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L'INFLUENCE FLAMANDE

leur pratique de quoi renverser l'esthétique du Premier Peintre.

Quand fut abandonne le travail décoratif des Gobelins et de Versailles, tous ces petits talents furent libérés et désormais débitèrent leur adresse en de menus tableaux de genre. Les amateurs aiment a les placer dans leurs galeries. Les collectionneurs ne sont pas des théoriciens ; ils n'admirent pas par raison déductive et achètent ce qui leur agrée. Les petits maîtres, qui valent surtout par leur adresse manuelle, ont toujours eu leurs faveurs.

Desportes (1 661-1 743) est un élevé et un continuateur des Flamands. Dans ses natures mortes, légumes, fruits et gibiers, et ses peintures d'animaux, on croît sentir encore la verve de Snyders. Elle s'est seulement assagie un peu, comme il convient chez un historiographe du chenil royal. A côte du gibier et du chien, il a aussi

peint quelquefois le chasseur (fig. 523- 524).

Quelques portraitistes, surtout, sont parmi les plus beaux peintres de notre école, pour avoir bien parlé cette langue exacte et colorée que Rubens employait un demi-siecle auparavant : Hyacinthe Rigaud (1659-1743), parce qu'il avait assidûment copié Van Dyck ; Nicolas Largilliere (1656-1 746) , parce qu'il avait été élevé à Anvers. Ils font passer en peinture les caractères de la vie physique. Rubens leur avait montré comment la couleur peut devenir de la chair et du sang.

La peau sèche et cassante d'une figure maigre, l'épiderme nacré d'un

Fig. 524. — Desportes. —

Portrait de chasseur.

Oîusée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

l'iu. 525. — Watteau.

tMiiséc du Louvre.)

Page d"album.

(Cliché Hachelie.)

v'isage blond, voilà ce que Vouet, Poussin, Le Brun avaient méprisé de montrer. Les portraits de Largilliere et de Rigaud sont tout d'abord doues de vie physique.

Rigaud peint avec des touches martelées et des couleurs franches ; la robustesse de ses modèles semble résulter en partie de la solidité de son métier. La brosse est nerveuse, fine, incisive ; elle taille par plans nets un visage osseux, les cartilages du nez, les phalanges des doigts et les cassures du satin. Les rondeurs, toujours banales, sont allégées par ce modelé à facettes ; le visage en est comme aiguise, amené a cette acuité tranchante qui rend visible l'intelligence dans le feu du regard et l'animation de tous les traits ; enlevez la perruque, et voici déjà un masque vif, des yeux étincelants, une bouche spirituelle, un masque parlant comme un pastel de La Tour, comme un buste de Houdon. Même dans l'amoncellement des tentures claquantes, des tapisseries, des pièces d orfèvrerie et des manteaux chamarres, il y a toujours un visage vigoureusement sculpté, qui ne se laisse pas écraser par cette opulence tumultueuse. C'est par l'image qu'il en a laissée que nous nous représentons la majesté royale de Louis XIV vieilli, mais aussi la face malicieuse de Boileau et La Fontaine, le visage franc et robuste de Bossuet

(fig. 517 a 519 et 521).

Malgré la vigueur de son art, Largilliere montre plus de tendresse ; il peint avec amour les délicates nuances de la chair, des tissus fins et de l'atmosphère, les reflets bleutés d'une peau très blanche, les passages changeants d'un repli de satin ou l'or

1-10. 526. - Wattf.au. - Page da,.bu.m ^^ l'automne qui s'éteint

(Musée du Louvre.) (Cliché HachetU.) dans la brume ; parfois

LARCILLILHE. RIGAUD

FiG. 527. — Watteau. — L'indifférent.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

FiG. 528. — Watjeau. — Gilles.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

même, une certaine fadeur fait présager la couleur fatiguée de Nattier, car le XYlll' siècle va délayer les robustes couleurs d'Anvers dans la pâleur de sa décoration. Le pinceau n'a pas ce mordant qui, chez Rigaud, donnait parfois tant de fermeté aux boucles de la perruque et aux torsades de cuivre ou de bois doré ; il caresse plus mollement des formes rondes ; aussi Largilliere savait-il, mieux que

FiG. 529. — Lancret. — Les auteurs

DE LA comédie italienne.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

FiG. i3o. — Pater. —

Conversation dans un parc.

(Musée du Louvre) (Cliché Hachette.)

l'io. 53i. — Watteau. — La danse.

(Collection de l'Iitnpereur d'Allemaffne.)

(Cliché Société photofirrapliique lierlin, l'aris.)

Rigaud, peindre les figures féminines ; il bleuit ses lumières, atténue ses reflets rouges pour affiner la pâleur distinguée, et même, ses echevins, ses magistrats en robe montrent je ne sais quelle élégance coquette, et comme un désir féminin de plaire (fig. 516, 520, 522).

Vers cette même époque, François de Troy et beaucoup d'autres cherchaient ainsi à rendre l'élégance de leur temps avec ce souple langage des peintres anversois. Mais, chez la plupart, la vivacité fringante était comme emoussée par la majesté du style antérieur et le souci du ' dessin noble . Watteau (1684-1721) vint de Flandre à Paris et donna de l'esprit parisien l'expression la plus fine. Resté dans son pays natal, il eût sans doute continué Téniers. Venu vingt ans plus tôt, il eût été, comme Van der Meulen, enrôlé dans l'équipe de Le Brun, peignant les batailles, les chasses ou les fêtes de Louis XIV. Mais, en 1 702, il n'y avait plus d'organisation administrative pour enchaîner son indépendance. Gillot lui donna des exemples dans l'art de dessiner avec esprit. Il ne connut d'autre loi que de satisfaire son goût et celui de ses amis. Les amateurs de peinture s étaient épris des finesses du pinceau, en contemplant les tableautins de Téniers.

Il y eut un public pour reconnaître et admirer l'habileté spirituelle de Watteau. Le peintre put même, à Pans, continuer son éducation de praticien devant les Rubens du Luxembourg et les Vénitiens de la collection Crozat. Sur ses petits pan-

FiG. 532. — Watteau. — Plaisirs champêtres.

(Collection de l'Empereur d'Allemagne.)

(Cliché Société photographique licrliv. Paris.)

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