SCÈNE TROISIÈME Les Mêmes, ITALIE
FRANGE
Salut à l'Italie !
ITALIE
Et salut à la France !
FRANCE
L'heure où tu nous reviens est faite de douceur... Sois donc la bienvenue, Italie, ô ma sœur !
ITALIE
Salut, France ! — La France est ma sœur i)réf(3rce. Nos cœurs se sont touches dès les âges lointains. Du sang de mes aïeux sa terre est pénétrée Et des siècles de gloire ont mêlé nos destins.
FRANCE
L'Italie est ma sœur ; l'IIellade est notre mère ; Nos arts à toutes deux sont les enfants d'Homère. Quand César vint qw Gaule il apporta le Beau Et sa torche guerrière était un pur flambeau.
ITALIE
La France heureuse a su, dans le génie hellène, Prendre la clarté pure, honneur de son discours.
FRANCE
Sur tous les arts tu mets ta grâce souveraine, Ma sœur, et Tuniversaime tous tes amours.
ITALIE
Molière est à la fois ton Plante et ton Térence.
FRANCE
La Fontaine et Boccace ont adoré Florence.
Goldoni, c'est Venise alliée à la France.
ITALIE
Parmi tes fiers chanteurs, le dernier en allé, Victor Hugo, — ressemble à mon Dante exilé.
FRANCE
J 'aimerais à t'entendre dire Un sonnet de ton grand poète florentin.
Dans ce beau langage argentin Si doux qu'à le rythmer avec leur voix de lyre (( Les femmes sur la lèvre en gardent un sourire. »
ITALIE
Le Gœnr de Dante
A ciascun aima presa c gentil core, Nel cui cospelto vie ne il dir présente A ciô che mi riscrivan siioparvente, Sahite in lor signor, cicoh A more.
Già eran quasi cKattcrzale rare,
Del tempo che ogni Stella c pià hicente, Quando m'apparve Amor siihitamente, Cui essenza membrar mi dà orrorc.
Allegro mi sembrava Amor, tenendo Mio core in mano, e nelle braccia avea Madonna, involta in un drappo dormendo.
Poi la svegliava, e d'esto core ardendo Lei pavcntosa umilmente pascea :
Appresso gir ne lo vedea piangendo.
FRANGE
. . . Par plus d*un trait, mon clair génie au lien ressemble.
ITALIE
Gœthe sourirait d*aise à nous revoir ensemble.
FRANCE
L'univers sans nos arts, sans le noble idéal, Ne serait qu'un immonde Appétit bestial.
ITALIE
Sans r idéal, la Force et la Faim restant seules.
Tout n'est plus qu'un combat de griffes et de gueules.
FRANCE
Italie, Italie, aimons-nous à jamais !
Ce qui nous sépara désormais nous relie.
L'Alpe nous est commune, ô ma sœur Italie...
Montons d'un même cœur sur les mêmes sommets.
ITALIE
Montons sur nos sommets que l'Orient colore : Par delà l'horizon cherchons nos lendemains... Je vois venir à nous, des rameaux dans ses mains. Un messager d'amour par un chemin d'aurore.
(Le messager enlre ; lia dans chaque main un rameau d^ olivier orné d'un Jil d'or.
penser leur mère, pendant que la Reine veut bien
m écouter. »
Le préfet de la Seine, M. de Selves, prend, à son tour, la parole en ces termes :
« Sire,
(( Lorsque Paris a connu la nouvelle de votre vonue, son cœur a battu d'allégresse.
(( Ne porlez-vous pas le nom d'un souverain qui a aimé la France et lui a été cher ? N'êtes-vous pas vous-même le souverain d'un pays, par ses origines, frère du nôtre ?
(( Paris aujourd'hui est heureux et fier de déposer à vos pieds, avec ses respectueux hommages, l'expression attendrie de son affection inaltérable pour sa sœur latine l'Italie.
(( Madame,
« La joie de Paris a été portée à son comble lorsqu'il a su que vous consentiez à parer de votre grâce exquise la visite que S. M. le Roi daignait lui faire.
« De ce pays merveilleux, « aux souvenirs d'une histoire grandiose, où les chefs-d'œuvre abondent, pays d'art et de beauté », vous lui apparaissez venir comme une de ces déesses nées jadis sous son beau ciel et qui résume son génie plein de poésie et de charme séduisant.
Oo FHANCE ET ITALIE
Par conséquent, nous devons nous appliquer à chercher de neutraHscr à tout jamais les forces qui savent, sans doute, se dissimuler aujourd'hui, mais qui ne peuvent pas encore être mortes, et qui, très vraiscmblahlement, attendent seulement une nouvelle occasion pour revenir à la lumière et recommencer leur néfaste action de désunion et de ravages.
Vous savez quelles sont et de quel nom s'appellent en Franco les forces meurtrières auxquelles je fais allusion.
De ce côté-ci des Alpes, nous avons à poursuivre notre lutte contre le militarisme, sous la forme moins violente, mais, peut-être, plus insidieuse et plus dangereuse que ce monstre envahissant s'effoice de prendre lorsqu'il se voit obligé d'apporter un peu de prudence dans ses louches et abominables machinations.
11 s'agit, en ce moment, des pressions qui sont faites sur le Gouvernement et le Parlement par des entreprises priviligiées cherchant à obtenir de nouvelles fournitures de canons et de cuirasses pour la marine.
C'est là le péril du moment, contre lequel nous combattons vigoureusement, persuadés que nous sommes qu'il ne suffit pas de proclamer, comme nous