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LA TOUR

FiG. 557. — Nattier. — Mme

DE ClIATEAUROUX EN POINT DU JOUR

(Musée de Marseille.) (Cliché Hachette )

delical une sorte d'Olympe galant où des formes dodues et coquettes jouent parmi des nuages. Et ce graveur ne ment pas quand il nous montre cette formidable machine de guerre montée et manœuvrec par des jolies femmes et des amours.

La peinture a laisse de cette société des images d une vie intense.

Les figures de Rigaud, maigre leur véracité, conservaient un peu de la noblesse du grand siècle. L'individu s'enveloppe dans ses dignités hiérarchiques comme en un majestueux uniforme. Entre I 740 et 1 760, les portraitistes purent définir de plus près des personnalités typiques. A chaque salon, se retrouvaient les figures si vivantes, SI remuantes, de cette société où se rencontraient, s'étudiaient et s'amusaient l'aristocratie, la finance, la littérature, les sciences, les arts et le théâtre. Dans les pastels de La Tour, le Tout- Pans d'alors s'est reconnu, et il se survit encore au musée de Saint-Quentin, qui conserve les " préparations "du peintre. La Tour ( 1 704- 1 788) a préféré a la peinture le pastel mis a la mode peu auparavant par la Vénitienne Rosalba Caméra. C'est un nerveux à qui plait cette peinture sèche, aiguë et rapide. Il fait bon marché du riche décor dont seigneurs et bourgeois aimaient naguère à amplifier leur image. Les couleurs légères du crayon, ses hachures vives, ses lumières contrastées lui suffisent pour amener en pleine clarté une physionomie morale. Quelques fermiers généraux ou personnes de cour posent encore parmi de multiples accessoires, qui font véJoir

FiG. 558. — Nattier. — M.me IIe.nriette

EN Flore.

(Musée de Versailles.) (Cliché Hachelle.)

leur licKesse, leur puissance ou la distinction de leurs goûts. Mais La Tour ne s'intéresse vraiment qu'aux visages ; c'est dans l'ardeur du regard et la mobilité nerveuse de la bouche qu'il cherche et saisit la vie de l'intelligence. 11 ne voit pas des figures paisibles, détendues dans l'atmosphère reposante de l'intimité, mais animées par le feu subtil d'une causerie alerte. La physionomie est vive, bien éveillée ; les muscles du visage prêts a se tendre pour rire ou parler, la pensée aux aguets et les traits en mouvement.

Ces portraits sont de milieux divers, de la cour, de la comédie, du salon de Mme du Deffand ou de Mme Geoffrin. Mais partout l'individu se montre à plain, libéré par son intelligence ou son talent, de la hiérarchie sociale et même des conventions mondaines qui émoussent les personnalités.

Aussi, comme elle est variée, la galerie des figures qui ont posé devant La Tour ! Le Roi, élégant et fatigué, le financier avantageux, le philosophe

railleur et toute la série des femmes de théâtre, depuis la bonne fille rieuse jusqu'à cette fragile et rêveuse figure de Mlle Fel, qui le regardait si tendrement ! Sans doute, il s'est rencontré des portraitistes qui furent de plus grands peintres : mais m Van Dyck, ni Hais, ni Holbein n'avaient pénétré aussi profondément dans les caractères ; leurs modèles se ressemblent davantage entre eux. Malgré le fard uniforme et la perruque identique, La Tour a vu des différences marquées même entre les visages des jolies femmes. 11 disait de ses modèles : Je descends au fond d'eux-mêmes et je les remporte tout

FiG. 559. — Van Loo. — Louis XV.

(Musée de Versailles) (Clichi Ilachcite.)

Vm. 56o. — Nattier. — Mme Adéi.aïijk faisant de la frivoi rn-, (Musée lie 'irsailles.) (Cliché Hachette.)

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