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LE NOUVEAU CLASSICISME PENDANT LA RÉVOLUTION ET L'EMPIRE

L'IDÉALISME ESTHKTIQL'F.. — I.INFLl'HNC IC Di: L'ART ANTIQUE.- L'ESPRIT RÉVOLUTIONNAIRE. TRANSFORM.VITONS AD.MINISTR.VnVES. — TRAN- SACTION ENTRE LIDÉALIS.ME DES ARTISTES ET LES EXIGENCES DE L'AC- TUALITÉ.- L'ARCHITECTURE; P.\STICHi;S GRECS; PERCIER ET FONTAINE ; LE .Mt)BILIER EMPIRE. - LA PEINTURE: DAVID; RÉFORME DANS LA TECHNIQUE ; LE RÉALISME ET L'ESPRIT CLASSIQUE. — GUÉRIN, LETHIÈRE, GÉRARD.— UNE TENr.\TIVE ROMANTIQUE : GIRODET. — LES SURVIVANTS DU .WIII" SIÈCLE. — PRUDHON. — GROS. — QUELQUES PETITS-MAITRES.

AL.A. fin du XVill' siècle, l'art français, pour la troisième fois, se soumet à la discipline classique, plus absolue encore qu'au temps de Louis XIV et de François I '. Cette reprise d'archcologie et de rationalisme correspond, comme toujours, à un effort nouveau de centralisation nationale ; car la Convention et l'Empire ont resserre les forces de l'Etat que la monarchie déclinante avait laissé se relâcher. Une fois de plus se constate une sorte de

sympathie secrète ou d'harmonie préétabhe entre labsolutisme pohtique et l'art classique ; il semble que le pays, quand il veut mieux sentir son unité, préfère un art abstrait, universel, ou tout au moins assez général pour dominer les variantes locale? de l'esprit français. L esprit

classique est allé s'aggra- FiG. 642. — Salon Empire. /-I F

(Lxpositiott temporaire du Muscc des Arts décoratifs.) ^^P' ; aU temps de F ran-

çois r ', l'influence antique et italienne s'était ingénieusement conciliée avec les traditions régionales ; sous Louis XlV,Colbert acceptait l'art antique, mais a condition qu'il fût naturalisé français. Et voici que les esthéticiens de la Révolution et de l'Empire proposent un idéal absolu, sans rapport avec l'histoire ou la géographie. Les idées développées dans les discussions académiques du XVll> siècle et dans les dialogues de Charles Perrault reparaissent, mais plus absolues, plus vigoureuses, parce qu'elles se sont pénétrées de métaphysique et qu'elles ont été traitées par des dialecticiens de profession.

Toujours prompt à suivre ses déductions, le rationalisme français courut hardiment jusqu'aux limites de l'absurde ; il triompha en art comme en politique avec une sorte d'intransigeance. Les théoriciens, innombrables en ce temps de délire philosophique et de fureur législative, définissaient la beauté idéale ; ils la faisaient résider dans une harmonie absolue des formes et professaient qu'on peut l'atteindre par le calcul, l'application et la connaissance de l'antique ; l'art facile et relâché du .XVlll' siècle était proscrit sans recours ; il peut plaire un instant par ses négligences heu-

FiG. 643. — Armoire a bijol'x

i)K Marie-Louise, a Fontainebleau.

(Cliché Seurdcin.j

3oG

IDEALISME ESTHEl JQUE

Kio. 644. — Chambre a coucher

DE Napoléon I", a Compièone

(Cliché Settrdein.)

reuses et sa fantaisie spirituelle, mais sa beauté est relative au goût dune société, et cette société n'avait pas bon goût : la vraie beauté rpsiste aux changements de la mode parce qu'elle est fondée en raison ; elle a été réalisée une première fois par les anciens ; aussi leur art garde-t-il, maigre les siècles, une jeunesse immortelle ; il ne reste donc qu'à l'imiter : recommençons l'art grec ; il n'est pas grec, mais universel ; il n est pas antique, mais éternel ; la beauté n'est d'aucun temps ni d'aucun pays.

Ce sont la idées d'esthéticiens plus que d'artistes : elles ont été développées par des critiques plutôt que par des peintres ; mais David et les Davidiens les adoptèrent ; les plus vigoureux artistes en furent influencés. L'art de cette époque, sauf quelques exceptions, se ressent de cette idéologie ; 'esprit d'abstraction est dans les

formes exsangues et le modelé généralisé de ses peintres. Jamais comme alors ne fut goûte le dessin au trait, sans ombre ; la ligne sinueuse donne de toutes choses comme une définition théorique. Dépouillée de la couleur, du relief, de la lumière, de la matière, cette calligraphie indique seulement la pureté des formes et 1 harmonie des proportions. Les architectes dessinèrent des édifices sans destination pendant que les législateurs votaient des constitutions idéales : les idées volent, légères, quand la réalité ne les alourdit pas.

Les fouilles de Pompéi faisaient alors passer sur l'Europe savante et artiste la fièvre archéologique. Depuis

FiG. 645. — Pendule.

(Muiée de Sèvres.) (Cliché Hachette.)

FRAXCE

tant d'années que les poètes et les artistes racontaient la vie des Grecs et des Romains, voici que, pour la première fois, on se trouvait en contact direct, non plus avec des statues idéales ou des ruines de monuments exceptionnels, mais avec une ville entière, ses maisons, ses peintures et quelquefois son mobilier. Le rêve caressé depuis la Renaissance allait donc enfin ^e réaliser ; on allait pouvoir ressusciter ce monde que l'on croyait disparu et que Ion venait de surprendre dans son sommeil. Quantité de documents nouveaux permirent de serrer de plus près cette reconstitution de l'antique à laquelle s'étaient essayés déjà Mantegna, Raphaël, Poussin et Le Brun. Ce n'est pas seulement l'art des anciens qui va renouveler l'art des modernes, mais leur vie qui va modifier la vie actuelle, moeurs, mobilier et costume. Les ruines de Pompéi n'ont pas seulement rajeuni la peinture d'histoire ; ce tombeau entr'ouvert a transformé le monde des vivants.

L'esprit révolutionnaire apportait ses passions ardentes au parti de l'antique. L'art du XVI il' siècle, contre lequel réagissaient Vien, David et leurs élèves, c'était l'art de l'aristocratie et du clergé. Les néo-classiques l'avaient déjà répudie au nom de l'esthétique quand la Révolution vint lui ôter sa

raison d'être en renversant un régime dont il était un luxueux accessoire. L'art né des démocraties antiques ne semblait point souillé dans son origine ainsi que celui des églises et des palais ; comme l'éloquence républicaine du Concioncs, il n'avait pas été contaminé par le despotisme et la superstition.

FiG. 647. -Chapelle Expiatoire ^a Révolution achevé

DE Louis XVI, a Paris. ■ ■ v 110

rcticM Hachette.) ainsi 1 œuvre de la Ke- . 3o8

Fi G. 646.

iMusée de Sèvres.)

Encrier.

iCliché Ilaehc'lc )

Fi(

G48. — La BoiRSE DE Paris.

(Cliché Seurdein.)

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