‹ France et Angleterre: Cent années de rivalité coloniale. L'affaire de MadagascarChapitre 9 sur 31 · Johnston, Colonization in Africa, p · texte numérisé non relu

Johnston, Colonization in Africa, p

Entrant dans ces idées. Napoléon envoya, à Tlle de France, le général Decaen, en qualité de capitaine général des possessions françaises dans l'océan Indien. Cet homme remarquable, aussi bon soldat qu'habile administrateur, essaya d'organiser les établissements épars que nous possédions sur la grande île. Il les répartit en deux départements, avec Fort-Dauphin etTamatave comme chefslieux, et envoya dans le premier le capitaine Mécusson, dans le second Sylvain Roux, à titre de gouverneurs et d'agents commerciaux. En somme, au moment de la rupture de la paix d'Amiens, en 1804, nous entretenions des établissements permanents, d'abord à l'île Sainte-Marie, et sur la terre ferme, à Tintingue, Foulepointe, Fénerive, Tamatave, Fondarare, Pointe à Larrée, et Fort-Dauphin. Tout marchait à souhait, et l'entreprise du général Decaen s'annonçait sous les auspices les plus favorables.

C'est alors que les Anglais entrèrent en scène.

Dès 1803, un agent de la compagnie anglaise des Indes, M. Inverarity, avait créé un comptoir à Majunga sur la côte occidentale. Cette tentative de concurrence commerciale donna peu de résultats, mais la reprise des hostilités entre la France et la Grande-Bretagne ne tarda pas à ruiner l'œuvre du général Decaen et de ses collaborateurs. Pendant six ans, cet énergique soldat conserva le dépôt confié à sa garde, et secondé par des hommes de la trempe des Duperré, des Bouvet, des Robert Surcouf, infligea des pertes colossales à la marine anglaise, mais le jour vint où nos adversaires sentirent la nécessité d'en finir avec cette épave de la puissance coloniale française, qui se maintenait si fièrement sur la route de l'Inde. En 1809, Rodrigue fut pris, et l'année suivante, un corps expéditionnaire de 4.000 hommes occupa l'île de la Réunion (8 juillet 1810). Quelques mois plus tard, ce fut le tour de l'Ile de France (29 nov. 1810). Aussitôt après, les Anglais voulurent achever leur œuvre, en s'emparant

de nos stations commerciales de Madagascar. Déjà une première tentative de débarquement à Tamatave avait été repoussée par Sylvain Roux et ses miliciens (28 fév. 1810), mais, le 19 février 1811, deux bâtiments anglais vinrent s'embosser devant le rivage. Toute résistance devenait inutile. Sylvain Roux capitula, et la chute de Tamatave entraîna celle de tous nos établissements de la côte orientale. C'est ainsi que le plan des Anglais se trouva réalisé, et que le pavillon français fut expulsé de tout l'océan Indien.

Les choses restèrent en l'état jusqu'en 1814. A ce moment, le traité de Paris (30 mai) régla, de la manière suivante, le sort de nos anciennes possessions : « Sa Majesté Britannique stipulant pour elle et ses alliés, s'engage à restituer à Sa Majesté très chrétienne, dans les délais qui seront ci-après fixés (six mois après la ratification), les colonies, pêcheries, comptoirs, et établissements de tout genre, que la France possédait, au 1®" janvier 1792, dans les mers et sur les continents de l'Afrique, à l'exception toutefois de Vile de France et de ses dépendances, nommément Rodrigues et les Seychelles^ lesquelles S. M. T. G. cède à S. M. B. en toute propriété et souveraineté. »

Ces stipulations exaspérèrent les nouveaux possesseurs de l'Ile de France et des terres voisines, qui, s'étant emparés de notre domaine par la force des armes, voyaient avec dépit une partie du butin leur échapper. La rétrocession de l'île Bourbon s'effectua cependant sans difficulté, mais il n'en fut pas de même à Madagascar, et le cabinet anglais provoqua, à son sujet, une discussion si extraordinaire qu'on hésite presque à croire à l'authenticité des pièces oflicielles et des correspondances diplomatiques.

Il y avait alors, à l'Ile de France, un de ces agents remarquables que l'Angleterre, riche en hommes d'action

et d'initiative, ne manque jamais d'entretenir dans les postes difficiles. Nous en avons déjà vu plusieurs à l'œuvre, au cours de cette histoire, et nous aurons encore souvent l'occasion d'en rencontrer. Comme M. Saint-John à Alger, sir R. Wood à Tunis, M. Drummond Hay à Tanger, sir John Kirk à Zanzibar, le gouverneur de l'Ile de France, sir Robert Farquhar, loin de se confiner dans le cadre étroit de ses attributions, ne rêvait qu'une chose : c'était de faire, de sa lointaine résidence, un centre nouveau d'expansion pour l'empire britannique, ou tout au moins un poste d'observation pour surveiller les faits et gestes des concurrents éventuels.

Il y a tout lieu de croire que ce fut lui qui suggéra au gouvernement anglais, occupé de soins plus immédiats et plus pressants, le plan qu'il se hâta de mettre à exécution, pour tenter de nous écarter définitivement de la grande île malgache. Ce qui est certain, c'est que, dès que le nouveau commandant de l'Ile Bourbon, le général Bouvet de Loziers, voulut, en exécution de ses instructions, reprendre possession de nos anciens postes de Madagascar, il se heurta à l'opposition de sir Robert Farquhar, qui lui déclara que l'île de Madagascar tout entière avait été cédée à la Grande-Bretagne par le traité de Paris, sous la désignaTiion générale de dépendances de l'île de France ^

La prétention était audacieuse. On pourrait soutenir, avec une égale bonne foi, que si l'île de Jersey avec ses dépendances venait un jour à être rétrocédée par l'Angleterre à la France, nous serions en droit de revendiquer, à titre de dépendances, la Grande-Bretagne tout entière. Dans un cas comme dans l'autre le raisonnement serait tout aussi exorbitant.

En droit pas plus qu'en fait, la thèse de sir B. Farquhar

Page 1