Bois-le-Gomte, op. Ht
130 CHAPITRE TROISIÂME
pas ce qui vous reste d'influence en allant au delà de la menace. Si vous voulez le faire, je vais vous en donner les moyens. Notre flotte, déjà réunie à Toulon, est prête à mettre à la voile. Elle s'arrêtera pour se rallier aux Baléares. Elle opérera son débarquement à l'ouest d'Alger. Vous voilà informés de sa marche. Vous pouvez la rencontrer si la fantaisie vous en prend ; mais vous ne le ferez pas ; vous n'accepterez pas le défi que je vous porte, parce que vous n'êtes pas en état de le faire. Ce langage, je n'ai pas besoin de vous le dire, n'a rien de diplomatique. C'est une conversation entre lord Stuart et le baron d'Haussez, et non une conférence entre l'ambassadeur d'Angleterre et le ministre de la marine de France. Je vous prie, cependant, de réfléchir sur le fond que le ministre des affaires étrangères pourrait vous traduire en d'autres termes sans rien changer au sens ^ »
Lord Stuart se le tint pour dit. « Il ne me parla plus de cette affaire», ajoute M. d'Haussez après avoir raconté ce vif épisode. Il semble en effet que, rebuté de tous côtés, Tambassadeur ait abandonné la partie dans les derniers jours de mai : du moins sa correspondance subit-elle alors une interruption. Un ordre de lord Aberdeen le tira brusquement de sa torpeur. La flotte française venait de partir (25 mai) et ce départ, auquel le cabinet anglais n'avait pas voulu croire, porta au dernier degré sa colère et ses craintes. Une longue note fut envoyée à Paris, que lord Stuart reçut mission de remettre sans retard au gouvernement français. Lord Aberdeen y résumait à son point de vue la question algérienne, et déclarait que l'Angleterre ne saurait admettre pour les régences que la suzeraineté du sultan. « Si le principal objet de cette expédition, concluait-il, doit être la conquête d'Alger plutôt que la réparation des injures reçues et le chfttiment du dey, le soussigné soumet à la sérieuse considération du prince de Polignac l'effet qui doit résulter d'un exemple, qui dispose ainsi des droits d'une tierce