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ROMANTISME ET SENT/MENT DE LA NATURE

et rapportaient quelque vue de Meuclon ou deVincennes ; on devine { Pans sur 1 autre pente de l'iionzon ; ce n'est pas encore la nature solitaire et silencieuse; elle paraissait un s[)ectacle mort en un temps ou personne n avait encore pénètre lame secrète des choses inanimées. Mais la poésie romantique apprit aux hommes à retrouver dans les paysages des reflets de leurs passions ; parmi les premiers qui en peignirent, beaucoup, en représentant des nuages ou des arbres, semblent préoccuper de révéler des états dames ". D'abord les difhcultes furent d'ordre technique ; c'était un objet bien nouveau pour ces peintres d histoire -|

ou de portrait que des feuillages, des nuages et des lointains. Que d'habitudes a oublier ! Que de termes nouveaux à inventer ! On l'avait bien vu, quand de sincères artistes, à la fin du règne de Louis XVI, voulant copier de l'herbe et de 1 eau d'après nature, n'avaient trouvé sur leur palette qu'une couleur terne et sans lumière. Au moins l'audace de Delacroix et les fantaisies romantiques ont-elles montré que la couleur pouvait être traitée avec liberté ; au lieu de l'étendre en un enduit, sagement glacé, Delacroix, quand il peignit le Massacre deScio, juxtaposa des teintes éclatantes, des touches franches, laissant aux yeux le soin d'égaliser ces tons vifs ; Delacroix avait déjà été inspiré par les paysagistes anglais ; les paysagistes français bénencierent de son exemple. Mais Delacroix était peintre d'histoire ; et, malgré tout, comme celle des classiques, sa manière était faite bien plutôt pour la figure et les

FiG. 741. — IsABET. — Vue de Dieppe.

iSlii&ée de Sancy.) iClulii Hachette.)

FiG. 742. — G. Michel. — Aux environs

I)K MoNTiMARTRE.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette )

FiG.743. — Hliet. — L'inondation a Saint-Cloiu (Miiscc du iMiivrel iCliche Hachette.)

draperies que pour le feuillage persillé, les nuages inconsistants ou les aspects du sol.

Ce que désigne le mot nature " est d une prodigieuse complexité, et les peintres de cette nature auraient peut-être éprouve plus d'incertitude dans leurs recherches si, avant eux, les Hollandais du XVIl' siècle n'avaient composé d'admirables paysages et montre comment on peut grouper des arbres, opposer la lumière du ciel à son reflet dans l'eau et la solidité du sol aux masses flottantes des nuées. La première génération de nos paysagistes est de la famille hollandaise ; ils ont ete perspicaces et sincères ; mais des souvenirs lointains dominent leur travail personnel. L'élaboration que les maitres de Harlem ou d'Amsterdam avaient fait sub-r à la nature a rendu plus facile son assimilation par la peinture .rançaise. Jusqu'aux impressionnistes, nous retrouverons leur vision dans la manière de choisir et arranger le site.

Les débuts du paysage furent hésitants. Un oublié, Georges Michel, montre une sincérité puissante malgré des procèdes un peu frustes. Des nuages d'ardoise sur une terre fauve donnent à des environs de Montmartre la mélancolie majestueuse d'un Ruysdaèl (tig. 742). Puis une sentimentcJité vague a bronille la vue de plus d'un peintre ;

la rêverie romantique, chez beaucoup, troublait la vision. 11 y avait encore trop de lyrisme dans leur contemplation pour qu'ils pussent, avec candeur, regarder des nuages et des arbres. Chez Paul Huet, la nature est aussi émouvante que chez Delacroix. Le paysage, sans doute, est observé et copié

FiG. 744. — Corot — Vue du Coliske.

(Mnsie du Louvre ) (Cfulic Uachctic )

FiG. 745. — Corot. iMusee du Louvre.)

Souvenir d'Italie.

(Cliché Hachette.)

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