VI AVERTISSEMENT
seule maîtresse de la mer. Tout au plus, lui reproche-t-il un peu trop d'âpreté dans la lutte. Mais, ainsi qu'il le déclare en son introduction, « entre deux rivaux, combattant l'un et l'autre pour la gloire et la grandeur de leur pays, il ne saurait y avoir de haine ».
« Tel est l'esprit qui a inspiré et dirigé son travail. M. Darcy n'a négligé aucune des informations propres à éclairer son sujet. Il a cherché dans les archives de France et d'Angleterre, autant qu'elles lui étaient accessibles, les dépêches secrètes à côté des dépêches officielles, s'est aidé de mémoires, de correspondances privées, a interrogé des témoins, a noté dans les comptes-rendus des Chambres de l'un et l'autre pays les discussions qui s'étaient élevées sur ces diverses questions. L'auteur appartient à cette classe d'historiens qui, sans s'abstenir des considérations générales, s'attachent surtout à faire revivre le passé. Il ne se contente pas de retracer les faits dans leur développement; il met en scène les acteurs. C'est ce qui apparaît notamment dans les quatre premiers chapitres qui concernent la querelle d'Alger et représentent plus d'un grand tiers du volume. De là résulte un récit vivant, dramatique, passionnant même par endroits, sans que néanmoins la vérité historique en soit altérée, et je n'hésite pas à dire que ces chapitres sont, de tous points, remarquables. J'ajoute que l'auteur fait ressortir avec une grande impartialité les mérites de tous ceux, souverains ou ministres, qui, à travers nos révolutions intérieures, de 1827 à 1851, ont efntrepris, poursuivi, achevé l'œuvre d'où est sortie une Algérie française. C'est ainsi qu'il a rendu justice à l'un des ministres de la Restauration, M. de Polignac, chez lequel on ne voit d'ordinaire que le fossoyeur inconscient de la monarchie des Boui'bons; à Charles X, qui, s'il ignorait tout de la France, connaissait du moins l'Europe; à Louis-Philippe, qui, contre les jalousies du dehors et les préventions du dedans, défendit la jeune France d'Afrique et y envoya successivement tous ses fils.
« Cette justice, M. Darcy la rend également à Jules Ferry, quand, dans le chapitre cinquième, il aborde l'affaire Tunisienne. Je n'entends pas, du reste, donner ici une analyse, même rapide, de cet excellent ouvrage, qui a déjà trouvé, en Angleterre comme en France, de nombreux lecteurs. Il me suffira de dire que les qualités qui distinguent les chapitres sur Alger n'apparaissent pas moins dans les autres, et particulièrement dans les derniers intitulés : La question du Nil, et qui se terminent à Fachoda par l'émouvant épisode de ce que l'auteur appelle « notre abdication ». Après avoir suivi la France en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Abyssinie, dans le Soudan, dans l'Oubango, sur les rives du Congo, du Niger,