CONCLUSION
philosophie, ne voyant rien au-delà du monde matériel, et ils ont basé leur conduite sur les certitudes que semblait donner la connaissance exacte de ce monde. A la génération nouvelle, le néant de cette conception apparaît, et la science du XXme siècle, limitant elle-même son domaine, lui ouvre d'autres horizons. Sans doute elle exigera un gouvernement qui puisse compter sur le lendemain, qui apporte à tous, avec la sécurité, l'ordre, la méthode persévérante, la prévoyance qui ont valu à l'Allemagne quarante-quatre ans de prospérité ; mais elle continuera à cultiver l'idéal de bonté, de générosité, de loyauté qui est dans la mentalité française, et dont l'Allemagne, orgueilleusement repliée sur elle-même, ne songeant qu'à tout rapporter à elle, n'a pas eu la moindre idée. En dehors du domaine de la Science, elle n'autorisera personne à scruter les bases sur lesquelles chacun s'appuie pour régler sa conduite, à pénétrer dans ces régions de la conscience où se réfugient les esprits qui tentent de se consoler des vulgarités et des meurtrissures de la vie courante.
A côté et au-dessus de la plate Kultur germanique, il y a une culture morale qui ne se donne pas à l'école; il y a des encouragements et des consolations que la Science ne saurait apporter ; cette jeunesse qui aura si souvent et si allègrement exposé sa vie, exigera que l'on ne cherche pas à en affaiblir la puissance.
Au surplus, la façon dont elle s'est soulevée et défendue, bien que surprise par une guerre impré-
vue, montre que la décomposition morale dans laquelle les Allemands croyaient la France tombée était limitée à une écume très agitée et malheureusement très apparente, mais, comme toutes les écumes, très superficielle. Le séjour côte à côte, dans les tranchées, d'hommes appartenant à toutes les conditions, à toutes les écoles, à toutes les croyances, à tous les milieux politiques, depuis le prêtre jusqu'à l'anarchiste, les périls bravés en commun par toutes les générations capables de résistance, la fraternité d'armes des officiers et des soldats, le tranquille courage avec lequel se sont faits tuer côte à côte les élèves des écoles militaires, ceux des établissements où Fantimilitarisme était un dilettantisme de bon goût, ceux qui n'avaient reçu de leçons que de l'école primaire et ceux qui étaient chargés de diplômes, les fils de patrons et les ouvriers, ont fondu toutes les âmes. Tous se sont battus du même cœur, tous savent le peu que valent les paroles quand le canon tonne. Personne ne doute qu'après la victoire on exigera des hommes qui brigueront l'honneur de siéger dans nos assemblées qu'ils abandonnent les stériles discussions et la course aux portefeuilles, pour ne songer qu'à donner à la France, si chèrement défendue, une organisation propre à assurer sa sécurité, sa prospérité et sa santé morale. Elle aura bien mérité cette marque de respect et d'amour.
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Préface 5