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DAVID D'ANGERS: RUDE

David d'Angers révèlent un disciple de Gall qui veut à tout prix montrer les marques f 1 du génie dans les

traits du visage ou

les bosses du crâne ;

FiG. 769. — David

d'Anokrs. — Médaillon

\>v. \'i<:ii)K lli(i().

FiG. 771, — Uavii)

d'Angers. — MtoAiLLON

i)K .Mme Récamier.

mais cette phrenc?'"- 77°; - »*^"' •'■A''«^«s- -jogie étonne sans

^ Drouot, a Nancy. , ^^ . ,

convaincre; la ^ :^Hi:hé seurdein.) déformation du vi-

sage a mieux servi des caricaturistes

comme Dantan ou Daumier dans leurs portraits charges.

En 1837, en même temps que le fronton du Panthéon, était achevé le groupe fameux sculpté par Rude sur l'Arc de Triomphe de l'Etoile. C'est Rude (1784-1855) surtout qui fut assez puissant pour forcer le corps humain a suggérer la fougue des passions. Il passe dans son œuvre toute classique un souffle d'épopée ; exalté encore par les souvenirs de la Révolution et de l'Empire, il ne distingue pas nettement si sa fièvre lui vient de Léonidas ou de Napoléon, de Brutus ou de Mirabeau.

Rude aussi parle encore le langage traditionnel ; ses volontaires sont des soldats romains ou grecs ; des casques de centurion

FiG. 772. — David d'Angers. — Fronton du Panthéon. (Cliché Hachette. )

FiG. 773. — FOYATIER.

Spaktacus.

(Mtisie du Louvre.) (CJichi llachelle.)

se mêlent à celui de Périclès ; ce ne sont pas les va-nu-pieds moustachus de Raffet. Ils vont d'un pas assuré que l'on sent irrésistible ; l'âme qui les emporte, le sculpteur, audacieusement, l'a montrée dans cette Marseillaise furieuse qui hurle sur leur tête. Ce groupe colossal est une des rares œuvres modernes où frémisse une âme collective ; bien des hommes de France, devant une telle image, ont dû sentir une exaltation héroïque monter du fond d'eux-mêmes comme aux cris d'airain d'une marche guerrière. L'humanité d'où jaillirent de telles œuvres était chargée des souvenirs de 1 793. La royauté de Louis- Philippe, qui a réprimé tant d'émeutes et démoli tant de barricades, n'a pu étouffer l'explosion d'art révolutionnaire. 11 a fallu attendre près d'un demi-siecle avant que fût immortalisé par la statuaire cet instant solennel où la Révolution prit les armes, l'année de Valmy (fig. 775).

Louis- Philippe a contribué â l'apothéose impériale ; l'Empereur aussi eut sa part dans cette glorification du passé. Quand ses cendres furent rapportées de Sainte- Hélène, Visconti construisit un tombeau monumental aux Invalides. Une sorte de fatalité unit â chaque instant le nom de Napoléon â celui de Louis XIV, au Louvre que l'Empereur voulait achever, â Versailles où se développe la série de ses batailles, sur la place Vendôme où la colonne de la Grande Armée a remplacé la statue du Grand Roi, enfin sous la coupole de Mansart. On éprouve là combien la grandeur des souvenirs et la majesté de l'histoire ajoutent de beauté aux monuments de l'art ; le sarcophage pesant de Visconti ne parait pas trop lourd pour la gloire qu'il porte, et les gracieuses Victoires qui veillent tout autour montrent une gravité inaccoutumée dans les figures de Pradier (fig. 783).

FiCi. 774. — David

n'AN(iKRS. — PlIILOPŒMF.N

iMusàc du Louvre.) (Cliché ILiclicttc I

. 775. — Ri.i>K. — Le ciiantdu départ Ahc uk Tkio.mpiik dk l'Etoile.

(Cliché Hachette.)

SCULPTURE ROMANTIQUE. B.'tRYE. -

Ce gracieux eleve de Bosio par Il pureté de la forme et l'elegance du sentiment ne plaisait pas moins aux romantiques qu'aux classiques. Sa manière ou sa mam se retrouve dans quantité de monuments ou d'objets décoratifs de ce temps, fontaines ou pendules (fig. 780, 782).

Des sculpteurs suivirent de plus près l'élan romantique qui entraînait alors les peintres ; il y en eut, comme Jehan du Seigneur, qui, pour exprimer mieux de violentes passions, déchainèrent des tempêtes musculaires (fig. 781 ). Preault pensait, comme Delacroix, que la fougue de l'improvisation, la verve de l'exécution peuvent seules traduire des sentiments sincères et que 1 œuvre sera plus vivante si l'artiste s'est battu avec son bloc de pierre. Il a réussi, parfois, à faire jaillir du marbre ou du bois comme un cri de passion ; mais la matière semble avoir souffert des empreintes brutales de son génie tourmente (fig. 779). Seul Barye (1796-1875) a pleinement réussi une œuvre affranchie de la tradition classique. Il étudiait au Muséum les animaux, leurs silhouettes particulières, leurs attitudes, et reconstituait ensuite leur vie farouche du désert. C'était tout un empire inconnu ajouté au domaine un peu étroit de la statuaire ; car les lions égyptiens sont des figures décoratives, et les Grecs n'ont guère étudie que le cheval. Les animaux de Barye sont des portraits : monuments ou bibelots, groupes gigantesques ou simples presse-papiers, ils sont d une vitalité puissante ; le bronze sombre et luisant suggère le glissement des muscles sous

S'ÉVEU.LANT A LIMMORTALITÉ.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

le rude pelage ; les courbes et les reploie ments sont comme des ressorts bandés aux détentes irrésistibles ; les fauves apparaissent dans la lutte constante pour la nourriture, rampants, bondissants, tapis sur la proie, et l'on entend les grognements de plaisir et les craquements de l'os broyé : effroyable et silencieuse bataille du fort qui a faim et du faible qui fuit. L'œuvre de Barye est une des plus belles découvertes de la statuaire moderne ; elle offre cette rare qualité que les moyens de 1 artiste conviennent à ses intentions. Apres lui, Gain, Dalou, Gardet, dresseront encore des lions altiers aux portes des palais, et Frémiet se rappellera h iG. 777. — Rude. - Statue j^g silhouettes accidentées, aiguës, de ses ou Maréciiai. Nev, a Paris. i- i-x • n I r f • ■ .

iciiciic iijciwitc ) cavaliers. Uepuis tSarj'e, les lions irises et

paternes qui, dans les jardins publics, sourient aux enfants, la patte sur une boule, ont fait place aux masses étranges des grands fauves et à l'acharnement de leurs corps à corps mortels. La Révolution avait rompu la continuité de notre art traditionnel, monarchique et religieux. Elle avait brise bien des effigies de saints ou de rois et violé beaucoup de tombes ; une transformation aussi profonde que l'avènement du Christianisme, la Reforme ou la Révolution, ne saurait se produire sans que la société nouvelle détériore le mobilier de la société qu'elle remplace. Les œuvres d'art ne sont pas des formes inertes, mais comme des idoles hantées. Maigre les décrets de la Convention, la repression contre l'ancien régime s'exerça farouchement sur tout ce qu'il laissait après lui.

FiG. 778. — Rude. — To.mbeau du générai. Cavaignac. (Cimetière Montmartre.) (Cliché Hachette.)

FiG. 779. — Préault.

(2KUCIKIX.

(ICfflise Saiiildcnuiia, à Paris) iClichc ll.-iclullc.)

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