‹ FranceChapitre 146 sur 244 · WATTEAU · texte numérisé non relu

WATTEAU

Fio. 533. — Watteau. —

L'E.MBARyUF.MF.NT POUR CytHÉBE.

(Musi:i; du Louvre.) (Cliché Seurdein.)

neaux, on verra

passer quelques reflets de ces maîtres ; la fraîcheur nacrée et l'éclat liquide de Rubens, les rousseurs ardentes de Titien et les satins argentés de Veronese ; mais l'ampleur de ces génies robustes s'est aiguisée ; de la matière flamande, laiteuse et sanguine, il a extrait un élixir subtil et dépouillé des odeurs brutales de la réalité. Inventé par des naturalistes exubérants, ce langage va maintenant décrire une société raffinée dans ce qu'elle a de plus factice, le monde des salons et celui des théâtres. Watteau a travaillé chez des décorateurs dopera, et ses rêveries les plus tendres paraissent évoquées par un gracieux menuet de féerie. Les acteurs qu'il a aimes ne tiennent pas les rôles héroïques des tragédies ; ils ne miment pas des sentiments pathétiques, au milieu de palais classiques ; ils portent parfois les costumes de la comédie italienne, plus souvent encore des vêtements imaginés par le peintre, et, comme ceux du

temps, admirables pour faire valoir l'elegance désinvolte de ces petites figures. Les hommes, cambrés, fringants, dresses sur des jarrets nerveux, prompts à tomber à genoux, comme a faire une pirouette ; le visage aigu, vif, de ces cavaliers, les révèle cares- — sants et rusés comme de FiG. 534. — Watteau. — Le concert. JqIjs félins. A leurs provo- (Colleclion de l'Empereur d'Allemagne.) ■ i j

iciiché Société photographique Berlin. Paris.) cations, les dames ne Consentent qu'a moitié et ne

l'io. 535. — Lancret. — La fontaine de Pégase.

(Ciilleclion de l'iimpereu r d'A llemaf^ne.)

(Cliché SucicHc phiilii i,'i\iplti^iic llerliii, l'aris.)

résistent qu'à demi. Leur mine est éveillée et la fine tète, aux cheveux trousses sous la toque, est mobile sur la haute nuque comme une tête d'oiseau ; l'éventail est toujours en mouvement et, sur les plis de la robe de soie, la lumière chatoie, éparpillée, sinueuse, remuée de gestes menus et cadencés.

Ces vives attitudes, ces cassures luisantes brillent

sur l'ombre veloutée du feuillage ou l'atmosphère bleuâtre du lointain. Les éclairs subits du satin s'effacent un peu dans le mystère du paysage, comme les chuchotements d'amour dans le silence majestueux du soir.

Le petit univers de Watteau est bien à lui. Ses parcs d'opéra ne ressemblent en rien aux paysages historiques, et il est surprenant à quel point le dessin de ses petites figures rappelle peu celui de l'Académie ; point de gestes expressifs, ni d attitude de statue, point de ces modelés savants d'après la nature ou l'antique ; le peintre préfère le froissement de la soie, les ronds de jarrets, les inclinaisons de nuques, toutes les poses gentilles qui ne signifient rien que le désir de plaire. A l'humanité abstraite de notre école, il a substitué des figures de fantaisie, mais d'une fantaisie a la façon de

Flandre, très pénétrée d'observation.

Dans son Embarquemenl pour Cythère, Watteau a reum les groupes amoureux epars dans son œuvre. L'exquise assemblée ! Les couples ne se décident pas sans hésitation, on ne part qu'avec des lenteurs, des retours, mais

FiG. 536. - Lanchet. - Le montreur de vues, j^ ^^^^ j^ ^^j ^^^ ^j j^^^^ (Collection de fEmperetir d'Allemagne.) \, , . .

(Cliché Société photographique Herlin. I\uis.)

et l'exemple si entraînant !

Page 1