‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 30 sur 31 · RUE DES MARAIS DU TEMPLE · texte numérisé non relu

RUE DES MARAIS DU TEMPLE

parti depuis deux semaines pour les États- Unis d'Amérique, eût donné quelque sécurité à la police, toutes les précautions militaires avaient été prises avec une sévérité sans exemple. Les deux troupes de condamnés furent réunies sur la même place. Elles étaient bien séparées encore par une double ligne de gendarmerie; mais elles purent néanmoins se reconnaître, et les mourans échangèrent plus d'un signe d'amitié et d'adieux. Quand Georges vint à rencontrer la figure de M. de Lavarennes, on le vit pâlir. C'était la première marque d'émotion qu'il eùtdonnée. Picot, le domestique de Georges, que le modèle de son dévouement breton et sa fidélité héroïque avaient fait juger le moins coupable, fut appelé le premier à l'échafaud. Mais il demanda et obtint l'unique faveur d'aller embrasser son maître. Il le fit; et lui dit ensuite, en montrant le ciel :

■ — A tantôt, mon commandant !

Roger vit périr ces hommes, à qui il était

presque inconnu, avec un senlirnenl d'admiration pour leur courage qui parvint à le distraire de son propre sort, ou du moins à l'ennoblir à ses yeux. Mais, après Georges , quand il ne resta plus que Roger seul sur cette place sanglante, il tourna ses regards vers le quai Lepellelier ; c'était la route par laquelle on pouvait arriver de Nan terre.

— Adieu, Gabrielle! se dit-il en son ame: et toi, ma pauvre Marie, dont je devais être le protecteur !

L'exécuteur avait suspendu son ministère : il supposa l'instrument de mort dérangé. Il envoya chercher un charpentier, fit enfoncer d'inutiles clous dans les colonnes de l'édifice. Et lui aussi interrogeait des yeux cet horizon dont les Tuileries étaient le point le plus éclatant. Ce ne fut que quand la pitié du peuple pour ce jeune homme qu'on faisait souffrir et mourir ainsi deux fois, eut éclaté en longs murmures, puis en imprécations ; el que déjà quelques mains déracinaient les pavés de la

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