LES PEINTRES DE LE BRUN A LE MOYNE
en hauteur. Le meilleur d'entre eux fut Jean Jouvenet ( 1 644- 1717), qui, dans le groupe normand, représente l'école de Rouen, comme les Restout l'école de Caen. C'était un artiste qui, maigre son imagination puissante, avait pris la same habitude de peindre toujours d'après nature ; il créait aisément des compositions robustes et d'une grande force dramatique, il n'y a pas eu chez nous beaucoup de peintres capables comme lui d'agiter les portefaix de la descente de croix, les pécheurs de la pèche miraculeuse, et d'associer des gestes fougueux à ur. même effort. On croirait parfois retrouver Rubens, si la couleur chantait plus clair (fig. 499-503).
C'est seulement chez les continuateurs de Le Brun, Charles de La Fosse, puis Le Moyne, que la figure humaine se meut avec cette souplesse élégante que Corrège, en se jouant, avait le premier réalisée (fîg. 504-505). L'enseignement académique avait créé un type paisible, d'une lif^^'^ 't: correction un peu lourde. Nos décorateurs
|f- mondains eurent tôt fait de le façonner aux
bonnes manières. Les visages perdent la froide régularite qu'ils tenaient de l'Apollon et de la Niobé ; un nez moins droit, un modelé moins rond, des yeux plus vifs pour faire croire a une pensée toujours en éveil, et voici deja des jointures cassées galamment ", les articulations affinées, le modelé à facettes, les draperies tortillées et brisées qui font deviner des corps remuants ; même quand les figures reposent, les visages ni les draperies ne sont tranquilles ; ces membres lestes semblent toujours prétsaux acrobaties plafonnantes. Cette i-'G.SM-BRODERiExvm'siÈcLE.
'^ . , . 1 1 r • (Miisce des .\rls .iecoratifs.)
trépidation nerveuse de la forme, si carac- iciuhê Hachette.)
Fig. 5i3. — Claude
.\uDRAN. — Les .mois
GROTEsyuES. Juillet
ET Août. Tapisseries.
(Cliché Fenaille.)
FiG. 5l5. TOUKSIKRES. —
Un magistrat.
^.\/i(.stv de Cil en ) (ClUhc llachcitc.)
téristlque de l'humeur de notre art, ne s apaisera pas avant David, quand un style de statuaire viendra imposer l'immobilité, même à des gestes furieux.
Dans les tableaux d'histoire, religieux ou païens, des Coypel, des de Troy, on reconnaît bien sans doute les divinités de Poussin, les héros de Le Brun costumes d'après les centurions en culotte de la colonne Trajane, et même les intentions psychologiques ou historiques, chères à l'Académie ; mais pour se tenir et se draper, les figures ont maintenant la manière, celle qui s'apprend dans les salons ou les théâtres. Les sentia vivacité de geste et de physionomie, acteur qui a des planches ". Le
ments s expriment avec l'exagération spirituelle d un personnel de la peinture d'histoire s'est dépouille de ses allures scolaires en prenant l'air du monde. Dans YEnéiJe d'Antoine Coypel, au Palais Royal, les contemporains saluaient au passage plus d'une dame de la cour.
La peinture religieuse est, elle aussi, au goût du jour ; la Suzanne de Santerre fait douter si l'auteur admirait davantage l'élégance des Vénus antiques ou la gentillesse de ses modèles parisiens (fig. 508). Les Saintes de Le Sueur avaient déjà montré cette même grâce un peu frêle ; leur larmoyante piété n'en était que plus touchante. Mais, aux approches du XVI ir siècle, les visages féminins n'aventurent plus leur beauté menue dans les violences de la passion. Ces jeux
Fig. 5i6. — Largillière. —
l'ORTKAIT d'un magistrat.
(Musèf du Louvre.) iCliché Hachette.)