‹ France et RhinChapitre 28 sur 30 · CONSTITUTION ANGLAISE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION ANGLAISE

Comment peut-on voir un signe de supériorité pour TÂngleterre dans sa constitution représentative!

Cette constitution a pu suflfire à une noblesse terrienne^ et plus tard à une bourgeoisie industrielle.

Elle a pu avoir une existence plus longue là où l'esprit aristocratique a été plus vivace ; où la bourgeoisie à son tour est venue prolonger cette existence aristocratique : toutes conditions qui se réalisent en Angleterre.

nS APPENDICE.

Mais comment ne voit-on pas que le régime représentatif est insuffisant, sinon même incompatible dans une démocratie?

L'Angleterre est féodale, aristocratique, bourgeoise, le pays de l'exploitation humaine, du paupérisme, de l'inégalité. Donc, État ou gouvernement à formes représentatives; et, tant que durent l'aristocratie et la bourgeoisie, nationalité plus forte et liberté intérieure plus grande, compensées par une affreuse exploitation de la plèbe.

Vinfériorité morale de la race anglaise, nonobstant sa richesse actuelle, est donc démontrée, par cela même qui fait son orgueil.

(Et quand je dis sa richesse^ est-ce vrai? — Pour avoir la richesse d'une nation, il faut la comparer à sa population. Combien pour chacun, combien pour tous?)

Je dis que le système représentatif est incompatible avec une société démocratique.

Pour sentir cela, il faut aller au iréfond des idées.

Le régime représentatif et parlementaire

est un régime de bascule, de juste-milieu y de doctrine, d'éclectisme^ d'équivoque, d'ambiguitéy de fictions légales et constitutionnelles.

Ceci est le fait. Peut-il être amendé et devenir, par le suffrage universel, applicable à une démocratie telle que celle de 95 ou 1848?

Je dis non... Q. E. D.

Ce rapport intime du système parlementaire avec la distinction dej^ourgeoisie ou noblesse, ou (bourgeoisie et noblesse) et prolétariat; ce rapport, dis-je, qui fait que l'application du système anglais ne peut servir à l'émancipation du peuple, et au développement de la Révolution, na jamais été démêlé; il ne saisit pas d'abord le regard ; il est profondément caché, masqué, enveloppé.

J'ai suffisamment montré ailleurs l'origine protestante, éclectique, doctrinaire, équivoque de ce régime ; son esprit bourgeois, moitié peuple, moitié aristocrate, par conséquent. Il est clair que ce régime sest parfaitement adapté à l'esprit, aux mœurs, aux intérêts bourgeois. — Il y a donc lieu de présumer

«30 AFPENDIGB.

déjà qu il n*irait pas aussi bien à une démocratie, à un système de suffrage universel^ d'égalité politique complète.

En efifet, ce qui soutient l'égalité politique, c'est l'égalité de fortunes : on le voit par l'exemple du régime bourgeois, municipal, constitutionnel même. Une certaine égalité économique règne entre bourgeois et entre lords (marquée par le cens à 200 ou 500 francs, etc.). Si un bourgeois, un noble se ruine, il perd sa prérogative politique, et tout est dit.

Quid verô si une nation aspire à la démocratie^ si aflSrme Yégalité politique^ comme en 93 et 48? Évidemment, elle commet un contresens, elle se soumet à un régime d'instabilité, à moins que cette égalité politique ne soit l'instrument qui doit servir à créer l'égalité économique. Si cette dernière est niée, il est fatal que le système se disloque, soit par une chute en despotisme, soit par un retour au régime constitutionnel, à la prérogative bourgeoise.

On voit déjà par là que le système créé par la bourgeoisie et Taristocratie, sous le nom de monarchie constitutionnelle ou à contrepoids, ne peut s'appliquer à une démocratie, à une société démocratique, telle que la nation française , qu'autant que dans cette nation on aurait créé une égalité de fortunes, analogue à l'égalité bourgeoise ou nobiliaire. Tant que cette dernière condition ne sera pas remplie, le système sera inapplicable. Il y aura contradiction.

Je dis maintenant que cette dernière condition remplie, le système représentatif est exclu lui-même; il ne convient pas.

En effet, .légalité économique, étendue à tout un peuple, suppose labolition de tous privilèges nobiliaires et industriels, et une discipline nouvelle de la propriété. — L anarchie économique est détruite pour faire place à la mutualité et à Tassociation ouvrière. Ceci posé , la constitution politique se trouve la même que la constitution économique. Cette identité des deux constitutions est le dogme

de la démocratie, de même que leur séparation est le dogme de la bourgeoisie, de même que la distinction du spirituel et du temporel, dans le pacte de Charlemagne, est le dogme du système féodal.

Plus de dynastie.

Plus de centralisation, plus de bascules ni de soi-disant contre-forces.

La mutualité partoxit^ le droite la loi.

Plus de distinction en pouvoir législatif et exécutifs — plus de chambre haute et basse, tempérées par un roi, etc.

Page 1