Lord Granville à lord Lyons, 9 février
place à un cabinet intérimaire présidé par M. Fallières, qui lui-même, trois semaines plus tard, fut remplacé par M. Jules Ferry.
Ce cabinet intérimaire, qui, par définition, aurait dû s'en tenir à l'expédition des affaires courantes, fit cependant la démarche décisive que jusque-là la diplomatie anglaise avait réussi à écarter. C'est qu'en effet le hasard avait voulu que, dans cette façon d'interrègne ministériel, le portefeuille de la marine ait été attribué à M. de Mahy, l'un des plus ardents protagonistes de notre politique malgache. L'honorable député de la Réunion n'eut garde de laisser échapper l'occasion et, le 15 février, il prescrivit à l'amiral Pierre, alors à Toulon, de partir immédiatement pour Madagascar, sans même attendre les instructions du gouvernement qui lui seraient télégraphiées à Zanzibar. L'amiral appareilla sur l'heure. A son arrivée à Zanzibar, il trouva M. Bandais venu à sa rencontre, qui lui remit les instructions de M. Charles Brun, le nouveau ministre de la marine du cabinet Ferry. En exécution de ces instructions, l'amiral concentra à Nossi Bé son escadre forte de sept bâtiments (19 avril), et le 8 mai suivant, il entama ses opérations, en détruisant, après sommation restée inutile, les postes hovas disséminés dans la baie de Passavanda, la presqu'île de Bavaloubé, et la baie de Bombetok. Le 15 mai, il parut devant Majunga, qui fut bombardée et occupée le 17. Le 31 mai, il arriva enfin à Tamatave, où il trouva toute son escadre fidèle au rendez-vous. Le lendemain, un ultimatum fut remis au gouverneur hova : comme on devait s'y attendre, il fut repoussé. En conséquence, les hostilités furent rouvertes le 10 juin et, après un court engagement, la ville tomba entre nos mains (14 juin).
La rapidité de notre action avait déconcerté les Hovas et prévenu, de la part du gouvernement anglais, toute tentative nouvelle d'ingérence ou de médiation. On s'était
l)orné, à Londres, à protester contre le retard que les autorités militaires françaises avaient mis à informer les ressortissants anglais de l'ouverture des hostilités, et aies inviter à prendre les mesures de précaution nécessaires ^ . M. Ghallemel-Lacour, notre nouveau ministre des affaires étrangères, n'eut pas de peine à prouver, pièces en main, que les étrangers avaient été traités exactement sur le même pied que nos nationaux 2, et l'affaire en resta là, mais de fâcheux incidents survenus, à Tamatave, entre l'amiral Pierre et les autorités et sujets britanniques provoquèrent d'ardentes discussions et fournirent de nouveaux éléments aux passions ardentes qu'avait soulevées, chez nos voisins, la mise à exécution de nos projets.
Lorsque l'escadre de l'amiral Pierre était apparue dans les eaux de Tamatave, elle y avait trouvé un croiseur anglais « the Dry ad », commandant Johnstone, dont la mission officielle était de protéger les intérêts et d'assurer la sécurité des citoyens britannique», au cours des opérations militaires. Cette mission, parfaitement légitime et naturelle, n'avait rien qui pût blesser les susceptibilités les plus ombrageuses, et nul incident ne serait survenu, si le commandant anglais s'était renfermé strictement dans les limites de son mandat. Mais celui-ci crut devoir lui donner une extension abusive, et en tout cas incompatible avec les exigences de l'état de guerre. Loin de respecter le blocus que l'amiral avait proclamé, il affecta de multiplier ses relations avec la terre, de correspondre non seulement avec le consul anglais et ses nationaux, ce qu'on aurait pu tolérer, mais encore avec les Hovas, ce qui était inadmissible, et de se faire l'intermédiaire officieux entre la place assiégée et le dehors. Aux observations courtoises de Famiral Pierre, il répondit par une fin