‹ FranceChapitre 191 sur 244 · DAUMIER · texte numérisé non relu

DAUMIER

FiG. 787. — Devéria. — Femme en toilette de bal

(LlTlIOtiKAPHIE).

iCulkclion liniiailt

contre Charles X, le roi déchu, et

contie Louis- Philippe, le roi imprévu,

surgi dune Révolution populaire.

Henry Monnier fit parler Joseph

Prudhomme, le bourgeois aux affaires,

bouffi de son importance, abeti de

prétentions philosophiques, le mais

épanoui qui mourra sans savoir qu il

nest qu'un solennel imbécile ; Gavarm

crayonnait d une main alerte la vie

élégante, les reiouissances du carnaval,

la bohème de l'étudiant et les infortunes conjugales du garde national.

Daumier surtout a laisse des images

puissantes, atroces, de la société ; le

roi et sa bourgeoisie censitaire, tout

occupes a digérer une Révolution dont

ils veulent vivre et dont ils mourront.

Daumier traite la figure humaine avec

une étonnante audace ; son outrance emportée révèle un tempérament encore tout romantique ; il déforme, tord, étire ou gonfle les

corps et les visages, pour montrer un caractère et faire saillir plus

violemment un type. Ces grands caricaturistes ont été des précurseurs de l'art réaliste ; la société orléaniste revit avec le Joseph Prudhomme d'Henry Monnier, la Lorelte de Gavarm, le Ventre législatif, le Robert Macaire de |t^ ^f^ÊF *\ >-~^K^^ Daumier, en attendant son Râla- B^«i,3|Qm^H^P~ ^flbk P*^'-' ^S^f^t impérialiste. Le grotesque romantique prépare la laideur exacte et plate du réalisme.

Classiques et romantiques, maigre leurs divergences, présentaient ce caractère commun d'être, les uns et les autres, peintres d atelier, de musée et de salon. Boucher, autrefois, avait montré à décorer un panneau de boudoir.

FiG. 738. — Gavarni. — Grisettes

(lithographie).

(Bibliothcqiif \\ilii>iiale. Estampes.)

iClU-lit: Hachette.)

David à colorer un héros d'après

iG.ySg.— DauiMIer.— LesVoleukseti. AM.

(Musée du Louvre.) (('.lielié llaclielle.)

■- FRAXCE ■ ■ ■

l'antique, Ingres à dessiner un modèle vivant, Delacroix a fixer de brillantes fictions ; personne n'avait encore recommandé au:: peintres d'aller en plein air planter leur chevalet, pas même Joseph Vernet. L idéalisme classique avait omis le paysage. Et pourtant, depuis des années déjà, les littérateurs décrivaient la nature ; une sentimentalité nouvelle «épanouissait devant les aspects rustiques. Elle est un produit d extrême civilisation.

On ne sent tout le prix de la liberté que lorsqu'on ne la possède plus ; les Parisiens surtout s'étaient épris des arbres et des champs dont ils étaient privés. Parmi ces citadins s'echappant vers la banlieue, il y avait aussi des peintres. Un peu

plus tard, un de ses amis écrivait à Rousseau, le grand paysagiste : Te rappelles-tu le temps où, dans nos mansardes de la rue Taitbout, assis sur nos fenêtres étroites, les pieds ;>endants au bord du toit, nous regardions les angles des maisons et les tuyaux de cheminée que tu comparais, en clignant de l'œil, à des montagnes et à des grands arbres épars sur les accidents du terrain ? Ne pouvant aller dans les Alpes ou dans les joyeuses campagnes, tu te faisais avec ces hideuses carcasses de plâtre un paysage pittoresque. "

Les premiers qui s'étaient essayés à peindre la campagne, obscurs artistes que leurs contemporains n'ont pas remarqués, n'osaient trop s'éloigner de la ville ; ils s'arrêtaient au premier relai de la diligence 35G

FiG. 740. — Marii.iiat. — Ruines de la mosqii :

nu Cai.im: I1aki:m. au Cairk.

(Musée du Louriw/ iCliclié llaelielle)

Page 1