‹ FranceChapitre 149 sur 244 · LE MOYNE ET BOUCHER · texte numérisé non relu

LE MOYNE ET BOUCHER

FiG. 546. — GrAVELUI. — Mulll- POUK LfcN-ifcit

d'un voume.

(Cliché Iljchetlf )

mère de son maître Le Moync donne toutes ses conséquences.

Le voisinage de Le Brun et la majesté de Versailles imposaient encore a Le Moyne quelque gravite. Déjà pourtant ses figures étaient assez élégantes et ses couleurs assez tendres pour qu'on pût les débiter dans les petits appartements Louis XV, sans en attrister la gentillesse. Boucher partit de Le Moyne, comme Le Moyne était parti de La Fosse. Nous voici au terme de cette transformation de la grave peinture d'histoire en décoration galante. Boucher flattait encore le goût de son temps par le choix de ses motifs. 11 n'est pas certain qu'il ait toujours voulu traiter un sujet déterminé ; mais il semble que, sous son pinceau, naissent spontanément de tendres conversations entre une déesse a chair très blanche et quelque dieu a la peau rouge ; tout autour, parmi des nuages capitonnes, cabriolent des cupidons dodus. Il a connu et étudie Watteau, mais ne lui a point emprunte ses figures de fantaisie ; aux frissons de la soie, il préfère de roses nudités. Étant classique, il raconte les amours de l'Olympe. V^enus fut sa divinité d'élection ; elle revient sans cesse sous son pinceau, dormant, s'eveillant, se baignant, ou dans ses

entrevues avec Vulcain,

Paris ou Anchise (fig. 544, 545. 547) ; et lorsque ce n'est pas Venus, c'est une figure qui lui ressemble beaucoup, comme elle, blanche, grasse et fine, le visage spirituel et le corps tout fleuri de fossettes.

Quand ils sont vêtus, les personnages de Boucher sont des bergers de pastorales ; Lubin, agenouillé FiG. 547. — Boucher. — Diane et Nymphe. ■ v \ ] ■ a

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.) aupres d AnnettC, iuiottre

des fleurs, des oiseaux, ou lui apprend a jouer de la flûte, car les peintres empruntèrent aux poètes l'aimable tradition d'après laquelle les bergers passent leur temps aux plaisirs de l'amour. Au lieu des nuages commodes ou s'enveloppent les Olympiens, Boucher place ses églogues dans un " fouillis " de verdure bleue, de feuillage déchiqueté, de ruines rocaille et de brebis enrubannées. Bien au centre du panneau, une fraîche clarté rayonne d'un corps de nymphe ou de bergère, et il importe peu au peintre FiG. 548. — Baudoin. — La toiletik. qu'il y ait tout autour des nuages (Ciichù nacheitc.) (Hibi. \at.. Estampes.) des draperies OU des arbres, pourvu

que les couleurs soient caressantes, comme des étoffes aux teintes délicates et un peu passées. On ne songerait pas à se plaindre de leur excès de douceur ou de leur crudité un peu acide, si on voyait les peintures de Boucher sur les panneaux clairs pour lesquels ils les avait exécutées. Détachés de leur cadre, ces tableaux, comme toute œuvre de musée, ont lair de quêter un examen attentif que le décorateur ne réclamait pas.

Ces admirables décorateurs ont embelli tout ce qu'ils ont touché. Leurs fringantes figures, leurs fantaisies linéaires s'épanouissent dans l'orfèvrerie, les ciselures, la porcelaine, la tapisserie, la gravure. Le style flamboyant avait poussé ses broussailles les plus touffues dans les marges des manuscrits ; la rocaille jette ses caprices élégants sur les pages des plus graves in-folio. Les graveurs ont affiné encore le style léger des peintres. Sans couleur, par la souplesse du trait, le burin de Cochin, Gra-

l-'ni. 549. — La Tour. — L'abiik Huret (Musie de SaintQuenlin.) (Clichi Ilcichctte.)

Page 1