ARCHITECTURE DE LA REGENCE
Fio. 5o2. — Charles-Antoine Coypel. —
Persf.e délivrant Anuromkde.
(Musée du Louvre) (Cliché Hachette.)
encadrés par de minces nervures dorées, qui s'arrondissent aux angles et s'épanouissent, de-ci de-là, en un fouillis de rocaille.
Tandis que Le Brun et Lepautre accumulaient sans repos les motifs d'ornementation, Robert de Cotte, Oppenord, Boffrand, laissent volontiers a la muraille et au plafond leur nudité lumineuse ; et pour multiplier la clarté qui entre par les fenêtres élargies,
ils dressent sur la cheminée de hautes glaces.
La pierre imita le bois, et la maçonnerie fut astreinte aux mêmes contorsions que le meuble. Les grands hôtels, comme celui de Soubise, conservent extérieurement une majesté classique qui ne fait pas toujours prévoir la gentillesse élégante de la décoration intérieure ; mais de simples maisons semblent se mettre en frais pour plaire ; sur la porte, il y a souvent un soupçon de rocaille, et des balcons de fer gracieusement tordus donnent à bon compte à ces façades une sorte d'aménité souriante.
L'architecture religieuse elle-même accepta ce style fringant. La nef de Saint- Louis-en-l'Ile est décorée comme un salon.
FiG. 5o3. JOUVENET. —
Résurrection de Lazare.
iMusée du Louin-el (Cliché Hachette )
FiG. 504. — Le Moyne. —
L'Olympe, projet de plafond.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette)
Melssonier avait proposé pour l'église Saint-Sulpice une façade ou les entablements et les chapiteaux classiques ondulaient à la manière de ses orfèvreries rocaille. EJle ne fut pas exécutée, mais on ne s'aperçut pas toujours qu'il était absurde de chercher, en bâtissant, les formes du bois sculpté, du métal
Fio. 5o5. — De La Fosse. — Triomphe de Bacchus.
l'Jusée du Louvre.) (Cliché Ilachetlcl
ciselé ou de la porcelaine moulée.
La chapelle du château de Versailles montre la mesure dans laquelle il était possible d'égayer le
Fio. 507. — Le Moyne. —
Hercule et O.mphale.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
Fio. bcé. — F.-J. de Troy. — Le déjetner d'iicitres.
(Musée Condé, à Chantilly.) (Cliché Hachette.)
style jésuite sans le rendre tout â fait profane. Versailles n'est pas, comme l'Escurial, un couvent de roi, un palais autour d'une église. Versailles est une maison des champs", qui s'est agrandie pour recevoir la cour et les services de la monarchie.
11 fallait pourtant y loger Dieu aussi. L'église de Mansart et de Robert de Cotte aborde au pa-
L/i SCULPTURE DE LA RÉGENCE
lais pour permettre à Louis XIV d'y passer de plain-pied. L architecture, non plus que les autres arts, ne participait pas a la tristesse du règne. Jamais le style jésuite n'avait atteint encore cette élégance mondaine ; jamais une décoration deglise n'avait montré autant de gentillesse profane que les peintures de Coypel sur la
FiG. 5o8. — Santkrre. —
Suzanne au bain.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)
voûte. Les appartements sont bien loin de cette gaité. A Versailles, Dieu ne fut servi qu'après le Roi ; il y gagna
FiG. 509. — Raoux. — Vestale.
(Musée de Montpellier.) (Cliché Hachette.)
d'être logé avec plus d'agrément (flg. 463).
Cette même élégance caractérise à cette date la sculpture. Les artistes ont bénéficie du grand effort décoratif de Versailles. Les œuvres du xvii- siècle, après Coysevox et Girardon, manifestent toutes une habileté d'exécution, un tour de main qui manquaient parfois aux honnêtes praticiens du Versailles primitif. Un
FiG. 3io. — Raou.x. —
M.ME Boucher en Vestalk.
(Musée de Versailles. J (Cliché Hachette.)
Fit;. 5ll. — ClIARLES-AïÎTOINE CoyPKL. —
Tapisskiue de Don Quichotte. Le bal.
fClichc l'enaillc.)
eleve de Girardon, Robert le Lorrain, a donné un charmant exemple de statuaire décorative ; dans son groupe fameux des chevaux a l'abreuvoir, sur une ancienne porte d'écurie à l'hôtel de Rohan, il a transposé avec infiniment d'adresse, dans la pierre, la verve légère de la peinture (fig. 495). Coysevox s'est continué dans l'œuvre de ses élèves, les frères Nicolas et Guillaume Coustou. Le second surtout a conservé la précision mordante de son maitre ; les chevaux de Marly contiennent une vie fougueuse, en des formes taillées d'un ciseau élégant. La ligne se fait aiguë, nerveuse ; des lors, la statuaire, même lorsqu'elle s'efforcera vers la pompe oratoire, ne laisse plus s'effacer en des rondeurs banales le détail spirituel et incisif (fig. 496-497).
Les peintres ont dû se conformer aux exigences de la décoration nouvelle. La clarté des appartements dissipe les ombres de la peinture bolonaise. Entre les boiseries blanches et les glaces, les panneaux doivent aussi faire rayonner la lumière. Quand ils sont peints, ils imitent la légèreté et la transparence du ciel. Les bossages dorés et les sculptures ont disparu, qui surplombent lourdement sur les galeries Louis XIV ; il n'y a plus la-haut que le ciel et des nuages parmi lesquels voltigent des figures alertes. Sous les voûtes de l'église des Invalides, les décorateurs, élèves de Le Brun, montrent déjà de l'adresse à mouvoir des corps
. 5l2. (.IIAKI.IS-ASTOINE
CoYPEL. — Tapisserie E Don QficiioTTE. Entrée
DES llEK(iÈRES.
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