lesquels, l'un après Tautre, se
fjrésentoient à la licè , et ayant rompu a pique contre lesdits assaillants et donné le coup de coutelas , les renvoyoient vers l'enftr, où ils étoient traînés par les diabloteaux. Cette forme de combat dura jusqu'à ce que les chevaliers errants eussent été combattus et traînés un à un dans l*enfer , lequel fut ensuite clos et fermé. A l'instant descendirent dn ciel Mercure et Cupidon portés sur un coq. Le Mercure étoit cet Étienne Leroy , chantre tant renommé, lequel étant à terre, se vint présenter aux trois chevaliers, et, après un chant mélodieux, leur lit une harangue et remonta aux cieux toujours chantant.. Alors les trois chevaliers se levèrent de leurs sièges, traveraèrent le
FÉTBS L'UWÏVEHS.
paradis, allèrent aux champs Klysées quérir les douze nymphes, et les amenèrent an milieu de la salle, où elles dansèrent un ballet qui dura une grosse heure. Le ballet achevé, les chevaliers qui étoient dans Tenfer furent délivrés, et se mirent à combattre en foule et à rompre des piques. Le combat fini , on mit le feu à des traînées de poudres, qui étoient autour d'une fontaine dressée
Cresqu'au milieu de la salle , d où s'érvèrent un bruit et une fumée qui fl* rent retirer chacun. Tels furent les plaisirs de ce jour, d'où l'on peut conjecturer quelles étoient , parmi telles feintes , les pensées du roi et du conseil secret.
« Le lundi 21 d'aoust, furent dressées des lices dans le ^.ouvre pour courir la bague, avec un échaffaut pour les dames. Là se présentèrent plusieurs troupes, entre autres le royetson frère, vêtus en amazones ; le roy de Navarre et sa troupe, vêtus à la turoue; le
Îtrinee de Gondé et le jeune la Roche* bucault à l'estradiotte avec robbes de drap d'or; le duc de Guise et le chevalier d'Angouléfne ('toient aussi vêtus en amazones. Toutes leurs troupes et phisieufs autres richement acoutrées se présentèrent; mais parce qu'il estoit lard , on ne courut que deux ou trois courses , et fut ( disoit-on ) la partie remise au lendemain.
« Ce même jour fut dit au conseil privé du roy que on avoit vu force gens ^ a cheval au Pré-aux-Clercs et par les places de Paris , avec des pistolets et arquebuses à Tarçon de la selle, contre les défenses du port des armes ; à quoy quelqu'un du conseil répondit que ce pouvoient être quelques-uns qui îe préparoient et exerçoient pour la revue qui se devoit Élire pour la récréation de la cour.
n II y avoit si grand appareil de jeux, telle mamificence de banquets et passe* temps , le roy aussi étoit tellement transporté après telles follatreries(tant s'en faloit qu'il vaquât aux affaires qui se présentoient au conseil ordinaire),
Sue même il ne prenoit pas le loisir de ormir (*). »
Le 22 août, le coup d'arquebuse tiré (*) Yoyez aussi Arch. cur. de l'hist. de France, i. VU, p. 77 el suiv.
sur Coiigny donna le signal de la Saint- Barthélémy.
A cette i^poque désastreuse, les négociations, les intrigues politiques furent presque toujours ourdies pendant les fêtes de l'Italienne, qui, en tout lieu, au milieu dSs affitires m phis épineuses, ordonnait des festins et des danses pour calmer les haines par la frivolité, ou de celte Marguerite de Navarre, qui donnait bal presque chaque soir, et s'entourait « d'une brave noblesse et de dames ex- « cellentes , » et dont la cour « ne s'es- « timoit pas moins que l'autre (*). » Les arquebusades , les coups de poigoanl ou les coups d'épée n'empéchatein pas œs nobles personnages de se divertir; on edt même dit que les émotions fortes étaient un assaisonnement, un charme nouveau pour leurs plaisirs. Les dames s'empressaient de suivre le roi de Navarre à ses chasses aux ours , d'où souvent la noble compagnie revenait emmenant avec soi , ou laissant dans les rochers et les bois, les cadavres d'un bon nombre de ses membres. Pendant les conférences pour la paix de Fleix , « on ne voyoit ni oyoit parler que de paix, d*amour, danses, ballets, courses de bagues et autres galanteries, dans l'espace où résidoient les quatre cours de Catherine, de Marguerite, de Monsieur et du roi de JN'avarre; mais sitôt que sans passeport , l'on étoit hors de ces bornes , ils se prenoient prisonniers et se don noient coups d'épées et de pistolets (**). »
La même année (I68O), Henri III fit épouser à son favori Joyeuse, Mar|^ente (Je A nudemont , sœur de la reme.
Le mariage se célébra le 24 septembre à Saint-Germain l'Auxerrois. « Le roi , dit l'Etoile, mena la mariée au moustier, suivie de la reine, princesses et dames, tant richement vêtues qu'il n'est mémoire en France d'avoir vu chose si somptueuse. Les habillements du roi et du marié étoient semblables, tout couverts de broderies et pierreries qu'il n'etoit pas possible de les estimer. Les jSStes les plus dispendieuses, des tournois, des carrousels, des combats de vaisseaux suivirent le mariage; tOÙS les
O D'Aubigné, liv. iv, ch. 5.
(*') Économies royales de Sully, t. I , ch. 14.
FÊTES
FRANCE
FÊTES
grands seî^neiirs furent invités à fêter à leur tour les époux. Le cardinal de Bourbon donna Texeraple , tous les autres suivirent , et dix-sept festins, tons plus extravagants les uns que les autres, se succédèrent sans interruption. A la lin de ces rejouissances, le trésor était vide, le roi obéré. Il avait dépensé pour le mariage de son mif^non la somâie énorme de 1,200,000 érns *j.
Les femmes entraînèrent maintes fois Henri IV à de vaines prodigalités, à des fêtés ruineases. Ce qui ressort des relations contemporaines, c'est que les mascarades , les bals et les ballets ( voyez ces mots ) , étaient alors les diverâssemeots les plus à la mode à la ooor. Quant aui oerémontes que le roi ordonnait pour quelque événement extraordinaire, elles n'avaient rien à envier aux fêtes des temps passés, et on peut les comparer à ce que Venaîiles vit jamais de plus brillant.
Le baptême à Fontainebleau du dauphin.et de ses sœurs se célébra surtout avec une grande magnifleenee.
Voici» d'après les mémoires du temps, quelques détails sur ces cérémonies :
« On avait dressé des gradins en forme de Colysée, autour de la cour du doojon ; ils s élevaient jusqu*au niveau du premier étage. Un pont de charpente, avec une riche balustrade, partait de Tune des croisées du pavillon de Saint-Louis , traversait la cour, et arrirait an dôme de la porte Dauphine , où Von avait dressé un autel enrichi de
Srécieux oroements. C'était là que s'éifaient, sur un piédestal , les fonts iiaptismaux.
«Autour de l'autel étaient les Suisses de la garde , tenant chacun à la main une torche ardente, et de chaque côté deux ordwstres nombreux. La cour tout en* tièrp était couverte et abritée par un telum peint, ouvragé et tailladé en certains eudroits de figures de dauphins, des cblfifres do roi, de la reine, et de ileurs de lis d'or. Cette enceinte de ma* gnifîques bâtiments, dont les nombreuses et larges fenêtres, ou les terrasses, étaient garnies de riches tapis,
(*) Voyez , outre l'Étoile, de Thou , t. VI, liv. T.xxtv; et Félibîen, Histoire de Parit, Uv. x\u, p. 1143.
offrait l'élite des dames et seigneurs de la cour; un peu au-dessous, la multitude des spectateurs assis sur les gradins de ramphithéfltre, enfin la foule du peuple se pressant dans le vide du préau , formaient un spectacle animé.
« En cette journée , disent les mémoires du temps , le temps fut clair et serein; mais les capes galonnées, les toques brodées, les boutons et les épées des princes et seigneurs couverts de pierreries, éclatoient plus qiie ne le fiiisoit le jour. La seule garde de l*épée du duc dlÈpernon valoit plus de trente mille écus; l'ornement et le lustre des princesses et dames de la cour étoieot admirables : la vue ne iioovolt soutenir la splendeur de l'or, ni la candeur de l'argent, de même que l'éclat des perles et pierreries qui couvroient leurs habits. Mais surtout paroissoit la robe de la reine , étoffée de trente-deux mille perles ,et de trois mille diamants. »
Enfin, la cérémonie commence. D'abord paraissent les Suisses portant des torches, lès cent gentilshommes ser* vants, les ordinaires, ceux de la chambre avec des cierges. Après eux, les fifres , tambours , hautbois , tromoettes , neuf hérauts , le grand prévôt de rhôtel , les chevaliers du Saint-Esprit; ensuite, les trois honneurs, c'est-à-dire, les sri gneurs qui portent les enfants, et ceux qui tiennent la queue du manteau roval, le der^é, le saint chrême, Taiguière, etc.; vingt autres seigneurs avec des flambeaux; puis le cardinal de Joyeuse, légat et parrain pour le pape, et la duchesse de Mantoue, marraine; les princesses du sang qui avaient assisté au lever venaient ensuite.
« La cérémonie du baptême étant achevée, ce cri fut poussé par le premier héraut d'armes : fïoe numtêt' gneur, dauphin de France! et fut cette acclamation suivie de tout le peuple, et des tambours, trompettes, fifres, avec une salve lie mousquetade de tous les soldats da régiment qui étoient de garde.
« Un magnifique souper fut ensuite préparé en la salle des fêtes , divisé en
?|uatre tables, et suivi d'un bal et d'un eu d'nrtifice représentant un château enchanté, que M. de Sully avoit fait construire. 11 le fit assiéger, battre et
FÊTES L'UWnXRS. FÊTES
prendre par des satyres et siiu\ aii;es , et un furieux dragon qui partit du rocher, i er| 1 1 p| est devant , y jeta le feu , et furent tircf s grande quantité de boîtes. Le lendemain se passa à courre la ba^ue, ou le roi, avec son adresse ordinaire., l'emporta plusieurs fois. »
Sous Louis XIII, ni la misère du peuple, ni les besoins du trésor public, ni rnvaricedu roi ne purent interrompre les fêtes royales. Aux yeux de Richelieu, la politique exigeait que, pour imposer aux ennemis de la France, la cour dépIoyAt toujours la même magni- ^cence. Le triste Louis XIII prenait lui-même parfois une part active à ces divertissements; ainsi, il dansa un ballet avec Gaston, le 12 février Ifii^G, quand Weimar et le duc de Parme arrivèrent à P^ris. Ën 1641, quoiuue la santé deCiOuis déelinftt toujours davantage, que sa mère languît dans l'exil, que ses trois sœurs fussent toutes éprouvées par de rucb.s calamités, le cardinal n'en voulut pas moins étaler le plus grand faste à Tooeasion du mariage du dur d'F.nghien avec madenioi- • selle de Maille-Brezé(*). La représentation de la tragédie de Mitanie^ œuvre du ministre, déguisée sous le nom de Desmarests, et choisie pour Tinauguration du théâtre du cardinal, fut aussi Tune des pompes les plus dispendieuses de cette époque (**). Les accessoires, costumes, décorations, machines, codtèrent plus de neuf cent mille livres; et cependant tant de magnificence, tant de soins n'empêchèrent pas la tragédie ministérielle de tomber à plat.
^lazarin se montra tout aussi prodii;tie dnn.s les fêtes qu'il donna aux courtisans. La reine d'ailleurs aimait les fêtes; le jeune roi croyait que sa haute (liiinitp l'autorisait à ne vivre que pour le plaisir. Les bals, les spectacles , les divertissements de tout genre vidaient le trésor en hiver presque aussi rapidement que la guerre en été. Pour y pourvoir, on inventait chaque année douze ou quinze taxes nouvelles, auxquelles le parlement osait à peine opposer quelques timides remontrances.
(*) Nièce de Ridielicu.
("■) Bazin, Histoire 4e Louis XIII, t. lY, p. a4is Levsuor, idem» t YI, p. ax3.
Tout devenait un prétexte de fête : tantôt une victoire, tantôt un mariage princier, tantôt l'arrivée d*un souverain
étranger, de Christine de Suède, du duc de Modène (1656 et 1657), etc. Pour les gouvernants d'alors, toutes les vertus royales se résumaient dans ce qu'on appelait l'éclat, la gloire de la couronne: tant qu'il restait quelque chose à prendre dans la bourse des sujets, on ne songeait point à leur misère.
Avant que Louis XIV edt créé les merveilles de Versailles et de Marly, il avait fait de Fontainebleau le séjour des plaisirs et de la galanterie. Ce n'étaient que médianoches , naumachies, carrousels, chasses, promenades dans la forêt pendant le jour et même pendant la nuit : honneurs coûteux rendus aux.
charmes de la belle Mancini , dlienriet(e d'Angleterre, de mademoiselle de la Vallière. Mais quel que fût l'éclat de ces fêtes, le surintendant Fouquet les éclipsa pour son malheur, lorsqu'cn 1671 il reçut Louis XIV à son magnifique château de Vaux-le-Vicomte.
Le roi , pour s'y rendre, partit le soir de Fontainebleau avec toute sa cour.
La route était illuminée par des flambeaux de cire blanche, et des buffets dresses de lieue en lieue présentaient aux voyajieurs des rafraîchissements de toute espèce. Le château, resplendissant de lumière, s'offrit aux yeux de Louis comme un palais de fées.
Un immense buffet décore le salon où le roi doit souper; ce buffet est chargé de vaisselle d'or et d'argent; un jet d eau jaillit au milieu. Le festin le plus splendide est s^rvi pendant qu<- de nombreux musiciens font entendre leurs concerts. Une infinité d'autres tables sont destinées à la cour : toute la garde du roi , et jusqu^à la livrée, y est servie pendant deux jours avec une profusion extraordinaire. Apres le souper, le roi se promène près d'un lac dont les bords sont ornés d'oran<iers, de citronniers, de irrenadiers. Plantés dans des caisses dorées, ces arbres offrent aux amateurs une inépuisable récolte de fruits. Des milliers de flambeaux répandent la clarté la plus vive. Un théâtre, construit au milici: (II! lai^ j)répare d'autres plaisirs; on y rcprc&euLe it IriompUe de Nep"
tune, ballet d'un genre nouveau» où mi
vftTBS nUMB. v*rli
tritons et les néréides, après avoir nagé prince, et les talents de ceux qui le ser-
dans Tonde, viennent réciter les louan- vaient, pouvaient enfanter de plus mer-
rdu monarque. Tous les musiciens veilleux, mâne après le fianoeutcoiTiw- !a capitale, adjoints à la musique du selôe 1662. Klles reçurent le nom de roi, sont placés derrière la décoration Plaisirs de Vile enchantée, du théâtre et dans les bosquets voisins. Molière , oui, pour ces fêtes, composa Le lendeniain , chasse royale avec des sa comédie-mttel de iaPrkieuse éÉUf tables servies à tous les rendez-TOOs; de, tly lit un essai des trois premièrs pf'che d:ins le lac, d'où Ip filot amène actes dû 7'ar^t{/i?, nous a laissé une re- {Jes poissons monstrueux; comédie, bal, lation fort détaillée des prodiges créés feii d'artitice, chère somptueuse et dé- par l'imagination du machiniste Vigalicate ; partout une égale prodigai lté. ffmi , du due de Saint-Aignan, renommé Cet hommage anibi ti en X autant qu'i m- pour son talent à dessiner des ballets; prudent précipita la disgrâce du mi- de Benserade , de Luili, du président dé ojstre , dont le cblit^^u « disait Monsieur, Péri;;ny, chargé des vers consacrés aux devait s'appeler vék-Rcif au lieu de' éloges des rdnes, etc. Vaux-le-Vîcomte. A ce dernier point de La cour se rendit, le 5 mai , à Vervue, ÎNIonsieur aurait pu, avec non sailles, où se trouvèrent réunies plus de moins (le raison , appeler Foie-Peuple^ huit cents personnes. Le 7, la fête s'oules châteaux de Versailles, de Saint-Ger-- vrit par une course de bagues, à lapain, et les autres maisons royales. quelle les héros dd TArioste, le \ttvm Jamnis l'Europe n'avait contui une Roger et ses chevaliers retenus dans le magni licence pareille à celle que Louis palais â\4lcine, se livraient par ordre* déploya da<is ses fêtes à partir de i'avé- de la magicienne, nement de Colbert. Ce ministre voulait Vers s» benres du soir, un héraut, plaire à son maître , et ne pouvait lutter des pages, dés trompettes, des timbacontre l'influence de Louvois qu'en fa- liers, et un maréchal de camp (M. de vorisant ses goûts de splendeur. Du Saint-Aignan) armé à la grecque, et rereste, ces fêtes pleines de goût et de présentant Guidon le Sauvage, entrémagnificence alimentaient le commerce rent dans la liée où toute la eour était et rindiistrie , et amenaient la no- rassemblée.
blesse a la cour, l'amollissaient , la rui- Le roi , représentant Roger, les suinaient, lui enlevaient son esprit pro- vait, aussi arme à la grecque comme vineial , et l'orgueil inhérent à ses vieux tous ceux de sa quadrilw. Venaient enmanoirs, suil e Oger le Danois, Âqidlant le Noir,
En 1664, à cette époque où Louis Grifjoù le Blanc, Renaut, Dudon, AS'
exerçait réellement le protectorat de tolp/ie, Brandimart^ Roland , etc.,
TEurope, et pendant Tannée quemar- tous resplendissants de broderies, de
qua la paix cTAix-la-ChapeUe, la cour pierres précieuses. C'étaient MM. de
S'ml)la ne s'occuper que de plaisirs. ISoailles, de Guise, d*Ar|nagnaC, de
Le roi la conduisit successivement à Foix , de Coislin , etc.
Versailles, à Fontainebleau, à -Saint- Derrière eux s'avançait le char d'A-
Germain , à Chambord , et partout on poUon , au plus haut duquel était assis
vit se succéder, par un enchaînement le dieu ayant à ses pieds les quatre
continuel, les parties de chasse, les Ai^es, d'ôr, d'argent, d'airain et de
suectacles, la dause, lesdivcrtissements fer. Le Temps conduisait ce char attelé
de tout genre. Cétait Tépoque de la de quatre coursiers magnifiques ; les 19
plus grande jouissance de Louis XIV; Heures du Jour et les 12 Signes duzo*
c'est là qu'il faut' le voir, nu milieu des diaque marchaient des deux cotés,
fêtes qu'il donne à ses courtisans, pour Lorsque les comédiens et comé-
juger de sa magnificence et de sa prodi- diennes, chargés de ces rôles mytholo-
gaiité. giques (singulier mélange des souvenirs
Les sept journées de divertissements classiques et des fictions d'Arioste) , célébrées, en H;(;4, dans le nouveau pa- eurent récité à la reine leurs insipides lais de Versailles, oiïrireul tout ce que compliments rimes, la course comte bon goût, rinstinct de grandeur du . meog». La niii| venut, «i vit entrer
M vtrm L*imiVKliS. fAtes
dans Tenceinte les quatre Saisons, précédées d'une troupe de concertants, et suivies de 48 jardiniers, moissonneurs, vendangeurs et vieillards gelés, qui portaient sur leurs têtes, dans des bassins ou des corbeilles, des mets délicieux destinés à la collation.
Pan et Diane paraissaient ensuite sur une machine fort ingénieuse, en forme d*une petite montagne ou roche ombragée d'arbres, et portée en Tair sans que I artifice qui la niisait ntouvoir se pdt découvrir à la vue. Leur suite apportait des viandes de la ménagerie du dieu et de la chasse de la déesse.
Le Printemps monté sur un' cheval d'Espagne , TÉté sur un éléphant , TAo* tonine sur un chameau, l'Hiver sur un ours, vinrent tour à toiir, avec Pan et Diane, adresser encore à la reine leurs hommages en vers. Enfin l'Abondance, la Joie, la Propreté et In Bonne-Chère firent servir le souper par les Plaisirs, les Jeux, les Ris et les Délices.
Tandis gue le roi, la reine et les dames étaient assis à table, tous les chevaliers étaient appuyés sur la barrière ; « ce qui renooit ce rond une chose enchantée , duauei , après la collation , Leurs Majestés et toute la cour sortirent , et, dnns un grand nombre de calèches fort ajustées, reprirent le chemin du château. »
Le soir de la seconde journée , « Roger et ses die val i ers donnèrent à la reine le plaisir de la comédie de Molière, dont la scène étoit en Élide. »
Dans la soirée du troisième jour, r la cour prit place sur le^ bords du grand rond d'eau qui représentoit le lac sur lequel étoit bâti le palais d'Alcine.
Mademoiselle du Parc la magicienne, et ses nymphes, mesdemoiselles de Brie et Molière, portées par des monstres marins, parurent d'abord, dialoguant fort agréablement en vers. Puis, au milieu du concert des violons aussi placés dans une île, on vit s'avancer des géants, des nains, des Maures, des démons chargés de la défense du palais enchanté et de la garde des chevaliers prisonniers. Enfin, le brave Roger ayant reçu la fameuse bague qui détruit les encliantements, un coup de tonnerre se lit entendre; et un feu d'artifice, en réduisant en cendres le palais d*Alcine,
mit fin au ballet et aux divertissements de cette journée.
« La magnificence et la galanterie du roi avoient réservé pour les autres jours des plaisirs qui n'étoient pas moins agréables. Le samedi, 10, le roi voulut courre' les têtes... Il se fit plusieurs belles courses; mais ^adresse du roi lui fît emporter hautement , ensuite du prix de la course des darnes^ encore celui que dojuwit la reine, w
Cinquième journée : promenade à la Ménagerie; collation; comédie des Fitcheux de Molière.
Sixième journée : loterie « où le sort s'accommoda avec le désir de Sa Ma-, jesté, quand il fit tomber le gros lot entre les mains de la reine. « Courses de têtes entre le duc de Saint-Ai^nan et le marquis de Soyecourt. Représentation des trois premiers actes du Tortufe.
Septième et dernière journée : courses de têtes. « Ce ne fut pas sans un éton» nemaU duquel o» fié se pemwit dé' fendre, qwm vU encore Sa Majesté gagner tous les prix. » Comédie du Mariaçje forcé de Molière (*).
La tétè de Versailles, en 1668, ne dura qu'un jour; mais cette fois encore, ronmie le dit Molière dans sa narration , « l'esprit fut touché de ces beautés surprenantes et extraordinaires dont le grand roi savoit si bien assaisonner tous ses divertissements. »
« L'assignation étant marquée au dixhuitième de juillet, on ne peut concevoir le monde qui s'y rendit... Vers le soir. Leurs Majestés et les personnes conviées allèrent se promener dans le jardin et les bosquets. Au milieu d'une espèce de labyrinthe jaillissoit une fontaine dont le bassin étoit environné de cinq tables sans nappes ni couverts, où le naturel étoit si ingénieusement imité; que la collatiou y paroissoit plutôt née que servie.
(*) Cette comédie n'eut pas autant de succès auprès des gens de cour qne la Prineeist
d'ÉUae. " VM-ce \v même auteur, disait-on, « qui a fait ces deux pièces? Cet homme aime « à parler au peuple ; il n'en sortira jamais; « îl croit encore être sur son théâtre de canh " pagn*;. Malgré cette critique, Sganarelle « ne laissa pas de faire rire le courtisan. • Fié iê M^ièn, parOrimareiL
FÊTES
FRAJSCE
FÊTES 29
« La première table étoit bornée par une montagne moussue, couverte de truffes et champignons, de nàtés, de Tiandes; le reste étoit jonché ae salades et de verdures.
« La seconde avoit , comme en perspective , un corps d'architecture de diverses pâtes, et se trouvoil fournie de tourtes et autres pièces de four.
« La troisième étoit terminée par des pyramides de confitures sèches ; le reste étoit figuré comme un parterre psr Tarrangement des massepains etcompotes.
« La quatrième étoit couverte de cristaux pleins d'eaux glacées.
« La cinquième étoit bornée par des tas de caramels, semblables à des amas d'ambre, et couverte de porcelaines remplies de crèmes.
< Tout cela , dit l'auteur d'une lettre écrite sur cette féte , et à laquelle nous avons empru nté les détaiisprécédents (*'^ , tenoit plus de Tenchantement des fees que de 1 industrie humaine. Eu effet, personne ne pomt en ce lieu quand la compagnie y entra; ou entrevoyoit seulement, à travers des palissades, des mains qui présentoient à boire à tous ceux qui vouloient. On demeura quelque temps suspendu à cet appareil ; mais enfin, la tentation l'emportant sur le scrupule, on se mit à manger de toutes ces choses, comme si on ne les avoit pas enies enehantées. »
La cour, avant de remonter dans les calèches, abandonna les tables au pillage des gens qui la suivaient, «et la destruction d'un arrangement si beau lui servit encore d*mi divertissement agréable par l'empressement et la confusion de ceux qui démolissoient ces châteaux de massepains et ces montagnes de confitures {**). »
De là, on se rendîitîk la comédie, pour y voir jouer la troupe de Molière. La salle, improvisée au milieu d'un carrefour d allées, était couverte de feuillée n dehors, et magnifiquement parée au dedans.
Après la comédie, ie roi conduisit la
O MM. Cimber et Danjou l'ont huérée duos leurs Arch. ciir. de ThisU deFnUMSe» deuxième série, t. X , ] . tSr.
n Rdatioa de Molière.
société « à une espèce de palais enchanté d'une structure aussi rare et aussi singulière que \ts faiseurs de romans en aient jamais imaginé. » Dans des salons rafraîchis par des iets d'eau , et resplendissants de lumières et de dorures , était dressé « le plus grand souper du monde , qui Ait toujours égayé par la symphonie... Outre dtt tums dressées pour 300 dames, il y en avoit encore d'autres dans diverses allées où purent manger tous ceux qui en avoient envie. La soirée étoit fraîche ; le roi fit marcher la compagnie vers un superbe salon où se donna le liai (*) ; » ce bal fut magnifique.
En général, les bals donnés par Louis XIV avaient cet air de grandeur qu'il imprimait à toutes ses créations ; mais il ne fut jamais en son pouvoir de les rendre amusants. La dignité est incompatible avec le plaisir. Or, on ne dansait que des danses graves et sérieuses. A cette gravité si l'on ajoute la froide répétition des mêmes danses, les embarras du cérémonial, les révérenees interminables , les règles établies pour le maintien de l'ordre, le silence , la contrainte de tous ceux oui n'étaient pas admis à figurer dans les danses, on concevra que cette partie des fêtes de la cour devait être le plus ennuyeux des amusements. Quoi qu'il en soit, les danseurs, au sortir de la salle, forent tout à coup éblouis par rillnmination « la plus étrange et la plus prodigieiise que l'on peut imagi* ner. » Bientôt après, éclata un magni* fique feu d'artifice , et l'on ne se retira que quand « le Jour , jaloux d'nne si belle nuit , commença a paraître. »
Habitués à ce train ae divertissements, les courtisans obUgèrent , pour ainsi dire, Louis XIV à le continuer, même pendant ses dernières années, au milieu des calamités du royaume et des malheurs de la famille royale. Ils trouvèrent d'ailleurs, à cette époque, des hôtes non moins magnifiques dans le duc et la duchesse du Maine , dépensant à Sceaux , en merveilles journalières, leur immense fortune, et dans les princes de Gondé habitnés à ftire
Lettre précitée.
¥ÈTBS
UUîîIVERS.
FÊTKS
avec un luxe royal les honneura du séjour enchanté de Chantilly (*).
Louis XV suivit pour ses fêtes leserrements de ses prédéGesseors. Il insulta , eonome la plupart d'entre eux , à la misère publique en y déployant une profusion extravagante à laquelle il n'y avait aucune excuse , aucun dédommagement. Lors du mariage du dauphin (1770) les finances étaient épuisées; la disette , produite par l'infâme pacte de famine, désolait les provinces. On fit si bien, néanmoins, que l'archiduchesse , voyageant à peu près comme l'impératrice Catherine en Crimée, ne put s'apercevoir de la misère publique.
Elle traversa la France au milieu d'une nontinuelle série de fêtes. On en disposait de plus éclatantes encore dans la capitale, pour son arrivée. « Quant aux spectacles , dit l'auteur de la f^'ie privée de iMdt xy^ les fStea de Louis XIV ne pou voient être comparées à celles-ci. Le bouquet seul du feu d'artifice devoit être composé de 30,0(K) fusées qui , à un écu pièce , formaient une somme de 4,000 louis. Les apprêts de ces prodigalités contrastoient d'une façon criante avec les révoltes occasionnées par la disette du pain , qui eontiuuoit et augmentdt méine dans quelques provinces ; il y en eut à Besancon et à Tours. On comptoit , dans la Marche et le Limousin , 4,000 personnes mortes de foim. »
Ces malheurs firent naUre un petit pamphlet intitulé : Iffrp sinfjvJîfirf d'un bon citoyen , concernant les Jéfe.s publiques om'o» se propose de donner à Paris ^ à la cour à l'occasion du mariage de monseigneur le dauphin.
Après avoir fait rérmmération des frais des repas , spectacles , feux d'artifice , illuminations , bals , dont le total montait à 20 millions, l'auteur terminait ainsi sa feuille : » Je propose de ne rien
(*) Louis XIY y vint avec toute sa rour en 169 X et x6Ôa; ce iut au milieu des fêtes de son pramier voyage, qoe Tatd , le mellMO-
reux contrôleur de la boiiclie, se per<;a de son épée, par uue déplorable susceptibilité d'amour-propre. Louis XV y fut reçu eo X7a5 avec une mtgiiificence extraordinaire. Dans le courant du même siècle, Chantilly re^ut Joseph II , Christian YU , te grand-duc de auuie (Paul I«) , Gtutave m» ele.
« faire de tout cela, mais de remettre « ces 20 millions sur les impôts de l'an- « née, et surtout sur la taille. C'est « ainsi qu*au lieu d'amuser les oisifs de « la cour et de la ville par des diver- « tissements vains et momentanés , on « répandra la joie dans l'âme du triste « cultivateur ; on fera participer la ville « entière à cet heureux événement , et K l'on s'écriera jusqti'nux extrémités « les plus reculées du royaume : J Irc « Loms le Bien- Aimé! Un çenre de « féte aussi nouveau ooovriroit le rot « d*une gloire plus solide et plus du- « rahie que toute la pompe et tout le « faste des fêtes asiatiques , et This- « toire consacreroit oe trait a la posté- « rité avec plus de complaisance une les « détails frivoles d'une maii^nificeuce « onéreuse au peuple et bien eloiuiiée a de la grandeur véritable d uu aïonar- « nargue , père de ses sujets. «
Mais il y avait trop de gens intéressés à ce que cette idée ne réussît pas, pour qu'on y fît attention ; pour empécher le mécontentement populaire (Téclater, on se contenta de faire insérer dans la Gazette de France qu'il y avait à Nantes beaucoup de blés , dont le mauvais temps , le débordement des rivières , etc., avaient jusque-là empéehé la circulation (*). Cependant , si la rour avaitsuîv! le eonseil du pamphlétaire (**\ des centaines de victimes n'auraient pas péri pendant te feu d*arttfice tiré à Paris, sur la place alors womméeplac ' Louis Xf^i la noblesse n'aurait point achevé de se déconsidérer par les discussions ridicules soulevées , pour le bal du roi , sur cette importante question : Mademoiselle de l.orraine danserort-elie ou ne dan&era-t-elk pas le
(*) On sait que c'étaient là les prétextes au mojen desquels les accapareurs , dont le roi s'était fsàt le commanditaire , expliquaient les disettes qu'ils avaient causées. L'annonce de la Gazette (le France pouvait d'ailleurs ne pas être mensongère. Quaud le^ associés jugeaient que le peuple avait SMCX laim pour acheter leurs bles à haut prix , ils les faisaient revenir de l'Ile de Bé , où ils les avaient mis en dépôt. Or Kanles est sur le chemin de celte ile. Voyez Famine (pacte de).
(**) L'anecdote du panijjhlet a étc relatée dans la f^'ie privée de Louis XV ^ Igm. IV. p. 180. (Londres-Paris, 17^^ » 4 voLinpia*)
FÊTES
FRAJSCE.
FÊTES
menuet après les princesses du sang ?
£uiiQ , tout eo ménageant le trésor , ou lût donné satisCBCtion à l^opiniou populaire . qui devait bientôt éclater d'une manière si terrible.
S 8. Fêtes tuUionalei,
La municipalité de j^aris avait demandé que le premier anniversaire de la prise de la Bastille fût célébré par une fédération générale de toute la France (*). Ce vœu fut accueilli par l'Assemblée nationale, qui le sanctionna par un décret ; et les députés de toutes ies gardes nationales et de tous les corps de Tarmée furent invités à se rendre à Paris, le 14 juillet 1790. Ils v arrivèrent de toutes parts , au nombre d'environ 130)000.
Bès l'anbe do jour fixé, cette grande armée était en bataille sur les boulevards, formée par (Irprirtetiieiits et par districts , cbaque dejiarteineiit portant sa bannière. Les bataillons de chacjue département étaient classés en légion départementale, et placés dans la ligne, à son ordre alphabétique; en sorte aue le département de TAin était à la droite , près de la Madeleine , et le dé- . wurtement de l'Yonne à la gauche, sur ^ la place de la Bastille; l'armée de liizne était au centre. Au signal donné , tous ces députés , le sabre à la main , partirent pour le champ de Mars , au milieu des acclamations générales. L'Assemblée nationale, réunie dans le jardin des Tuileries , sortit par le Pout- Tournant , et s'interposa au milieu de la colonne, sur la place oui porte aujourd'hui le nom de place de la Concorde. Un poot temporaire, construit sur 1 empiaoement du pont diéna , servit au passade de cette imposante armée, qui, défilant sous un arc de triomphe couvert d'inscriptions patriotiques , se déploya dans le champ de Mars, pendant <lDe l'Assemblée se rendait sur les gradins qui avaient été érigés devant Técole niilitaft-e, et où le roi s'était rendu de soa côté. Assis sur un troue, au centre de cette solennelle réunion» il avait à sa droite le président, pour lequel un fauteuil de moindre dunension avait été préparé , mais qui resta debout pendant toute la cérémonie.
Yoyez FéoiaATfoir.
Un balcon élevé derrière le roi portait la reine et la cour. Les ministres s'étaient placés à quelque distance 'du roi ; les députés étaient rangés des deux côtés. 400,000 spectateurs chargeaient les amphithéâtres latéraux ; 60,000 fédérés armés faisaient leurs évolutions dans le champ intermédiaire ; et au centre s'élevait, sur une base de 35 pieds, le magnifique autel de la patrie. 300 prêtres, revêtus d'aubes blanches et d'écharpes tricolores, en couvraient les marches, et devaient y servir la meése.
«' Enfin la cérémonie commence ; le ciel, par un hasard heureux, se découvre (jusqu'alors le temps avait été fort mauvais) ; il éclaire de son éelat cette scène solennelle. L'évêque d'Autun(*) commence la messe ; les chœurs accompagnent la voix du pontife ; le canon y mêle son bruit solennel. Le saint sacrifice achevé, la Fayette descend de cheval , monte les marches du trône , et vient recevoir les ordres du roi , qui lui confie la formule du serment (**). La Fayette ia porte à Tautel , et, dans ce moment, toutes les bannières s'agitent, tous les sabres étincellent. Le général , l'armée , le président, les députés, crient : Je lejwel Le roi debout , la main étendue vers Tautel , dit : " Moi , roi des Français , je jure « d'en)|>loyer le pouvoir que m'a délé- « ^ué l'acte constitutionnel de l'État , « a maintenir ia constitution décrétée « par l'Assemblée nationale et acoep- « tée par moi (****). »
Tandis que le bruit du canon et les acclamations de la foule retentissent dans toute la vaste étendue du cirque, la reine élève le daupbin dans ses bras»
(*) Talleyrand.
(**) ■ Nous jurons d'être à jamai-^ ficîMes à « la uatiou, à la loi et au roi; de luaiutenir « de tout notre pouvoir la oonsUtution dé- « crétée par l'AssemMée nationale , t't arrep- « tée par le roi ; de protéger, ronforniénieul u aux lois , la sûreté des personnes et des pro- « priélés , la circulation des grains et subsis- « tances dans l'intérieur du royaimie ; !a per- « ception des coutributions publiques, sous « quelque» formes qu'dies exisiMil ; die de- « meur«r unis à tous les Français par Im « liens indissolubles de la fraternité. »
(***) Tbim, UisU de la rév. iraik|i. , Ul, p. a4i et a4$«
L'UKIYKRS.
FÊTES
et s*écrie à son tour : « Voilà mon fils , « i! partage avec moi les mêmes senti-
c ments. »
Tout ce que la fête avait offert jusque-là d'enthousiasme n'était rien auprès du délire dont les cœurs furent saisis en ce moment. Au bruit de 300 tambours, au chaut des voix et des instruments de 1,300 musiciens, aux acclamations multipliées, les épées s*agitent dans les airs , les bonnets des grenadiers, les chapeaux des soldats, paraissent au bout des baïonnettes ; des miltiers de mains se lèvent au cicd, des milliers de bouches répètent le serment sacré. Les citoyens s'embrassent avec transport.
Telle fbt cette mémorable journée , où la France entière , représentée par la capitale, croyait encore à la sincérité des sentiments, à T union des cœurs, a la conquête de ia liberté (*). Le soir même, un repas de 33,000 couverts attendait les fédérés au château de la Muette. Los jours suivants, une revue solennelle des gardes nationales par le roi ; la fête de Henri U^, célébroe au pied de sa statue; un bal populaire, sous la rotonde de in halle aux blés ; une fête donnée sur les ruines de la Batwe, oà Ton avait élevé une salle de verdure et placé cette inscription : Ici l'on danse ; enfin une fête funèbre décernée à Franklin, occupèrent les jours suivants.
Vapothéase de Mirabeau (4 avril 1791) continua la série des fêtes funèbres. Le 12 juillet eut lieu Vapothéose de PoUuirej puis vinrent successivement les honneurs rmidus à la mémoire du maire d'Étampes, du commandant de Verdun, Beaurepaîre, de le Pelletier de Saint-Fargeau , du général Dampierre, de Féraud, de Marat, etc.
Le 15 avril 1792 avait eu lieu la première fête de la Liberté, en l'honneur des Suisses de Chàleau-Vieux. Tout s'y passa avec ordre et dij^nité , quoiqu'on n'f vit ni garde, ni baïonnettes, et que l'ordonnateur des cérémonies n'eut pris pour arme qu'un épi de blé. Un an
(•) Nous avons apprécié à l'art. FioF.RA- Tiozr la poi lee pûiiti(]ue de celle cérémonie , et les fiutet qae le prince et le eouverneoient y commirent &OUS le* ytnx de tant de milliers d'homme».
moins un jour après , on célébra uneféte appelée de la Fratcrmté et de VHospi' talitéj en l'honneur des Liégeois proscrits. On y lisait sur une bannière :
Lm tjraot ptMeront , *
Les peaples sont éternels.
Un couplet de l'hymne chanté dans cette solennité se terminait ainsi :
Partagez donc avec vos frècw
!■«• pain de la fraternilc;
Dans le sein de Tégalile
Attendez det jours plus pro^iArM.
hltÂÊ, rmorei-'TWis , In rois n'hnroiit qa'on temps ; Paris sera toujours le tombeaa des tyrans.
— La Convention avait fixé au 14 juillet 1793 \di fête de V acceptation de l'acte constitutionnel par les assemblées primaires. Voiei le programme que David avait dressé pour cette cérémonie :
"lindetachementde cavalerie. — Tambours. — Un détachement d'inianterie.
— La statue de la liberté, poiée sur un brancard drapé aux couleurs nationa* les , et porté par des hommes robustes vêtus à la f^recque. — Chaque section sera représentée par des députés choisis dans l'assemblée générale. — En avant de chaque groupe ser;i portée une enseigne marquée du nom et du numéro de la section.
«A la suite de la 34* section, sera porté un faiseeao de piques , réunies au sommet par un cercle tricolore borde de feuilles de chêne ; on lira sur ce cercle les mots : ville de paris; 48 rubans tricolores, portant chacun le nom d*une section , y seront nîtachés.
« Un groupe de femmes prises dans toutes les sections. Llles seront vêtues de blanc, et porteront une ceinture aux couleurs nationales ; devant dies figurera line bannière avec ces mots : Citoyennes , donnes, des enfants à lapU' itie; leur bonheur est assuré.
«L*acte constitutionnel sera soutenu par une Minerve portée par des hommes vêtus suivant le nouveau costume français; le brancard sera entouré de vieillards tenant des enfents par la main.
«Corps de musique.— Groupe de peuple manitestant sa joie par des danses.
«Le conseil général.— Au milieu, seront portés sur un brancard drapé aui couleurs nationales, les procès-verbaux constataot le vœu des 48 sections sur
la constitution. Des iioinmes vêtus selon le costume proposé par David porterout le brancard ; ils seront précédés d*uue bannière , avec cette inscription : Procès-verbaux des 48 sections,
« La marche sera fermée par un détachement de cavalerie. »
L'assassinat de Marat(*) empêcha la célébration de cette féte. On jugea d'ailleurs que le jour où elle devait avoir lieu avait été mal clioisi ; car la journée du 14 juillet n'avait anéanti que le despotisme , et elle avait laisse sub> sister,ou plutôt elle avait créé la royauté constitutionnelle. Il fallait, pour la féte de la république, rnniiiversnire du jour OÙ les derniers débris de 1 ancien ordre de choses avaient été renversés ; ce fut le 10 août que Ton choisit. Ce fut à ce jour-la que fut remise In rérémonïe qui n'avait pu avoir lieu le 14 juillet.
A quatre heures Je cortège est réuni sur la place de la Bastille ; tsar la solennité doit commencer au lever du soleil.
■ La régénération de la France , dit le procès-verbal, est ainsi associée au lever de Tastredu jour, qui foit tressaillir de joie la nature entière. »
L'emplacement de la BastillR est encore couvert de ruines sur lesquelles on a gravé de wurtes inscriptions qui rappellent rbiatoire des victimes que les despotes ont si longtemps entassées dans cette prison. Au milieu des débris, s'élève une statue colossale de la Nature, dont les mamellea versent dans un vaste bassin deux sources d'une eau pure et abondante. C'est ïa/ontainede la régénération.
Dès que le soleil a paru , on le salue ea ehantant des stropnes sur Pair de la Marseillaise, Le président de la Convention remplit une coupe de l'eau versée par la statue de la Plature, fait sur le sol des libations , en i>oit ensuite , puis transmet la coupe aux 87 doyens d'âire représentants des départements.
Ceux-ci boivent aussi chacun à son tour.
Le cortège s'achemine alors le long des boulevards. Les sociétés populaires, sur la bannière desquelles on remarque Tœil de la surveillaoce, s'avancent les iveniières. La Convention paratt en-
(•) i3 juillet i-gS.
T. Tiii. 3* Ulcraison, ( DicT. bng
suite ; chacun de ses membres porte à la main un bouquet d'c pis de et de fruits; etautour d'eux les envoyesdesassemblées primaires turment une chaîne.
Ués ensemble par un cordon tricolore, ils tiennent d'une main un rameau d'olivier , de l'autre une pique. Devant l'Assemblée marchent huit députés qui portent dans une arche l'acte constitutionnel et la déclaration- des droits de l'homme.
Des groupes de peuple viennent ensuite , et avec eux on voit confondus tous les fonctionnaires, leoonseil exécutif, les juges , etc.
Traînes sur un plateau roulant , les élèves de rinstitution des jeunes aveugles font retentir les airs deleun chants; puis des artisans portent leurs divers instruments. Sur une chnrrne changée en char de triomphe, un vieillard et sa vieille épouse sont traînés par leurs enfants. Plus loin , huit chevaux blancs conduisent un char de guerre sur lequel repose l'urne cinéraire des citoyens morts pour la cause de la république.
Enfin la marche est fermée nar un touibereau chargé des attributs de la royauté et de raristorralie.
En passant au boulevard Poissonnière, le président de la Convention Couronne de lauriers les héroïnes des 5 et 6 octobre, assises sur leurs canons^
La place de In Révolution est marquée pour une autre station : là , au pied de la statue de la Liberté « est un mimense bûcher, où l'on entasse trône, couronne, sceptre, fleurs de lis, manteau ducal, armoiries, etc. Le président y met le feu, et au même instant des milliers d^oiseaux portant des banderoles tricolores s'élancent, et semblent annoncer que la terre est affranchie (*).
On se rend ensuite au Champ de Mars par la place des lovahdes , et l'on défile devant une statue colossale représentant le peuple français, qui , d'une main , renouant le faisceau des départements, terrasse de Tautre le monstre
(*) L(; procès-verbal ajoute en note :
« Deux colombes se sont réfugiées dans le: « plis de la statue de la I.ibi né, et dej»nis re M jour elles y ont &xé leur dumicile : fuicks « à ce monument meré , on les voit s*y retirer ■ ton<; les soirs. La superstitieuse antiquilP «• eût été jalouse d'un pareil augure. »
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du fédéralisme et Tétouffe dans la fange.
Enfin, en passant sous un ruban tricolore auquel est siicpendii un niveau , on arrive au champ irieiiie de la fédération. Là , le cortège se partage en deux colonnes qui s'allongent autour de Tautel de la Patrie. Le président et les quatre-vingt-sept doyens occupent le sommet de l'autel ; ks membres de la Convention et la niasse des envoyés des assemblées primaires se tierment sur les degrés. Chaque firoupe de peuple vient alternativement apporter autour de Tautel les produits de son métier; puis le président recueillant les actes sur lesquels sont inscrits les votes des assemblées primaires , les dépose sur l'autel de la Patrie, et une décharge générale de rartillerie retentît aussitôt; un peuple immense confond alors ses voix en un seul cri , et tous jurent, avec le même enthousiasme qu'un 1 1 juillet 1790, de défendre la consliLulion.
Les quatre-vingt-sept commissaires d^départeiiK lUs remettent leurs piques au président; <elui-ci en forme iiri f.iisceau , et le coulie avec l'acte con>titutionnel aux députés des assemblées primaires. On se sépare ensuite; une partie du cortège accompagne l'unie cinéraire dans un temple diesti né à la recevoir; les autres vont depoi»er l arclie de la constitution dans un lieu où elle doit rester en dépôt jusqu'au lendemain, jour où elle sera rapportée dans la salle de la Convention. Des repas fraternels occupent le reste de la journée , qui se termme par une grande représentation figurant le siège et le lionibardemeut de Lille, et la lesistau^ héroïque de ses habitants. ■; ' '
Telle fut la soleniolitié où Paris célébra la fédération de la France républicaine. Cette fois, on y vit un j)euple immense parlant non plus de pardon du passé, mais de danger, de dévouement, de r^lution désespérée, de grandes i/iesures de salut public.
A l'époque de scepticisme politique où nous vivons, quelques détails de cette féte sembleront peut - être pué* rils et provoqueront même le rire; mais si l'on se reporte à ces jours de dévouement et d'enthousiasme, où tous vivaient de la même existence, où tous
étaient animés d'un même désir, l'unité et rindépendance de la patrie , on reconnaîtra que c*étaient là des fêtes vrai*
ment imposantes , vraiment nationales. Et ce qui ne permet pas d'en douter, c'est l'impression vive et puissante qu'elles produisirent alors sur tous les esprits.
Nous allons en voir une d'un autre genre. Le département et la Commune, où dominaient les Hébert, les Chnumette, lesMomoro, les Clootz,
ei hardis à tout oser, après les scènes d'abjuration jouées, à leur instigation, à ia tribiuie de la Coiivenlion, le 7 novembre 1793, par Févêque Gobel et une partie de son clergé, ordonnèrent, pour le 10 du même mois (*), une féte qui devait encore surpasser par sfô scandaleuses mascarades le ridicule de ces abjurations.
L^iriété portait que l'on chanterait des hyuuies patriotiques « devant la n statue de la Liberté, élevée dans ia « ci-devant église métropolitaine , en lieu « et place de la ci-devant sainte Vierge. » Momoro , l'un des ordonnateurs de cette féte, en a fait, dans le deux cent quinzième numéro des Révolutions de Paris, une longue apologie, à laquelle nous empruntons la desoription de la
cérémonie:
«On avait éltivé^dans la ci-devant église métropolitaine < un temple d'une
architecture simple, majestumse, sur la faç.ide duquel on lisait ces mots : Â la "Philvsophie. L'entrée était oruée des bustes des philosophes qui, par les lumières qu'ils ont fait jaillir sur le monde, ont le plus contrii»ué à l'avénement de la révolution. Le temple luimême était élevé sur la cime d'une montagne ; vers le milieu , sur un ru- . cher, brillait le flambeau de la vérité. Toutes les autorites constituées s'étaient rendues dans ce sanctuaire; la force armée seule manquait. Un orchestre placé au pied de la montagne exécuta un hymne républicain (**) . tandis que deux ran-iées de jeunes lilles, vêtues de blanc, couronnées de chêne, et tenant chacune un flambeau à la
(*) 2o hrnmairt' an ii.
("*) I vhynuie était de J. Ghémer, et U musique du Gossec.
FÉTBS FEAMCE. FÊTES
main, montaient lentempnt sur la montagne. La Liberté, représentée par une Mlle Ifomine, sortit aion du temple de la Philosophie, et vint, sur on siège de verdure, recevoir les hommajçes des républicains et des républicaines; puis elle rentra dans le t» aiple aux ucclainations de tout le peuple, qui ivisait éclater son enthousiasme par des chants d'allégresse , et jurait de ne jamais cesser de lui être Udèie.
« La Convention nationale n'ayant pu assister, le matin, à cette eérânonie, on la recommença le soir en sa présence. »
Après la cérémonie du matin, les acteurs et les speetatears s'étaient rendus à la Convention. Voici dans quels termes le Journal de Paris rend compte de i'accueii qu^ils y reçurent ; « C'est aujoord'hai que Ton peut dire que le dimanche a été tué par le j<mr au repos : il vient de recevoir le coup de la mort dans la ci-devant église archiniétropolitaine, actuellement temple de la Roàttm, Les citoyens de Paris, après avoir enlevé de t e temple tous les attributs du catholicisme, y ont substitué les emblèmes et la statue de la iiaUon; puis ils ont reoonsacréjrépublîcainement l'édiûce. Cette cérémonie devait avoir lieu en présence des représentants du peuple; mais toute la séance ayant été employée par la discussioo, les citoyens de Paris, en sortant du temple, sont allés ciu |)alaîs national , annoncer à la Convention que la Raison venait de recevoir sou premier et soleuuei hommage.
« Les sections de Paris ont précédé dans la salle les magistrats et la statue de la Raison y lesquels y ont été ensuite introduits an bruit des tambours, an son des instruments, et aux cris mille fois répétés de inve la république] vive la RalwRÎ à bas le fanatisme! Assise lur un siège orné d'une simple guirlande de feoilles de chêne , et pose sur une estrade que portaient quatre citoyens, la statue de la Raison est entrée dans le sanctuaire des luis, accompagnée d'une troupe de très*jeunes citoyennes vêtues en blanc et couronnées de guirlandes de roses.
• La statue de la Raison était repré- •mtée par une feiume jeune et belle
comme la Raison (*) ; une draperie blanche, recouverte à moitié par un manteau bleu céleste, les cheveux épars et un bonnet phrygien , composaient tous ses atours; dé ta main droite elle tenait une pique d'ehene. "
Apres un discours de Cliaumette et une motion de Chabot, qui demanda que Notre-Dame fût consacrée au nou- ♦ veau culte, la Haisoti , descendue de son trône, fut conduite auprès du président (Laloi ) et en reçut raoBolad^; puis tout le cortège retourna au temple.
Heureusement, ces folies ne survécurent pas à la courte durée du règne de I dllieisme.
"Là fête des Hctoires, plus dipe de ces temps de solennité et de sentiments homériques, fut un houmia:;e rendu à la bravoure des quatorze armées de la réptiJbUque naissante y dont chacune s'y trouvait représentée par un char rempu d'invalides et de blessés. Elle fut célébrée à l'occasion de la reprise de Toulon.
Vint ensuite la fameuse fête de t Être suprême (20 prairial an ii , 9 juin 1794), dont fordonnance, aussi simple que magniliqiie, annonçait que le génie de David avait partait^^'utent conçu le caractère de la cérémonie.
« Jamais le ciel ne brilla d'un éclat plus radieux, rapporteVillatte (**),qui logeait au palais des Tuileries j et gui reçut Robespierre diez lui; la'Ihvinité semblait tout à la fois appeler les hommes à lui rendre leurs hommages, et descendre au milieu d'eux pour les consoler de leurs malheurs... En passant dans la salle de la Liberté, je rencontrai Robespierre revêtu du costume de représentant du peuple, et tenant à la main un bouquet mélangé d'épis et de fleurs; la Joie brillait pour la première fois sur sa fifi(ure... Il fut étonné du concours immense qui remplissait le jardin, où l'espérance et la gaieté rayonnaient sur tous les visages. Ses regards se portaient souvent sur ce magnifique spectacle. On le voyait plongé dans , Tivresse de l'enthousiasme. « Voilà la a plus intéressante partie de I bumaaité,
(*) C'était la femiM de Miunoro.
(•*) Dans ses Causes secrètes de la révolulion du 9 thermidor, ouvrage écrit sous Tinflueuce réacUouiiaire deâ liicruudurieas
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