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« Faites votre possible, écrivit-il à 1h supérieure de notre Hôtel- Dieu, pour laisser vos trois Sœurs à Dieppe, et vous ferez un acte de charité très méritoire et presque nécessaire dans les circonstances pénibles où se trouvent les Hospitalières de Dieppe. »
L'obédience de nos Religieuses fut donc renouvelée pour deux ans, leur permettant, par conséquent, de prolonger leur séjour en France jusqu'au printemps de 1916. La Sœur Saint-Jean-de- Dieu écrivant le 29 janvier dernier à sa Supérieure à Québec :
« La bonne nouvelle, disaii-elle, nous est arrivée le 24 janvier. La joie de la Communauté était grande, eri apprenant que notre obédience était renouvelée pour deux ans. Les angoises de notre Mère avaient été extrêmes, en songeant à la pénible situation où elle se serait trouvée par notre départ : trois emplois, et pas des moins importants, à pourvoir de Religieuses, et personne pour les remplir. t Aussi, malgré l'immense bonheur que nous aurions goûté en vous revoyant, nous faisons généreusement le sacrifice de prolonger notre exil, espérant que Dieu se laissera toucher et nous accordera quelques bons sujets. Nos Mères en auraient tant besoin pour pouvoir continuer leur œuvre séculaire de charité! » Puis, elle ajoutait :
« L'administration est de plus en plus bienveillante; et hier, à une séance de la Commission Administrative, il a été résolu que Madame la Supérieure serait investie du titre de Surveillante Générale des services hospitaliers et annexes, avec droit de contrôle sur le personnel quel qu'il soit. Il en était ainsi autrefois, mais depuis la persécution contre les communautés religieuses, tout pouvoir lui était retiré. Maintenant que ces Messieurs ont vu par eux-mêmes les inconvénients de leur nouveau mode d'administration, ils reviennent d'eux-mêmes prier notre Révérende Mère de vouloir bien leur aider à porter la responsabilité et faire régner l'ordre partout. C'est un grand point de gagné. Espérons qu'un jour il nous sera aussi donné de pouvoir rendre au Crucifix la place d'honneur dans les salles de nos pauvres malades, et plus entière liberté pour leur parler du Ron Dieu. Espoir et confiance! Il luira, il faut l'espérer, de meilleurs jours sur cette pauvre France, qui n'est si malheureuse que parce qu'elle a abandonné son Dieu... »
Une nouvelle lettre du maire de Dieppe à la supérieure de l'Hôtel-Dieude Québec, reçue quelques jours plus tard, témoignait
également des bons sentimenls des administrateurs laïques à l'égard des religieuses :
. Madame la Supérieure des Religieuses Hospitalières de l'Hôpital de Dieppe, écrivait le maire, a bien voulu" faire connaître à la Commission administrative la bienveillante décision que vous avez prise à son égard en maintenant ici pour deux nouvelles années les Religieuses de votre communauté qui depuis 1912 rendent de précieux services à l'Hôpital de Dieppe, où elles ont acquis par leur bienveillance et leur savoir-faire l'estime, la sympathie et la considération de tous.
« En vous priant, madame la Supérieure, de vouloir bien agréer mes remerciemenls personnels, je suis heureux de vous trajismetlre également ceux de la Commission administrative, qui a été vivement touchée de l'heureuse décision que vous avez prise à l'égard desSœursSaint-Jean-de-Dieu(i),Sainte-GertrudeelSaint-Henri...»
Quel est le Canadien qui ne se sentirait lier, en voyant nos Religieuses si bien appréciées à l'étranger — je me trompe, on ne peut pas dire que la France est un pays étranger pour nous, — si aimées, si respectées dans notre ancienne mère-patrie, en les voyant taire tant d'iionneur à leur pays, non seulement par leurs vertus, mais aussi par leur habileté et leur savoir-faire, par leur esprit de progrès dans l'exercice de leurs fonctions comme hospitalières?
On a pu remarquer dans toutes les pièces que nous avons citées au cours de ce travail, que l'idée qui domine partout, c'est que nos Religieuses du Canada s'en vont à Dieppe payer une dette de reconnaissance au Berceau de leur Inslilui, et rendre à la France quelque chose, au moins, de ce qu'elle fit autrefois pour nous avec tant de générosité, d'entrain et de bonne volonté. N'y a-t-il pas dans cette touchante réciprocité de services entre la nouvelle et l'ancienne France, entre Québec et Dieppe, entre la Normandie canadienne et la française, une dos plus belles pages de l'histoire religieuse de notre Canada?
(1) Depuis que cet article a étô écrit, nous avons eu la donleur d'apprendre la mort de Saint Jean-de-l)leu. décédée à Waterloo, où nos Canadiennes étaient allées se réfugier au commencement de la guerre.
Evreux, Imprimerie de l'Eure. 6, rue du Meilet. — G. Poussin. D'