AVERTISSEMENT
chacune d'elles a dû Hre enlevée de haute lutte; que partouly en Afrique comme en Asie, en Amérique comme en Océaffic;, elle iest heurtée à r Angleterre acharnée à lui couper la route et à rt^primer son élan,
V Afrique nous retiendra tout d'abord, car c'est l'Afrique rontineniale qui est le cœur de notre empire. Là, sont nos meilleures promesses ef avenir. Là également, s'est exercée avec le plus d'ardeur et de persévérance l'hostilité de l'Anq le terre. Un second volume sera consacré à Madagascar et à nos possessions dans les autres parties du monde.
Peut-être le moment est-il mal venu pour parler de rivalité franco-anglaise. Il semble, en effet, que nous goûtions aujourd'hui les douceurs d'une lune de miel imprévue. Les deux pays se mettent en frais Tun pour Tautre : il n'est bruit que de politesses internationales, d'échanges de vues sur des questions brûlantes qu'on osait jadis à peine aborder. Articles de presse et de revues, brochures, livres, se succèdent pour détailler les bienfaits d'une alliance. Les peuples eux-mêmes se mettent de la partie. Paris a fait au roi Edouard un accueil non seulement courtois mais empressé ; plus récemment encore, le président de la République a été reçu à Londres au milieu de manifestations enthousiastes. Sommes-nous donc à un tournant de l'histoire ? Les deux grandes puissances de l'Occident sont-elles destinées dorénavant à marcher la main dans la main ? Prenons garde d'être dupe des apparences, et avant de nous fier à l'avenir, regardons un instant en arrière.
Lorsque le colonel de Lauriston, aide de camp du premier consul, apporta au gouvernement anglais la ratification des préliminaires de la paix (3 octobre 1801), les habitants de Londres, transportés d'une joie délirante, firent à notre envoyé une réception extraordinaire. On détela ses chevaux. Hommes, femmes et enfants se mirent aux brancards, et au milieu d'une foule immense traînèrent triomphalement sa voiture jusqu'au Foreign Office. Partout éclatèrent les cris de « Vive Bonaparte ! Vive la France ! » et de bruyantes acclamations saluèrent le nom du vainqueur
de Marengo... Trois ans plus tard commença entre les deux pays la guerre la plus longue et la plus implacable des temps modernes.
La paix fut rétablie : pendant quinze ans, nos relations avec nos voisins redevinrent normales. Puis le gouvernement du roi Louis-Philippe cherchant un appui en Europe, inventa « l'entente cordiale ». Le maréchal Soult ambassadeur d'un roi ami, fut envoyé à Londres au couronnement de la reine Victoria (1838) : « Fêté par Taristocratie, acclamé par la foule, il fut pen^dant plusieurs jours l'objet d'une de ces ovations comme onn'en voit que sur les bords de la Tamise. Au défilé du cortège, la voiture de Tanibassadeur de France, en forme de gondole, de fond bleu avec des ornements d'argent, surpassant en splendeur celles des autres diplomates, fut accueillie sur tout le parcours par des hourras frénétiques. Le succès du vieux soldat balançait presque celui de la jeune reine *... » Cela n'empêcha pas quelques mois après les deux pays de procéder l'un contre l'autre à des armements menaçants. Rarement ils furent plus près de la guerre qu'en 1840.
L'orage passa; puis, en 1843, lareine vint en France. En Europej l'effet produit par cette visite fut considérable. A Eu, ce fut une véritable idylle. La reine aborda au Tréport où le roi vint à sa rencontre : « A mesure qu'approchait le canot du roi, écrivit-elle dans son Journal, je me sentais déplus en plus agitée ; enfin il accosta. Lé bon roi était debout, et tellement impatient de monter à bord qu'on eut de la peine à l'en empêcher et à le faire attendre jusqu'à ce qu'on fût assez près. Il monta aussi vite que possible et m'embrassa tendrement. C'était un spectacle
L Thureau-Dangin, la Monarchie de Juillet, t. III, p. 280.
vraiment attendrissant et je n'oublierai jamais Témotion que cela m'a causée... Tout cela, les acclamations du peuple et de la troupe criant : Vive le roi, vive la reine ! me firent presque défaillir. » — Le lendemain, on se promena en forêt, on déjeuna sur l'herbe : l'aimable et gracieuse souveraine ne se sentait pas d'aise : « Je suis si gaie et si heureuse avec ces chères gens », disait-elle *.
L'année suivante, Louis-Philippe se rendit à Windsor. Il y fut chaleureusement acclamé, « beaucoup plus que ne l'avait été l'empereur de Russie », remarqua la reine ; de toutes parts lui vinrent des démonstrations de déférence et d'amicale courtoisie. « On vit même alors un fait sans précédent dans les annales de la cité de Londres. Tous ses représentants, lord -maire, shérifs, conseillers, se déplacèrent et vinrent apporter en grand appareil jusque dans le château de Windsor une adresse au roi 2. » Moins de dix mois après, la reine Victoria revint à Eu, d'où elle partit plus charmée et plus attachée que jamais à la famille royale. Malgré cette triple manifestation, les relations se tendirent de plus en plus entre les deux cabinets, et au moment de la chute de Louis-Philippe, Tentente cordiale avait fait place à une mésintelligence aiguë.
Survint Napoléon IIL Avec lui, l'entente cordiale reprit force et vigueur : elle devint même alliance effective. Français et Anglais combattirent ensemble en Crimée. La reine Victoria vint à Paris et à Cherbourg, où l'accueillirent les témoignages les plus flatteurs ; l'empereur alla à Windsor et à Osborne et conquit tous les suffrages de la cour et du peuple. Mais à peine fut signé le traité de Paris que les gouvernements faillirent se brouiller ; notre pays
1, Thureau-Dangin, op. cit., t. V, p. 193 et suiv.