ISULTE] FRANCE ET CANADA
Delarvare. Tont est en mouvement dès cette heure. Clinton voit venir l'attaque, croit-il au début, ensuite il se demande quelle sorte de combinaison occupe la cervelle de l'ennemi qui a l'air de chasser vers le sud. Il ouvrit les yeux en apprenant que Washington traversait le New-Jersey—et c'était trop tard pour entreprendre de le couper ou de tomber sur ses derrières. Ainsi commença la glorieuse et finale campagne du sud.
Cornwallis tenait encore partout dans le sud. Greene avait trop peu de force pour être redoutable.
Les régiments français au repos dans le nord allaient entrer en ligne. Jusque-là, on avait vu des soldats alliés qui passaient, mais ceux-ci s'étaient arrêtés et n'allaient point reprendre la mer pour disparaître, Leur présence en Virginie devait entraîner les gens du sud, la plupart grands cavaliers, bons chasseurs, braves, adroits et résolus. Le nord n'avait pas d'hommes de cheval. Les fantassins de Cornwallis devaient faire la connaissance de ces voltigeurs montés des plantations du sud qui les harcelaient et les taillaient en pièces aussi bien que l'eût fait une cavalerie régulière.
En attendant que Washington abandennât l'Hudson, La Luzerne écrivait. D'abord, le 1° janvier 1781, il faisait savoir au ministre que le Canada ne renfermait que 4,400 hommes de troupes royales et la Nouvelle-Écosse, 3,600. Le 2 mars, il annonce que toutes les provinces américaines reconnaissent le “gouvernement fédéral” proclamé depuis si longtemps. Au mois d'avril, il note que le Congrès veut l'expédition du Canada en vue de déterminer, à la paix, des frontières bien reconnues, et même on croit, à Philadelphie, qu'il vaudrait mieux garder le Canada tout-à-fait, pour éviter la concurrence anglaise sur nombre de points. Il ajoute que le Congrès a écrit en France exposant tout le sujet. Des préparatifs sont commencés. Le 12 mai, il y a deux courants d'idées: le nord demande le Canada sans retard; le sud, seulement après la libération des treize colonies. Pas un mot des aspirations du sud vers les territoires de l'ouest. De fait, ia guerre, depuis 1775, se tenait dans le nord et l'on ne s'occupait pas trop des provinces restées tranquilles, ni de ce qu'elles pensaient. Bientôt, c'est-à-dire l'automne de 1781, les hostilités se concentrant dans le sud, ses habitants se distinguant par leur courage en toute occasion; de plus, la victoire couronnant sur leur territoire les efforts du sud, du nord et de la France combinés, il était impossible que le parti de l'extension vers l'ouest ne devint pas le parti dominant. À la fin, comme presque toujours, ce qui l'emporta sur toutes les autres propositions fut cet argument inattendu.
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Washington était encore sur l'Hudson avec ses volontaires et les troupes françaises en mai 1781, lorsque la flotte du comte de Grasse se montra au Connecticut Portant des renforts. On envoya le tout, par mer, secourir le sud, et très à-propos,.
Au mois d'août, le Congrès reçut de Versailles un fort prêt d'argent qui compléta le changement des affaires.
La Luzcrne dit, le 27 septembre, que soixante et dix VaissCcaux Vont partir du Canada chargés de bois de mâture. Tout désintéressé qu'il et sur la question de Ja conquête du Saint-Laurent par la France, On.Voit qu'il s'informe des ressources naturelles de la contrée. Quant à Vergennes, dont le Principal but était de mater l'Angleterre, il pouvait faire son profit des renseignements de La Luzerne en gênant, par le moyen de sa flotte, le commerce de la colonie.
L'armée de Washington ayant franchi pas à Pas, mais durant la belle saison, Sept cents milles qui, au mois de mai, la séparait du sud, arriva en Virginie au mois de septembre 1781, tandis que Clinton, Contenu à New-York par une autre flotte française, était empêché de secourir Cornwallis déjà aux prises avec Greene qui voyait venir Washington avec Rochambeau.
La campagne ne fut pas longue une fois la rencontre opérée—le 19 octobre, Cornwallis Capitula après avoir défendu Yorktown avec courage et habileté, New-York resta dans son insignifiance jusqu'\ la
paix et alors Washington y entra.
Dès que l'Espagne vit poindre la fin dec hostilités elle fit connaître ses conditions à l'égard de la paix et, comme elle avait changé d'avis au sujet du Canada, elle voulait le garantir à l'Angleterre,
Le parti nord-américain demandait le droit de pêcher sur les bancs de Terrençuy e, on le lui accorda. John Adams, à la fin, s'en tenait à cette politique et ne parlait du Canada que pour plaire à Franklin. Jay, qui était avec eux à Paris, tenait Pour le parti du sud dans le projet d'extension vers l'ouest, Adams, Jay, Washington, tous trois anglophiles, en tout temps et en toute Occasion,
France et États-Unis ne voyaient dans le Canada qu'un pays de fourrures Franklin était bien autrement éclairé, mais il se trouvait à peu près seul de son opinion.
La majorité des Américains avait d'abord fait les gros yeux en Voyant la révolte dans le Pays. Elle n'avait montré aucun enthousiasme au moment de la déclaration d'indépendance (1776) et elle ne s'empressa guère de constituer des £gouvernements Provinciaux, même elle hésita longtemps à reconnaître le Congrès. Son acceptation du régime édéral ne date que de 1781, pendant la marche de Washington
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et Rochambeau vers le sud, à la veille de la victoire finale, En 1782, au moment du traité de paix, elle regardait ce dernier acte comme le moyen de se rapprocher de l'Angleterre tout en se maintenant dans sa nouvelle situation d'indépendance.
Le groupe des treize États renfermait un peu moins de trois mi!lions de blancs. Étaient esclavagistes, ceux du sud: Delaware, Maryland, les Virginies, les Carolines et la Géorgie. Outre la question nègre, de grandes différences existaient entre ces deux moitiés qui, vraiment, n'étaient pas faites pour aller ensemble,
Les délégués américains ont arrangé leur paix avec l'ancienne mère-patrie sans s'occuper de la France. Ils y ont mis une désinvolture qui paraîtrait naïve si l'on ne savait que tout chez eux procédait par calcul égoïste. Ils ont soigné leurs intérêts à outrance et avec des allures de mystère que Franklin couvrait de bonnes et suaves paroles qui trompèrent si bien la masse française, mais non pas les ministres de Louis XVI
Le trésor anglais était vide. Il lui fallait payer l'indemnité de guerre en cédant du pays. Ses commissaires acceptaient les demandes à cet égard sans trop discuter. Le cabinet de Versailles laissa Franklin Adams et Jay agir et régler l'affaire sans aucunement y prendre part, tant et si bien que les trois Américains conclurent et signèrent le traité avant que de le faire connaître à Vergennes et avant que Londres et Versailles n'eussent terminé les préliminaires de leur propre traité, C'était d'un sans-gène frisant l'insolence. Pourtant, combien de fois n'avait-il pas été entendu et compris que rien de tout cela ne se ferait séparément !
Franklin n'abandonna ses vues sur le Saint-Laurent qu'après une longue résistance et après avoir été laissé seul par Adams et Jay. I leur représentait que la pêche de Terreneuve était une mince acqu tion comparée à l'avenir du Canada. Adams, disait (août 1782) que, en effet, le Canada ferait bien l'affaire des Américains, si la France y consentait et en supposant que l'Angleterre dirait oui. Vergennes, de son côté, soutenait que si les Américains mettaient la main sur le Canada d'une manière quelconque, il faudrait finir par le leur laisser, ce qu'il ne désirait pas du tout.
La dernière mention du Canada eut lieu le 13 août 1782, pendant la rédaction des préliminaires qu'Oswald devait porter à Londres pour les faire examiner. Franklin voulait la cession de cette colonie. Adams et Jay étaient muets là-dessus. Oswald répondit, en substance: mon gouvernement ne m'a rien dit à ce sujet et je sais que le roi de France y répugne.
Enfin, les pêcheries furent concédées aux États-Unis et les territoires de l'ouest pareillement. De plus, les provinces du centre et du
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nord pouvaient s'étendre vers le solcil couchant tout aussi bien que celles d'u sud. C'était un monde qui changeait de main.
En aovembre 1782, le traité étant signé, Vergennes écrivait à La Luzerne que, s'il peut, lui Vergennes, en juger par ce qu'il a connu, la France sera maîgrement payée de ses sacrifices pour la cause américaine; et, le 4 décembre, il écrivait à Gérard que les Anglais n'ont pas fait la paix avec les États-Unis, mais l'ont achetée, ce qui est bien différent. Tout cela excède ce que j'aurais pu croire, finit-il par dire.
Du commencement à la fin, il ressort de la présente étude que 1° les Américains avaient la tentation du Canada, 2° la France ne voulait point cette colonie pour elle ni pour les Américains, tout en aidant ces derniers dans leur rébellion pour faire pièce à l'Angleterre, 3° les Américains voulaient avoir leurs franches coudées chez eux, puis reprendre leur commerce avec les Trois-Royaumes—-affaire de langage semblable et d'origine et de religion communes,