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ETAGE

(Ciuhê L'Architecte ) antiqucs et dcs entablements pour

FRANCF

La fontaine de Neptune, a Nancv.

(Clicliè UachclleJ

marquer les étages des édifices modernes ; peu a peu, ces revêtements décoratifs avaient fini par reprendre leurs formes originelles et par imposer a nos églises l'architecture païenne. La Madeleine, d'ailleurs, faillit devenir un temple de la Gloire ; elle est maintenant une église mondaine. Mais l'immense

Fio. 633. - Place Carrure, a Nancy.

(Cliché ILichcIte.)

Panthéon est toujours

vide et sans âme. Le

souvenir de Sainte-Gene-

vieve, qui hantait les vieux

sanctuaires de la colline,

s'est évaporé sous les

voûtes glacées de Souf-

flot ; ni chrétien, ni païen,

l'édifice reste vacant. On

en a fait un mu':ee de

peintures à la gloire de

Paris et de la France et

le Saint-Denis des grands hommes. Malgré le talent de ses décorateurs

et l'illustration des tombeaux qu elle abrite, cette architecture désaffectée n'est qu'un monument pour touristes et n'eveille guère d'autre sentime.it que leur curiosité indifférente.

Ce renouveau du culte antique chez les architectes et chez les pcntres n'est pas l'œuvre de l'Académie. Les maîtres officiels du XViii' siècle, décorateurs aimables, ac-

CVSMiV"v».-V'"

FiG. 634.— LA.MOUR. — Grille de la place

Stanislas, a Nancy,

(Cliché Hachette.)

3oo

l.'ART CLASSIQUE ET LESPRIT MONDAIN

cueillirent assez mal le jeune David et sa manière tendue. Ils ne se préoccupaient guère de la théorie de leur art. Le public les aimait tant ! Pourquoi auraient-ils risque de compromettre leur succès a la recherche d'un idéal difficile ? C^est du monde des écrivains, des philosophes, que se levèrent des esthéticiens et des archéologues, Diderot, Caylus, pour reprocher aux artistes leur complaisance au goût mondain ; ces raisonneurs autoritaires ont fini par reprendre les peintres à la domination des amateurs futiles et leur imposer une beauteaustere.

La pensée franc^aise a tellement besoin de ramener toutes choses

à un système clair que les salonniers " se chargèrent de raisonner sur la beauté quand les académiciens y eurent renonce. La critique d'art manifeste fortement la continuité du goût classique, depuis Le Brun jusqu'à David, même quand le style des sculpteurs et des peintres parait s'émanciper.

D'ailleurs, notre art a-t-il jamais cessé d'être classique ? Ses fantaisies ne furent jamais sans méthode. La plus capricieuse rocaille

Fi<

OjD. " i-A loNlAINE HF. LA UROSSE

Horloge, a Rouen.

(Cliché Seurdein.)

FiG. 636. — La place Stanislas, a Nancy. tCliché Hachette )

3oi

ôSj. - Façadk i)f. i.'kglise Sai.nt-Silpice, a Paris.

(Cliché Hachelle.)

avait poussé sur les formes géométriques de l'architecture classique, comme autrefois la décoration flamboyante surjes membres vigoureux du gothique I n pirn iinlr-nnnrrir-; de nos petits-maitres sont bien souvent, comme les plus graves histoires " de Poussin, des chefs-d'œuvre par la clarté et l'intelligence de la composition. La qualité des idées a beaucoup tombe, mais non pas lart de les traduire en termes justes.

Aussi ce XVI 11- siècle, qui ne respectait rien, fut-il en art bien plus

conservateur que Ion ne s'y atten- ,

drait d un temps où l'esprit était Fio critique et frondeur ; Voltaire, qui a détruit tant de croyances, n'a pas touché au credo de Boileau. Les compositions spirituelles et galantes de Boucher et de Fri/^onard nous empêchent de voir les grands tableaux académiques ; ils occupent maintenant dans nos musées les places sacrifiées ; mais, dans les " Salons " de Diderot, ils sont à la place d'honneur. Les plus dissipés de ces élevés gardaient au fond d eux-mêmes quelque vénération pour les maîtres sévères qu'ils

n'écoutaient plus. L'enseignement de Le Brun était bien loin d'être oublié quand les critiques réclamèrent le retour à la gravité antique.

Ce n'est pas sans regret que l'on voit cet art mondain s'effacer devant un art scolaire. Mieux que tout autre, il savait plaire ; pour le comprendre, il n'est pas besoin d'être un " connaisseur ", un technicien ou un rêveur : il suffit d'une culture d' honnête homme".

La société d'où il est né faisait passer en des conversations spirituelles les sciences les plus ardues ;

FiG. 638. — Le Panthéon, a Paris.

(Cliché Hachette.)

LART CLASSIUVL ET L'LSPRlT MOSbAlN

FlO. (J3q. — Boi'CHARDON. — FoNTAINF. DE I.A RIE DE GrE.NEI.I.E, A l'ARIS.

(Cliché Hachette.)

des femmes gracieuses pouvaient, sans pédantisme, causer de grammaire ou d'économie politique ; comment un pareil monde n'aurait-il pas crée un art séduisant et savoureux pour tous ? D'autres écoles ont pu comj)ter des virtuoses plus étonnants et des poètes plus profonds ; mais ce sont en général des génies puissants, qui exigent un effort pour être compris ; il faut les étudier longuement et rêver auprès d'eux. Les artistes du XVlll siècle sont trop aimables, trop bien élevés, pour jamais perdre contact avec le monde auquel ils s'adressent. Afin de charmer la société de leur temps, ils ont du en retenir la grâce et le raffinement. C'est a -l'art qu'elle nous a laissé que cette société parisienne des règnes de Louis XV et Louis XVI doit de nous apparaître avec tant de charme ; les années et les modes ont passé sans diminuer sa puissance de séduction. Tandis que la langue littéraire, fatiguée, n'était plus guère capable de poésie, c'est le^ Trianon de Gabriel, ce sont / les oeuvres de Watteau, / *| Boucher, Chardin et Hou^^, don, Clodion et Fragonard, qui fixèrent les images Fig 640 L Panthéon a vol do.seau.

■ ■ ]] 1 (Extratt de l'album '■ Pans l'ii en talion"

spirituelles, voluptueuses et par a. Schœlcheret O. Décugis.)

parfois un peu émues, sans lesquelles les hommes du xvili' siècle nous paraîtraient d'un prosaïsme bien sec, malgré leur vieillesse larmoyante de pécheurs repentis.

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