‹ France et AllemagneChapitre 11 sur 27 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

capucins de cartes. Aucun d'eux n'a le temps de réaliser de longs desseins. Le bruit de la bataille des partis empêche le parlement d'entendre les rumeurs des préparatifs de guerre qui viennent de l'autre côté des Vosges. Nous sommes à la veille de la catastrophe, et des fous dont la faconde est encore écoutée continuent à préconiser la suppression de l'armée nationale et son remplacement par de simples milices. Ah! on ne peut dire qu'un pays où les choses se passaient ainsi ait eu la moindre velléité de guerre. Heureusement, l'armée faisait silencieusement son devoir.

L'instabilité gouvernementale avait d'ailleurs de graves répercussions à l'intérieur. Elle n'était certes pas étrangère aux faiblesses administratives qui ont permis l'immoralité apparente des lieux populaires de divertissement, la multiplication des débits de boisson, l'alcoolisme qui en a été la conséquence et contre lequel on n'ose même pas appliquer la loi contre l'ivresse manifeste, promulguée à la suite des événements de 1870. Gomment cette instabilité aurait-elle été sans influence sur la timidité de nos industriels et de nos commerçants à organiser de grandes affaires, à courir les risques inhérents à une clientèle lointaine ou à consentir des crédits à longue échéance, et sur leur tendance à liquider le plus vite possible leur maison pour vivre sur leurs économies.

Une autre désorganisation a été certaine doctrine partie des milieux intellectuels, qui s'est répandue

partout sous une forme tantôt égoïste, tantôt généreuse, a inspiré plus d'une de nos lois et a même influencé notre politique. Elle a consisté à placer au-dessus de tout le culte de la personne humaine. De là Télan libérateur dont les nationalités opprimées nous sont reconnaissantes, de là nos tendances pacifiques, nos efforts pour rendre les guerres aussi peu cruelles que possible, notre souci de diminuer le labeur quotidien de chacun, d'alléger toutes les charges et tous les devoirs : de là aussi, il faut bien le dire, cette recherche ardente des satisfactions personnelles qui s'est manifestée par un trop visible relâchement des mœurs dans les milieux où Ton se croit au-dessus du qu'en dira-t-on, ce désir de «vivre sa vie», suivant la formule allemande de Nietzsche, qui a rendu insupportable ou même impossible à tant de ménages la charge des enfants. Ce sont là les vraies causes de cette réduction croissante de la natalité dont souffre notre pays. On ne saurait voir dans cette réduction un signe d'affaiblissement de la race; il s'agit d'une crise passagère des mœurs qu'un retour aux saines traditions et aux lois mêmes de la Nature fera rapidement disparaître. Ce retour s'annonce déjà, mais il ne s'accentuera que si l'on ne prend pas pour des réformes sérieuses les plus illusoires palliatifs.

Eblouis par les rapides succès de la Science, qui est loin — on ne le voit que trop — d'avoir moralisé la nation allemande, les hommes de la génération qui s'éteint se sont laissé entraîner à une étroite

Page 1