‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 29 sur 31 · RUE DES MARAIS DU TEMPLE · texte numérisé non relu

RUE DES MARAIS DU TEMPLE

Gabrielle n'en eut pas la force. Elle chercha un crayon ; puis affermit bien sa main, en songeant qu'il ne fallait commettre, là, ni hésitation ni équivoque. Et quand elle eut déposé dans une autre main qui tremblait aussi celte feuille déchirée de son souvenir, elle crut avoir jeté dans l'urne du destin même la vie de Roger. Apprendre , en effet, à un tel homme le nom d'un autre homme, n'était-ce pas les attacher déjà par un lien l'un à l'autre , et donner à celui-ci un commencement de possession?

Le maître du logis se leva le premier. Il consulta une pendule : elle marquait sept heures.

— Déjà! dit Gabrielle. Je me rends à la Malmaison.

Le maître sonna. Le seul domestique qu'il eût fut chargé de guider la jeune femme et d'aller ouvrir discrètement la porte. Pour lui, il cacha un sentiment de pitié dans un salut profond ; mais il n'ajouta pas une seule parole, et ne reconduisit point la solliciteuse.

Au moment de franchir cette sinistre porte, et pendant que la servante entr'ouvrait d'abord un petit guichet de fer à la manière des couvens, pour s'assurer que nul passant ne traversait la rue, Gabrielle aperçut de nouveau l'enfant pâle.

Il était silencieusement caché derrière un des lilas de la petite cour, et il semblait attendre la sortie de la dame, afin de contempler à son aise un être rare, et peutêtre comme il n'en était jamais venu chez son père.

Quand M"^^ de Saint-Alverte arriva à la Malmaison , l'Empereur venait de partir pour la chasse.

Elle ne put jeter qu'un cri inarticulé. Elle avait perdu connaissance à cette simple nouvelle, et on la porta évanouie dans les appartemens de Joséphine.

Et le temps s'écoulait avec une rapidité surnaturelle. Bien que l'exil de Moreau,.

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