SA VIE ET SON ŒU\"RE IX
idéaliste mystique, ont négligé Quinet moraliste politique. Cette partialité fait ressortir les dissemblances d'esprit qui séparent les deux peuples. Parce qu'en France la morale ose le plus souvent s'affranchir de l'autorité d'en haut et ne revêt pas la rigidité inflexible de la vérité révélée, parce que, œu%Te humaine, elle a parfois des indulgences humaines, les Anglais ont été tentés de ne prêter attention qu'à l'écume d'hédonisme qui flotte à la surface de notre ci%-ilisation, sans pénétrer jusqu'au fond de révérence familiale et de vertu sociale qui fait la dignité des mœurs françaises. Ils nous ont, un peu légèrement, taxés d'immoralité. Parce que, chez nous, le mouvement politique, au lieu de s'accompHr lentement et par degrés, a souvent bondi aux principes absolus et aux réformes radicales, les Anglais n'ont volontiers remarqué dans notre histoire que la vague furieuse des révolutions sans voir les alluvions de progrès social que le flot, en se retirant, laissait derrière lui. Ils nous ont accusés, un peu sévèrement, d'inconstance et d'utopie. Pour cette raison, il ne sera sans doute pas inutile de présenter au public anglais un de nos philosophes politiques qui a pénétré avec le plus de profondeur l'esprit de nos institutions, et qui a professé un idéahsme très noble, foncièrement laïque sous sa couleur mystique, et distinctement français. Quinet, honoré par les Français comme disciple de la Révolution, respectable aux yeux des Anglais comme représentant du sentiment religieux, et, idéaliste ou piétiste, demeurant l'homme d'une seule doctrine et des mêmes aspirations, peut enseigner à l'un et à l'autre peuple que les dis-
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