AVERTISSEMENT. VII
du Sénégal, du Nil, l'auteur, au moment de clore son livre, se demande avec mélancolie pourquoi notre pays, qui, depuis un siècle, a fait tant de grandes choses en Afrique, qui, sous quatre régimes différents et malgré ses malheurs publics et privés, n'a jamais interrompu sa campagne féconde, pourquoi, dans son dernier effort, il est retombé si lourdement. « Avons-nous, dit-il, subi le sort que la justice lente mais sûre de l'histoire réserve aux ambitions coupables? Est-ce plutôt que notre pays a dégénéré, que la vigueur de la race a faibli... et faut-il souscrire à l'impitoyable et dédaigneuse sentence tombée récemment d'une bouche impériale : « Il n'y a plus de France. » Jamais pareille sentence ne se trouvera sur des lèvres vraiment françaises, car les noms viennent en foule de tous ceux qui, sur la terre d'Afrique, soldats, marins, prêtres ou simples citoyens, ont fait honorer le nom de notre patrie. Et à côté de cette élite de privilégiés à qui les chances de la vie ont permis d'inscrire leurs noms dans l'histoire, combien y a-t-il de héros inconnus, perdus au fond des déserts, de la brousse ou des forêts, dont l'existence entière est consacrée à mettre en pratique ces instructions que Louis XVI donnait jadis à l'infortuné La Pérouse*: « Faites partout connaître la France, et surtout faites-la aimer. » Certes non, le vieux peuple de France n'a pas failli à sa tâche, et s'il traverse aujourd'hui une période attristante durant laquelle le doute vient aux âmes faibles et chagrines, il suffit, pour reprendre courage, de jeter les yeux sur la jeune France d'Outre-mer. »
« En reproduisant ces lignes, je ne puis ajouter sans regret que ce sont les dernières que M. Darcy ait, sinon écrites, du moins publiées. Un second volume était préparé où il devait suivre en Asie, en Amérique, en Océanie, cette lutte de deux grands peuples qu'il avait suivie sur le sol d'Afrique. Une mort prématurée l'a frappé au cours de son travail. M. Darcy n'était pas seulement un historien, c'était encore un écrivain faisant concevoir les plus légitimes espérances ; et, pourquoi ne le dirais-je pas, la mort, qui l'a arrêté au milieu de ses travaux, l'a arrêté au milieu d'occupations d'autre sorte, toutes de bienfaisance, auxquelles il donnait une part de sa vie. »
Dans la séance publique annuelle du 8 décembre 1906, M. Gebhart, président de rAcadémie, disait, en proclamant les noms des lauréats de l'Institut :
« L'ouvrage de M. Darcy retrace les principaux incidents de la concurrence de l'Angleterre sur toutes les voies maritimes où la